‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 284 sur 325 · XVII. Que V indifférence des religion · texte numérisé non relu

XVII. Que V indifférence des religion

doit l'emporter, selon les principes de la Réforme : trois règles des indifférents.

Qu'ainsi ne soit; mettons aux mains un de ces protestants indifférents, sociniens, pajonisles, arminiens, si l'on veut (car tini^ ces noms symbolisent fort), avec quelque bon réforme, avec M. Jurieu lui-même; et voyons s'il pourra le vaincre par les principes communs de la Réforme. Cet indifférent a trois règles, la première: // ne faut connaître nulle autorité que celle de l'Écriture; celle-là seule est divine: ne me parlez ni d'Eglise, ni d'antiquité, ni de synode; ce sont tous moyens papistiques , et la Réforme m'apprend que tout cela n'est pas ma règle. La seconde règle de notre indifférent: L'Ecriture pour obliger doit e'tre claire; ce qui ne parle qu'obscurément ne décide rien et ne fait qu'ouvrir le champ à la dispute , telle est la seconde règle de l'indifférent. La troisième et la dernière: « Où l'Ecriture paraît enseigner des choses inintelligibles , et où la raison ne peut atteindre, comme une Trinité, une Incarnai ion et le reste ; il faut la tourner au sens dont la raison peut s'accommoder, quoiqu'on semble iaire violence au texte. » Tout roule sur ces trois maximes: niais voyons un peu plus dans le détail comment les indifférents les emploient, et si les vieux réformés pourront les nier ouea éviter les conséquences.

XVIII. — Première règle des indifférents , tirée de l'autorité de l'Ecriture : que la lieforme ne peut la nier, et qu'elle tes met à couvert de ce que les trente-quatre réfugies proposent contre eux.

Par la première maxime: Nulle autorité que celle de l'Ecriture , ils excluent d'abord toutes les Confessions de foi de la Réforme, parce qu'elles sont faites, reçues, autorisées par des hommes sujets à errer comme les autres. Quand donc les trente-quatre réfugiés d'Angleterre pressent le synode d'Amsterdam de réduire les proposants et les ministres à la Confession belgique , premièrement ils ne disent rien , car ils ne veulent les y soumettre que dans les articles capitaux, sans expliquer quels ils sont (3192). Secondement, ils demandent qu'on impose à ces proposants et à ces ministres un joug humain , et qu'on leur Ôte la liberté que l'Evangile réformé leur a donnée de tout examiner, et même les résolutions et les décisions les plus authentiques de l'Eglise.

XIX. — Que la même règle des indifférents les met à couvert de la décision du synode d'Amsterdam, qui les condamna l'année passée*

Celte raison met à couvert nos indifférents de la décision du synode même, lors-

(5i 'JJ' P. 361.

qu'il leur défend « de rien supporter de ce qui pourra contrevenir à la doctrine enseignée dans la parole de Dieu, dans la Confession de foi , et dans le synode national de Dordrecht (3193); «car d'abord la parole de Dieu visiblement n'est mise là que pour la forme , autrement de deux choses l'une : ou le synode leur défendrait de supporter les luthériens contre le décret de Charenton et le sentiment unanime de la Réforme calvinienne , ou elle les forcerait à confesser que la présence réelle, l'ubiquité et le reste, qu'il faut passer aux luthériens, n'est pas contraire à la parole de Dieu, puisque s'il y était contraire , selon les termes de ce synode, on ne pourrait plus le supporter.

Il en faudra donc venir à dire que la parole de Dieu n'est mise là qu'à condition de l'entendre selon les interprétations des Confessions de foi et du synode de Dordrecht, ce qui est manifestement la doctrine que la Réforme a improuvée dans les Catholiques , et une restriction de la liberté qu'elle a donnée d'interpréter l'Ecriture chacun selon son esprit particulier.

XX. — Que l'autorité des Confessions de foi de In Réforme , selon M. Jurieu , ne lie point les consciences , et n'emporte pas la perte du salut.

Que si M. Jurieu répond , selon les principes de son système, que ces Confessions de foi n'obligent pas en conscience , mais à titre de confédération volontaire et arbitraire, comme il parle (319V), où l'on a pu recevoir et d'où aussi l'on peut exclure qui l'on veut, il demeurera pour certain qu'on en peut croire en conscience tout ce qu'on voudra, et que le refus qu'on ferait d'y souscrire ne pourrait avoir que des effets politiques qui n'auraient aucune liaison avec le salut.

Qu'ainsi ne soit: selon ce ministre on pouvait régler de telle manière ces confédérations des Eglises, par exemple, de Genève et de Suisse, que les pélagiens etsemipélagiens n'en auraient pas été exclus: « et ce qui est bien certain, » dit-il, « c'est qu'on n'a pas eu dessein de damner ceux qui embrasseraient le semi-pélagianisme (3195J. » En les excommuniant on ne les exclut que 'le cette confédération particulière, de cette Kglise et de ce troupeau particulier, et non pas en général de la société de l'Eglise et encore moins du salut. On est donc encore libre en conscience de croire ce qu'on voudra de ces Confessions de foi: quoiqu'elles se soient déclarées contre les semi-pélagiens , on peut encore être ou n'être pas de cette secte. Ainsi il en faut toujours revenir au fond ; et les censures lancées sur le fondement de ces confédérations arbitraires ne regardent qu'une police extérieure de l'Eglise, qui ne gêne en aucune sorte la liberté intérieure de la conscience.

(3194) Prêj. lé,,., p. 6; Si/si., p. 2SG cl. suiv., -Ji cl suiv.; Hist. des var., liv. xv, col. 913 scqçr.

XXI. — La même chose se doit dire des synodes . et de celui de Dordrecht ; et tout cela n'est pas une loi pour les prétendus réformés qui embrassent l'indifférence.

Il en faut dire autant de tous les synodes, et même de celui de Dordrecht, le plus authentique de tous. A quelque autorité qu'on s'efforce de l'élever dans la Réforme, le plus rigide des intolérants , c'est-à-dire M. Jurieu , se contente qu'on lui accorde que ce synode « a pu obliger, non tous les membiies de la société , mais au moins tousses docteurs , prédicateurs el autres gens qui se mêlent d'enseigner , sans pourtant obliger à la même chose les autres Eglises et les autres communions (3196). » Ses décrets ne sont donc pas une règle de vérité proposée à tout le monde, mais une police extérieure du calvinisme , qui selon les principes de la Réforme , ne peut lier les consciences.

Ainsi les indifférents ont gagné leur cause contre les synodes et les Confessions de foi, et, à parler sincèrement , il ne faudrait les presser que par l'Ecriture , selon les anciens principes de la Réforme.

XXII. — Seconde règle des indifférents, tirée de la même Ecriture : que cette règle les met à couvert des attaques de la Réforme: la discussion de l'Ecriture impossible aux simples , selon le ministre Jurieu.

Venons au second principe des indifférents : L'Ecriture pour obliger doit être claire. Ce principe n'est pas moins indubitable dans la Réforme que le précédent, puisque c'est sur ce fondement qu'elle a tant dit que l'Ecriture était claire, et qu'il n'y avait personne , pour occupé ou pour ignorant qu'il fût , qui n'y pût trouver les vérités nécessaires, en considérant par luimême attentivement les passages, et les conférant avec soin les uns avec les autres. C'est par là qu'on flattait le monde et qu'on soutenait la Réforme: mais c'est maintenant ce qui la perd ; car l'expérience a fait sentir aux simples ûdèles, et même aux présomptueux, aux plus entêtés, qu'en effet ils n'entendaient pas ce qu'ils s'imaginaient entendre: ils se sont trouvés si embarrassés entre les raisonnements des vieux réformés et ceux des arminiens, des sociniens , des pajonistes , pour ne point parler ici des Catholiques et des luthériens, qu'on a été obligé de leur avouer qu'au milieu de tant d'ignorances, de tant de distractions et d'occupations nécessaires, l'examen de discussion leur était aussi peu possible, que d'ailleurs il leur était peu nécessaire.

C'est ce que M. Jurieu a expressément avoué; car non content d'avoir enseigné dans son Système que la discussion n'est nécessaire ni à ceux qui sont déjà dans l'Eglise, ni à ceux qui veulent y entrer, et qu'il ne la peut conseiller ni aux uns ni aux autres (3197) , il ajoute en termes formels

(5195) Hist. des var., liv. xiv, col. 856.-

(5196) Jur., Sur les méthodes, sert. 18, p. 159,1(10. (3107) Sysl., liv. il, c. 22, p. 101,403 cl suiv.

nul PART. X. THEOL. POLEMIQl E. — IV. AVERTISSEMENTS Al \ PROTESTANTS. 1 :<H

qu'un simple n'en est pas capable :!l!i8 ; et encore plus expressément : « Cette voie do trouver la vérité n'est pas celle de l'examen, ear je suppose avec M. Nicole qu'el le est absurde , impossible, ridicule , et qu'elle surpasse entièrement la portée îles simples (3199). »

XXIII. — Quel examen M. Jurieu laisse au fidèle , et qu'au fond ce n'est rien moins Qu'un ejiunen : sa doctrine et relie de M. (lande sur l'évidence de goût et de sentiment.

Il no faul pourtant pas ôler à nos prétendus réformés le mot d'examen dont on les a toujours amusés. Outre l'examen de discussion, on sait que M. Jurieu en a trouvé encore une aulre, qu'il appelle « d'attention ou d'application delà vérité à l'esprit, qui, » dit-il (3200), « est le moyen ordinaire par lequel la foi se forme dans les fidèles. Cela consiste,» dit-il, « dans ce que la vérité, qui proprement est la lumière du monde intelligible , vient s'appliquer à l'esprit, tout de même que la lumière sensible s'appliqueaux yeux corporels: » ce qu'il explique en un autre endroit encore plus précisément (3201), lorsqu'il dit « que ce qui fait proprement le grand effet pour la production de la foi, c'est la vérilé même qui frappe l'entendement comme la lumière frappe les yeux. »

A la vérité , on ne voit pas bien pourquoi cette application de la vérité s'appelle examen , puisque les yeux bien assurément n'ont point à examiner si c'est la lumière qu'ils découvrent , et qu'ils ne font autre chose que s'ouvrir pour la recevoir; mais sans disputer des mots ni raffiner sur les réflexions dont M. Jurieu prétend que cette application de la vérité est accompagnée , souvenons-nous seulement que «cet examen, qu'il appelle d'attention et d'application , n'est rien que le goût de l'âme, qui distingue le bon du mauvais, le vrai du faux, comme le palais distingue l'amer du doux (3202). »

C'est ce qu'il appelle ailleurs la voie d'adhésion ou d'adhérence (3203) , et plus ordinairement la voie d'impression , de sentiment, ou de goût, qu'il reconnaît être la même dont s'était servi M. Claude (3204). Par cette voie on rend aux réformés la facilité dont on lésa toujours flattés de se résoudre par eux-mêmes , et on leur donne un moyen aisé de trouver tous les articles de la foi, non plus par la discussion qu'on reconnaît impossible et peu nécessaire pour eux, mais par sentiment et par goût (3205). Il ne faut que leur proposer un amas de vérités , un sommaire de la doctrine chrétienne; alors , indépendamment de toute discussion, et même , ce qu'il y a de plus remarquable, « indépendamment du livre où la doctrine de l'Evangile et de la véritable religion est con-

(.3198) Syst., liv.nr, c. 5, p. 472.

(3199) Ibid., liv. ii, c. 13, p. 337.

(3200) lbid., c. 19, p. 380, 3X1 et suiv.

(3202) lbid., liv. ii, c. 24, p. 413.

(3203) lbid., c. 2'J, 21, 25 ; liv. m, c. 5, 9, 10.

tenue (3206) , » c'est-à-dire constamment de

l'Ecriture, la vérité leur est claire ; « on 10 sent comme on sent la lumière quand un |a voil , la chaleur quand on estauprèsdu feu, le doux et l'amer quand on en mange. « c'est ce qu'a dit M. Jurieu, c'est ce qu'a dit M. Claude, et c'est à quoi se réduit toute la défense de la Réforme.

XXIV. -- Que ce goût et ce sentiment sont une illusion manifeste , et un autre nom qu'on donne à la prévention et à l'autorité.

Ce moyen est aisé sans doute, mais par malheur la infime expérience qui a détruit la discussion, détruit encore ce prétendu goût, ce prétendu sentiment. Ne disons donc point aux ministres ce que nous leur avons déjà objecté (3207), que tout cela se dit en l'air et sans fondement, contre les propres principes de la Réforme, avec un péril inévitable de tomber dans le fanatisme : laissons les raisonnements, et tenons-nous en à l'expérience. Ce qu'il y aura de gens sensés et de bonne foi dans la Réforme avoueront franchement qu'ils ne sentent pas plus ce goût, cette évidence de la vérité aussi claire que la lumière du soleil, dans les mystères de la Trinité, de l'Incarnation et les autres, qu'ils ont senti par la discussion le vrai sens de tous les passages de l'Ecriture ; on flattait leur présomption en leur disant qu'ils entendaient l'Ecriture par la discussion des passages; on les flatte d'une autre manière en leur disant qu'ils goûtent et qu'ils sentent la vérité des mystères avec autant do clarté qu'on sent le blanc et le noir, l'amer et le doux. Rien ne peut les empêcher de s'apercevoir de l'illusion qu'on leur fait, ni de sentir qu'on n'a fait que changer les termes ; que ce qu'on appelle goût et sentiment n'est au fond que leur prévention et la soumission qu'on leur inspire pour les sentiments qu'ils ont reçus de leur Eglise et de leurs ministres; qu'on les mène eu aveugles, et que quelque nom qu'on donne à la recherche qu'on leur propose de la vérité, soit celui de discussion ou celui de sentiment et de goût, on les remet par un autre tour sous l'autorité dont on leur a fait secouer Je joug.

XXV. — Troisième principe des indifférents, qu'il faut tourner l'Ecriture au sens le plus plausible selon la raison : que la Réforme ne peut éviter ce piège.

En cet état un socinien , ou rigide ou mitigé, vient doucement et sans s'échauffer vous proposer son troisième et dernier principe, qui renferme toute la force ou plutôt tout le venin de la secte: je le répète : « Où l'Ecriture parait enseigner des choses que la raison ne peut atteindre par aucun endroit, il faut tourner au sens dont la raison s'a'>

(5804) lbid., liv. m, c. 2, 3, S.

(3205) Syst., liv. h, c. 25, p. 428, 453 et suiv,; Yar., liv. xv, col. 94t seqq.

(320ii) Syst.,\\\. u,c.2o.

(3207) Yar., liv. xv, col. 915 seqq.

ŒUVRES COMPLETAS DE BOSSBET.

commoiie, quoiqu'on semble faire violence au texte. » Je soutiens qu'un prétendu réformé tombe nécessairement dans ce piège; car, dit-il, la Trinité et l'Incarnation sont mystères impénétrables à ma raison ; tout mon esprit, tous mes sens se révoltent contre • l'Ecriture, qu'on me propose pour me les faire recevoir, fait le sujet de la dispute ; la discussion m'est impossible, et mes ministres l'avouent; l'évidence des sentiments dont ils me flattent n'est qu'illusion, ils ne me laissent sur la tene nulle autorité qui puisse me déterminer dans cet embarras ; que reste-t il à un homme dans cet état, que de se laisser doucement aller à cette religion de p la in- pied qui aplanit toutes les hauteurs, comme disait M. Jurieu? On y toiube naturellement, et il ne faut pas s'étonner si la penle vers ce parti est si violente et le concours si fréquent de ce côté-là.

XXVI. — Que par la croyance du calviniste sur la présence réelle, le socinien lui prouve qu'il élude la règle qu'il lui propose.

Mais le rusé socinien ne s'en tient pas là, et il soutient au calviniste qu'il ne peut nier son principe. « Pourquoi, » dit-il (3-208), « ne croyons-nous pasque Dieu ait des mains et des yeux, ce que l'Ecriture dit si expressément? c'est parce que ce sens est contraire à la raison. Il en est de même de ces paroles : Ceci est mon corps; si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, » etc. Ce sont les paroles du subtil auteur, qui a donné au public des Avis sur le tableau du socinianisme (3209). Il engage M. Jurieu dans son principe par un exemple qu'il ne peut reieter. Dans ces paroles : Ceci est mon corps, tout le calvinisme reconnaît une ligure, pour éviter la violence que la lettre fait à la raison el au sens humain; qui peut donc après cela empêcher le socinien d'en faire autant sur ces paroles : Le Verbe était Dieu, le Verbe a été fait chair; et ainsi des autres?

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S'il faut de nécessité mettre au son humaine, et que ce soit là le g ouvrage de la Réforme, pourquoi ne l'affranchir de tous les mystères, et en ticulier de celui de la Trinité ou de celui de l'Incarnation comme de celui de la présence réelle, puisque In raison n'est pas moins choquée de l'un que de l'autre?

XXVII. — Que les réponses du ministre sur cette objection sont insoutenables dans la bouche d'un calviniste.

M. Jurieu déteste cette proposition de Fausle Socin sur la satisfaction de Jésus- Christ : « Quand cela se trouverait écrit non l'as une fois, mais souvent dans les écrits sacrés, je ne croirais pourtant pas que la chose allât comme vous pensez, mais comme cela est impossible, j'interpréterais les passages en leur donnant un sens commode.

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comme je fais avec les autres en plusieurs autres passages^le l'Ecriture (3210J. » Notre ministre déteste, et avec raison, cette parole de Socin, car en suivant la méthode qu'il nous y propose, il n'y a plus rien de tixo dans l'Ecriture : à chaque endroit dillicile on sera réduit à soutenir thèse sur l'impossibilité, et au lieu d'examiner en simplicité de cœur ce que Dieu dit, il faudra à chaque moment disputer de ce qu'il peut.

On ne saurait donc rejeter trop loin cette méthode, qui soumet toute l'Ecriture et toute la foi au raisonnement humain. Mais voyons si la Réforme peut s'exempter de cet inconvénient.

L'auteur des Avis demande à M. Jurieu, comment il dispose son cœur dans les mystères que la raison ne peut atteindre par aucun endroit (3211). Et ce ministre lui répond : « Je sacrifie à Dieu, qui est la première vérité, toutes les résistances de ma raison : la révélation divine devient ma souveraine raison (3212). » Cette réponse serait admirable dans une autre bouche, mais pour la faire avec efficace à un socinieD, il faut donc poser pour principe, que partout où il s'agit de révélation on doit imposer silence au raisonnement humain, et n'écouter qu'un Dieu qui parle. Ainsi lorsqu'il s'agira de la présence réelle et du sens de ces paroles : Ceci est mon corps , il n'est plus permis de répondre, comme fait M. Jurieu (3213). « L'Eglise romaine croit avoir une preuve invincible de la présence réeile dans ces paroles de Jésus-Christ : Si quelqu'un ne mange ma chair, etc. Prenez , mangez,ceci est mon corps. Cette prétendue ruanducation nous conduit à des prodiges, à renverser les lois de ia nature, l'essence des choses, la nature de Dieu et l'Ecriture sainte; à nous rendre mangeurs de chair humaine. De là je conclus sans balancer qu'il y a de l'illusion dans la preuve et de la ligure dans le texte. » Mais, je vous prie, que fait autre chose le socinien? Ne trouvet-il pas dans la Trinité, dans l'Incarnation, dans l'immutabilité de Dieu , dans sa prescience, dans le péché originel, dans l'éternité des peines, des prodiges, des renversements de la nature de Dieu et de l'essence des choses? Faut-il donc entrer avec lui dans cette discussion, et jeter de simples fidèles dans la plus subtile et la plus abstraite métaphysique ? Où est donc ce sacrifice de résistance de notre raison qu'on nous promettait? Et s'il nous faut disputer el devenir philosophes, que devient la simplici.é de la foi ?

XXVIII. — Si les calvinistes sont reçus à dire que le mystère de la Trinité et les autres sont moins opposés à la raison que celui dt la présence réelle.

M. Jurieu dira peut-être : J'emploie, il

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M03 PART. \ lllldl.. POLEMIQUE. - IV.

(>si m ai, la résistance de la raison contre la présence réelle, mais c'est aussi que la raison y résiste plus qu'à la Trinité, à l'in-

oarnation et aux autres mystères que le socinien rejette. Vous voila donc, encore un coup, à disputer sur le plus et sur le moins de la résistance : il faut faire argumenter le simple fidèle, il en faut l'aire un philosophe. un dialecticien; et celui dont vous ne voulez, pas charger la faiblesse ou l'ignorance, de la discussion de l'Ecriture, est .jeté dans la discussion eles subtilités do la philosophie la plus abstraite et la plus coutentieuse. Est-ce là ce chemin aisé et cette voie abrég e de conduire le Chrétien aux vérités révélées ?

XXIX. — Si les calvinistes sont reçus à dire qu'Us ont pour eux les sens.

Mais, direz-vous, il ne s'agit pas de raisonnement ; j'ai les sens mêmes pour moi, et je vois bien que du pain n'est pas un corps. Ignorant , qui n'entendez pas que toute la difficulté consiste à savoir si Dieu peut réduire un corps à une si petite étendue I Le luthérien croit qu'il le peut, et si vous vous obstinez à vouloir conserver le pain avec le corps, il le conserve et donne aux sens tout ce qu'ils demandent. Vous n'avez donc rien à lui dire de ce côté-là, et vous voilà à disputer sur la nature des corps, à examiner jusqu'à quel point Dieu a voulu que nous connussions le secret de son ouvrage, et s'il ne voit pas dans la nature des corps comme dans celle des esprits quelque chose de plus caché et de (dus foncier, pour ainsi dire, que ce qu'il en a découvert à notre faible raison. Il faut donc alambiquer son esprit dans ces questions de la possibilité ou impossibilité, c'est-à-dire, dans les plus fines disputes où la raison puisse entrer, ou plutôt dans les plus dangereux labyrinthe» où elle puisse se perdre. Et après tout s'il se trouve vrai que Dieu puisse réduire un corps à une si petite étendue, qui doute qu'il ne puisse le cacher où il voudra, et sous telle apparence qu'il voudra? Il a bien caché ses anges, des esprits si purs, sous la figure des corps, et fait paraître son Saint-Esprit sous la forme d'une colombe : pourquoi donc ne pourrait-il pas cacher quelque corps qu'il lui plaira sous la figure, sous les apparences, sous la vérité s'il le veut ainsi, de quelque autre corps que ce soit, puisqu'il les a tous également dans sa puissance? Donc le sens ne décide pas; donc c'est le raisonnement le plus abstrait qu'il faut appeler à son secours, et la plus fine dialectique. Mais s'il faut être dialecticien ou philosophe pour être Chrétien, je veux l'être partout, dira le socinien, je veux soumettre à ma raison tous les passages de l'Ecriture où je la trouverai choquée, et autant ceux qui regardent la Trinité et l'Incarnation, que ceux qui regardent la pré-

fcVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. HUIS

sence réelle. On peut discourir, on peut écrire, on peut chicaner sans tin; mais à un homme do lionne foi ce raisonnement n'a point de réplique.

XXX. — Que ce qui détourne les calvinistes de la présence réelle est précisément la même chose qui détourne les sociniens des

uutns mystères; c'est- à dire la raison humaine Preuve par M. Jurieu.

M. Jurieu dira sans doute que ce n'est pas la raison seule, mais encore I Ecriture sainte qu'il oppose au luthérien et au catholique sur ces paroles : Ceci est mon corps. Mais outre, comme nous verrons, que le socinien en fait bien autant, voyons ce qui a frappé M. Jurieu, et répétons' le passage que nous venons de citer sur ses paroles : Ceci est mon corps :le sens de la présence réelle « nous conduit, » dit-il, « à des prodiges, à renverser les lois de la nature, l'essence des choses, la nature de Dieu, l'Ecriture sainte, à nous rendre mangeurs de chair humaine.» L'Ecriture est nommée ici, je l'avoue; car aussi pouvait-on l'omettre sans abandonner la cause? Mais l'on voit par où l'on commence, ce qu'on exagère, ce qu'on met devant l'Ecriture, ce qu'on met après ; et on ressent manifestement que ce qui choque et ce qui décide en cette occasion, c'est enfin naturellement la raison humaine. On sent qu'elle a succombé à la tentation de ne pas vouloir se résoudre à croire des choses où elle a tant à souffrir : c'est en effet ce qui frappe tous les calvinistes. Un Catholique ou un luthérien commence avec eux une dispute : forcé par l'impénétrable hauteur des mystères dont la croyance est commune entre nous tous, le calviniste reconnaît qu'il ne faut point appeler la raison humaine dans les disputes de la foi. Là-dessus on lui demande qu'il la fasse taire dans la dispute de l'Eucharistie comme dans les autres. La condition est équitable : il faut que le calviniste la passe. C'en est donc fait : ne parlons plus de raison humaine, ni d'impossibilité, ni des essences changées : que Dieu parle ici tout seul. Le calviniste vous le promettra cent fois ; cent fois il vous manquera de parole, et vous le verrez toujours revenir aux peines dont sa raison se sent accablée. Maisje ne vois que du pain ? Mais comment un corps humain en deux lieux et dans cet espace? Je n'en ai jamais vu un seul qui ne se replongeât bientôt dans ces difficultés, qui, à vrai dire, sont les seules qui les frappent. Calvin, comme les autres, promettait souvent aux luthériens, lorsqu'il disputait avec eux sur cette matière (3214), de ne point faire entrer de philosophie ou de raisonnement humain daus cette dispute ; cependant à toutes les pages il y retombait. Si les calvinistes se font justice, ils avoueront qu'ils n'en usent pas d'une autre manière, et qu'ils en reviennent toujours h des pointillés du raisonnement humain.

rââli) Coût, Bett.; Cvnt. Ycst.

XXXI. — Qu'en alléguant l'Ecriture, le calviniste ne fait qu'imiter le socinien, et qu'il retombé dans la discussion dont M. Jurieu roulait le tirer.

Mais n'allèguent-ils pas l'Ecriture? Sans doute, de la même sorte que font les sociniens. Je suis la vigne, je suis la porte, la pierre était Christ; ils prouvent parfaitement bien qu'il y a dans l'Ecriture des façons de parler figurées : donc celle-ci : Ceci est mon corps, est de ce genre. C'est ainsi qu'un socinien raisonne; il y a tant de façons de parler où il faut admettre une ligure; pourquoi celle-ci : Le Verbe était Dieu, le Verbe a été fait chair, ne serait-elle pas de ce nombre? Ils sauront fort bien vous dire que, Jésus-C.brist étant sur la terre le représentant de Dieu, revêtu de sa vérité, inondé de sa vertu toute-puissante, on le peut aussi bien appeler Dieu et vrai Dieu que le pain de l'Eucharistie est appelé corps. Vous voilà donc dans les discussions, dans la conférence des passages, dans l'embarras des disputes, auxquelles vous ne vouliez pas vous assujettir.

XXXII. — Que visiblement le calviniste est déterminé contre la présence réelle par le principe socinien.

Mais, direz-vous, l'Ecriture est claire pour moi, c'est la question. Le socinien ne prétend pas moins à cette évidence que vous: voilà donc toujours la foi dépendante des disputes, et ce moyen abrégé de l'établir tout d'un coup et "sans discussion vous échappe. Mais en un si l'Ecriture est si claire en cette matière, d'où vient que le luthérien ne peut l'entendre depuis plus de cent cinquante ans de disputes? Vous ne direz pas que c'est un profane, ennemi de Dieu, de qui il retire ses lumières, comme vous pourrez le dire d'un socinien. Il est du nombre des enfants de Dieu, du nombre de ceux qu'il enseigne, qu'il reçoit à sa table et dans son royaume. Voulez-vous faire dépendre la foi d'un simple fidèle, d'une dispute qui demeure encore indécise après un si long temps? Avouez donc la vérité, sentez-la du moins ; ce n'est pas l'Ecriture qui vous détermine : la méthode socinienne vous entraîne ; et de deux sens qu'on donne à ces paroles, Ceci est mon corps, vous vous résolvez par celui qui llatte la raison humaine. Ainsi seront entraînés tous ceux qui mépriseront les décisions de l'Eglise, et tant qu'on ne voudra point fonder sur une promesse certaine, une autorité infaillible qui arrête la pente des esprits, la facilité déterminera, et la religion où il y aura le moins de mystères sera nécessairement la plus suivie.

XXXIII. — Autre argument des sociniens sur les articles fondamentaux, dont ils demandent qu'on leur fasse voir la distinction

par l'Ecriture , ce que le ministre avoue qu'il ne peut faire.

Mais voici dans les écrits des indifférents

(32H) Avis, ii. l. art. 1. j>. 10.

(3215) Tab., lell. 3, p. 119.

un attrait plus inévitable pour les calvinistes. L'auteur des Avis demande à M. Jurieu une règle pour discerner les articles fondamentaux d'avec les autres (321i*) ; car il est constant, et le ministre en convient, « qu'outre les vérités fondamentales, l'Ecriture contient cent et cent vérités de droit et de fait, dont l'ignorance ne saurait damner (3215). » 11 s'agirait donc, de savoir si, en lisant l'Ecriture, le peuple, les ignorants et les simples, c'est-à-dire, sans comparaison, la plus grande partie de ceux que Dieu appelle au salut, pourraient trouver cette règle pour discerner les vérités dont l'ignorance ne damne pas, d'avec les autres, et connaître par conséquent quelles erreurs on peut supporter, et jusqu'où l'on doit étendre la tolérance ; en un mot quelle raison il y a d'en exclure les sociniens plutôt que les luthériens. C'est ce qu'il faudrait pouvoir établir par l'Ecriture, mais c'est à quoi les ministres ne songentseulement pas. Au lieu de nous faire voir dans les saints livres la désignation de ces articles fondamentaux, le sommaire qui les ramasse ou la marque qui les distingue de tous les autres objets de la révélation, M. Jurieu se jette dans un long raisonnement; où il prétend faire voir, sans dire un mot de l'Ecriture, qu'il y a trois caractères pour distinguer ces vérités fondamentales (3216) : le premier est la révélation, le second est le poids et l'importance, le troisième est la liaison de certaines vérités avec la fin de la religion.

XXXIV. — De trois moyens proposés par le ministre pour distinguer les articles fondamentaux, deux d'abord lui sont inutiles, son aveu qu'on ne peut faire ce discernement par l'Ecriture.

Il ne faut pas s'arrêter au caractère de révélation qui est le premier, puisque c'est ià que le ministre est d'accord qu'»7 y a cent et cent vérités de droit et de fait révélées dans l'Ecriture, qui néanmoins ne sont pas fondamentales : ce caractère n'est donc pas fort propre à distinguer ces vérités d'avec les autres. Passons au second, qui est le poids et l'importance, où d'abord il est certain qu'il faut entendre un poids et une importance qui aille jusqu'à rendre ces vérités nécessaires au saïut : car le ministre ne dira pas que Dieu qui se glorifie par son prophète d'enseigner des choses titiles : Je suis, dit-il (Isa. xlviii, 17), le Seigneur ton Dieu, qui t'enseigne des chosesutiles, prenne le soin d'en révéler de peu importantes. Ce n'est donc rien de prouver en général que ces vérités soient importantes, si l'on ne prouve qu'elles le sont jusqu'à être de la dernière nécessité pour le salut. Ce-la posé, écoutons ce que nous dira le ministre : « Sur le second caractère, qui est le poids et l'importance, il faut savoir que le bon sens et la raison seule en peuvent juger. Dieu a donné à l'homme un discernement capable de

(3216) ll'id.

1109 PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. HIC

juger si une vérité es! importante ou non à la religion : tout de même qu'il lui a donné des yeux pour distinguer si un objet est blanc ou noir, grand ou petit, et des mains pour connaître si un corps est pesant ou léger.» Voilà de ces é\ idences que la Réforme nous prêche. M. Claude nous les expliquait d'une autre façon, et nous disait qu on sent naturellement que l'Ame est suffisamment remplie de la venté, comme on sent naturellement que le corps a pris une nourriture suffisante. Ces ministres pensent parla trouver un asile où l'on ne puisse les forcer ; car qui osera disputer avec un homme sur ce qu'il vous dit de son goût, ou prouver à un entêté de sa religion, quelle qu'elle soit, qu'il n'a pas ce goût qu'il nous vante, et qu'il ne sent pas comme à la main le poids des vérités du christianisme jusqu'à savoir discerner celles qui sont nécessaires au salut d'avec les autres? Sans doute ils ont trouvé là un beau moyen de chicaner. Mais ce qu'il y a d'abord à leur dire, c'est que, sous prétexte de cette évidence de goût et de sentiment, ils renoncent formellement à prouver par l'Ecriture l'importance et la nécessité des vérités fondamentales. M. Jurieu y est exprès : « Il est très-certain, » dit-il (3217), «qu'il est très-important de savoir si Jésus-Christ est Dieu, ou s'il ne l'est pas ; s'il est mort pour satisfaire à la justice de Dieu pour nous; si Dieu connaît les choses à venir, s'il est infini ou non, s'il est l'auteur de tout le bien qui se fait en nous.» Et un peu après : « Si l'Écriture sainte ne dit pas que ces vérités soient de la dernière

IMPORTANCE ET NECESSAIRES AD SALUT, c'est

parce que cela se voit et se sent assez : on ne s'avise point, quand on fait des philosophes, de leur dire que le feu est chaud et que la neige est blanche, parce que cela, se sent (3218). » Ce n'est donc point par l'Ecriture qu'on prouve les articles fondamentaux: chacun les connaît à son goût, c'està-dire chacun les désigne à sa fantaisie, sans qu'on le doive ou qu'on le puisse convaincre ou désabuser sur ces articles.

XXXV. — Démonstration manifeste de l'illusion qu'on fait aux prétendus reformes, en les renvoyant à leur août pour distinguer les articles fondamentaux.

Que si on sent que ces articles sont nécessaires au salut, à plus forte raison doiton sentir qu'ils sont véritables. Si on sent, par exemple, comme M. Jurieu vient de dire (3219), qu'il est nécessaire au salut de croire que Lieu est l'auteur de tout le bien qui se fait en nous, à plus forte raison doiton sentir que c'est une vérité constante, car il est clair que la croyance d'une fausseté ne peut pas être nécessaire au salut. Voilà

(5217) Lelt. 5, p. 125.

(5218) Lell. 3, p. 125.

(5219) Ci-dessus, n. 34.

(5220) Jur., Consul!., p. 212; Var., Addil. au liv. xiv, col. 879.

(5221) Ibid., Actdil., col. 871. ; Jcr., Consul!., part, n, c. 8, p. 210 et suiv. ; //* Aven.,

les controverses bien abrégées : on n fl qu'à dire qu'on sent et qu'on goûte, pour se mettre hors de toute atteinte; et par la môme raison, vous avez beau dire à un homme : Cela se goûte, cela se sent, s'il n'a ni ce sentiment ni ce goût, il vous quittera bientêt, et sa perte sera sans remède comme ses erreurs.

XXXVI. — Suite de la même démonstration : les calvinistes n'ont point de règle pour tolérer Luther et les luthériens plutôt que les autres. Semi-pélagianisme des luthériens.

Qu'ainsi ne soit ; à quoi sentez-vous que la présence réelle confessée par les luthériens ne soit pas une erreur fondamentale, et qu'ils puissent impunément être des mangeurs de chair humaine? Mais ce dogme de l'ubiquité, « monstre atl'reux, énorme et horrible, comme vous l'appelez vous-même (3220), d'une laideur prodigieuse en luimême, et encore (dus prodigieuse dans ses conséquences, puisqu'il ramène au monde la confusion des natures en Jésus-Christ, et non-seulement celle de l'âme avec le corps, mais encore celle de la divinité a\ec l'humanité, et en un mot Peutychianisme détesté unanimement de toute l'Eglise : » à quoi sentez-vous, je vous prie, que le poids d'une telle erreur si grossière, si charnelle et si manifestement contraire à l'Ecriture, ne précipite pas les âmes dans l'enfer? Mais cette erreur abominable d'ôler à la créature toute liberté, et de faire Dieu en termes formels auteur de tous les péchés, comment la pardonnez-vous à Luther ? Vous l'en avez convaincu; vous lui avez démontré que c'estun blasphème qui tend au manichéisme, qui renverse toute religion (3221), et dont néanmoins il ne s'est jamais rétracté. Où était le goût de la vérité dans ce chef des réformateurs lorsqu'il blasphémait de cette sorte? Mais où était-il dans les autres réformateurs, qui constamment blasphémaient do même (3222)? Et par quel goût sentez-vous que celle impiété ne les empêchait pas d'être fidèles serviteurs de Dieu ? On a démontré plus clair que le jour aux luthériens, dans l'Histoire des variations et dans le 111' Avertissement (3223), qu'ils sont devenus semi-pélagiens, en attachant la grâce de la conversion à une chose qui selon eux ne dépend que du libre arbitre, c'est-à-dire au soin d'assister à la prédication ; ce qui est, en termes formels, attribuer à nos propres forces le commencement de notre salut sans que la grâce y soit nécessaire. J'ai rapporté les endroits de Beaulieu, fameux ministre de Sedan, où il a convaincu les luthériens de cette erreur (322'+). M. Basnage l'a reconnue (3225), et il passe à M. de Meaux

n.3, 4, 5 et suiv.

(3222) Var., liv. xiv, col. 827 seqq. ; Addii., ibid.

(3223) Var., liv. vin, col. 602, 604 scq. ; liv. xiv, col. 867, 868. ; III' Averti-, n. 12 cl suiv.

(5224) Var., liv. xiv, col. 807.

(322")) Bas.n., I. H, I. m, c. 2, n. 4

un

cette insigne variation de la Réforme. Mais

l'aveu de M. Jurieu est encore ici plus considérable, puisque dans sa consultation au docteur Scullet, il entreprend de lui démontrer ce semi-pélagianisme des luthériens, en les convaincant d'enseigner que, pour avoir la grâce de la conversion, il faut que l'honnie fasse auparavant le devoir de se convertir par ses forces et ses connaissances naturelles (3226); ce qui est le plus pur et franc semi-pélagianisme, et enferme tout le venin de l'hérésie pélagienne. Ainsi le fait est constant de l'aveu des ministres et de M. Jurieu lui-même.

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