XLV. --Suite de la même matière ; chicane du ministre
11 ne faut point ici dissimuler une misérable chicane de M. Jurieu, qui soutient que l'article de la présence réelle et de l'union corporelle des fidèles avec Jésus-Christ ne peut pas être fondamental, parce que les luthériens eux-mêmes ne disent pas que cette union corporelle de Jésus-Christ avec ses membres soit absolument nécessaire. Il est donc clair, conclut-il, que les calvinistes ne nient rien de fondamental cl de nécessaire selon les luthériens (3241).
Ce ministre ne veut jamais entendre en quoi consiste la difficulté qu'on lui propose. Il est vrai que les luthériens ne disent pas que cette union corporelle du fidèle avec Jésus-Christ soit absolument nécessaire , parce qu'ils ne disent pas non plus que la réception de l'Eucharistie le soit; mais si les luthériens ne croyaient pas que la loi de cette union corporelle fût nécessaire à celui qui reçoit l'Eucharistie, pourquoi excluraientils de leur communion les calvinistes avec une inexorable sévérité? Il faut donc bien qu'ils croient absolument nécessaire à tout Chrétien la foi de cette union et de la présence réelle, et qu'ils tiennent ceux qui la nient pour coupables d'une erreurin toi érable.
Ainsi il se pourrait très-bien faire qu'on ne crût pas la communion absolument nécessaire, comme en elfet elle ne l'est pas de la dernière et inévitable nécessité; et qu'on crût absolument nécessaire, quand on communie, de savoir ce qu'on y reçoit, et ne pas priver le fidèle de la foi de la présence réelle; n'y ayant rien de plus ridicule et de plus impie que de tenir pour indifférent, si ce qu'on reçoit sous le pain et avec le pain, comme parle le luthérien, est ou n'est pas Jésus-Christ même selon la propre substance de son corps et de son sang, puisque c'est faire tomber son indifférence sur la présence ou sur l'absence de Jésus-Christ môme et de son humanité sainte.
Ainsi, quoi que puisse dire votre ministre, j'en reviens toujours à vous demander s'il
n'est d'aucune importance do savoir que Jésus-Christ en tant qu'homme soit vraiment présent ou non sous les symboles sacrés? Mais ce serait en vérité être trop profane que de pousser son indifférence jusque-là, et de croire si Jésus-Christ homme a voulu être présent avec toute la réalité que croit le luthérien, que cela puisse devenir indifférent à ses fidèles. Que si vou> êtes enfin forcé d'avouer que c'est là ui point important et très-important, mais nm pas de cette importance qui rend un article fondamental et absolument nécessaire pour le salut, puisque même la réception de l'Eucharistie n'est pas de celte nécessité, vous ne nous échapperez pas par celte évasion : car toujours on ne cessera de vous demander ce que vous diriez d'un homme qui, sous prétexte que la Cène ou la communion n'est pas absolument nécessaire rejetterait ce sacrement en disant qu'il le faut ôter des assemblées chrétiennes, et qu'il n'est pas nécessaire de le conserver dans l'Eglise? Vous n'oseriez soutenir qu'avec celte erreur il fût digne du nom chrétien ni de la société du peuple de Dieu dont il rejetterait le sceau sacré. Car par la même raison, sous prétexte qu'on peut absolument être sauvé sans le baptême lorsqu'on y supplée par la contrition ou par le martyre, et que même sans y suppléer par ces moyens on croit parmi vous que ce sacrement n'est pas nécessaire au salut des enfants des fidèles, il faudrait aussi tolérer ceux qui cesseraient de le donner, ou qui, à l'exemple de Fauste Socin, ne le croiraient plus nécessaire à l'Eglise de Jésus-Christ, en disant avec ce téméraire hérésiarque qu'il n'a été institué que pour les commencements du christianisme. Or, autant qu'il est nécessaire de conserver dans l'Eglise le sacrement de l'Eucharistie, autant est-il nécessaire d'y conserver la connaissance de la chose sainte qu'elle conlient, puisque même saint Paul condamne expressément ceux qui la mangent sans la discerner. {1 Cor. xi, 29.)
XLYI. — Suite de l'insuffisance de la preuve des points fondamentaux ; et lu Réforme forcée encore une fois de recourir à l'autorité et à la pluralité des voix.
Vous dites que le socinien détruit la gloire de Dieu, en le faisant impuissant, ignorant, changeant (32*2) : la détruit- on moins en le laisant, avec les réformateurs, auteur du péché, et en niant, comme font encore les luthériens, qu'il soit auteur de tout le bien qui se fait en nous, ne l'étant pas du commencement de notre salut? Le socinien, poursuivez-vous, ôte la sanctification en détruisant les motifs qui y portent, comme sont la crainte des peines éternelles ■' et les luthériens ne vous reprochent-ils pas que vous ôtez aussi ces motifs par votre certitude du salut et votre inamissibilité es
(5-241) Ji)R., De l'un, de i'Eyt., t. VI, c. 5, png. (32421 Tab., Iclt. 5, p. 127.
OEUVRES COMPL. DE BOSSLET. Vlll.
la justice? Quelle différeiuîe meitez-vous enire ôler les peines éternelles, et obliger le fidèle à croire avec une entière certitude qu'elles ne sont pas pour lui, puisqu'en quelque excès qu'il tombe, il est assuré de ne mourir pas dans son péché? Le socinien Ole la consolation : demandez au luthérien s'il ne trouve point de consolation dans la foi de la présence réelle, et s'il ne vous accuse pas de ravir aux entants de Dieu cet exercice de leur foi, et ce doux soutien de leurs âmes durant leur pèlerinage. Vous accusez le socinien de nier le mérite de Jésus-Christ et de sa mort : le socinien ne le nie pas absolument. Vous argumentez, et vous dites qu'il nie le mérite par voie de satisfaction; ce qui e-t en quelque façon le nier : et n'est-ce pas aussi le nier en quelque façon, et encore d'une façon très-criminelle, que de croire avec les luthériens le commencement du salut indépendant de la grâce que cette mort nous a méritée ? Et d'ailleurs que répondrez-vous à vos frères les Anglais protestants et à cette opinion qu'on dit se glisser parmi eux? M lis quelle est cette opinion que vous coulez si doucement ? « C'est, »dites-vou> (32+3), «que Jésus-Christ n'a pas proprement -atisfait pour nos péchés, et qu'il n'est pas mort atin que ses souffrances nous fussent imputées. » Voilà cette opinion qui se glisse en Angleterre, selon le ministre. « Sur quoi, » poursuit-il, « ils tournent en ridicult, à ce qu'oi m'écrit, la justice imputée, avec autant de violence que les papistes ignorants. » Ces théologiens dont on vous écrit, qui nient ouvertement que Jésus- Christ ail proprement satisfait, et tournant en ridicule votre justice imputée avec autant de violence que pourrait faire un papiste, apparemment ne se cachent pas. Vous avez peine, dites-vous, à distinguer cette théologie de {impiété des sociniens, et vous souhahez qu'on la flétrisse : mais cependant on ne dit mol à des gens qui nient si ouvertement la satisfaction de Jésus-Christ : on laisse glisser cette opinion parmi les docteurs, d'où elle passera bientôt au peuple; et l'Eglise anglicane ne se croit pas obligée de régler ses cen-ures par vos décisions. Criez tant que vous vaudrez que ces articles sont révélés et clairement révélés, vous en devez dire autant de tous les articles que vous soutenez contre les luthériens : et si entin vous répondez que les articles que vous opposez au luthéranisme, à la vérité, sont révélés et clairement révélés mais qu'ils ne sont pas pour cela fondamentaux ni de l'importance qu'il faut pour être nécessaires, au salut, nous en voilà donc revenus à examiner l'importance des article- révélés. Par quelles règles et sur quels principes? Le ministre n'en a aucun à nous do mer; et dans sa cinquième lettre, où il fait les derniers efforts pour éclaircir celte matière, après avoir épuisé toutes ses subtilités, il n'y voit plus autre chose à fa:re que d'en revenir
(5243) Tab., tell S, p. 578.
U20 'avait
enfin à compter les voix, comme il déjà proposé dans sa troisième lettre.
XLVII. — Le ministre encore une fois sttsiblemenl forcé à demeurer court sur 'i$ points fondamentaux.
Mais plus il s'explique sur cette matière, plus son embarras esi visible; car voici ce qu'il écrit dans cette cinquième lettre : « Il se peut donc faire, » dit-il (32ii), «qu'il yait en effet quelques personnes qui soient aveuglées à ce point de pouvoir croire que la divinité de Jésus-Christ et sa satisfaction sont des vérités, mais que ce ne sont pas des vérités essentielles à la religion chrétienne. Mais nous ne croyons pas que cet entêtement puisse aller loin ni s'étendre à beaucoup de personnes : à cause, dit-il, que c'est un état trop violent de croire que certaine personne soit Dieu, et de croire qu'on ne lui fait pas de tort en le regardant comme une créature. » Voilà votre dernier refuge : vous en appelez au grand nombre, et vous voulez que les tolérants demeuient toujours le plus petit. Mais si ce torrent vous inonde, si l'expérience réfute vos raisonnements, et qu'enfin la tolérance l'emporte, où en serez-vous ? Or certainement, au train qu'elle prend, il faudra bien quelle prévale, si, vous n'avez à lui objecter que le petit nombre de ceux qui la suivent, c'est-à-dire selon la Réforme une autorité purement humaine, et le plus faible de tons les secours. Qu'ainsi ne soit : écoutons la suite (3245). « On doit savoir que nous portons ce jugement » (que le nombre des tolérants sera toujours le plus petit) « des docteurs et des théologiens; car autrement je suis bien persuadé qu'il y a mille et mille bonnes ge>s dans les communions de nos sectaires qui unissent fort bien ces deux propositions : Jésus-Christ est Fils éternel de Dieu, mais il n'est pas nécessaire de le croire pour être sauvé. Car de quoi ne sont pas capables les pelples et les gens qui ne. sont pas de profession a