‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 243 sur 325 · III · texte numérisé non relu

III

depuis cent ans, ci se trouve hien honorée, pourvu qu'on accorde qu'elle n'a élé que soixante ou quatre-vingts ans dans le blas- |>lième. Mais encore a aura-l-elle pas cette misérable excuse : on lui montre qu'elle y e>l encore, et on le montre par les paroles du ministre même qui la détend. Si elle était bien revenue de l'abominable erreur (Je faire Dieu auteur du péché, de dire qu'il le préorihnne, ri pousse les hommes aux crimes énormes, elle ne dirait pas seulement que ce sont des expressions trop dures, des manières propres à scandaliser et dures à digérer; car, en parler de cette sorte, c'est, en avouant qu'on a avancé des propositions si impies, soutenir qu'au fond on les tient encore pour véritablt s ; qu'on lient, dis-je, pour véritable que Dieu polisse aux crimes énormes, et qu'il est cause du pèche. Que le ministre ne réponde pas, que selon la proposition on dit qu'il eu est cause en quelque sorte ; car, outre que ce pitoyable adoucissement ne se trouve pas dans les autres propositions qu'on vient de voir, c'est, en se tenant à celle-ci, une proposition a-sez impie contre le saint d'Israël, que le faire en quelque sorte, et pour peu que ce soit, cause du péché ; car c'est de quoi il est éloigné jusqu'à l'infini, par sa sainteté, par sa bonté, par sa perfection; il n'est donc cause du péché en aucune sorte. Le ministre veut s'imaginer que ses auteurs, qui ont dit que Dieu le préordonne, et que Dieu y pousse (2589), n'entendaient pas néanmoins le lui attribuer. Mais que fallait-il donc dire pour cela, si ce n'est pas assez Ue dire que Dieu préordonne, que Dieu pousse, que Dieu est cause? Qu'il pense donc tout ce qu'il vomira de ses réformateurs, le fait demeure pour constant; les propositions impies, qui font Dieu cause du péché, se trouvent, non par conséquence, niais en termes formels, dans leurs écrits. S'il ne lient qu'à dire que ce sont seulement des expressions ou des manières trop dures, j'excuserai quand il oie plaira tontes les impiétés et tous • eux qui les profèrent, et dans le fond il n'y aura plus de blasphémateurs ni d'hérétiques.

IX. — Que loin d'avoir justifié la Réforme de l'erreur de faire Dieu auteur du péché, M. Jurieu en est lui-même autant convaincu que Luther, qu'il en convainc.

Mais voici bien plus. Je maintiens à la Réforme et à M. Jurieu, que les adoucissements qu'ils prétendent avoir apportés à leurs expressions depuis cent ans, ne sont qu'en paroles, et qu'ils croient toujours, dans le. fond, que Dieu est la vraie cause du | éché. M. Jurieu cite ces paroles du livre des 1 ariations ( 2590 J : « Car enfin, tant qu'on ôtera au genre humain la liberté de son choix, et qu'on croira que le libre arbitre

subsisteavee une entière et inévitable nécessité, il sera toujours véritable que ni les hommes ni les anges prévaricateurs n'ont pas pu ne pas pécher, et qu'ainsi les péchés où ils sont lombes sont une suite nécessaire des dispositions où le Créateur les a mis; et M. Jurieu est de ceux qui laissent en son entier cette inévitable nécessité (2591) «Voilà en effet, mes | ropres paroles ; et on m'a- Vi uera qu'il n'y a aucune réponse à une preuve si concluante, que de nier cette entière et inévitable nécessité de pécher eu de bien faire • mais M. Jurieu ne la nie pas, au contraire, il la reconnaît, comme on va voir. « M. de Meaux, >- dit-il (2592), «devrait nous apprendre comment la prédétermina lion physique des thomistes subsiste avec l'indifférence de la volonté. Il nous devrait faire comprendre comment la grAce eliicace par elle-même, que lui-môme défend, n'apporte à la volonté aucune nécessité. Enfin il devrait nous expliquer comment les décrets éternels, qui imposent une vraie nécessité à tous les événements, et une nécessité inévitable, ne ruinent pas la liberté. » Voilà donc, selon ce ministre, en vertu des décrets de Dieu, une vraie et inévitable nécessité ; et cela dans tous les événements, parmi lesquels manifestement les péchés mêmes sont compris. Qu'a dit de pis Luther pour faire Dieu cause du péché, comme ce ministre l'en a convaincu? Est-ce peut-être que Luther a dit que Dieu contraignait les hommes à pécher, malgré qu'ils en eussent, et qu'ils ne péchaient [tas volontairement ? Mais on a vu le contraire (2593) ; et le ministre lui-même a rapporté les passages, où il dit en termes formels, que la nécessité qu'il admet n'est pas une nécessité de contrainte, mais une nécessite d' immutabilité (25lJi). Ainsi, pooj faire Dieu auteur du péché, Luther n'a dit autre chose, si ce n'est que les hommes y tombaient nécessairement, quoiqu'en même temps volontairement', par une vraie et inévitable nécessité provenue du décret de Dieu. Or c'est ce que dit encore M. Jurieu, en termes formels : donc par la même raison qu'il a convaincu Luther d'impiété, il s'en est convaincu lui-même, et sa preuve porte contre lui.

Aussi, pour aller au fond de ses sentiments, nous lui avons démontré, dans le livre des Variations ( 2595 ), qu'il pose un principe qui ne lui permet pas de décider si c'est Dieu ou l'homme qui est l'auteur du péché. Ce principe, c'est ce qu'il dit dans son jugement sur les méthodes, que nous n° savons rien de notre âme, sinon qu'elle pense (2590). Nous ne savons donc pas si elle a ou si elle n'a pas la liberté de son choix, s'il est en son pouvoir de choisir ou ne choisir pas une chose plutôt qu'une autre : u'où ilcou-

(2589) Lett. 10.

(2590) Leu. 10, p. 70; Hi*l. des iar.. liv. \iv.

(2591) iw., Jug. sur les wéllt., seel. 15, p. 129,

(2592) Ldt. (0, p. 70.

(2593) Ci-.lcssus.cdl. 1108.

(2591) l.i m., Deser.arb.

(2595) Far., liv. xiv.

(2590) Jm , Jiiij, sur tes métli., p, 129, 150.

1117 PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE. IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1 1 1 S

clal en clTet, que « c'est une témérité de définir que la liberté est cela, on n'est pas celaj que pour être libre, il faut être en tel ou en tel état ; qu'une telle chose ou uneauiro, ruine la liberté. » Il pousse donc son ignorance jusqu'à no pas vouloir sentir, quand il pèche, s'il pouvait ne pécher pas: en faisant le philosophe, il est sourd à la voix de la nature, et il étouffe sa conscience qui lui dit, connue a tous les autres homme--, à chai|ue péché où il tomlie, surtout a ceux où il tombe délibérément, qu'il aurait pu s'empêcher d'y tomber, c'est-à-dire «l'y consentir, car c'est en cela que consiste le remords : et s'il fait aller son ignorance jusqu'à douter si cela est, il ignore donc, aussi s'il agit ou s'il n'agit pas dans le mal comme dans le bien avec une nécessité inévitable, c'est-à-dire s'il n'est pas pousséàl'ui) comme à l'autre par une force supérieure et toute-puissante : ce qui est douter finalement si c'est Dieu ou l'homme qui est l'auteur ;iu péché; puisqu'une nécessité contre laquelle il ne peut y avoir en nous aucune résistance ne peut venir que île la nature de la volonté, également déterminée au mal comme au bien, selon les dispositions où elle est mise par une force majeure, et en un mot par la force de celui qui nous donne l'être.

Voilà ce qu'on lui objecte dans le livre des Variations; voilà d'où on a conclu qu'il ne sait encore lui-môme si c'est Dieu ou lui qui est auteur de son péché : doute qui emporte le manichéisme ; puisque, s'il n'est pas constant que celui qui pèche a été libre à ne pécher pas, il n'est pas constant que le péché ne vienne pas de la nature, et qu'il n'\ ait pas hors de l'homme un principe inévitable du mal autant que du bien. Il ne sert de rien d'objecter que dans toute opinion où l'on reconnaît un péché originel, on reconnaît un péché inévitable: car, pour ne nous point jeter ici sur des questions qui ne sont pas de ce sujet, il doit du moins Être constant que le péché a dû être tellement libre dans son origine, qu'il ait été au pouvoir de l'homme de l'éviter. On ne peut donc point douter de la nature de la liberté; et le ministre, qui en veut douter, doute en môme temps du principe, par lequel seul on peut assurer que Dieu n'est pas celui qui nous pousse au crime. C'est à quoi il fallait répondre, s'il avait quelque chose à dire ; mais il se tait, et montre qu'il ne sait pas qui est l'auteur du péché, de Dieu ou de l'homme.

X. — Qu'il appelle vainement à son secours les thomistes et les autres docteurs catholii/ues. et qu'il ne se soutient pas un seul moment.

Pour soi tir de ce doute impie, il voudrait que je lui apprisse comment s'accorde le libie arbitre, ou le pouvoir de faire ou ne I as faire, avec la grâce efficace et les déi rets éternels (2597). Faible théologien, qui

fait semblant de ne pas savoir combien .le vérités il nous faut croire, quoique nous ne sachions pas toujours le moyen de les concilier ensemble ! Que dirait-il à unsocinien

qui lui tiendrait le môme langage qu'il me

tient, et le presserait en celte sorte : Je voudrais bien que M. Jurieil nous expliquât

comment l'unité de Dieu s'accorde avec la Trinité. Entrera-t-il avec lui dans la discussion de cet accord, et s'engagera-t-il à lui expliquer le secret incompréhensible de l'Etre divin ? Ne croirait-il pas l'avoir vaincu, en lui montrant que ces deux choses sont également révélées ; et par conséquent, malgré qu'il en ait, et malgré la petitesse de l'esprit humain qui i)3 peut les concilier parfaitement, qu'il faut bien que l'infinité immense de l'Etre de Dieu les concilie et les unisse? Mais sans nous arrêtera ce mystère, qu'est-ce en tout et partout que notre foi, qu'un recueil de vérités saintes qui surpassent notre intelligence, et que nous aurions, non pas crues, mais entendues parfaitement et évidemment, si nous pouvions les concilier ensemble par une méthode manifeste? Car par là nous en verrions, pour ainsi parler, tous les tenants et aboutissants; nous en verrions lesdénoiiments autant que les nœuds ; et nous aurions en main la clef du mystère pour y entier aussi avant que nousVoudrions. Mais cela n'est pas ainsi; et quand cela sera, ce ne sera plus celte vie, mais la future ; ce ne sera plus la foi. mais la vision. Que faut-il faire en attendant, sinon croire et adorer ce qu'on n'entend pas, unir par la foi ce qu'on ne peut encore unir par l'intelligence, et en un mot, comme dit saint Paul, réduire son tspril en captivité sous l'obéissance de Jésus Christ ? ( Il Cor. x, 5.)

Ceux qui ne peuvent s'y résoudre, ne trouvent (pie des écueils dans la doctrine chrétienne, et font autant de naufrages qu'ils décident de questions : car il y a partout la difficulté, à laquelle si on succombe, on périt. Et pour venir en particulier à celle où nous sommes, le socinien éprouve en lui-même la liberté de son choix : nulle raison ne lui peut ôter cette expérience ; mais ne pouvant accorder ce choix avec la prescience de Dieu, il nie cette prescience, il succombe à la difficulté, il se brise contre l'écueil, et, comme dit saint Paul, il fait naufrage dans la foi. (I l'im. i, 19.) Le naufrage du calviniste, qui, pour soutenir la prescience ou la providence, ôle.à l'homme la liberté de son choix, et fait Dieu auteur nécessaire de tous les événements humains, est-il moindre? Point du tout : l'un et l'autre s'est brisé contre la pierre. Celui qui tient ensemble les deux vérités que les autres commettent ensemble et détruisent l'une par l'aulie, qui les concilie le mieux qu'il peut, et sachant bien qu'il n'est pasicidans le heu d'entendre, les surmonte par la foi, en attendant qu'il y atteigne par l'intelligence : faudrait-il due à M. Jurieu, s'il était

(2597) Lell. 10.

ma

théologien, que c'est le seul qui navigue sûrement cl qui seul pourra parvenir à la

vérité comme au port? Que sert donc d'alléguer ici la grâce efficace el les thomistes? Ces docteurs comme les autres Catholiques, sont d'accord à ne point mettre dans le choix de l'homme une inévitable nécessité, mais une liberté entière de faire et ne faire pas. S'ils ont de la peine à l'accorder avec I immutabilité des décrets de Dieu, iis ne succombent pourtant pas à la difficulté : ils rament de toutes leurs forces pour s'empêcher d'être jetés contre l'écueil. M. Jurieu , qui, pour tout brouiller lorsqu'il s'agit simplement d'établir la foi, voudrait m'engager à discuter les moyens par lesquels on tache de l'expliquer, ne vent qu'amuser le monde et c'est assez qu'on ait vu que ce n'est point par des conséquences, mais par un aveu formel, que Luther, Mélanchlhun, Calvin, Bèze et les autres réformateurs ont fait Dieu auteur du péché ; que lui-même tantôt l'avoue et tantôt le nie ; que dans le fond il est prêt à retomber dans l'erreur dont il semble vouloir excuser la Réforme; qu'il y retombe en effet sans avoir pu s'en défendre, et qui» semblable a un criminel pressé par des preuves invincibles, il ne peut pas demeurer un seul moment dans la même contenance, ni se soutenir devant ses accusateurs,

£'• — Réflexion sur les blasphèmes des réformateurs cl de la Réforme.

Kn effet, ne voyez-vous pas comme il vacille? D'abord il faisait le fier; et pendant que je l'accusais, moi-même il m'accusait comme un calomniateur devant le jugement de Dieu : mais quand le luthérien s'est élevé contre lui, en accusant les auteurs du calvinisme de faire Dieu cause du péché, jusqu'à nous pousser lui-même aux crimes énormes par une immuable et inévitable nécessité, il n'a pas eu de réplique, et il a dit : Il est vrai. Le voilà vaincu de son aveu propre ; et.il n'a plus songé comme on a vu, qu'à pallier le crime. Mais il n'a pas été moins fort contre le luthérien, que le luthérien l'a été contre lui, et il a très-bien convaincu, non -seulement Mélanchthon, mais encore Luther lui-même, de n'avoir pas moins blasphémé que Calvin et les calvinistes. Entendez ceci, mes chers frères ; les deux que nous accusons, s'accusent entre eux : nous n'avons plus besoin de parler, et ils se convainquent l'un l'autre, sans se laisser aucune évasion. Car le ministre Jurieu croyait échapper, et pour pallier le mieux qu'il pouvait les blasphèmes de son parti, il les appelle seulement des expressions dures, des manières propres à scandaliser, et dures à digérer. .Mais il a lâché le mot contre Luther ; et quoique Luther n'en ait pas dit davantage que Calvin et les calvinistes, non coulent de lui attribuer, comme à eux, seulement des espressions dures, M. Jurieu est contraint par la vérité, à lui attribuer des dogmes affreux, 17111 tendent au manichéisme, et renversent louie religion. Que dua-t-il maintenant? Le fait est constant.

de son aveu : la qualité du crime n'est pas moins certaine; et lui-même l'a qualifié d'impiété. 11 n'y a donc plus qu'à ie condamner par sa propre bouche, cl dans une cause égale faire tomber sur son parti la même sentence.

Saint Paul écrit à Timothée : 0 Timothée, gardez le dépôt, en évitant les profanes nouveautés de paroles, et tes contradictions de la science faussement appelée de ce nom. ( / 27m. vi, 20.) Quelle nouveauté plus profane que celle de parler de Dieu comme de celui qui nous pousse aux crimes énormes; el qui, en ruinant notre libre arbitre par ses décrets, impose aux démons comme aux hommes, la nécessité de tomber dans tous les péchés qu'ils commettent ? Déjà la Réforme n'a pa« évité ces profanes nouveautés dans les paroles, puisqu'elle a proféré celles-ci. Mais saint Paul ne s'arrête pas à condamner seulement les paroles. Dans les paroles il a regardé le sens, et il a voulu nous faire entendre que les profanes nouveautés dans les paroles, marquaient de nouveaux prodiges dans les sentiments : c'est pourquoi il a condamné dans ces paroles profanes la science faussement nommée d'un si beau nom. Reconnaissons donc dans la Réforme, je dis dans ces deux partis, et autant dans le calvinisme que dans le luthéranisme, cette fausse et dangereuse science, qui, pour montrer qu'elle entendait les plus hauts mystères île Dieu, a trouvé dans ses décrets immuables la ruine du libre arbitre de l'homme, et en même temps l'extinction du remords de conscience. Car si tout, et le péché même nous arrive par nécessité, et que nous n'ayons non plus de pouvoir d'éviler le crime que la mort et les maladies, nous pouvons bien nous affliger d'être pécheurs comme d'être sourds ou paralytiques, mais nous ne pouvons nous imputer notre péché comme une chose arrivée par noire faute, et que nous pouvions éviter; qui est précisément en quoi consiste celle douleur qu'on nomme remords de la conscience. Avec elle s'en va aussi la pénitence: on se peut croire malheureux, mais non pas coupable ; on se peut plaindre d'êlre pécheur, impudique, avare, orgueilleux, comme on se plaint d'avoir la lièvre: encore peut-on quelquefois reconnaître qu'on a la fièvre par sa faute, et pour l'avoir contractée par des excès qu'on pouvait éviter : mais si tout el la faute même est inévitable, l'idée de faute s'en va; personne ne frappe fa poitrine, ni ne se repi ut de. son péché en s'acc usant soimême, et en disant, Qu'ai-jt fait ? (Jer. vin, 6.) La conscience dit h chacun, Je n'ai rien fait qu'une force supérieure et divine ne m'y ait poussé, et Dieu m'entraîne au péché comme à la peine.

Telle est la fausse science que la Réforme a professée, quand elle a cru pouvoir pénétrer lous les mystères de Dieu; mais voici en même temps ses contradictions. Prenez garde, disait saint Paul, aux contradiction* de cette fausse science : c'est que toute fausse science se contredit elle-même. Il en c^t

H2I PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS MX PROTESTANTS. Mï2

gr/fce, savoir, d'écouter cl de se rendre mlenlif; cependant, .selon eux, la première grâce est de Dieu, et c'e^ cette première grâce, qui fait la conversion. » Aveugle, qui ne voit pas que les semi-pélagiens n'ont jamais seulement pensé que la première grâces c'est-à-dira, ce qui est de Dieu, ne fût pis de Dieu; mais qu'ils étaient semipélagiens, en ce qu'ils attachaient celte première grâce à quelque chose qui dépendait purement du libre arbitre de l'homme, connue à prier, à demander, à désirer du moins son salut, el parlé le commencer tout seul. M. Jui'ieu osera-t-il dire que les luthériens n'en l'ont pas autant? puisqu'on mettant que la grâce fait pnr elle-même la conversion de l'homme, ils font dépendre cette grâce de l'attention que l'homme prête par lui-môme à la parole de Dieu. Qu'est-ce être semi-pélagion, si cela ne l'est? Car

aiii-^i arrivé à la Réforme; ci parce que la science es! ffllISSC, elle est tombée dans de

visibles contradictions. Elle a fait Dieu

raUS>0 dll péché; elle a eu honte de celle erreur, et a voulu s'en dédire; elle a voulu qu'on crût du inoins qu'elle s'en était corrigée, et s'en dédisant, elle a posé >\c^> principes pour y retomber. Elle y retomhe en ell'et dans le temps qu'elle tâclio de s'en excuser; et ne voulant pas avouei ce que la nature cl sa propre conscience lui dictent sur son libre arbitre, elle établit dans tous les maux, même dans celui du péché, la nécessité dont nul que Dieu ne peut être auteur.

Voila l'esprit de blasphème au milieu de ceux qui se sont dits des Chrétiens réformés; et le voila même dans ceux qu'ils appellent les Réformateurs. Le voila dans Luther, dans Mélanchlhon, dans Calvin, dans Rèzo, dans les deux partis des protestants, de l'aveu de M. Juricu; et le voilà dans M. Juricu lui-même, qui tâche d'en excuser la Réforme. Qu'elle écoute donc la sentence de la bouche de Dieu : Chassez du camp te blasphémateur et celui qui a maudit son Dieu ( l.evil. xxiv, ti ), c'estù-dire, qui a die du mal contre lui. Mais qui dit plus de mal contre son Dieu, que ceux qui disent qu'il fait tout le mal? Pouvait-on le maudire davantage? L'Eglise a obéi à la voix de Dieu, et a chassé ces impies, qui aussi bien se séparaient déjà eux-mêmes, selon la prédiction et contre le précepte de saint Jude (Jud. 17, 19), ou plutôt de tous les apôlres, comme saint Jude l'a remarqué. Mais vous, ô troupeau errant, vous les avez mis à votre tête, et vous en avez fait vos réformateurs. Ah I revenez à vous-mêmes, du inoins à la voix de votre ministre, qui vous a montré le blasphème au milieu de vous.

XII. — Semi-pélatjianismc des luthériens avoué pur le ministre Juricu.

Souvenez-vous maintenant, mes frères, des outrageantes paroles dont a usé M. Juricu, en [n'appelant déelamateur, calomniateur, homme sans honneur et sans foi, devant Dieu et devant son juste jugement. Vous voyez qu'il avait tort; et il employait cependant pour vous tromper, non-seulement les expressions, et les injures les plus atroces, niais encore ce qu'il y a de plus saint et de plus terrible parmi les hommes. Pour toute réparation de tous ces excès, je vous demande seulement, mes frères, de le bien connaître, et de ne plus vous laisser émouvoir à ses clameurs, lorsqu'il se plaint qu'on le calomnie. Mais passons à un autre endroit où il fait encore la même plainte, et avec une égale injustice. « Il est faux, » dit-il (2598), « pareillement qu'on soit demcuié d'accord que les luthériens soient semi-pélagiens. » Mais sa propre preuve le réfute. La voici : « Car encore, » continue- t-il, « qu'ils donnent à 1 homme quelque chose à faire avant la

12598) Lclt. ÎO, 77.

êtrescini-pélagien n'est pas nier que Dieu n'achève l'ouvrage; c'est-à-dire qu'il ne l'achève que parce que l'homme l'a auparavant commencé. La grûce, dit le luthérien, est inséparablement attachée à la parole, d'où elle ne manque jamais de soi tir avec efficace. A la bonne heure. L'homme, qui se icnd attentif à la prédication, aura sans doute la grâce, selon ces principes. Je le veux bien. Mais pourquoi aura-t-il la grâce? Parce qu'il s'est rendu attentif. Je le veux encore. Allons plus avant. Lst-ce la grâce qui lui a donné celte attention, ou bien se I est-il donnée à lui-même? C'est lui-même, dit le luthérien. Il se doit doncà lui-même d'avoir la grûce; c'ert à lui-même qu'il doit le commencement de son salut. Non, dit Ai. Juricu (2599); la grâce prévient et se présente d'elle-même avant tout actc.de la volonté. Illusion. Car quelle est la grâce qui se présente de cette sorte? C'est la grâce de la doctrine et des promesses, c'est-à-dire, la giâce des pélagiens anciens et modernes; la grâce que ces hérétiques, que les sociniens, que les pajonistes, nouveaux hérétiques de la Réforme, qui ne reconnaissaient dé grâce qne dans la prédication, admettaient; une grâce extérieure qui frappe l'oreille, et qui n'excite l'âme que par le dehors. Mais, dit-on, le luthérien va plus avant; et pourvu qu'on écoute par soi-même cette parole qui e.-t présentée, il en sortira une grâce qui agira dans le cœur. Je l'avoue : mais il faut auparavant que l'homme vienne do luimême; de lui-même se rendre attentif, c'est commencer son salut sans aucun besoin uo la giâce intérieure. Mais dans le commencement est renfermé le salut entier, puisqu'il entraîne nécessairement la conversion tout entière : . tout cet ouvrage se réduit enfin à une opération purement humaine comme à sa première cause; et l'homme se glorifie en lui-même et non pas en Dieu, ce qui est l'erreur la plus mortelle à la piété. Qu'on démêle ce nœud, ou qu'on cesse d'excuser les luthériens du 'scmi-pélagianisme ; c'est-à-dire, comme je l'ai dérnoa-

(2L99) lbid.

tré, du plus dangereux poison que le pélagianisme versa dans le cœur.

Xil!. — Preuves de M. Jurieu pour le semipélagianismc d,:s luthériens.

Mais que nous importe, direz-vous? Ce n'e>t fias cette question que vous avez à démêler avec M. Jurieu : et il ne s'agit pas de ^ivoir si les luthériens sont devenus demi- pélagiens, mais si ce ministre en est d'accord, comme vous l'en accusez. Hé, je vous prie, que veut-il donc dire par les paroles que vous vent z d'entendre : « Ils donnent à l'homme quelque chose à faire avant la grâce; savoir, d'écouter el de se rendre attentif ^2(>00) ? » Si cela est avant la grâce, il n'est donc pas de la grâce; et le salut commence par quelque chose d'humain.

(Ju'y a-t-il de plus demi-pélagien ? Mais où prend-on que l'attention a la parole, lorsqu'elle est aussi sérieuse el aussi sincère qu'il faut, n'est pas encore un don de Dieu? «eux qui viennent à Jésus-Christ pour écouler sa parole, ne sont-ils pas de ceux que son Pire lire (Joan. vi, ii, Gl>) ; c'est-à-dire, comme il l'explique lui-même, de ceux à qui son Père donne d'y venir? (Ibid., 45.) «est-ce pas là qu'ils commencent à être enseignes de Dieu, à écouler la voix du Père, el à apprendre de lui? Ces brebis, qui écoutent m volontiers la voix du pasteur, ne sont-elles pas de celles que le pasteur a au| ara van t rendues dociles, qu'il connaît et qui te suivent? (Joan. x, 3, 27.) On sait que l'efficace de la parole se fait quelquefois sentir aux profanes, que la curiosité, ou la coutume, ou d'autres semblables motifs y attirent; mais ce n'est pas la voie commune. Ordinairement de tels auditeurs sont de ceux qui n'ont pas d'oreilles pour entendre (Mutih. xiii, 9); ils sont de ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert l'oreille. (Marc, vu, 3i, 33.) Les luthériens veulent-ils promettre à de semblables auditeurs, que la parole sera toujours efficace pour eux? Non, sans doute : c.ttleiromesse n'est que pourceux qui viennent poussés par la foi avec une bonne intention. Mais celte foi, mais cette bonne intention, à la prendre dès son premier commencement, si ce n'est pas Dieu qui la donne, il n'y a plus de grâce chrétienne, et Jésus- Cbrist e>t mort en vain: car c'est tout ôter à la grâce, que de lui ôter Je commencement de notre sanctification; puisque même ce commencement n'e»t pas moins attribué à la grâce dans l'Ecriture, que l'entier accomplissement de notre salut. J'espère, disait saint Paul. (Philip. î, 6) , que celui qui a commencé en vous ce saint ouvrage, y donnera l'accomplissement. Voilà ce qu'il fallait dire aux luthériens; et non pas les excuser dans une erreur si bien reconnue, et tant de fois condamnée du commun consentement de toute l'Eglise, ni leur permettre d'attacher la grâce à la volonté que nous avons d'é-

(2600) Jim., Leit.

(-uUt) Jtn., Cens. depac.,f. 16.

couler et de nous rendre attentifs avant la grâce.

Mais, mes frères, je ne craindrai point de vous le dire, on ne connaît point parmi vous cette exactitude qu'il faut garder dans les dogmes; et si M. Jurieu prend soin de convaincre les luthériens de leur erreur, c'est pour leur faire valoir la facilité qu'on a de les tolérer. Voici, en effet, comme il leur parle : « 11 semble, » dit-il (2601 ), « que les protestants de la confession d'Augsbourg aient passé à l'opinion directement oppo ée à cette Confession, et fassent dépendre l'efficace de la grâce de la volonté humaine, et du bon usage du libre arbitre. C'est ainsi, dit-il à Scullet (26C2),que vous ave/, dit souvent vous-même, que Dieu conveitit les hommes, quand eux-mêmes ils prêtent l'oreille attentive et respectueuse à la parole. Donc la conversion dépend de cette attention précédente, qui ne dépend que du libre arbitre et précède toute grâce convertissante et excitante. Vous ajoutez, poursuit-il, que lorsqu'on ne se met pas en devoir de convertir et réparer l'homme, Dieu le laisse aller par les voies criminelles. Donc, conclut M. Jurieu, devant que Dieu relire l'homme du péché, il doit lui-même, et par ses propres forces, se mettre en devoir do se convertir. Nous poursuivez, contmuet-il parlant toujours au docteur Scultet, et vous dites que Dieu veut donner à tous les adultes ( à tous ceux qui sout arrivés à l'âge de raison) la contrition el la foi vive, à condition qu'auparavant ils se mettront en devoir de convertir l'homme. Donc, encore un coup, conclut, votre ministre, l'homme doit se préparer par le bon usage de ses propres forces à la contrition et à l'infusion de la foi vive. Je ne puis assez m'étonner, continue M. Jurieu, comment et par quelle destinée vous vous rêtes si éloignés de Luther votre auteur, qui s haï le pélagianisme et le demi-pélagianisme, jusqu'à se rendre suspect du manichéisme, et d'avoir entièrement renversé la liberté. » C'est ce qui m'étonne aussi bien que lui, et qu'on soil passé de l'extrémité de nier le libre arbitre, dont Luther est plus que suspect, comme on a vu (quoique M. Jurieu veuille bien employer ici un si doux terme ) , jusqu'à celle de faire dépendre, avec les pélagiens et swuipélagiens, le salut de l'homme de ses propres forces.

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