‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 245 sur 325 · IIS · texte numérisé non relu

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ll-r. PART. \ r.'IEOL. POLEMIQUE. IV. AVERTISSEMENTS M \' PROIES! ANTS. n*<l

conduiront à une plus grande perfection, c'est-à-dire, à ici le qui est sppuvée sur la révélation, li parle, poursuit le ministre, de ceux <iui n'ont pas seulement oui |>ei 1er de Jésus-Christ ni du christianisme : ceux-là, parleur propre mouvement i peuvent bien user des fontes delà volonté et des connaissances naturelles, prendre soin de leur salut et y travailler. » Voilà, sans doute, le semipélagianisme tout pur dans les luthériens, M. Jurieua raison de s'en étonner, * Quel changement, o hou Dieu ! » dit-il ; « comment peut-on passe r à celle opinion, de telle où on reconnaissait le libre arbitre tellement esclave ou de Satan ou de Dieu, qu'il ne pouvad pas même commencer un ouvrage tendant au salut sans Dieu et sa grâce? » C'està-dire, comme ou voit, en d'autres termes : comment peut-on passer du manichéisme ou du stoïcisme, qui détruisent le libre arbitre, au demi-pélagianisme, qui lui attribua le salut en le lui taisant commencer, et l'attachant tout entier à ee commencement? C'est de quoi les luthériens sont coupables. .M. Juiieu ne les en a pas accusés seulement, quoique depuis il l'ait voulu nier; mais encore il les en a convaincus, et si on ajoute à ces preuves celles que j'ai rapportées <lu livre de la Concorde (2G03*), Qui contient, non les sentiments particuliers, mais les décisions de tout le parti, il n'y aura rien à désirer pour la conviction.

XV. — Prodigieuse variation de toule la Réforme dans le semi-pélagianisme des luthériens , et dans le consentement des calvinistes.

Le premier parti de la Réforme est tombé dans cette effroyable variation. Mais il ne l'eut pas que les calvinistes, c'est-à-dire le second parti, se vantent d'en être innocents ; puisque, comme nous l'avons dit, ils ne s'étudient qu'à convaincre les luthériens de leur erreur, que pour faire valoir l'offre qu'on leur fait de la tolérer. Ainsi, ce que les luthériens font par erreur, les calvinistes lo l'ont par consentement, en leur offrant la communion, en les admettant à la table et au nombre des enfants de Dieu, malgré l'injure qu'ils font à sa grâce. Ce qui fait dire décisivenienl à M. Jurieu, contre les maximes de sa secte et contre les siennes propres, que le semi-pélagianisme ne damne pas (2604). Quel intérêt, mes chers frères, prend-on parmi vous aux seini-pélagiens ennemis de la giâce de Jésus-Christ? Que peut-il y avoir de commun entre ceux qui donnent tout au libre arbitre et ceux qui lui ôtent tout? Et d'où vient que votre ministre en est venu jusqu'à dire", que le semipélagianisme ne damne pas? Ne voyezvous pas plus clair que le jour, que c'est qu'on sacrifie tout aux luthériens? La doctrine de la grâce chrétienne, autrefois si

fond iineniah' parmi vous, cesse de l'être; et il ne lient qu'aux luthériens de vous faire changer, autant qu'ils voudront, les maximes qu'on croyait les plus sûres parmi Vous.

XVI. — Contradiction de M. Jurieu sur le semi-pélagianisme; que c'est une erreur mortelle, et que cen'en est jias rue.

En effet, ce même M, Jurieu, qui, dans sa huitième et dans sa dixième lettre, s'emporte si violemment contre moi de ce que je range le semi-pélagianisme parmi les erreurs mortelles, <>n ;) r|j| beaucoup plus que moi, quand il a parlé naturellement, puisqu'il a dit ces paroles : « On a beau faire, on ne rendra jamais les vrais Chrétiens pélagiens et senii-pélagiens. » Ht encore : « 11 n'y a que deux arlii les généraux i ue le peuple doit bien savoir , et sur lesquels tout le reste doit être bâti : le premier, que Dieu est le princ pe et la cause de tout notre bien. Cela est d'une nécessité absolue pour servir de fondement au service de Dieu, à la prière et à l'action de grâces (2G05) : » ce qui arrache jusqu'aux moindres libres de la doctrine de Péla-e , comme incompatible avec le salut et avec le fondement de la piété. Il dit eni ore en un autre endroit, et dans sa Consultation, qui est son dernier ouvrage : <> Qu'il est nécessaire en toutes manières de bien enseigner au peuple qu'on ne doit point tolérer l'hérésie pélagienne dans l'Eglise; que Dieu est la cause de tout le bien qui est en nous, en quelque manière que ce soit; que le libre arbitre de l'homme, en tout ce qui regarde les choses divines et les œuvres par lesquelles rous obtenons le salut, est tout à l'ait mort; que dans l'œuvre de la conversion Dieu est la cause du commencement, du milieu et de la tin (2G06). » Tout cela c'est, ou les rameaux, ou la racine, ou les libres du pélagianisme, qu'il ne faut pas supporter. Mais le semi-pélagianisme est exclu par là. Car dira-t-on qu'il faut Igisser avaler au peuple la moitié d'un poison si mortel? S'il faut que le peuple sache que ce libre arbitre est mort dans toutes les œuvres qui ont rapport au salut, il est donc mort pour écouler et se rendre utilement attentif à la parole comme à tout le resle. S'il faut, encre un coup, que le peuple sache que Dieu est l'auteur du commencement, comme du milieu et de la fin ; que restc-t-il aux semi-pélagietis, qui sont d'ailleurs convaincus d'attribuer à l'homme tout le salut, en lut attribuant ce commencement auquel est attachée toute la suite? Ainsi, selon M. Jurieu, le semi-pélagianisme est intolérable.

Il est vrai pourtant qu'il dit ailleurs, et le répète par deux fois, que le semi-pélagiaiiisine ne damne pas (2G07) ; il est vrai qu'il

(-200".-) Var., liv. vin.

(2004) S'jsi., liv. n, cli. 3, p.

</fs var., liv. vin ; liv. xiv.

(200;>) Lclt. 8, p. 01; 10, 7.

(-2000) Jur., ConsulL, p.^282, 249, 253; llht. (2007) Jnt., Syst., p. 249,253; Var., liv. vm ;

liv. XIV.

s'échauffe dans ses lettres jusqu'à l'emportement, pour soutenir une doctrine favorable à celte hérésie (2608). S'il a cru sauver ses contradictions, en disant, comme il a fait, que ces semi-pélagiens, qu'il sauve dans la confession d'Augsbourg et ailleurs, pendant (ju'ils sent semi-pélagiens dans l'esprit, sont disciples de. saint Augustin dans le cœur (-2009); il no connaît guère ce que c'est ni que I esprit ni que le cœur. Car par où estte que le poison d'une mauvaise doctrine passe dans le cœur, si ce n'est par l'esprit ? C'e-t donc par l'esprit qu'il faut commencer à empocher le poison d'entrer, et ne pas tolérer une doctrine qui portera la mort dans le cœur aussitôt qu'elle y arrivera.

XVII. — Etrange parole du ministre Jurieu, qu'il faut exhorter à la pelagienne.— Inconstance de sa doctrine : quelle en est la cause

doit ne

Mais le ministre s'entend encore moins lui-même, lorsqu'on posant comme un fon dément, que l'hérésie pelagienne ne pas être tolérée parmi les infidèles, laisse pas de dérider que dans les exhortations il fa.it nécessairement parlera la pelagienne (-2G10); parole insensée s'il en fut jamais, sur laquelle il n'ose aussi dire un seul mot, quoiqu'on la lui ait objectée dans YHistoire des variations (2611). Mais quMl y réponde du moins maintenant, et qu'il nous explique, s'il peut, ce que c'est que parlera la pelagienne. Est-ce presser vivement l'obligation et la pratique des bonnes œuvres? C'est la gloire du christianisme et celle de Jésus-Christ, qu'il ne faut pas transporter à Pelage et à ses disciples. Ou bien est-ce qu'il ne faut prêcher que la justice des œuvres, et l'obligation de les faire, sans parler de la giâce par laquelle on les fait? C'est établir la just ce pharisaïque, tant réprouvée par saint Paul. {Rom. ni, iv, vin, x.) On ne sait donc ce que veut dire ce téméraire docteur, qui, non content de conseiller de prêcher à la pelagienne, ajoute encore qu'il le faut nécessairement : comme s'il n'y avait noint d'autre moyen d'exciter les hommes à" la vertu, que de flatter leur présomption. Tout cela ne s'accorde | as : mais sachez que Dieu n'aveugle votre ministre jusqu'à permettre qu'il tombe dans de si visibles et si surprenantes contradictions, qu'afin que vous entendiez qu'on ne peut parler conséquemment parmi vous. Pour être bon calviniste, il faut concilier trop de choses opposées. Le calvinisme voudrait une chose; le liithérianisme, qu'il faut contenter, en "iiit dire une autre; on tourne à tout vent de doctrine; et il n'y a point de sablo si mouvant.

(JEU VUES COMPLETES DE BOSSl'ET. 1128

XVIII. — Vaine récrimination de M. Jurieu sur les molinisles. Calomnie contre l'Eglise romaine.

Quant à ce que pour récriminer, M. Jurieu nous objecte que nos molinisles sont demi-pélagicns (2612), et que l'Eglise romaine tolère un pélaqianisme tout pur et tout cru (2613); pour ce qui regarde les niolinistes, s'il en avait seulement ouvert les livres, il aurait appris qu'ils reconnaissent pour tous les élus une préférence gratuite de la divine miséricorde, une grâce toujours prévenante, toujours nécessaire pour toutes les œuvres de piété; et dans tous ceux qui les pratiquent, une conduite spéciale qui les y conduit. C'est ce qu'on ne trouvera jamais dans les seini-pélagiens. Que si on passe plus avant, et qu'on fasso précéder la grâce par quelque acte purement humain, à quoi on l'attache, je ne craindrais point d'être contredit par aucun Catholique, en assurant que ce serait de soi une erreur mortelle qui ôterait le fondement de l'humilité, et que l'Eglise ne tolérerait jamais, après avoir décidé tant de fois, et encore en dernier lieu dans le concile de Trente, que tout le bien, jusqu'aux premières dispositions de la conversion du péi heur, vient d'une grâce excitante et prévenante, qui n'est précédée par aucun nu rite (-614); et avoir ensuite prononcé : « Si quelqu'un dit qu'on peut croire, espérer, aimer et faire pénitence sans la grâce prévenante du Saint- Esprit, et que cette grâce est nécessaire pour faire plus facilement le bien, comme si on pouvait le faire, quoique plus difficilement, sans ce secours; qu'il soit anathème (2615). » Voilà comme l'Eglise romaine tolère un pélagiânisme tout pur et tout cru, pendant qu'elle en arrache jusqu'aux moindres fibres , en attribuant à la grâce jusqu'aux moindres commencements du salut ; et on ne veut pas revenir de calomnies si atroces et ensemble si manifestes l

Tout ce que dit M Jurieu pour soutenir celle-ci, c'est qu'on donne à l'homme le pouvoir de résister à la grâce (2616). Si c'est là être pélagien, il y a longtemps que les luthériens le sont, puisqu'ils enseignent, dans la Confession d'Augsbourg, qu'on peut résister à la grâce, jusqu'à la perdre entièrement après l'avoir reçue (2617).

Saint Augustin est aussi du nombre des pélagiens , puisqu'il répète si souvent, même contre ces hérétiques, que la grâce vient de Dieu, mais qu'il appartient à la volonté d'y consentir ou de n'y consentir pas (2618). Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question, et nous en dirons davantage si le* ministre entreprend un jour de nous prouver ce paradoxe inouï jusqu à

(2008) LU. 8 et 10.

(iCOO) Jur. J'ig- sur les mêlh., p.

liv. îiv.

(2UIU) Jucj. fur tes niétli., secl. 15,

(2611) Var., liv. xiv.

(2612) Un. 8, p. 61.

Ul; \'ar ii. 131.

présent, qu'on ait condamné les pélagiens

(2GI5) Lell. 10, p. 77.

(2014) Sess. ti, cap. 5.

(26 15) Can. 2, 5.

(2lilli) Lelt. 8, p. 61.

(2017) Conf. Aug., art. Il ; V«r., liv. m.

(2018i De spir. a lin., c. 3j, u. 57 ti 58.

1120 r.VR'r. X. THEOL. POLEMIQUE. -IV. AYEIITISSEMKNTS MX l'HOTF.STANTS. 1150

(i-uir «TYoir dit qu'on peut résister à la grâce, ou qu'on \ résiste souvent jusqu'à en rendre les inspirations inutiles, quand même on

dirait avec cela que Dieu, dont les attraits sont infinis, a des moyens sûrs pour prévenir et pour empêcher cette résistance. Qu'on me montre) encore un coup, que les

conciles qui ont condamné les pélagiens ou saint Augustin, ou quelque autre auteur, quel qu'il soit, les aient condamnés pour Cela, ou qu'on ait mis ce sentiment parmi leurs erreurs; c'est ce que j'oserai bien assurer qu'on ne montrera jamais, et qu'on ne tentera même pas de le montrer. Ainsi ce pélagianisme tout pur et tout cru que Mi, Juneu impute à l'Eglise romaine n'est assurément que dans sa tête.

XIX. — Erreur des luthériens sur la nécessité des bonnes œuvres, détestée et en même temps tolérée par M. Jurieu.

Mais voici une aulre objection que je l'accuse d'avoir laite aux luthériens : « Il n'est pas possible, leur dit-il (2619;, de dissimuler votre doctrine sur la nécessité des bonnes œuvres. » 11 est vrai, il faut renoncer au christianisme pour dissimuler l'erreur des luthériens lorsqu'ils ont osé condamner cette proposition : Les bonnes œuvres sont nécessaires au salut. Nous en avons pourtant rapporté la condamnation faite par le consentement unanime des luthériens dans l'assemblée de YVorms , en 1557(2020]. Le ministre avoue qu'il ne peut dissimuler cette doctrine des luthériens, et il semble montrer par ces paroles qu'il en a l'horreur qu'elle mérite; tuais cependant il entre en traité avec eus, et, pour ne point les exclure de la société de l'Eglise, il est contraint de tolérer une erreur si préjudiciable à la piété. Que dira-l-il? quoi ? peut-être que les luthériens ont depuis changé d'avis. Mais au contraire, il rapporte, avec une espèce d'horreur, ce passage de Scultet lui-même, où il dit « qu'il n'est pas permis de donner une obole des richesses bien acquises pour obtenir le pardon de ses péchés ; » et encore, « que l'nabitude et l'exercice des vertus n'est pas absolument nécessaire aux justiliés pour le salut; que ce n'est pas même, ni dans le cours ni à la fin de leur vie, une condition sans laquelle ils ne l'obtiendront pas; que Dieu n'exige pas d'eux les œuvres de charité comme des conditions sans lesquelles il n'y a point de salut. » Voilà des blasphèmes, puisque, poursuit M. Jurieu (2621), « si ni l'habitude ni l'exercice des vertus n'est nécessaire, pas même à l'heure de la mort, un homme pourrait être sauvé quand il n'aurait l'ait ni dans le cours de sa vie ni même à la mort aucun acte d'amour de Dieu. » Ces impiétés que votre ministre déteste avec raison dans les luthériens d'aujourd'hui, viennent du fond de

leur doctrine et sont des suites inévitables du dogme de la justice par imputation; car par là on est mené à dire que la justice que Dieu même fait en nous par Hn'usion et par l'exercice des vertus, et même de la charité, e-t la justice des œuvres réprouvée par l'Apôtre; de sorte que la grâce de la justification précède la charité, d'autant plus que, selon les principes de la secte, il n'est pas possible d'aimer Dieu qu'après s'être parfaitement réconcilié avec lui ; d'où il s ensuit que le pécheur est justifié sans avoir la moindre étincelle de l'amour de Dieu, ce qui est une suite affreuse de la justice par imputation, et ce qu'aussi nous avons vu élabli en conséquence de celte doctrine dès l'origine du luthéranisme (2622).

XX. — Noire calomnie du ministre r/ui accuse l'évéque de Meaux d'unir nié dans son Catéchisme l'obligation d'aimer iJieu.

Je ne puis ici m'empôcher de me réjouir avec M. Jurieu de ce qu'il semble vouloircorri^erce mauvais endroit du système protestant ; mais en même temps il fait deux fautes capitales : l'une de tolérer dans les luthériens cette insupportable doctrine, ce qui le fait consentir au crime de la soutenir; l'autre de l'imputer par une insigne calomnie à l'Eglise romaine et à moi-même. A mou égard, voici ce qu'il dit dans la vingtième lettre de celte année (2623) : « L'évèque de Meaux, qui fait profession pourtant de n'être pas de la doctrine des nouveaux casuistes, établit dans son Catéchisme, que la contrition imparfaite, c'est-à-dire celle qui naît seulement de !a crainte de l'enfer, suffit pour obtenir la rémission des péchés. >< 11 ne faut plus s'étonner de rien, après les hardis mensonges qu'on a vus dans les discours de ce ministre ; mais il est pourtant bien étrange de me faire dire une chose quand je dis tout le contraire en termes exprès. Voici l'endroit qu'il produit de mon Catéchisme (2624) : « Ceux qui n'ont pas cette contrition parfaite ne peuvent ils pas espérer la rémission des péchés? »A quoi on répond : « Ils le peuvent par la vertu du sacrement, pourvu qu'ils y apportent les dispositions nécessaires. » 1.1 faudrait donc examiner quelles étaient ces dispositions que j'appelais nécessaires. Mais, sans en prendre la peine, le ministre croit avoir droit de décider de son chef sur mes sentiments; « et, dit-il, ces dispositions ne sont autre chose que la peur de l'enfer : ainsi, conclut-il, un scélérat qui, à la fin de sa vie, se confesse! a avec la crainte de la mort éternelle, pourra être sauvé, sans jamais avoir fait aucun acte d'amour de Dieu, c'est à quoi se réduit la morale sévère de notre convertisseur. »

Il croit avoir triomphé, quand il me donne ce titre que je voudrais avoir mérité; mais pour le confondre, il n'y a qu'à lire la suite

(-2019) Consul, de pue., p. 245. ("2622) \ar., liv. I, col. 540 seqq.

(2020) Yar.. liv. v, cul. 40G ; liv. vu, col. 576; (2623, Jir., kll. 20, 151.

iv. vin, col. 5!I4. (26i4) Càtéth. de Meaux., but. sur In pétrit.,

(-021) Consul! . depac., p. 241. dans le i' Catéch., leçon 2, col. £9 sei)<|

OliUHKS COMTL. Ut FiOSSLET. VIII. 20

ŒUVRES COMPLETES DE BOSSl'ET.

du passage qu'il produit. Car en s'expliquant ces dispositions nécessaires, que le ministre a interprétées de la seule crainte de l'enfer, je dis, selon le concile deTrente, « que ces dispositions, nécessaires pour obtenir le pardon de ses péchés, sont premièrement, de considérer la justice de Dieu et s'en laisser effrayer; secondement, de croire que le pécheur" est justifié, c'est -h -dire remis en grâce par les mérites de Jésus- Clirisl, et espérer en son nom le pardon de nos péchés; et enfin, de commencer à l'aimer comme la source de toute justice, c'està-dire comme celui qui justifie le pécheur gratuitement et par une pure bonté (2G25). » 11 faut donc nécessairement du moins commencer à aimer Dieu, et cela par le motif le plus propre à la grâce de la conversion, eu l'aimant comme celui qui justifie le pécheur par une pure et gratuite miséricorde. Ainsi, manifestement, pour avoir la rémission des péchés, si l'on n'a pas la contrition parfaite en charité qui d'abord réconcilie le pécheur, il faut du moins commencer à aimer Dieu à cause de sa bonté gratuite; et par cet amour commencé se préparer le chemin à l'amour parfait, qui consomme en nous la justice, et qui môme serait capable de nous justifier avec le vœu du sacrement, quand on ne l'aurait pas actuellement reçu. Loin de me contenter de la seule crainte de l'enfer, j'explique pourquoi la crainte ne suffit pas seule ; en peu de mots à la vérité, comme il fallait à des enfants, mais de la manière qui me paraissait la plus propre à s'insinuer dans ces tendres esprits; à quoi j'ajoute expressément, qu'il faut apprendre plus clairement à ceux qui sont plus avancés, que ce qu'il faut apprendre dans le sacrement de pénitence, « pour y assurer son salut autant qu'on y est tenu, c'est de désirer vraiment d'aimer Dieu, et s'ï exciter de toutes ses forces (2G2G), » où, non content du désir de l'amour de Dieu, qui ne peut être sans un amour déjà commencé, je demande encore qu'on s'excite de toutes ses forces à exercer cet amour. Votre infidèle minisire a supprimé toutes ces paroles de mon Catéchisme, non-seulement pour prendre de là occasion de me calomnier, lui qui m'impute sans raison tant de calomnies, mais encore de peur que vous ne voyiez les saintes dispositions que nous proposent les Pères de Trente, c'est-à-dire toute l'Eglise catholique, pour obtenir le pardon de nos péchés.

Mais la plus coupable infidélité de cet écrivain, et celle où il vous fait voir qu'il n'a plus aucun égard à la bonne foi, a été celle de me faire dire dans ce môme Catéchisme, qu'on pouvait être sauvé sans avoir jamais fait aucun acte d'amour de Dieu. A Dieu ne plaise que j'instruise si mal le peuple que le Saint-Esprit a commis à ma conduite, et que je donne aux enfants ce poi-

son mortel au lieu du lait que je leur dois. Voici quelle est ma doctrine dans la leçon où je traite expressément cette matière. J'y enseigne très-soigneusement entre autres choses : « Que celui qui manque à aimer Dieu, manque à la principale obligation de la loi de Jésus-Christ, qui est une loi d'amour, et à la principale obligation de la créature raisonnable, qui est de reconnaître Dieu comme son premier principe, c'està-dire la première cause de son être, et comme sa fin dernière, c'est-à-dire celle à laquelle on doit rapporter toutes ses actions et toute sa vie; en sorte qu'étant difficile de déterminer les circonstances particulières où il y a une obligation spéciale de donner à Dieu des marques de son amour, nous en devons tellement multiplier les actes que nous ne soyons pas condamnés pour avoir manqué à un exercice si nécessaire (2627). On serait donc condamné, si on y manquait, faute d'avoir satisfait à la principale de ses obligations, et comme Chrétien et même comme homme; et voilà comme j'ai dit qu'on peut être sauvé sans aimer Dieu.

Le ministre ne rougit fias de me l'imputer, pendant que je m'étudie à établir précisément le contraire. Mais ce n'est pas là son plus grand crime : l'excès de son aveuglement, c'est qu'en m'accusa ut faussement d'une erreur si opposée à l'amour de Dieu, il en convainc les luthériens, et en même temps il les supporte : de sorte que tout le zèle qu'il a pour la charité et pouiTEvangile, c'est qu'il condamne sévèrement dans les Catholiques, à qui il l'impute par calomnie, ce qu'il trouve effectivement et ce qu'il tolère dans les luthériens.

XXI. — Calomnie contre l'Eglise, qu'on accuse aussi de nier l'obligation d'aimer Dieu pendant qu'elle censure ceux qui la nient.

Mais, de peur qu'il ne s'imagine que ce qu'il trouve dans mon Catéchisme soit ma doctrine particulière, je veux bien lui déclarer que s'il s'est trouvé des auteurs parmi nous qui aient ôté l'obligation d'aimer Dieu par un acte spécial, ou qui aient voulu la réduire à quatre ou cinq actes dans la vie, les Papes, les évêques et les facultés de théologie s'y sont opposés par de sévères censures : témoin ces propositions censurées à Kome par les Papes Alexandre Ml et Innocent XI (2628), avec l'applaudissement de tout l'ordre épiscopal et de toute l'Eglise catholique : « L'on n'est tenu de former en aucun temps de la vie des ae:es de foi, d'espérance et de charité, en vertu des préceptes qui appartiennent à ces vertus (2629). Nous n'osons pas décider si c'est pécher mortellement que de ne former qu'une seule fois en sa vie un acte d'amour de Dieu. Il est probable que le précepte de l'amour de Dieu n'oblige fias, même à la rigueur, tous les

(-2625) Cnléch. de Mcaux, ibid.

(2626) lbid., lec. 3.

(2027) II' Cath., part, iv, lec

(2628) Prov. davin. ab. Alex et ab. Inn. XI, 2 Mail. 1679.

(2629) Alex. Vil, piop. t.

VN, 24 Sept. 1865.

11." PART. X. TIÏEOL POLEMIQUE.- I\. liVERÎWSEJIENTS AUX PROTESTANTS.

il:

< i ii i| an^> ; il n'oblige que lorsqu'il esl nécessaire pour être justifié et que nous n'en avons point d'autre moyen (3680). » On fait voir, en condamnant ces propositions autant absurdes qu'impies, que le précepte do l'amour de Dieu oblige les Chrétiens, et ne les oblige pas pour une fois ni dans un certain temps seulement, mais continuellement et toujours, à la manière qu'on vient d'expliquer.

XXII. — Les calvinistes coupables du crime qu'ils nous imputent.

I! serait aisé de vous faire voir que de semblables propositions ont été souvent condamnées par les Papes, par les évoques et par les universités, si c'en était ici le lieu. Ki outez-moi donc, mes chers frères, et ne vous laissez point séduire par ces paroles de mensonge : les Catholiques tolèrent toutes les mauvaises doctrines, et jusqu'à celle qui nie la nécessité d'aimer Dieu. Vous voyez par ces censures comme on les tolère : mais o Dieu, vous êtes juste 1 ceux qui nous accusent faussement de les tolérer, livrés à l'esprit d'erreur en punition de leurs calomnies, sont eux-mômes coupables du crime qu'ils nous imposent, puisqu'ils tolèrent ces erreurs dans les luthériens, parmi lesquels ils sont forcés de les reconnaître d'une manière plus insupportable qu'elles ne se sont jamais trouvées dans aucun auteur.

XXIII. — Compensation d'erreurs proposées entre les luthériens et les calvinistes. Mauvaise foi du ministre qui le nie, et ses récriminations calomnieuses.

C'est à quoi les pousse, malgré qu'ils en aient, cette malheureuse compensation de dogmes qu'ils ne cessent de négocier avec ceux de la confession d'Augsbourg par toutes sortes de moyens. Votre ministre s'est offensé d'une manière terrible, de ce que j'ai osé lui reprocher ce commerce infâme. «Je n'ai pu, » dit-il (2631), « lire sans pitié ces paroles de M. de Meauxi: Après toutes ces vigoureuses récriminations que font les calvinistes aux luthériens, on croirait que le ministre Jurieu va conclure à détester dans les luthériens tant d'abominables excès, tant de visibles contradictions, un aveuglement si manifeste. Point du tout, il n'accuse les luthériens de lant d'énormes erreurs, que pour en venir à la paix... «Nous vous passons tous les prodiges de votre doctrine, nous vous passons votre monstrueuse ubiquité, nous vous passons votre demi-pélagianisme, nous vous passons ce dogme affreux qui veut que les bonnes œuvres ne soient fias nécessaires au salut : passeznous donc aussi les décrets absolus, la grâce irrésistible, la certitude du salut, etc. (-2632). » Je reconnais mes paroles, il les a fidèlement rapportées; et« voilà, » poursuitil, (2033), « ce que j'appelle faire le comédien

ri le déetamaieur sans jugement, sans loi. il n'est point vrai qu'on reconnaisse dans les luthériens des dogmes énormes, des prodiges de doctrine, d'abominables excès. »

Prêtez l'oreille, mes frères. L'ubiquité, constamment enseignée par les luthériens, n'est plus un monstre de doctrine : laissons celui-là qui trouvera sa place ailleurs. L'erreur d'attribuer h l'homme le commencement, etpar là tout l'ouvrage de son salut, celle de dire que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut, et qu'en effet on est sauvé sans les vertus, sans leur exercice et sans celui de l'amour de Dieu, n'est pas un dogme énorme, ni un abominable excès: tout cela est supportable ;ear il a la marque du luthéranisme, qui rend tout sacré et inviolable. Retenez bien, mes frères, ce que dit ici votre minisler; mais écoutez comme il continue (2634.) : « C'est être comédien, encore une fois, que d'appeler ainsi des erreurs humaines. » Remarquez encore : toutes ces erreurs des luthériens ne sont [dus que des erreurs humaines, c'est-à-dire, trèssupportables, « auprès desquelles les erreurs des molinistes, et celles des défenseurs de la souveraine autorité papale, sont de vrais monstres, que M. Rossuet tolère pourtant dans son Eglise, quoiqu'il fasse profession de ne pas les croire. Je n'offre point la tolérance aux luthériens, pour les abominables dogmes, que l'amour de Dieu n'est pas nécessaire pour être sauvé. >* Romnez donc avec eux, puisque vous venez de les convaincre de cette erreur. Mais après ce petit mot d'interruption, reprenons les paroles du ministre. «Je n'offre point,» poursuit-il, » la tolérance aux luthériens, pour les abominables dogmes1, que la fornication n'est point un péché mortel; que la sodomie et les autres impuretés contre nature ne sont que des péchés véniels; qu'on peut tuer un ennemi pour un écu, à plus forte raison pour mettre son honneur en sûreté. Ce sont là des abominations que M. Bossuet tolère dans son Eglise. » Quoi 1 mes frères, sous les yeux de Dieu oser dire qu'aucun auteur catholique ait pu tenir pour péchés véniels les impuretés qu'on vient d'entendre ! J'en rougis pour votre ministre. Il n'en nommera jamais un seul. Que s'il y a quelque malheureux qui ait enseigné dans quelquescas métaphysiques, qu'on peut s'opposer à la violence jusqu'à tuer un voleur qui veut vous ravir un écu, son opinion est réprouvée par les censures dont on a parlé ; et on n'en souffre les auteurs dans l'Eglise, que parce qu'ils sont soumis à ses décrets.

Mais voyons s'il en est ainsi de l'échange qu'on négocie avec les luthériens. Le ministre se tourmente en vain pour s'en excuser: c'est lui-même qui parle en ces termes au docteur Scultet dans sa consultation pour la paix entre les protestants. « Le dernier argument,» dit-il,* qui persuadeune mutuelle

(2650) I.nnoc. XI, prop 5, 6, 7.

r2(i5l) Lell. 10, p. 77.

filjj:!) Var., (iddil.au liv. MY, roi

;-2!i7)5) Jir., lelt. 10 ibid.

(-2054) Jtn , ibid.

ŒLVRES COMPLETES DE ROSSUET.

HÔG

tolérance, c'est que les réformés ne demandent rien qu'ils n'offrent. Nous demandons la tolérance pour notre dogme que vous appelez particularisme, » c'est-à-dire pour la certitude du salut et les autres de cette nature dont nous avons tant parlé. « On ne doit point la tolérance, mais le consentement à la vérité : mais, supposé que le particularisme soit une erreur, nous vous offrons la tolérance pour des erreurs bien plus importantes. » Là il fait un long dénombrement des erreurs des luthériens qu'on vient de voir : il est tout prêt à communier avec ceux qui les enseignent, ou plutôt, en tant qu'en lui est, il y communie en eifet, lui et tout ceux de son parti, puisqu'ils offrent la communion aux luthériens avec ces erreurs; et ils ont trouvé le moyen, en faisant semblant de les rejeter, de s'en rendre en effet coupables, puisqu'ils y consentent.

Après cela, faut-il avoir de la conscience pour nier qu'on ait proposé ce honteux échange de dogmes? Le voilà en termes formels dans les écrits de votre ministre ; et le public peut voir à présent qui est le comédien, qui est le déclamatear, qui est l'homme sans jugement et sans foi : de moi qui lui reproche ce lâche traité, ou de lui qui le fait. Mais je ne m'étonne pas qu'il en ait honte; car après tout, qui vous a permis de négocier à la face de tout l'univers de tels accommodements, et d'acheter la communion des luthériens aux dépens de la grâce de Jésus -Christ, et des préceptes les plus sacrés de l'Evangile? Qui vous a, dis-je, donné le pouvoir de recevoir à la sainte table les ennemis de la grâce, qui en attribuent les premiers dons au libre arbitre, et les ennemis de ces saints préceptes, qui nient qu'il soit nécessaire de les pratiquer pour se sauver ? On voit bien que la sainte table no vous est de rien, et si vous vous en croyiez les dispensateurs véritables, vous ue l'abandonneriez pas à des gens que vous avez convaincus de tant d'erreurs capitales. Mais encore, par quels moyens prélendezvous parvenir à cette union tant désiréeavec tes luthériens? Par l'autorité des princes. Selon vous ce sera aux princes à déterminer les articles dont on pourra convenir, et ceux qu'on pourra du moins tolérer (2(i35). M. Jurieu ne nie pas du moins qu'il n'ait foit la proposition de rendre les princes et leurs conseillers souverains arbitres des points qu'on pourra concilier, et de la manière de le faire; ce qui est remettre entre leurs mains l'essentiel de la religion. Et pourquoi leur donner tout ce pouvoir?

«Parce que,» dit-il c263G),« toute la Réforme s'est faite par leur autorité. » Vous ne m'en croyez pas, quand je vous le dis; mais votre ministre l'avoue : à ce coup il a raison. On a vu. dans toute {'Histoire des variations, que la Réforme est l'œuvre des princes et des magistrats : c'est par eux que les ministres se sont établis; c'est par eux qu'ils ont

chassé les anciens pasteurs aussi bien que les anciens dogmes. Après de si grands engagements, il est trop tard pour en revenir, et l'accord des religions doit être l'ouvrage de ceux par qui elles se sont formées. Mais il y a encore une autre raison de leur soumettre tout ; « parce que, ajoute M. Jurieu, les ecclésiastiques sont toujours trop attachés à leurs sentiments. » C'est pourquoi il faut appeler les politiques, qui apparemment feront meilleur marché de la religion. Jugez-en vous mêmes, mes frères, qu'est-ce qu'une religion où la politique domine, et domine jusqu'à un excès si honteux ? C'est aux princes et aux politiques que votre ministre permet de déterminer de la doctrine, et de prescrire les conditions sous lesquelles on donnera le sacrement deNotre-Seigneur. Les théologiens commenceront par jurer qu'ils se soumettront à l'accord des religions qu'auront fait les princes (2637). C'est la loi que leur impose M. Jurieu, sans quoi il ne voit point d'union à espérer : les pasleurs prêcheront ce que les princes auront ordonné, et distribueront la Cène à leur mandement. Mais qui les a préposés pour cela ? Est-ce aux princes que Jésus-Christ a dit : Faites ceci, cl, je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles? Ou bien est-ce sur la confession et la foi des princes qu'il a fondé son Eglise, et qu'il lui a promis une éternelle stabilité contre l'enfer? Les luthériens se tiennent plus fermes, je l'avoue, et ne semblent pas disposés à entrer dans ces honteux accommodements. Les ministres calvinistes ont toujours fait toutes les avances; et celle que fait ici M. Jurieu ne dégénère pas de toutes les autres.

Le ministre n'a osé toucher tous ces endroits; je vois bien qu'il a rougi pour la Réforme, où l'on négocie de tels traités à la vue de tout l'univers. Mais, direz-vous, qui l'en avoue? Ce serait à vous à le savoir. Mais non. Quand la politique du parti lit résoudre qu'on recevrait les luthériens à la Cène, et que le synode de Charenton en eut fait la décision, il fallut bien y passer. Il eu serait de même en cette occasion. On vous dira éternellement qu'on vous laisse la liberté déjuger de tout, et même de vos synodes; mais on sait bien qu'on ne manque pas de vous mener où l'on veut sous ce prétexte.

XXIV. — Que les calvinistes ne peuvent plus dire que les erreurs des luthériens ne les touchent pas.

Vous pouvez voir maintenant combien est vain le discours de M. Jurieu, lorsqu'en tant d'endroits de ses lettres il lâche de vous faire accroire que les erreurs des luthériens ne font rien contre vous. Elles font si bien contre vous, qu'elles vous convainquent de tolérer l'anéantissement de la grâce, celui de la charité et des bonnes œuvres, et toutes les autres impiétés que le ministre Ju-

(2C7i5) C.vnsult. de puce, r;ip. 12, p. 200; Far., udkti. ait liv. xiv. cul. t80,

(2656) Ibid.

r-203') Und.

PART. \. TIl: 01.. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. II.'.S

heu a reprochées aux luthériens. Jane m'étonne donc pas s'il no veut plus maintenant les on avoir convaincus : cest visiblement qu'il rougit d'avoir par là convaincu toute la Réforme d'une impiété manifeste. Toute la Réforme est convaincue d'avoir commencé par lo blasphème, on faisant Dieu autour du péché, ot on niant lo libre arbitre. Le calviniste persiste dans cotte impiété : que si le luthéranisme s'en corrige, c*est pour aller à l'impiété opposée, et de l'excès de nier le libre arbitre à l'excès de lui donner tout. Le calvinisme à la vérité n'enseigne pas une erreur si préjudiciable au salut , mais il l'approuve dans les luthériens, assez pour les recevoir au nombre dos enfants de Dieu. Il approuve de la môme sorte d'autres grossières et insupportables erreurs, ot môme celle d'avoir rejeté la nécessité dos bonnes œuvres pour obtenir lo salut. Ainsi les luthériens sèment ces erreurs; les calvinistes marchent après pour les recueillir, et ce ipie ceux-là font par erreur, les autres, comme on a vu, le l'ont par consentement : et voilà eu trois mots l'état présent de la Réforme.

XXV. — Conclusion de cet avertissement, et le sujet du suivant.

Mais il faut passer à d'autres matières; et

après vous avoir montré la Réforme condamnée par son propre jugement, il reste encore à vous faire voir l'Eglise romaine, elle que les protestants chargent de tant d'opprobres, justifiée néanmoins, non-seulement par dos conséquences tirées de leurs principes, mais encore en termes formols et de leur aveu. Ce sera le sujet de l'avertissement suivant. Eli attendant qu'il paraisse, 0 Seigneur, écoutez-moi I O Seigneur, on m'a appelé à votre terrible jugement comme un calomniateur qui imputait des impiétés, des blasphèmes, d intolérables erreurs à la Réforme ; et qui, non-seulement lui imputait tous ces crimes, mais encorequi accusait un ministre de les avoir avoués : ô Seigneur, c'est devant vous que j'ai été accusé; c'est aussi sous vos yeux que j'ai écrit ce discours, et vous savez combien je suis éloigné de vouloir rien ajouter aux excès déjà si étranges des prétendus réformés. Si j'ai dit la vérité, si j'ai convaincu de blasphème et de calomnie ceux qui m'ont appelé à votre jugement comme un calomniateur, un homme sans foi, sans honneur, sans conscience, justifiez-moi devant eux. Qu'ils rougissent, qu'ils t.oienl confondus : mais ô Dieu, je vous en conjure, que co soit do celte confusion salutaire qui opère le repentir et le salut.

IIIe iàWEUTISSEMEMT

SUR LES LETTRES DU MINISTRE JURIEU

LE SALUT DANS L'ÉGLISE ROMAINE, SELON CE MINISTRE.— LE FANATISME ETABLI DANS LA KÉFOltME PAR LES MINISTRES CLAUDE ET JURIEU, SELON LA DOCTRINE DES QUA- KERS. — TOIT LE PARU PROTESTANT EXCLU DU TITRE D'ÉGLISE PAR M. JURIEU.

1.— Dessein de cet avertissement. Que de l'aveu du ministre on se sauve dans l'Eglise romaine; et que c'est en vain qu'il tâche de révoquer cet aveu.

One des promesses de l'Eglise, et celle qui fait le mieux sentir que la vérité plus puissante que toutes choses est en elle, c'est qu'elle verra ses ennemis et môme ceux qui la calomnient, abattus à ses pieds, l'appeler, malgré qu'ils en aient, la cité du Seigneur, la Sion du Saint d'Israël. [Isa. xl, V* ; Apoc. ii, 9; m, 9.) Personne, je l'oserai dire, n'a jamais plus indignement calomnié l'Eglise romaine que lo ministre Jurieu; et néanmoins on va le voir forcé à la reconnaître pour la cité de Dieu, puisqu'il l'avoue pour vraie Eglise qui porte ses élus dans son sein, et dans laquelle on se sauve. Il nie de l'avoir dit, et peut-être voudrait-il bien ne

l'avoir pas fait. Mais nous allons vous montrer, et cela ne nous sera point fort difficile, premièrement, qu'il l'a dit; secondement, qu'il faut qu'il le dise encore une fois, et qu'il justifie l'Eglise romaine de toutes les calomnies qu'il lui fait lui-même, à moins de renverser en môme temps tous les principes qu'il pose, et en un mot, tout son système de l'Eglise. « Je n'ai pas pu négliger, »dit-il (2638), «les deux accusations que M. Rossuct me fait dans son dernier livre (c'est lo xv* des \ariations) de sauver les gens dans lesocinianismeetdansle papisme.

Peut-être, continue-t-il , aurais-je pu me passer de répondre sur la première accusation ; mais il est fort nécessaire de repousser la seconde; c'est que, selon le ministre, on peut se sauver dans l'Eglise romaine, et qu'ainsi c'est une graude témérité d'en sor-

(%58) Loti. II, 81.

lîr. » Vous voyez, rues Frères, comme il s'élève contre cette accusation : avouer qu'on se sauve dans le papisme, c'est selon lui un si grand crime, qu'il trouve plus nécessaire de s'en défendre, que d'avoir mis le salut parmi les sociniens : mais, malgré ses vaines défaites, vous l'avez vu convaincu sur le dernier chef, et vous pouvez présumer de là qu'il lésera bientôt sur l'autre.

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