‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 246 sur 325 · II. — Que V Eglise romaine est rangée par le · texte numérisé non relu

II. — Que V Eglise romaine est rangée par le

minisire parmi les sociétés qu'il appelle vivantes, et ce que veut dire ce mot.

La preuve en est concluante, en présupposant la distinction que fait le ministre, de l'Eglise considérée selon le corps, et de l'Eglise considérée selon l'âme. La profession du christianisme suffit 'pour faire partie du corps de l'Eglise (ce qu'il avance contre M. Claude, qui ne compose le corps de l'Eglise que de véritables fidèles); mais pour avoir part à l'âme de l'Eglise, il faut être dans la grâce de Dieu (2639). « L'Eglise, dit le ministre (2640), est composée de corps et d'âme : on en convient dans les deux communions : l'âme de l'Eglise est la foi et la charité. »

Pour décider maintenant, selon ce ministre, ce qui donne part à l'âme de l'Eglise, ou comme il parle en d'autres endroits, ce qui rend les sociétés vivantes, il ne faut qu'entendre le même ministre dans son système. « Premièrement nous distinguons les sectes qui ruinent le fondement, de celles qui le laissent en son entier : et nous disons que celles qui ruinent le fondement sont des sociétés mortes; des membres du corps de l'Eglise a la vérité, mais des membres sans vie, et qui n'ayant point de vie n'en sauraient communiquer à ceux qui vivent au milieu d'elles (2641). » Par la raison opposée, les sociétés où les fondements sont en leur entier, ont la vie et la communiquent; et voici quelles elles sont selon le ministre. « Nous appelons communions vivantes les Grecs, les Arméniens, les Cophtes , les Abyssins, les Russes, les papistes et les protestants. Toutes ces sociétés ont forme d'Eglise ; elles ont une confession de foi, des conducteurs, des sacrements, une discipline : la parole de Dieu y est reçue, et Dieu y conserve ses vérités fondamentales, * Vous voyez qu'il range les papistes avec les Grecs elles autres, qui, selon lui, ont conservé les vérités fondamentales, et parmi lesquels pour cette raison il reconnaît qu'on se sauve par la vertu de la parole qui y est prèchée : car c'est là son grand principe, comme vous l'avez déjà vu dans l'Avertissement précédent (2642) , et comme vous le verrez déplus en plus dans la suite. Voilàce qu'il appelle les sociétés vivantes.

11 raisonne de la môme sorte dans ses Préjugés légitimes (2613). « L'Eglise univer-

selle s'est divisée en deux grandes parties, l'Eglise grecque et l'Eglise latine. L'Eglise grecque, avant ce grand schisme, était déjà subdivisée en nestoriens, en eutychiens, en melchites , et en plusieurs autres sectes. L'Eglise latine s'est aussi partagée en papistes, vaudois, hussites, taborites, luthériens, calvinistes, anabaptistes, divisés euxmêmes en plusieurs branches. C'est une erreurde s'imaginer que toutes ces différentes parties aient absolument rompu avec Jésus-Christ, en rompant les unes avec les autres. » Je ne m'arrêterai pas à l'ignorance de votre ministre, qui, en comptant les melchites parmi les sectes de l'Orient, les oppose aux nestoriens et aux eutychiens, sans songer que le nom de melchites, qui veut dire royalistes, est celui que les eutychiens donnèrent aux orthodoxes, à cause que les empereurs qui étaient catholiques, autorisaient la saine doctrine par leurs édits, et au contraire proscrivaient les eutychiens : ce qui fait voir en passant que ce n'est pas d'aujourd'hui que les hérétiques qui n'ont pas pour eux les puissances tâchent de tirer avantage de ce que l'Eglise catholique en est protégée. Mais, laissant à part cette remarque, arrêtons-nous à celte parole du ministre : // ne faut pas croire que toutes ces sectes ( ce sont celles qu'il vient de nommer, parmi lesquelles il nous range), en rompant entre elles, aient rompuabsoiument avec Jésus-Christ. Nous avons observé ailleurs (2644), que, qui ne rompt pas avec Jésus-Christ, ne rompt pas, pour ainsi parler, avec le salut et avec la vie, et qu'aussi pour cette raison le ministre a compté ces sociétés parmi les sociétés vivantes, sans s'émouvoir de l'objection qu'on leur fait de renverser le fondement par des conséquences qu'ils nient ; ce que le ministre pousse si join, qu'il ose bien dire (2645), «■ que les eutychiens renversaient le fondement, c'està-dire, l'incarnation du Verbe, en supposant que le Verbe s'était fait chair non par voie d'assomption, mais par voie de changement, comme l'air se fait eau, et l'eau se fait air; en supposant que la nature humaine était absorbée dans la nature divine, et entièrement confondue. Si tel a été leur sentiment, continue-t-il, ils ruinaient le mystère de l'Incarnation; mais c'était seulement par conséquence : car d'ailleurs ils reconnaissaient en Jésus-Christ divinité et humanité, et ils avouaient que le Verbe avait pris chair réellement et de fait. » Cette doctrine du ministre sur l'incarnation paraîtra étrange aux théologiens ; mais ce qu'il dit de Neslorius ne l'est pas moins : « Si Nestorius a cru qu'il y a dans Jésus-Christ deux personnes, aussi bien que deux natures , son hérésie était notoire ; cependant elle ne détruisait l'Incarnation que par conséquence : car cet hérésiarque confessait un rédempteur, Dieu

(2(159) Va,., liv. xv, col. 909, 910.

(■2t,40) Sysl., p. 10.

(2GSI) ibid., 117.

(itiii) 1" Aieiiissemi., n. 43.

(2G43) Pré). Jgil., part.

("26441 Var., liv. xv, col.

("264oj Syst., 155,

1IU PART. X. THEOL. POLEWQl K. — IV.

béni éternellement avec le Père : » d'où il conolut, « qu'il est aisé que Deu scconservo des élus dons ces sortes de sectes , parce qu'ily a dans ces communions mille et mille gens qui ne vont point jusqu'aux conséquences, et d'autres qui j allant les rejet ifiit Formellement. »

Je ne veux point disputer avec lo ministre sur la doctrine de Nestorius et d'Eutvdiès, ni s'il est permis à des gens sages d'en croire plutôt des auteurs modernes, qui viennent les excuser après douze cents ans, que les Pères qui ont vèi u avec eux et les ont ouïs, et que les conciles d'Ephèse et de Cbalcédoine, où leur cause a été jugée. Mais qu'en supposant leur erreurtellequ'on vient de la rapporter, on s'en puisse contenter jusqu'à les sauver de détruire formellement l'incarnation ; c'est ce qu'aucun Catholique, aucun luthérien, aucun calviniste n'avait osé dire. Les termes mêmes y résistent ; puisque l'incarnation n'étant autre chose que deux natures unies en la même personne divine, pour peu que l'on divise la personne, ou que l'on confonde les natures, le nom même d'incarnation ne subsiste [dus. On sauve néanmoins ces hérétiques; on sauve, dis-je, les nestoriens , ou les eutyehiens, Bien qu'on avoue qu'ils renversent le mystère de l'Incarnation, c'est-àdire, bien qu'on avoue qu'ils renversent le fondement de la rédemption du genre humain. On traite aussi favorablement ceux qui font naître le Filsde Dieu dans le temps et seulement un peu avant la création du monde (2646). Si ceux-là conservent le fond de la Trinité, il ne faut plus s'étonner qu'on fasse aussi conserver le fond de l'Incarnation à ceux qui divisent la personne de Jésus- Christ, ou lui ôtent ses deux natures en les absorbant l'une dans l'autre, comme parle M. Jurieu. Tout est permis à ce prix ; le mystère de la piété est anéanti; la théologie n'est que dans les mots, et les hérétiques Tes [dus pervers sont orthodoxes. Mais laissons cela : ce dont nous avons ici besoin, c'est de ce principe du ministre ; qu'il ne faut point imputer les conséquences à qui les nie. Sur ce principe il a dit, et il a dû dire que l'Eglise romaine était comprise parmi les sociétés vivantes, puisque selon lui elle ne renverse aucun des fondements de la foi, et que si on lui impute de les renverser par des conséquences, on doit répondre pour elle, ou qu'elle n'y entre pas, ou qu'elle les nie, ce qui en effet est très-véritable : de sorte que, pour parler avec le ministre, il est aisé à Dieu de s'y conserver des élus. 111. — Deux rainons dont se sert le ministre, pour montrer qu'il n'a pas pu dire qu'on se sauvât dans la communion de l'Eglise romaine.

A la vérité, il est honteux à la Réforme de ne sauver les enfants de l'Eglise catholique qu'avec les nestoriens et les eutychiens, et avec tant d'autres sectes réprouvées ; cela

("016) 7" Avert., n. 6 et suiv.

(Ibil) Letl. II. p . 8.

AVERTISSEMENTS Al X PROTESTANTS. M 12

dis-je, est honteux à la Réforme, car pour nous notre témoignage vient de plus haut; et quand tous les protestants conspireraient

à nous damner, nuire salut n'en serait pas moins assuré. C'est à eux qu'il est avantageux de nous mettre au rang des vrais fidèles, quoique ce BOil avec ceux envers qui il ne faudrait pas être si facile; et dans la haine que M. Jurieu a contre nous, c'est une espèce de miracle qu'il ait pu être forcé à cet aveu. Voici comme il s'en défend, et voici en même temps connue il en est convaincu. "On accuse, sdit-il (2647), « M. Jurieu d'à roir franchi le pas, et d'avoir avoué rondement qu'on peut se sauver dans l'Eglise romaine. En quel endroit a-t-il donc franchi ce pas? N'a-t-il pas dit partout que le papisme est un abominable paganisme, et que l'idolâtrie v es! aussi grossière qu'elle était autrefois a Athènes?» Il l'a dit, je le confesse, il passe outre; et après avoir exagéré nos idolâtries avec l'aigreur dont il a coutume d'accompagner ses paroles, il continue en celte sorte ; « N'a-t-il pas dit, ce ministrequ'on accuse de reconnaître qu'on peut se sauver dans l'Eglise romaine, qu'elle était celte Babylone de laquelle on était obligé de sortir s?us peine d'éternelle damnation, par le commandement de Dieu : Sortez de Babylone, mon peuple?» Il a dit tout cela, et a poussé ces calomnies au dernier excès. Mais avec tout cela Dieu est le maître : Dieu force les ennemis de la vérité et les calomniateurs de son Eglise, à dire plus qu'ils ne veulent, et tout en calomniant l'Eglise romaine de la manière qu'on voit, il faut qu'il vienne aux jiieds de celte Eglise avouer qu'on se sauve dans sa communion, et que les enfants de Dieu sont dans son sein.

IVr. — Que l'idolâtrie attribuée par le ministre à l'Eglise romaine, selon lui n'empêche pas qu'on ne s'y sauve.

Les deux raisons qu'il allègue pour se défendre de cet aveu, sont, premièrement, que l'Eglise romaine, selon lui, est idolâtre; et secondement, qu'elle est l'Eglise antichrétienne. Pour commencer par l'idolâtrie, voici les paroles du ministre : « l'Eglise, » dit-il (2648), « dans le V, le vi% le vu' et le vin' siècle, adopta les divinités d'un second ordre, en mettant les saints et les martyrs sur les autels destinés à Dieu seul; elle adora des reliques, elle seul des images qu'elle plaça dans les temples, et devanl'lesquels elle se prosterna. C'était pourtant la même Eglise, mais devenue malade, inlirme, ulcéreuse ; vivante pourtant, parce que la lumière de l'Evangile et les vérités du christianisme demeuraient cachées , mais non étouffées sous cet amas de superstitions.» Voilà donc en propres termes l'Eglise vivante, malgré ses idolâtries envers les saints, envers leurs reliques, et même envers leurs images. Il n'y a point ici d'équivoque, c€ que le ministre appelle Eglise vivante, c'es

(2018) Préj. léijii., part, i, cli. I, p. 5.

l'Eglise où sont ceux qui vivent, c'est-àdire, les vrais fidèles ; ceux qui participent

à l'Eglise, non-seulement selon son corps, c'est-à-dire, selon la profession extérieure de sa foi ; mais encore selon son âme, c'està-dire, selon la foi et la charité, comme on a vu. Si donc l'Eglise est vivante malgré les idolâtries dont on l'accuse, ces idolâtries n'empêchent pas que la foi et la charité ne s'y trouvent, ni par conséquent qu'on ne s'y sauve.

V.— Vains emportements du ministre, qui n'oppose que des injures aux passayes lires de ses livres dont on Caccable.

.l'avais produit ce passage dans Vflistoire des variations (26i9) ; mais le minisire le passe sous silence, et se content» de s'écrier en cette sotte : « (Juelle hardiesse faut-il avoir pour avancer qu'un auteur qui dit tout cela, » c'est-à-dire, qui dit entre autres choses que l'Eglise romaine est idolâtre, « a franchi le pas, et avoué rondement qu'on peut se sauver dans l'Eglise romaine ? Il faut un front semblable à celui du sieur Bossuet (2650). » Il est en colère; vous le voyez : mais cela n'est rien en comparaison de ce qui paraît dans la suite, lorsqu'il dit « que bien des gens mettent ce prélat au nombre des hypocrites qui connaissent la vérité, » etqui la trahissent sans doute, en parlant contre leur conscience; ce qu'il répète encore en d'autres endroits. Que lui servent ces emportements et tous ces cris de dédain qui lui conviennent si peu? Il voudrait bien avoir avec moi une dispute d'injures, ou que je perdisse le temps à répondre aux siennes; mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Puisqu'il se vante de répondre à l'accusation que je lui fais de nous sauver malgré nos idolâtries prétendues, il faudrait répondre aux passages dont je la soutiens; et c'est un aveu de si faiblesse de ne mettre que des injures à la place d'une défense légitime.

VI. — Saint Léon, quoique fort avant engage dans l'idolâtrie, s'est sauvé selon le ministre.

Mais il va être poussé plus avant. Selon lui, du temps de saint I.éon l'idolâtrie était lans l'Eglise pour en faire une anliebrétienne, et de faire de saint Léon l'Antéchrist même; et néanmoins le ministre écrit ces paroles dans la treizième lettre de cette année (2651) : t pendant que l'Antéchrist fut petit, il ne ruina pas l'essence de l'Eglise. Léon (car il n'est plus saint, et M. Jurieu l'a dégradé) Léon donc, et quelques-uns de ses successeurs furent d'honnêtes gens, autant que l'honnêteté et la pjélé sont compatibles avt c une ambition excessive. 11 est certain aussi que de son temps l'Eglise se trouva engagée fort avant dans l'idolâtrie du culte des créatures, qui

assez grande Eglise

est un des caractères de l'antichristianisme ; et bien que ces maux ne fussent pas encore extrêmes, et ne fussent pas tels qu'ils damnassent la personne de Léon, qui d'ailleurs avait de bonnes qualités, c'était pourtant assez pour faire les commencements de l'antichristianisme. » Vous voyez donc qu'on n'est point damné, quoiqu'on soit non-seulement idolâtre, mais encore fort avant engagé dans V idolâtrie du culte des créatures. Si on n'est pas du nombre des saints, et qu'il faille rayer saint Léon de ce catalogue, on est au moins du nombre des honnêtes gens; et le mal de l'idolâtrie n'est pas si extrême qu'on en perde le salut.

Poussons encore. On a démontré dans le livre des Variations et ailleurs (2652), parles paroles expresses de saint Jean, que la bête et l'Antéchrist ont blasphémé et idolâtré dès leur naissance, et pendant toute l'étendue des 1260 jours de leur durée. Le ministre a voulu le dissimuler, pour n'être point obligé de reconnaître ces attentats, du temps et dans la personne de saint Léon, de saint Si ra pli ce, de saint Gélase, et des autres saints pontifes du v" siècle; mais à la tin il a fallu trancher le mot. « 1) est certain que dès ce temps commencèrent tous les caractères de la bête. Dès le temps de Léon les gentils ou païens commencèrent à fouler l'Eglise aux pieds; car le paganisme, qui est le culte des créatures, y entra. Dès lors on commença a blasphémer contre Dieu et ses saints; car ôter à Dieu son véritable culte pour en faire part aux saints, c'est blasphémer contre Dieu (2653). » Vcilà donc le blasphème et l'idolâtrie anlichrétienne établie sous saint Léon. Il n'en était pas exempt, puisqu'il était lui-même l'Antéchrist : et en effet, il est constant qu'il n'honora pas moins les reliques, et ne demanda pas moins le secours de la prière des saints, que tous les autres. Voilà donc non-seulement un idolâtre, mais encore le chef de l'idolâtrie antichrétienne dans le nombre des élus; et l'idolâtrie n'empêche pas le salut.

VII. — L'idolâtrie, selon le ministre, n empêche pas d'être saint. Preuve par l'idolâtrie attribuée aux Pères du iv* siècle.

Mais est-il possible, direz-vous, que noire ministre ait dit ces choses, lui qui avoue à l'auteur des Variations que l'idolâtrie, un si grand blasphème contre Dieu, n'a point d'excuse, et qu'on n'a jamais cru ni pensé qu'on pût sauver un idolâtre sous prétexte desa bonne foi (2654-)? N'est-il pas vrai qu'il ait écrit ces paroles? Je l'avoue : il les a écrites dans la onzième lettre ; mais néanmoins dans la treizième il a excusé saint Léon quoiqu'idolàtre et chef de l'idolâtrie. Bien plus, on lui a fait voir que sur le sujet de l'honneur des saints, saint Léon n'en avait dit ni plus ni moins que saint Basile, que saint Chrysos-

(2<Ufl) l'or., liv. xv, col. 909, 910.

(2630) Ldi. II.

(2051) Lelt. 15, île 1089, p. 98.

(M'ôl) Apoc. m. su, 0, li; mii, s, 6; Far., liv.

xm.rol. 813; Aporal., Avertiss. aux protest., n.

(2055) Lctt. 13, p- 99, 2 c.

(205 i) Lcll. 11, p. 82.

II;:. PART. \. TIIEOL. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSEMENTS ALX PROTESTANTS. 1 1 i(î

tome, que sainj Ambroise, que saint Augustin, que saint Grégoire de Nazianze, et tous les autres Pères du iv' siècle, qui,

M'Idii lui, no sont |>;is seulement d'honnêtes

gens, ici 1e saint Léon, mais encore des

sainis. Le fait a passé pour constant, et voii i les paroles du ministre (2655) : « Cent ans avant saint Léon l'adoration des suints et (tes reliques était inconnue. Quinze ou vingt ans après, on commença à en voir quelques vestiges dans les écrits des Pères; mais ce ne fut rien de considérable avant la lin du iv* siècle. » Laissons-lui arranger à sa fantaisie toute cette histoire; et en ne prenant que ce qu'il nous donne, posons pour principe certain, que ce qu'il appelle idolâtrie et adoration des reliques, était devenu considérable sur la fin du iv" tiède où ces grands hommes Mûrissaient.

Non-seulement ils souffraient, mais encore ils enseignaient cette idolâtrie : ils prêchaient les miracles dont le démon, dit le ministre, fascinait les jeux des hommes jour l'autoriser ; et il est certain, dit M. Jurieu (2656), que ce fut un esprit trompeur qui abusa saint Ambroise, et qui lui découvrit ces reliques (ce furent celles de saint Gervais et de saint Protais [2657]), pour en faire des idoles. Voilà donc non-seulement un adorateur de l'idole, mais celui qui l'érigé dans la maison de Dieu, et que le diable abuse pour le faire servir d'organe à l'impiété, au nombre des saints. Saint Augustin entre en part de ce crime, puisqu'il le rapporte, qu'il le loue, qu'il le consacre. Voilà donc des sainis idolâtres ; et l'idolâtrie, loin d'être un crime qui damne, n'empêche même plus qu'on soit saint.

VIII. — Cette objection méprisée, et le fait confirmé par le ministre.

Le ministre a prévu cette objection, et voici comme il se la fait à lui-même (2658). « Vous avouez que l'invocation des saints a plus de douze cents ans sur la tête : cela ne vous fait-il point de peine, et comment pouvez-vous croire que Dieu ait laissé reposer son Eglise sur l'idolâtrie depuis tant do siècles? » Il n'y a personne qui ne frémît à une semblable objection , et ne crût qu'il n'y a de salut qu'à nier le fait; mais le minisire accorde tout, et sans s'étonner. « Nous répondons, dit-il, que nous ne savons point respecter l'antiquité sans vérité. Nous ne sommes point étonnés de voir une si vieille idolâtrie dans l'Eglise, parce que cela nous a été formellement prédit : il faut que l'ido-

le ive siècle. Dans '.e siècle de saint Basile, do saint Ambroise et de saint Chrysostome, /' idolâtrie régnait ; l'Eglise se reposait sur l'idolâtrie : on se sauvait néanmoins; on parvenait à la sainteté dans celte Eglise où régnait l'idolâtrie, et qui se repo-

lâtrie règne dans l'Eglise chrétienne ans. » Voilà donc l'état de l'Eglise de

sait dessus. 11 ne faut donc plus alléguer l'idolâtrie de l'Eglise pour montrer qu'on ne s'y sauve pas.

IX. — Réponse de M. Jurieu, qui se détruit pur elle-même. Etat du culte des saints dans le iv" siècle.

Quelqu'un me dira peut-être : J'ai trouvé dans M. Jurieu la résolution de celle difficulté. « L'évêipie de Meaux, » dit-il (2659', « répète la vaine déclamation tirée de ce qu'en accusant le culte de l'Eglise romaine d'idolâtrie, cette accusation tombe nécessairement sur les saint Ambroise et sur (les saint Augustin, les saint Jérôme, les saint Grégoire de Nazianze, et sur tous les chrétiens de ces siècles, qui ont vénéré les reliques et invoqué les saints.» La déclamation est pressante sans doute ; mais voyons si le ministre, qui la méprise, osera du moins nier le fait qu'on y avance sur le sentiment des Pères du ivc siècle. Point du tout. Voici sa réponse : Nous avons répondu à cela bien des fois. C'en est assez pour tromper les ignorants; il ne faut que leur dire qu'on y a répondu. Mais qu'a^ez-vous répondu?

Que dans ces siècles il n'y avait point de superstitions des reliques, ou d'invocation des saints? Non. « Nous avons répondu, ditil , que dans ces siècles la superstition des reliques et de l'invocation des saints n'était pas encore montée au degré de l'idolâtrie où elle est arrivée depuis, et que Dieu a toléré quelques sortes de superstitions dans ces grands hommes, qui d'ailleurs ont rendu tant de services à l'Eglise. » Quelle misère de gauchir toujours, et de n'oser jamais parler franchement dans une matière de religion I Cette superstition des reliques, cette invocation des saints, qui était alors, et qui selon vous était pratiquée par les sainl Augustin, par les saint An, braise, par les saint Basile elles autres, était-ce une idolâtrie, ou n'en était-ce pas une? Si c'en était une, ils sont damnés, si ce n'en était pas une, nous sommes absous. Ou, peut-être, c'en était une, mais non encore dans le degré qu'il fallait pour damner les hommes ; et il y a une idolâtrie, c'est-à-dire , un transport du culte divin à la créature qui ne damne pas, et qu'on peut si bien compenser par d'autres services , que Dieu n'y prendra pas garde; comme s'il pouvait y avoir un service agréable à Dieu dans ceux qui rendent le culte divin à la créature. Qui jamais ouït parler d'un égarement semblable? .Mais encore que manquait-il à l'idolâtrie de saint Augustin et de saint Ambroise? à celle qui selon vous régnait alors, et sur laquelle on se reposait? Que votre ministre ne vous dise pas que celte idolâtrie n'était pas publique, car qu'importe, premièrement, qu'elle soit publique? Est-ce que l'idolâtrie qui so ferait en particulier ne damnerait pas? Michas cesse-l-il d'être idolâtre, à cause que l'idole

(2055Ï Lelt. 1 1 , p. 82.

(2656) Ace. des proph:, p. 106.

(2657) AjXQCaL, Averliss. aux protest.

(2GoS) Apoc, Avert. aux prolest., n, 29; Jeu., kit. I" de la 1" ami., p. 15U.

(â 59j Lelt. 20, au cuiiini., p, TA'S.

qu'il swvait était dans sa maison? (Judic. xvn, 4.) L'Epbod, dont la maison de Gédéon se fit une idole, mérita-t-elle moins ce nom, parce qu'elle ne fut pas posée dans un temple, et que, selon les apparences, ce faux culte prit commencement dans une famil'e particulière? Ouelle erreur doncde vouloir excuser les Pères et les Chrétiens des iv" et v" siècles , sous prétexte qu"ils n'idolâtraient qu'en particulier? Mais d'ailleurs, quelle illusion d'oser nous dire que l'idolâtrie n'était pas publique, pendant qu'on nous 'avoue qu'elle était régnante (2660) , pendant qu'on la reconnaît dans les sermons de ces Pères, qui sans doute étaient publics et se faisaient dans les Eglises et dans l'assemblée des fidèles, et faisaient alors, comme maintenant et toujours , une partie essentielle du culte divin ; et non-seulement dans leurs sermons, mais encore dans leurs liturgies, dans les Eglises où ils servaient Dieu, dans les oratoires des martyrs, et jusque sur les autels, où leurs reliques étaient dépo.sées par honneur comme dans le lieu le plus saint du temple de Dieu? «Qu'onuietle,» disait saint Ambroise,aces triomphantes victimes dans le lieu où Jésus-Christ est l'hostie. »— « Les fidèles,» ditsai n t Jérôme, «regardent les tombeaux des saints martyrs comme des autels de Jésus-Christ. » — «Nous honorons leurs reliques, « dit saint Augustin, » jusqu'à les placer sur la sublimité du divin autel. » Voilà, ce me semble, pour ne pas appuyer sur l'autel et sur le sacrifice dont il ne s'agit pas ici ; voilà pour les saints et pour leurs reliques une vénération assez marquée, assez publique, assez solennelle, et ceux qui, non contents de la leur rendre, la prêchent avec tant de force, ne laissent pas d'être saints.

lit qu'on ne nous dise pas que les saints n'avaient point alors d'oratoires, ni de chapelles : car on demeure d'accord qu'ils en avaient au iv'etauv' siècle (2661); et encore qu'on ose dire que la sainte A'ierge n'en avait pas dans ces deux siècles, c'est une ignorance grossière; puisque le concile d'Ephèse, comme il parait par ses actes, fut assemblé en 430, dans une église appelée Marie (2662), du nom de la sainte Vierge, qui sans doute ne fut pas construite alors pour y tenir le concile.

Qu'on ne dise pas que ces Pères n'employaient point envers Dieu les mérites des saints; car, au contraire, on convient que c'est par là que l'on commença. « Dans le commencement,«dit M.Jurieu (2663), «les prières s'adressaient au Dieu clés martyrs, par rapport aux mérites et aux souffrances des martyrs.»

Qu'on ne dise pas que du moins l'Eglise n'avait pas été avertie de la prétendue erreur de ce culte, car elle l'avait été par Vigilance, que saiût Jérôme mit en poudre dès sa nais-

OEUYRES COMPLETES DE BOSSL'ET. 1148

sance ; et toute l'Eglise d'alors prit tellement le parti de ce saint, que depuis on n'entend pas seulement parler de Vigilance ni de son erreur.

Voilà donc en tout et partout la prétendue idolâtrie de ces temps-là dans le même état où elle a été depuis : et quand tout cela ne serait pas, se prosterner devant les reliques, et demander des prières aux martyrs; les appeler des remparts et des forteresses , ce que M. Jurieu appelle le culte des maozzims après son auteur Joseph Mède (2664); en quelque sorte qu'on le lasse, en particulier

(3600) Loti. 15. dt- la 1" V")'''-. part. i. ch. il, etc.

SI 4 se<|.

(âtttSIJ Jur., i6i<i.

I2G02) C'uiic. Epltes^ act.

col. 445 cl &ct[.

ann., p. 125 ; Ace. des ; Var., liv. xill, col.

1, Ole; Labe., t. III

ou en public, dans l'Eglise, dans les cimetières, ou dans les maisons ; c'est toujours une idolâtrie, selon les ministres, toujours par conséquent un crime damnable; et quand cette idolâtrie ne serait pas assez formée au iv* siècle , elle l'était au vc , et sous saint Léon, que néanmoins on n'ose damner non plus que ses prochains successeurs. Votre ministre prononce lui-même « que le faux culte des saints et la doctrine des seconds intercesseurs était si bien formée dans les paroles de Théodore! en l'an 450 (2665), » qu'il y en avait assez pour constituer dès lors l'Eglise antichrétienne, et assez d'adhérence à cette erreur dans saint Léon pour en faire un Antéchrist formé, sauvé touteiois; et voilà encore insensiblement la seconde défense de votre ministre entièrement renversée. Car, peut-il dire qu'on ne peut trouver son salut dans une Eglise antichrétienne puisque selon lui on est sauvé, non-seulement étant sectateur de l'Antéchrist, mais encore étant l'Antéchrist même?Qui jamais ouït parlerd'un semblable excès, et que faut-il davantage pour appliquer à un auteur ce mot de saint Paul, que sa folie est connue à tous? Mais allons encore plus avant, et voyons connue le ministre a établi par principes le salut uni avec l'antichristianisme.

X. — Passage exprès du ministre, où il dit qu'on se peut sauver dans les Eglises les

■ plus corrompues, et jusque dans celle de l'Antéchrist.

Il est vrai qu'il a semblé donner pour règle qu'on ne peut pas se sauver dans f Eglise antiehrétienne, ce qui est très-vrai dans le fond; parce que, comme dit le ministre, il n'y a point de communion entre Christ et Bélial, mais ce qui en soi est indubitable, dans les principes du ministre ne peut être qu'une vaine exagération que cet auteur réfute lui-même par le discours que voici : « Je ne veux point définir quelles sunt les sectes où Dieu peut avoir des élus, et où il n'en peut avoir : l'endroit est trop délicat et trop périlleux. Mais ce que je puis assurer, c'est que Dieu peut se conserver des élus dans

(2663) Leil. 15, p. 123.

("2664) Ace. îles proph., part. ï, cli. 15, etc. ; lelt. 19 de la 1" ann., p. 16, 17; Apoc. Avcrt. aux prui., n. 28; Var., liv. xiu, col. 814 scq.

i2665) Act. 2, p. 12, 21 22.

les communions et dans les sectes très-corrompnes, ce qui est clair; parce qu'il s'en esteonservé dans le règne même de l'Antet- 1 1 r i > t h dans celle île imites les religions, qui, sans avoir renoncé aui principes de la religion, est pourlaut la plus antiebrétienne. Saint Paul nous cl il expressément que l'Antéchrist doit être assis daus le temple de Dieu cVst-à-dire, dans une Eglise qui sera chrétienne, et qui aura assez de reste du véritable christianisme, pour conserver le nom d'Eglise et de temple de Dieu. Ces cent quarante-quatre mille de l'Apocalypse sont représentés être dans l'empire de l'Antéchrist, connue les Israélites étaient dans l'Egypte, où les poteaux de leurs maisons fuient marqués, alin que l'ange destructeur ne les louchât point (-2660). » Voilà ce me semble des élus en assez grand nombre, et assez bien marqués dans l'église de l'Antéchrist, c'est-à-dire, selon le ministre, dans la romaine, sans que son antichristianisme les en empêche. Mais achevons le passage, puisque nous y sommes. « Les Eglises de l'Orient et du Midi sont assurément dans une grande décadence. » Sans doute, selon les principes du ministre, puisqu'on y voit bien assurément tout le culte et des images et des saints, qu'on nous impute à idolâtrie. « L'Eglise des Abyssins n'est pas trop pure, » puisqu'outre ces idolâtries , on y suit les erreurs de Dioscore, et on y déleste la sainte doctrine du concile de Clialcédoine. « Cependant, » poursuit le ministre, « il n'y a pas lieu de uoiter que Dieu ne s'y conserve un résidu selon l'élection de le grâce; car jamais la parole n'est prêchée en un pays, que Dieu ne lui donne efficace à l'égard île quelquesuns. » Voilà toujours son grand principe, qui est la fécondité de la parole de Dieu partout où elle est prêchée.

Mais afin que cette parole ait cette fécondité et cette efficace, il ne faut pas s'imaginer qu'elle doive être prêchée dans sa pureté; puisque, comme on voit , ces églises .je son guère pures. Il n'y a point d'église moins pure que celle de l'Antéchrist; et néanmoins on y trouve cent quarante-quatre mille élus. Votre ministre a écrit ces choses, vous les voyez, vous les lisez de vos propres yeux, et toutefois, mes chers .Frères, il se tient si assuré de vous faire croire tout ce qu'il voudra, qu'il ose nier qu'il les ait écrites, et il se fait fort de vous persuader que jamais il n'a songé à mettre des élus parmi nous, ni à confesser qu'on se sauve dans notre communion, parce que c'est la communion de l'Antéchrist.

XL — Autre passage, où il met le peuple saint dans Babylone jusqu'au jour de sa chute, et le prouve par l'Apocalypse.

Ce qu'il dit dans le Système de l'Eglise est encore plus fort , puisqu'il entreprend d'y

prouver par l'Apocalypse, « que l'Eglise peut être dans Babylone, et que Babylone peut entrer dans l'Eglise (2667). Il est vrai, poursuit-il, nous soutenons, et nous avons raison de soutenir que l'Eglise romaine est la Itabvl spirituelle dépeinte dans V Apocalypse [xvui, V); mus Dieu dit île cette lîabyfone : Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que, participant à ses péchés, vous ne participiez à ses peines. » Voilà donc encore une fois le peuple de Dieu dans Babylone ; et cela jusqu'au moment où ses crimes sont montés si haut, qu'elle n'a plus à attendre (pie la dernière sentence, et qu'il n'y a plus aucun délai à son supplice.

Entreprenez sa défense, imaginez tout ce qu'il peut dire; et lui-même au même moment il le réfutera. Vous pourriez emire que ce peuple, qui est renfermé dans Babylone jusqu'à ce moment fatal , n'est appelé le peuple de Dieu que selon la prédestination éternelle. Mais, non, dit M. Jurieu (-2068), « il ne faut pas dire que le peuple de Dieu sorte de Babylone, 'comme les Chrétiens sortent du milieu des païens, quand ceux-ci se convertissent; car Dieu n'appelle point son peuple des gens en état de damnation; et si le peuple de Dieu renfermé dans Babylone était un peuple babylonien , Dieu ne le pourrait plus appeler son peuple. 11 est plus clair que le jour que Dieu dans ces paroles. Sortez de Babylone, mon peuple, fait allusion au retour du peuple Juif de la captivité de Babylone; et pendant que les Juifs furent dans Babylone, ils ne cessèrent pas d'être Juifs, et le peuple de Dieu. » Vous le voyez, mes chers Frères : il ne dit pas seulement, mais il prouve, par tous les principes dont on convient dans la Béforme, que le vrai peuple de Dieu, le peuple justifié, le peuple saint et séparé des méchants par la grâce qu'il a reçue, se trouve dans sa Babylone, qui est l'Église romaine, jusqu'au moment de sa chute : et cet homme ose dire encore qu'il n'a jamais enseigné qu'on se sauvât parmi nous.

XII. — Illusion du ministre , qui répond qu'il n'a sauvé dans l'Eglise romaine que les enfants baptisés.

Mais, dit-il, ceux qui s'y sauvent ce sont les enfants; car il avoue dans sa lettre, qu'il dit bien « que dans l'Eglise romaine il y a une infinité d'âmes sanctifiées par la vertu du christianisme ; mais qu'il a ajouté, que ces âmes sont celles des enfants qui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ, et qui, étant morts avant l'âge de raison, n'ont pris aucune part aux abominations du papisme (2669). » Ce qu'il répète encore une fois en ces termes : « Nous ne reconnaissons d'élus dans l'Eglise romaine qu'entre les enfants qui ne sauraient prendre part à ses idn» latries (2670). » Sans doute, c'est aux enfants

(-2G6ti) Attisa Ions lesChrél. avant l'aec, p. 48, (2GGS) Jm., ibid.

49; Pré), légil., pari. i,ch t, p. lti. (2GG9) Jor., kit:

(-2067) %,(., liv. i, eh. I, p. lii, tij; Var., liv. (-2070) Ibid. xv, col. 911.

1 loi

qui n'ont pas atteint l'âge do raison que s'adresse cette parole : Sortez de Babijlone , mon peuple : ils entendront à merveille que Babylone c'est l'Eglise romaine ; que c'est celle-là d'où il faut sortir, et qu'il faut passer en Hollande pour se joindre au peuple de Dieu. Les enfants entendent cela avant l'usage de la raison, et ils sont le peuple de Lieu à qui s'adresse cette voix du ciel. Qu'on espère de vous faire croire de telles absurdités! Mais si vous n'avez pas oublié ce que votre docteur vient de vous dire, ceux qui se sauvent dans la communion romaine, c'est-à-dire, dans la Babylone spirituelle, ont été comparés aux Juifs qui étaient dans la Babylone temporelle ou en Egypte, T'i sans doute étaient les adultes, et non pas de petits enfants avant l'âge de raison. On attribuait tout à l'heure le salut de ce grand nombre d'élus , qui se trouve dans Babylone et sous le règne de l'Antéchrist, à I efficace de la parole, qui n'est jamais prôchée inutilement (2671). Est-ce que ces enfants écouleront cette parole, et qu'à la laveur des vérités qu'elle contient, ils sauront bien se séparer de la corruption? Pour qui veut-on vous faire passer, et dans quel rang met-on ceux qu'on espère de contenter par de tels moyens? Il n'y a donc rien à répondre à des passages si clairs : les plus sourds les entendent, les plus ignorants en sont frappés; et il ne vous reste que le seul refuge où l'on se jette ordinairement quand on n'en peut plus; c'est de dire ce que tous les jours nous entendons de votre bouche : Nous ne saurions vous répondre; mais notre ministre, s'il était ici, vous répondrait bien. Quelle réponse pour des gens à qui tout est clair, et qui croient pouvoir décider seuls au-dessus de tous les docteurs et de tous les synodes 1 Mais encore ce misérable refuge vous est-il fermé à cette fois. 11 n'est pas question de dire que votre ministre répondra quand on lui objectera ces passages tirés de ses livres : on les lui a objectés dans V Histoire des variations (2672) ; vous Jes trouverez dans ce livre xv, qu'il reconnaît

de

ré,

on-

avoir lu, et auquel il sest enga dre, du moins pour les endroits qui le touchent. Il ne dit mot néanmoins de ceux-ci, et ces témoignages qu'il a portés contre luimême lui ferment la bouche.

XIII. — Suite des passages du ministre, où il reconnaît dans l'Eglise romaine d'autres élus que les enfants.

Mais vous trouverez dans ce môme livre de quoi le confondre plus démonslrativement. Le minislre propose deux voies dont Dieu se sert pour sauver son peuplé au milieu de la corruption de Babylone : la première est la voie de tolérance , parce qu'ii supporte les erreurs et les superstitions en ceux qui y vivent de bonne foi, et qui d'ail-

leurs ont beaucoup de pieté et de charité' (2673); la seconde, est la voie de séparation, parce qu't'Z éclaire ceux qu'il veut sauver, jusqu'à leur faire séparer la doctrine divine des additions humaines (ililk). C'est ainsi, dit-il , qu'on se sauve dans le règne même de l'Antéchrist. Or constamment ce n'est pas ainsi que Dieu veut sauver les enfants : ni il ne supporte leurs erreurs, ni il ne leur donne de discernement. Ce n'est donc pas eux qu'on entend parce peuple sauvé dans Babylone : ce sont les adultes, ce sont.disje , ceux-là qui , selon les principes de votre ministre, sont sauvés dans l'Eglise romaine, non-seulement en rejetant ces prétendues erreurs, mais encore en les croyant de bonne foi.

Vous ne croyez pas, mes chers Frères, qu'on en pût venir parmi vous dans la conjoncture présente jusqu'à nous donner cet avantage; mais Dieu l'a voulu ainsi: Dieu,

qui a soin de votre salut, a voulu donner ce témoignage par la bouche d'un ministre , d'ailleurs si implacable envers nous, et il n'a pu s'en défendre. Car il a déclaré formellement que la voie de la tolérance pour les erreurs regarde ceux qui y vivent de bonne foi; et ce qu'il n'a dit qu'en passant dans ses Préjugés légitimes (2675) , il l'explique à fond dans son Système, où il parle ainsi (2676): « Pour ce qui e»t des sectes qui renversent le fondement par additions, sans l'ôter pourtant , (vous entendez bien que c'est de nous et de nos semblables qu'il veut parler), il est certain qu'on n'y peut communiquer sans [lécher, et afin de pouvoir espérer de Dieu quelque tolérance , il faut 1° qu'on y soit engagé par la naissance; 2° qu'on ne puisse communier avec aucune autre société plus pure : c'est pourquoi il n'eût pas été permis de communier tantôt avec les vaudois , et tantôt avec les prétendus Catholiques; 3° qu'on y communie de bonne foi, croyant qu'elle a conservé l'essence des sacrements, et qu'elle n'oblige à rien contre la conscience. » Vous voyez donc clairement que ceux qui se sauvent dans ces communions impures , où néanmoins les fondements subsistent toujours , ce sont ceux qui y vivent de bonne foi et qui croient qu'on n'y oblige à rien qui blesse la conscience. « Car, » poursuit-il, « si on croit que cette société oblige à quelque chose contre la conscience, on pèche mortellement quand on participe à ses sacrements ; c'est pourquoi il ne vous est pas permis de communier alternativement avec les prétendus Catholiques et avec les réformés ; parce qu'étant dans les sentiments des réformés , nous sommes persuadés que le papisme nous oblige dans sa communion à bien des choses contre la conscience, comme , dit-il , à adorer le sacrement. » Par où l'on voit manilesteuient qu'il a conquis

(-2G71) Voy. ci-dessus, n. 10.

(2672) Var., liv. xv, col. 911.

(:!07ô) Jeu., ibiU. n. 57.

(207.ii Préf., part i, ch, i, p. r

(2075) Prêj., ibid.

(2070) Sijit., liv. i, 195,259.

PART. X. TIIEOL. POLEMIO UE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1154

l'Eglise romaine avec celles où l'on peut se sauver, en y vivant de bonoe foi, c'est-àdire, en participant sincèrement a sa doctrine et à son culte; et c'est pourquoi il n'oblige a péché mortel que ceus qui communieraient, ou adoreraient avec imus, sans croire de bonne foi notre doctrine.

On voit par là le pas important qu'il a fait au delà de M. Claude et un commun de sa secte. M. Claude, avant la Réforme , ne sauvait parmi nous que ceux qui n'était ut pas de bonne foi , en demeurant dans le sein de notre Eglise sansj cro re : M. lurieu, qui a bien vu combien il était absurde île ne sauver que les In pocrites, a été forcé de passer outre, et d'accorder le salut plutùtà la lionne foi qu'à la tromperie.

Il est vrai qu'il semble y. mettre deux conditions : l'une , qu'on soit engagé à une communion par la naissance ; l'autre, qu'on ne puisse communier avec une société plus pure. Mais il tempère lui-môme la première condition , en disant que ceux qui passent de bonne foi et par persuasion, dans les sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fondement, au nombre desquels il nous met, comme on a vu , ne sont pas en autre état que ceux qui y sont nés: et pour l'autre condition , qui est celle de ne pas pouvoir communieravec une société plus pure , il est fort commode pour cela; puisqu'en disant qu'il faut rompre avec les conciles qui détruisent les fondements île la religion, soit en les niant, soit en les renversant , il y appose la condition , si on est en état de pouvoir le faire (2077J. Les questions qu'il propose ensuite vous feront encore mieux connaître ses intentions. c II semble, » dit-il (2078), « que si l'idée de l'église renferme généralement toutes ies sectes , on puisse sans scrupule passer de l'une à l'autre; être tantôt Grec, tautôt Latin, tantôt réformé, tantôt papiste, tantôt calviniste , tantôt luthérien. » Telle est !a question qu'il propose; où l'on voit qu'il met également les Latins et les Grecs , les papistes et les prétendus réformés, et il répond, premièrement , qu'il n'est pas permis de passer d'une communion à une autre pour faire profession de croire ce qu'on ne croit pas; ce qui est très-assuré : mais, secondement, il ajoute qu'on y peut passer, comme on vient de voir, sans risque de son salut, « en changeant de sentiment , lorsqu'on passe dans les sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fondement (2079). »

Lorsque, pour répondre à ce passage, il dit qu'il faut entendre sa proposition des sectes qui ne renversent en aucune sorte le fondement de la religion, ni en le niant, ni en y mêlant des erreurs mortelles, telles que sont les idolâtries qu'il nous impute (2080), il est battu premièrement par tous les endroits où il a sauvé, non-seulement les Grecs aussi idolâtres que nous , mais encore les nèstoriens et les eutychiens, qui joignent

d'antres erreurs à ces prétendues tdolatl ies ; ii secondement par toutes les preuves par lesquelles on a démontré qu'il met des idolâtres reconnus pour tels par lui-même, non-seulement au nombre des sauvés, mais encore au rang des plus grands saints.

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