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c'est que l'on ne doit pas con !amner les gens sur des expressions dures, quand les sentiments dans le fond sont innocents, et qu'on doit se tolérer dans ces expressions. » Il poursuit : <■ On trouvera dans cette Addition ces paroles pleines de calomnies, et indignes d'un homme d'honneur : M. Jurieu a raison d'avouer de bonne foi des réformateurs en général, qu'ils ont enseigné que Dieu poussait les pécheurs aux crimes énormes. M. Jurieu n'a point avoué cela; et M. Bossuet rendra compte quelque jour devant Dieu d'une imposture aussi fausse et aussi maligne. »
III. — Dieu auteur du péché. Premier blasphème de la Reforme, prouvé par le ministre Jurieu. Parolesdc Mélanchthon, approuvées par Luther.
Mais s'il craignait ce jugement de Dieu où il m'appelle, il songerait qu'un jour on
y récitera ces paroles, où traitant la paix avec les luthériens (2570), après leur avoir reproché (pie leurs premiers Réformateurs, c'est-à-dire, Mélanchthon et Luther même, ont approuvé, du moins par leursilence, les écrits de Calvin, ceux de Zwingle, ceux de Zanchius, que les luthériens d'aujourd'hui accusent de ce détestable particularisme, comme ils l'appellent, qui ôle le libre arbitre et fait Dieu auteurdu péché; il continue ainsi son discours : « Mais ce n'est pas seulement par leursilence, ou par l'approbation que vos réformateurs ont été de durs prédestinaicurs, et ont enseigné en paroles expresses, et encore des plus dures, le particularisme, la prédestination et la réprobation, avec une nécessité qui provient de la force des décrets. Que Mélanchthon paraisse le premier : n'est de lui qu'est cette parole que nos calomniateurs ont tant relevée : Que l'adultère de David, et la trahison de Judas, n'est pas moins l'œuvre de Dieu que la conversion de saint Paul. ».
Il cite en marge le commentaire de cet auteur sur le chapitre vm aux Romains, où il est vrai qu'on trouve en autant de mots cet exécrable blasphème. Sont-ce donc là seulement des paroles dures, comme M. Jurieu avoue qu'il en a lui-même imputé aux premiers rélormateurs; ou, comme nous le disons, une doctrine abominable? 11 continue : « Mais on lisait ces paroles dans les premières éditions des Lieux communs de Mélanchthon : La divine prédestination ôtela liberté à l'homme; car tout arrive selon ses décrets dans toutes les créatures; et nonseulement les œuvres extérieures, mais encore les pensées intérieures (2571). » Tout arrive selon les décrets de Dieu, et au dedans et au dehors de l'homme : par conséquent toutes ses pensées bonnes et mauvaises, et autant ses crimes que ses bonnes œuvres ; et de peur qu'on ne crût que Mélanchthon eût enseigné ces blasphèmes sans l'aveu de Luther, M. Jurieu ajoute : « Lu-
(*>.">70) Consull. de i::cuiid pac (2571) Jir., ibid.
ther a vu cela, et il a approuvé le livre de Mélanchthon. jusqu'à le juger digne non-seulement de l'immortalité, mais encore d'être inséré parmi les Ecritures' canoniques. » Il cite, pour le prouver, le livre du Serf arbitre de Luther, où il est vrai que se trouve cette approbation très-expresse des blasphèmes de Mélanchthon; et pour ne laisser aux luthériens aucun moyen de s'échapper, il se faiteette objection (2572) : « Mais, » ditesvous, « Mélanchthon a rétracté cette opinion dans les éditions suivantes de ses Lieux cotnmuns, au titre de la cause du péché. 11 est vrai, il l'a rétractée, et avec raison ; car qui pourrait soutfriFcelle parole qui détruit toute religion : Que la divine prédestination ôte à l'homme son libre arbitre? » Voilé l'objection proposée, et Mélanchthon bien convaincu d'avoir enseigné une impiété manifeste et détruit toute religion. Mais de peur qu'il ne lui échappe, non plus que son maître Luther, il ajoute premièrement contre Mélanchthon, qu'il n'a rétracté cette opinion que mollement et en doutant; et contre Luther, que lorsqu'il approuva les Lieux communs de Mélanchthon. ils n'avaient point encore éié corrigés : donc< poursuit-il, il a admis cette dure opinion de la prédestination, qui était le libre arbitre à l'homme. Est-ce là dire seulement des paroles dures, et non pas admettre une opinion qui détruit toute religion, et établit l'impiété?
IV. — Pareils blasphèmes trouvés dans Luther par le ministre Jurieu.
C'en est assez pour confondre ce téméraire ministre dans le jugement de Dieu, où il m'appelle ; mais il passe encore plus avant, et voici comme il parle de Luther (2573) : « Il n'a pas seulement approuvé les par, îles deMélanchthon, mais il en a dit de semblables dans le livre du Serf arbitre, dont le titre seul fait connaître le sentiment de l'auteur. Ecoutons donc comme il parle : C'est le fondement de la foi de croire que Dieu est clément, quoiqu'il sauve si peu d'hommes, et en damne un si grand nombre ; de croire qu'il est juste, quoiqu'il nous fasse iiamnables nécessairement par sa volonté; en sorte qu'il semble prendre plaisirau supplice des malheureux, et être plus digne de haine que d'amour. Si donc je pouvais entendre par quelque moyen que Dieu est miséricordieux et juste, pendant qu'il ne fait paraître que colère et injustice, je n'aurais pas besoin de foi. Dieu caché dans sa majesté m ne déplore la mort des pécheurs, ni ne la détruit; mais il opère la vie et la mort, et toutes choses dans tous. Il ne veut point la mort du pécheur, en p\role; je l'avoue, mais il la veut par cette secrète et impénétrable volonté. » Voilà les paroles de Luther, où il reconnaît que Dieu fait les hommes iamnables par sa volonté, et ies fait inévitablement et nécessairement damnables. Les faire uainnables de cette sorte, c'est sans
(2572) Jbid., p. 211.
(-573) Consull., ibid.
1109 PART. \. K1EOL. POLEMIQUE.- IV. AVERTISSEMENTS AIX PROTESTANTS. 1110
cloute les Caire pécheurs, el Lulher l'ensei- d'ui ;;iic ainsieu termes formels, puisqu'il prouve tant ce i|u*il avance, i-'ii disant qu'il fait toutes en l choses, cl par conséquent le péché dans lei Lutl hommes. D'où il s'ensuit que Dieu veuteiTec- cess tiveraent, et leur péchés et leur perte; quoiqu'à l'entendre parler (c'est toujours Dieu qu'il entend), il fasse sémillant île ne tes vouloir nff§; in verbo seilicet. Qui jamais parla ainsi de Dieu, si ce n'est ceux qui n'en croient point, ou qui ont perdu toute la ré-
vérencequ'inspire naturellement un si grand
nom? Voilà ce que M. Juricu a tiré du livre du Serf arbitre de Luther; et il ose encore prendre Dieu en son redoutable tribunal à témoin, comme il n'attribue à Luther que des paroles trop dures, pondant qu'il !e convainc avec tant de force de ces excéerahles sentiments. Mais il le presse encore par des paroles tirées de ce môme livre du Serf arbitre :« C'est en vain, » disait Luther, « qu'on tâche d'excuser Dieu en accusant le libre arbitre. S'il a prévu la trahison de Judas, Judas était fait traître ta» nécessité, et il n'était point en son pouvoir, ni dans celui d'aucune créature de faire autrement ni de changer la volonté de Dion (2374). * lui estce assez pour convaincre Lulher ? Mais, pour ne lui laisser pas le loisir de respirer, le ministre lui reproche encore d'avoir dit : « Si nous trouvons lion que Dieu couronne des indignes, il ne faut pas trouver moins lion qu'il damne des innocents; en l'un et en l'autre, il est excessif selon les hommes, mais il est juste et véritable en lui-même. C'est maintenant une chose incompréhensible de damner des innocents, mais on le croit jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit révélé (2575). » C'est donc l'objet de la foi, que Dieu damne des innocents, et les fait lui-même coupables ; puisque les faire damnables, comme dit Luther, et les faire pécheurs et coupables, c'est la même chose ; et voilà, selon Luther, le grand mystère qui nous sera révélé dans la vision bienheureuse.
Luther est terriblement pressé, vous le voyez ; mais le ministre revient encore à la charge : Voici, dil-il (2570), par où il finit, c'est toujours do Lulher qui! parle : « Si nous croyons qu'il est vrai que Dieu prévoit et préordonne toutes choses, et que d'ailleurs il n'est pas possible qu'il se trompe, ou qu'il soit empêché dans sa science et dans la prédestination, et enfin, que rien no se fut sans sa volonté : la même raison nous fait voir qu'il ne peut y avoir aucun libre arbitre ni dans l'homme, ni dans l'ange, ni dans aucune créature. Toutce quisefait par nous, dans ce qui regarde le salut et la damnation, se l'ait par une pure nécessité, et non point par le libre arbitre : l'homme n'en a point; il est esclave et captif de la volonté de Dieu ou de celle de Satan; en sorte qu'il n'a aucune liberté ni libre arbitre de se tourner
i autre (Aie, ou de vouloir autre chose,
que l'esprit ou la grâce de Dieu dure
'homme, et j'appelle nécessité, poursuit
ier, cité par le ministre, non pas la néité île contrainte, mais celle d'iiiiuiulabilité; » et le reste toujours soutenu de la même force :ce qu'il achève de prouver par Calixle, luthérien, dont voici les propres ternies cités par M. Juricu (2577) : « Tout le but du livre de Lulher est de faire voir qui' toutes les actions i\^> hommes, el tous les événements qui en dépendent, ne peuvent arriver autrement qu'ils arrivent, ni se faire avec contingence, ou par la volonté du libre arbitre de l'homme mais par la pure et unique volonté, disposition et or dre de Dieu. » Ce n'est donc pas seulement le sentiment de Luther, que Dieu veut et fait tout le bien et tout le mal qui se trouve dans le inonde, mais c'est là encore tout le but de son traité du Serf arbitre : et ce n'est pas seulement M. Juricu ou les calvinistes qui objectent ces énormes excès à Luther; mais ce sont encore ses sectateurs mêmes et les luthériens les plus doctes et les plus célèbres, du nombre desquels est Calixte, dont les paroles citées par le ministre Juricu, se trouvent en effet dans le livre de ce fameux luthérien, intitulé, Jugement sur les Controverses, etc.
V. — M. Jurieu démontre que Luther a établi ces blasphèmes comme doijmes capitaux, et ne les a jamais rétractés.
Et parce qu'on pourrait penser que Lulher aurait dit ces choses comme douteuses ou problématiques, continue M. Juricu : au contraire, dit ce ministre (2578), il les pose comme des dogmes certains, qu'il n'est ni permis ni sûr de révoquer en doute; et pour le prouver, ilallègue ces paroles, par où Luther conclut :« Ce que j'ai dit dans ce livre, je ne l'ai pas dit comme on disputant ou en conférant, mais je l'ai assuré et je l'assure, et je n'en laisse le jugement à personne ; mais je conseille h tout le monde de s'y soumettre. » Ce qu'il veut qu'on reçoive avec une entière soumission, c'est que tout est nécessaire d'une absolue nécessité : «et souvenezvous, poursuit-il, vous qui in'écoutez, que c'est moi qui l'ai enseigné; » en sorte qu'il ne paraît pas seulement que Lulher a établi ces dogmes impies, mais encore qu'il les a établis avec toute la certitude qu'on peut jamais donner à un dogme, et comme un des fondements qu'il veul le plus inculquer à ses seclateurs.
Si j'avais à convaincre Luther devant Dieu et devant les hommes de ces horribles impiétés, je ne produirais autre chose que ce que produit ici M. Juricu. Mais pour le convaincre lui-même d'avoir regardé tous ces discours de Luther, non-seulement comme durs, mais comme impies, et non-seulement comme contenant des expressions excessi-
v-2.:i7i) Pag. 212.
(2575) Ibid.
(257t>) ibid.
(23 S) Ibû
Pag. 213.
il!!
ves, niais encore comme contenant des dogmes affreux : je n'ai encore qu'à produire ces paroles de ce ministre au luthérien Sculter. «Voilà,» lui dit-il (2579), « toute cette suite de dogmes que vous appelez dans nos auteurs de grands monstres, des monstres affreux et horribles. Voilà tous nos dogmes, et beaucoup plus que nous n'en disons, et ce que nous serions bien fâchés de dire. » C'est donc de tous ces dogmes qu'on vient de voir, et dont il témoigne lui-môme tant d'horreur, qu'il a convaincu Luther, et afin de ne nous laisser aucun doute de cequ'il déteste dans ce chef de la Réforme, après avoir rapporté tous les dogmes qu'il en reçoit : « Nous embrassons, » dit il (2580), « de tout notre cœur tous ces dogmes de Luther; mais ei/ voici qui lui sont propres : Que Dieu pai sa volonté nous rend damnables nécessairement ; que c'est en vain qu'on excuse Dieu en accusant le libre arbitre; qu'il n'était point au pouvoir de Judas de n'être point traître ; que Dieu damne les hommes par sa propre volonté ; qu'il damne des innocents comme il couronne des indignes ; qu'il ne peut y avoir de libre arbitre, ni dans l'homme, ni dans l'ange, ni dans aucune créature, et que tout ce qui se l'ait par nous, se fait non point par le libre arbitre, mais par une pure nécessité. Nous rejetons, s poursuit-il, « toutes ces choses, et nous les rejetons avec horreur, comme choses qui détruisent toute religion, et qui ressentent le manichéisme. Je le dis à regret, et malgré moi, favorisant autant que je le puis la mémoire de ce grand homme : » grand homme comme vous voyez, qui vomit des impiétés et des blasphèmes qu'on n'entendra peut-être pas dans i'enfer même. Mais voilà les grands hommes de la Réforme, et voilà comme ils sont traités par ceux-là mêmes qui font profession de les révérer.
Et parce qu'on pourrait penser en faveur de Luther, qu'il aurait du moins changé de sentiment, quoiqu'on avoir eu un seul moment de si damnables, et avoir commencé par île tels blasphèmes la réformation de l'Eglise, ce serait toujours une preuve d'un homme livré à Satan, il ne laisse pas même aux luthériens cette misérable consolation : « Car, » poursuit-il (2581), « on médira qu'il s'est rétracté; mais qu'on me montre où est cette rétractation. On ne voit, dit-il, sur le libre arbitsaucune rétractation. S'il a rétracté et condamné son livre du Libre arbitre, où est l'anathème qu'il lui a dit? comment l'at-il laissé parmi ses ouvrages? Il a parlé plus doucement dans la visite saxonique, en reconnaissant le libre arbitre dans les choses civiles et morales, e* pour les œuvres extérieures de la loi; mais il ne nie nulle part ce qu'il avait assuré dans son livre ôxiScrf (irbitre; et on peut aisément concilier ce qu'il a dit dans ces deux livres. » 11 le concilie en etl'et, en remarquant que Luther
pourrait avoir admis le nbre arbitre, « en entendant sous ce mot, qu'on n'agit pas malgré soi, mais très-volontairement ; ce qui, poursuit-il, n'eni| enterait pas qu'il ne fût toujours véritable, comme Luther l'avait dit dans le livre du Serf arbitre, que Dieu par sa volonté rend les hommes nécessairement damnables, et par sa pure volonté il damne des innocents. Lulher, dit-il (2582), n'a point rétracté cela. » Il a raison : on a quelque part adouci, quoique faiblement, les expressions : on a nommé le libre arbitre même dans la Confession d'Augsbourg, sans bien expliquer ce que c'était ; mais ou ne trouve en aucun endroit la condamnation d'un livre si abominable, ni aucune rétractation de tous ces excès. Il ne fallait pas attendre de Luther, que jamais il avouât, ou qu'il crût avoir failli; et il valait mieux certainement laisser en leur entier tous les blasphèmes du livre du Serf arbitre, que de se rabaisser jusque-là. Ainsi le luthérien n'a point de réplique, et le bienheureux Luther (car c'est ainsi qu'on atrecte de le nommer dans le parti) demeure convaincu, par notre ministre, non-seulement d'avoir commencé sa Réforme, mais encore d'avoir persévéré jusqu'à la fin dans cette impiété.
11 est donc plus clair que le jour, que le ministre n'a pas seulement avoué, mais encore qu'il a prouvé invinciblement les impiétés de Lulher, et s'il les nie maintenant, s'il tâche de révoquer son aveu, c'est qu'il a honte pour la Réforme de la voir commencer par des blasphèmes et de lui voir pour ses chefs des blasphémateurs et des impies; et si, pour repousser ce juste et inévitable reproche, il s'emporte jusqu'à m'appeler au redoutable tribunal de Dieu, et à invoquer contre moi à témoin ce juste Juge, il ressemble manifestement à ces profanes qui so servent d'un si grand nom pour éblouir les simples, et donner de l'autorité au mensonge.
VI. — Calvin et Bèze convaincus d'avoir dit tes mêmes choses que le ministre Jurieu a reconnues pour des blasphèmes, et qu'il n'a osé les excuser tout à fait d'impiété.
Ce n'a donc pas été une calomnie, mais une vérité, non-seulement avouée, mais encore démontrée par M. Jurieu, de dire que les Réformateurs ont fait Dieu auteur du péché. Ce ministre passe déjà condamnation pour Luther et pour Mélanchthon, c'est-àdire pour les premiers des Réformateurs. Mais j'ai fait voir que Calvin et Bèze n'en avaient pas moins dit que les deux autres (2583); et qu'aussi M. Jurieu sans oser entreprendre de les justifier, n'en avait pu dire autre chose, sinon qu'ils étaient sobres en comparaison de Luther (2581) : ce qui montre, non pas qu'il les croiî innocents, mais qu'il les croit seulement moins eoupa-
(-257Î1) Jrit., ibid.
(2380) Pag. -il*.
J2a81j P. an.
(2583) V«f., liv. xiv; Addii.,
C258i) Jeu., De pac, p. 214.
1113 PART. X. THEOL. POLEMIQUE.- IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. III i
nies, c'est-à-dire inoiiis impics el n s
grands blasphémateurs. Mais en cela il mj trompe : car j'ai produit les passages de Calvin et île Beze (2565), où ils disenl « que Dieu fait toutes choses selon son conseil dé» fini, voire môme celles qui vont méchantes el exécrables; qu'ayant ordonné la lin (qui o*t de glorifier va justice dans le supplice îles réprouvés), il faut qu'il ait quant el quant ordonné les causes qui amènent à celte lin, c'est-à-dire sans difficulté, les péchés); que le péché du premier homme, quoique volontaire, est en même temps nécessaire et inévitable; qu'Adam n'a pu éviter sa chute, et qu'il ne laisse pas d'en être coupable ; qu'elle a été ordonnée de Dieu,el qu'elle était comprise dans son secret dessein ; qu'un conseil caché de Dieu est la cause de 1 endurcissement ; qu'on ne peut nier que Dieu n'ait
VOULU ET DÉCRÉTÉ LA DÉSERTION d'Adam,
puisqu'il fait tout ce qu'il veut, que ce décret fait horreur, mais qu'enfin on ne peut nier que Dieu n'ait prévu la chute de l'homme, puisqu'il l'avait ordonnée par son décret; qu'il ne faut point se servir du terme de permission, puisque c'est un ordre exprès; que la volonté de Dieu fait la nécessité des choses, et que tout ce qu'il ordonne arrive nécessairement; que c'est pour cela qu'Adam est tombé par un ordre de la providence de Dieu, et parce que Dieu l'avait ainsi trouvé à propos; que les réprouvés sont inexcusables, quoiqu'ils ne puissent éviter la nécessité de pécher, et que cette nécessité leur vient par ordre de Dieu; que Dieu leur parle, mais que c'est pour les rendre plus sourds; qu'il leur envoie des remèdes, mais afin qu'ils ne soient point guéris; et que si les hommes veulent répliquer qu'ils n'ont pu résister à la volonté de Dieu, il les faut laisser plaider contre celui qui saura bien défendre sa cause, » sans qu'il soit permis, comme on voit, de la détendre, en disant qu'il laisse l'homme à sa liberté, et qu'il no veut point sou péché. Voilà ce qu'ont dit Calvin et Bèze; ce qui, comme on voit, n'est pas moins mauvais que ce qu'ont dit Luther et iMélanchthon.
VII. — Que le ministre Jurieu n'a rien eu à dire aux luthériens, qui convainquent les calvinistes des mêmes blasphèmes, dont les calvinistes les convainquent, et qu'il a avoué le fait.
Aussi voyons-nous manifestement que si le calviniste ferme la bouche au luthérien sur son Mélanchtbon et sur son Luther, le luthérien ne remporte pas un moindre avantage sur les calvinistes : car écoutez comme les presse le docteur Gérard (-2o8G: : « Qu'ils donnent donc gloire à D,eu et à la vérité, en désavouant publiquement telles et semblables expressions qui se trouvent dans les écrits des gens de leur parti ; que Dieu a préordonné par un décret absolu certains
hommes, et même la |>lupn ri des homnie«, aui péchés etaux itiiies dès péchés; que la Providence divine a créé quelques hommes, afin qu'ils vivent dans l'impiété; que Dieu pousse les méchants aux crimes énormes ; (pie Dieu en quelque sorte est cuise du péché;, qu'ils condamnent de semblables propositions qui se irouventen autant de tenues dans leurs écrits publics, s'ils veulent être réconciliés avec l'Eglise. » Voilà les impiétés que les luthériens reprochent aux calvinistes; et )e passage qu'on vient de voir du docteur Gérard est cité mot à mot par M. Jurieu (2587). Mais qu'y répond ce ministre? Nie-l-il le fait? Je veux dire, nie-t-il que ceux de son parti aient enseigné que Dieu « préordonne les hommes aux péchés, les pousse aux crimes énormes , et soit en quelque sorte cause du péché? » Point du tout; voici sa réponse (2S88):«llest vrai : nous reconnaissons qu'entre ces expressions il y en a de trop dures. Nous n'avons pas pour nos auteurs la même soumission que ces messieurs les luthériens ont pour Luther; et nous ne nous faisons pas une honte d'abandonner leurs manières, quand plies nous paraissent propres 11 scandaliser, etdures à digérer. Telles sont celles que nous venons de voir, dont aussi nul des nôtres ne se sert plis aujourd'hui, et dont on ne s'est plus servi depuis cent ans. »
VIII. — Que le ministre Jurieu dit, pour toute excuse, que la Réforme n'est corrigée de ces blasphèmes depuis mit ans; mais qu'en même temps il fait voir qu'elle y persévère encore, et quelle ne s'est corrigée qu'en apparence.
Il avoue donc, en termes formels, que ses auteurs ont avancé ces propositions impies : « Que Dieu préordonne aux péchés ; que Dieu pousse aux crimes énormes; qu'il 1 est en quelque sorte cause du péché. » Il ne sert plus à rien de le nier, ni de dire que je lui fais une calomnie aussi fausse que inaligne, en disant qu'il a avoué des réformateurs en gérerai, et même de ceux de son parti, qu'ils enseignent que Dieu pousse l'homme aux crimes énormes; le docteur Gérard lui reproche que celte proposition et d'autres aussi impies se trouvent en autant de mots dans ses auteurs. Loin de dire ici qu'on le calomnie, ou d'appeler le docteur Gérard au redoutable tribunal de Dieu, il confesse tout, quoiqu'il tâche de pallier ce fait honteux, et d'adoucir ces propositions qui sont autant de blasphèmes, en les appelant seulement des expressions trop dures et des manières propres à scandaliser. Enfin il avoue la chose : ces propositions se trouvent dans les auteurs du calvinisme comme dans ceux du luthéranisme; il n'y a point d'aveu plus formel que de dire tout simplement, il est vrai. La Réforme ne trouve d'excuse à cet excès, qu'en disant qu'on n'y tombe plus
(2585) Var.
(2586) Glr.