‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 285 sur 325 · XXXVII. — Que le semi-pélagianisme est · texte numérisé non relu

XXXVII. — Que le semi-pélagianisme est

et n'est pas mie erreur fondamentale. Contradiction du ministre et des calvinistes.

J'en reviens donc à demander à ce minière : Que ferez-vous en cette occasion ? Vous n'oseriez abandonner les luthériens, à qui, en termes précis, vous offrez la communion et la paix malgré cette erreur (3227). Que diriez-vous donc pour les excuser?

que la révélation du dogme opposé au semipélagianisme n'est pas évidente , et qu'il n'est pas clair dans l'Ecriture que c'est Dieu qui commence le salut, comme c'est lui qui l'achève par sa grâce? Mais y a-t-il rien de plus clair que cette parole de saint Paul : Celui qui commence en vous la bonne œuvre, l'accomplira (Pltil. i, G), pour ne point parler ici des autres passages? Ou bien est-ce que cette erreur des pélagiens et des luthériens n'est pas importante? Mais vous nous contiez tout à l'heure cette vérité, que Dieu est l'auteur de tout le bien qui est en nous (3228), par conséquent du commencement comme du progrès et de l'accomplissement de notre salut, parmi celles qu'on sent d'abord comme nécessaires au salut: en sorte qu'on n'a pas besoin de les prouver. Comment donc le luthérien, vrai enfant de Dieu selon vous, l'a-t-il oublié, et comment a-t-il varié? Vous dites tout ce qui vous plaît , et votre théologie n'a point de règle.

XXXVIII. — Que le goût des calvinistes et du ministre varie sur le semi-pélagianisme et sur la nécessité de l'amour de Dieu et des bonnes œuvres.

Mais voici bien pis : vous-même vous variez avec les luthériens , puisque ce point important de la nécessité de la grâce, qui était autrefois si' fondamental, a cessé de l'être depuis que les luthériens l'ont rejeté, et qu'en étant à Dieu le commencement du salut, ils ne lui ont plus réservé que l'accomplissement. Comment pourrai-je me fier à ce goût auquel vous me renvoyez, si vousmême vous variez dans votre goût? Si en nous disant d'un côté que jamais homme de bien ni vrai Chrétien ou vrai dévot ne fut

(5226) JtiR., ComuU.,f. 117,118; Vur., Addil., goI. X7t>; IIP Averl., m. 12 cl suiv.

(5287) Consult., ibid.

(5228) Ci-dessus, n. 54.

(522'J! Jin., il&h., sect. 15, p. 115, 121; Var.,

pélagien ou temi-pélagien , vous ne laissez pas de nous «lire encore qu'un luthérien , franc spmi-pélagicn selon vous , peut soutenir son erreur sans préjudice de son salut et sans être exclu du pain de vie (3229)? Mais n'avez-vous pas démontré à ce même luthérien qu'il ruine la nécessité des bonnes œuvres, qu'il en ravale le prix; que selon lui l'exercice de l'amour de Dieu n'est nécessaire pour être sauvé ni à la vie ni à la mort (3230)? A quoi reconnaissez-vous que ces dogmes luthériens sont de poids pour le salut, et que tant d'autres n'en sont pas? Ne voyez-vous pas que vous avez un poids et un poids , chose abominable devant le Seigneur \Prov. xx, 10), et que vous pesez les erreurs avec une balance trompeuse et inégale?

XXXIX. — Le ministre et les protestants réduits à compter les voix, et à se faire infaillibles contre les indifférents et les tolérants.

De là vient que le ministre lui-même à la fin ne se fie pas à cette balance où il pèse les vérités fondamentales, k Je sais, » dit-il (3231), «que les préjugés sont capables de corrompre ce discernement, et que nous jugeons les articles et les vérités importantes selon nos passions et nos préventions. Mais, premièrement, le bon sens ne peut être corrompu qu'à certain degré. » Vous voilà donc à examiner en quel degré la prévention peut avoir corrompu votre goût et votre bon sens : qui nous expliquera celte énigme? « Mais ces vices, » poursuit-il, « ne peuvent aller à faire paraître une montagne comme un grain de sable , ou un grain de sable comme une montagne. Il en est de même du jugement, qui distingue l'important de ce qui ne l'est pas en toute matière. » D'où vient donc que le luthérien trouve la présence réelle et même l'ubiquité si importante, pendant que le calviniste méprise l'une et l'autre? Ou d'où vient que le calviniste trouve si importante la nécessité de la gtâce et celle de l'amour de Dieu, lorsque le luthérien ne la sent pas ? Ou pourquoi est-ce que le calviniste lui-même se relâche en laveur du luthérien, et ne trouve plus essentiel ce qui l'était auparavant? Avouez que votre bon goût et votre évidence de sentiment est une illusion dont vous amusez les entêtés. Mais voici dans le discours de M. Jurieu le dernier excès de l'extravagance et le renversement entier des maximes de. la Réforme. « De plus,» conlinue-t-il (3232), « quand le bon sens pourrait être corrompu tout outre dans quelques sujets , comme il l'est en effet, la pluralité n'ira jamais de ce côté-là; » et il le prouve par cet exemple : « H y aura dans une grande ville vingt )eux viciés qui verront vert et

liv. xiv, n. 85, 81 et suiv. ; 92, 95 et suiv.

(5250) Var., Addil ," col. 877; Jir., Cumul t., part. il, c. 2, p 215; Ii' Aven., n. 19 et suiv.

(5251) Tab.du soc, p. 119.

(5252) Ibid.

1115 PART. X. TIIEOL. POLEMIQUE. — IV. AVERTISSE*! NTS Vl'\ PROTESTANTS. Mi

jaune ce qui est blanc; mais le resle des a, dit M. Jurien (3231), « qui sont particu-

habitanls, qui surpasse infiniment en nom- liers à la religion chrétienne, et qui la dis-

hre, rectifieront le mauvais jugement deces linguent do louie autre, comme de croire

vingi veux, et feront qu'on ne les en nuira que Jésus esl le Messie; » le socinien le

pas.» Vous voilà donc à la Hll réduits à croit : que ce Messie est le. h'ils de Dieu, et

compter les voix. Kl où en était la Réforme Dieu éternel comme le Père. C'est la question

K rsqu'elle s'est séparée, et qu'on l'appelait que vous ne devez pas supposer comme ré-

au concile œcuménique de I Kglise qu'elle solue, pendant que vous vous donnez tant

quittait? Mais quoil si les socinie'ns pré- do peines à la résoudre : qu'il a satisfait

voient enfin dans la Réforme; sicetoirent pour les péchés des hommes. Autre question

dont on ne peut arrêter le cours s'enfle tel- à examiner, et non pus a supposer avec le

lement qu'il prévale, et qu'ils en viennent à socinien cl avec ceux qui le favorisent:

6lre sur tous les articles nulle contre un , </ue 1rs morts ressusciteront, qu'il y aura un

comme ils s'en- vantent déjà sur la tolérance, jugement dernier à lu fin du monde; vous

qui renferme tout le venin de la secte, sans calomniez le socinien si vous l'accusez de

qu'on ose le contredire, le socianisme sera nier ces vérités : savoir s'il les reconnaît

\ei ital île ou du moins indi lièrent ? Mais cela, dans toute leur étendue, et si ce qui manque

direz- voua, n'arrivera pas : la Réforme est à sa foi est fondamental ; c'est de quoi vous

devenue infaillible contre les tolérants, avez promis de nous instruire, cl vous ne

Aveugles, ne verrez- vous jamais qu'avec Des faites que le supposer, tant vous 6ies forcé

illusions vous ne contenterez que des en- à reconnaître que les principes, pour fermer

lèiés , et (pie tous les gens de bon sens de la bouche au socinien , manquent à voire

votre communion se donneront aux indiffé- Réforme.

renls, si vous n'avez recours à d'autres prin- ,. ,, ni ■ -, , ■; , •; <

'« ' XLI. — Que te ministre est a bout sensxble-

' * ment dans la preuve qu'il entreprend des

XL. — Troisième moyen de discerner les or- articles fondamentaux.

liclcs fondamentaux, vu le ministre montre r, ■ , , • ,

../•,■//„ „ „ /..„ ; .• Lt ce qui prouve plus clair que le lour

su faiu esse contre les socintcns. . ». . ' » .. , . -, ' „ . J. .

' que le ministre ne sait ou il en est, c est

Enfin, le troisième caractère par où on ce qu'il ajoute, que « les vérités que les distingue les articles fondamentaux d'avec sociniens veulent ôler à la religion sont les autres, c'est, selon M. Jurieu (3233), révélées, et clairement révélées (3235).» la liaison de certaines vérités avec la fin de Si elles sont révélées et clairement révélées, la religion, c'est-à-dire, avec la gloire de si les articles fondamentaux sont si évidents Vteu , avec la sanctification et le salut de et si aisés à trouver dans l'Ecriture, pourl' homme. Je le veux : la lin de la religion en quoi en craignez-vous la discussion pour général, c'est, 1° dites-vous, de ne croire le peuple? Pourquoi le renvoyez-vous à son qu'un Dieu : le socinien n'en croit qu'un, et goût ? goût et sentiment que vous lui donil vous accuse d'en croire trois; 2° de n'ado- nez avant même qu'il ait ouvert l'Ecriture rer gue lui : ce qu'il faut entendre sans doute sainte. Continuons : « Ces articles sont claid'une adoration souveraine; le socinien le renient révélés, et en môme temps ils sont fait, et il vous accuse de rendre cette ado- île la dernière importance. » Mais déjà, pour ration à un homme pur. N'importe que vous la vériié et pour l'évidence de la révélation, le croyiez Dieu; vous voulez bien que le le ministre déclare souvent dans toutes ses Catholique soit idolâtre en adorant dans lettres qu'il n'y veut pas encore entrer. « On l'Eucharistie Jésus-Christ qu'il y croit pré- voit, » dil-il (3236) , « où un tel projet nous sent. Vous direz que c'est une erreur dam- mènerait. Au lieu d'un petit ouvrage à l'unable de rendre à Jésus-Christ homme un sage des moins savants, il faudrait faire un culte inférieur qui se rapporte à Dieu ; vous gros livre qu'a peine les savants auraient le damnez donc tous les Pères du ivc siècle, à loisir de lire. » Mais si celte discussion est qui néanmoins vous faites invoquer les si dillicile aux savants mêmes, combien estsaints et honorer leurs reliques, sans pré- il manifeste que les moins savants s'y periudice de leur sainteté et de leur salut. La draient? Que lera-t-il donc? Il se réduira à 3' fin de la religion, c'est, dit le ministre, deux articles , qui est celui de la divinité de de regarder Dieu comme celui qui gouverne Jésus-Christ et de sa satisfaction. Mais sonte monde. Le socinien le nie-t-il? Vous sen- gera-t-il du moins à vous en prouver la vêtez-vous si faible contre lui, que vous ne rite? Point du tout; il va entreprendre de puissiez le combattre qu'en déguisant sa vous en prouver Vimportance (3237), et vous doctrine ! 4° D'attendre de lui des peines ou en fera voir la vérité dans une seconde pardès récompenses après ia mort. Le socinien lie qu'il ne trouve pas à propos de traiter, n'en attend-il pas, et pouvez-vous lui ob- Voilà cette rare mé'bode. Il vous prouvera jecter qu'il rejette absolument les peines de qu'un article est important avant que de l'autre vie, à cause qu'il ne les croit pas vousmonlrer qu'il est véritable et clairemenl éternelles ? Voilà pour les caractères essen- révélé. C'est où se termine aujourd bu: toute tiels à la religion en général ; mais il y en la théologie réformée.

(5235) P. 120, 121, 120, 127. (523G) Ibid.

(5234) P. 122. (•'257) lab., tell. 2.

OKUVKES COMPLETES DE BOSSIET.

XL1I. — Quelle preuve les tolérants demandaient à M. Jurieu sur l'évidence des articles fondamentaux , et que ce ministre n'a rien eu à leur répondre.

Vous direz peut-être, mes frères , que votre ministre , sans vouloir entrer dans le fond , suppose la vérité et l'évidence de la révélation, comme une chose dont les tolérants qu'il attaque demeurent d'accord. Mais visiblement il leur impose : au contraire l'auteur des 4eis, auteur que votre ministre, voulait réfuter, avait raisonné en cette sorte : « Je pose, » lui avait-il dit (3238), «le principe de la réformation, qui est celui du bon sens : c'est que Dieu avant donné sa parole aux hommes afin de les conduire au salut, et Lieu appelant à ce salut beaucoup plus de peuple que de grands et de savants, il s'ensuit nécessairement que ceux du peuple qui ne sont pas privés entièrement de sens commun, peuvent se déterminer sur ces objets fondamentaux par la lecture de la parole de Dieu. » Ce principe présupposé, il raisonne ainsi : « Cela étant, il me semble que l'on peut en conclure que tous ces dogmes sur lesquels les savants ont tant de peine à se déterminer, quoiqu'ils travaillent de bonne foi à leur salut, ne sont pas de cette nécessité absolue dont nous parlons. Car si les savants, qui ne sont pas la millième partie du peuple, trouvent tous ces embarras qui retiennent les plus sages d'entre eux indéterminés , comment les simples, sans études et sans application, pourront-ils voir avec cert tiule que la foi demande ces objets obscurs et douteux aux savants ? »

On voit donc que les adversaires de M. Jurieu ne supposent pas que les articles dont il s'agit soient si clairs : au contraire, ils présupposent qu'ils ne le sont pas au peuple, puisqu'ils excitent tant de disputes parmi les savants, et que les plus sages d'entre eux sont encore indéterminés : et quand même ces savants conviendraient que ces articles leur paraissent clairs dans l'Ecriture, il ne s'ensuit pas qu'ils les crussent clairs pour tout le peuple ; au contraire, l'auteur des Avis conclut ainsi : a Plus j'y pense, plus je me persuade que les préjugés tirés des catéchismes , plutôt qu'une connaissance puisée dans la parole.de Dieu, sont aujourd'hui presque l'unique fondement de la foi des peuples. » Ce n'est donc pas l'évidence de la révélation , mais les catéchismes et les préjugés de la secte, c'està-dire, une autorité humaine qui les persuade.

Enfin, l'auteur des Avis finit son raisonnement par ces paroles (3239) : « Je crois que l'on peut conclure, après cette réflexion, que les points fondamentaux de la religion ne sont pas à beaucoup près en si grand nombre que plusieurs se l'imaginent aujourd'hui : autrement je croirais que la voie d'examen, qui est le fondement de notre Ré-

(5%5S) Tab.y lctt. 5 et suiv. ; Avis sur le Tableau, an. M, p. 20.

formation, serait un principe impossible au peuple, et par conséquent injuste et faux. J'attends avec impatience quelque éclaircissement là-dessus. »

Voilà ce qu'attendaient les tolérants. Ils supposaient que les peuples ne pouvaient pas voir assez clair pour prendre parti sur les articles qui partageaient les savants. Par là donc ils insinuaient qu'il fallait réduire les articles fondamentaux à ceux dont tout le monde et les sociniens comme les autres sont d'accord ; c'est-à-dire, qu'ils les réduisaient a croire que Dieu est un, et que Jésus est son Christ : car c'est de quoi conviennent tous les Chrétiens. Que si le ministre avait à leur donner une autre marque d'évidence que ce consentement universel, c'était à lui à le prouver, et à ne pas ruiner sa cause, en supposant comme orouvé ce qui était en question.

XLIII. — Preuve de l'évidence des articles fondamentaux selon les principes des calvinistes.

L'exemple des luthériens vient ici fort à propos. On demande à M. Jurieu et aux calvinistes, si la certitude du salut, l'inamissibilité de la justice, la nécessité de la grâce pour commencer le salut , aussi bien que pour l'achever, et les autres points décidés dans le synode de Dordiecht; si la nécessité des bonnes œuvres et celle de l'amour de Dieu; si cet article important de la Réforme, que Jésus-Christ en tant qu'homme est uniquement renfermé dans le ciel, sont choses obscurément et douteusement ou clairement révélées ? Si ces articles leur paraissent obscurément révélés, où en est le calvinisme? Où en sont les décisions du synode de Dorilrecht? Aura-t-il excommunié tant de ministres, bons protestants d'ailleurs, pour des articles obscurs et obscurément révélés ? Que si tous les points qu'on vient de réciter paraissaient aux calvinistes évidemment révélés, pourquoi le doute des luthériens les ébranle-t-il assez pour les obliger à la tolérance ? ou pourquoi comptent-ils pour rien les doutes des autres, aussi malaisés à résouque ceux des luthériens ?

XLIV. — Toutes les preuves du ministre sur les articles fondamentaux tombent d'ellesmêmes au seul exemple de la doctrine ds la grâce et de celle de la présence réelle.

Le ministre croit avoir abattu les tolérants quand i) leur dit : Est-il possible que Dieu ait voulu révéler la divinité de Jésus- Christ, sans obliger à la reconnaître, ou qu'il ait satisfait pour nous, sans imposer aux hommes la nécessité d'accepter ce payement par la foi (3240) ? Comme si on ne pouvait pas dire de même : Est-il possible que Dieu ait voulu que nous dussions tout notre salut, et aulant le commencement que la fin, à la grâce de Jésus-Christ, et que ce soit là le

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