ENSEIGNER LES ALTRES, COMBIEN PEU T EN
a-t-il qui soient capables de voir le fond d'un sujet? » Voilà donc, de votre aveu propre, »«///e et mille bonnes gens, et nonseulement parmi les peuples, mais encore parmi ceux qui sont appelés à enseigner les autres, qui ne voient pas l'importance que vous voulez qui saute aux yeux. C'est pour ces mille et mille bonnes gens, pour ces gens qui ne sont pas de profession à s'appliquer, ni de capacité à pénétrer, pour ces gens, dis-je, dont il est certain que toutes les communions sont pleines, c'est pour eux et pour le grand nombre même des docteurs que vous jugez incapables de voir le fond d'un sujet; c'est pour eux , coup, Ouelle sera-t-elle? L'iîcrituix'? Mais ils ne
encore un je i demande une règle.
sont pas de profession à s'y appliquer, ni de capacité à la pénétrer. Los docteurs? M;iis ce "-ont ceux-là qui les embarrassent (mr
leurs divisions, et qui, après tout, ne sont i|ne des hommes sujets à faillir, et en particulier, et en corps; des hommes, enlin, dont le plus grand nombre n'est )>as capable, selon vous, de voir le fond d'un sujet, One pouvez-vous dont' donner pour règle a ce grand nombre d'ignorants? La multitude?
qu'ils voient croître tous les jours et en train de se grossir beaucoup davantage. Le goût et le sentiment? C'est ee qui les perd : car ils ont tant de goût pour la liberté; la tolérance leur parait si belle, si douce, si charitable, et par là si chrétienne 1 Quoi donc, enfin? Les synodes, les consistoires, les censures? Tous ces moyens sont usés et trop faibles, trop décriés dans la Réforme. Il ne reste plus il opposer que les magistrats; et c'est à quoi M. Jurieu travaille de toute sa force dans ses derniers ouvrages.
XLVIII. — Vaine tentative du ministre pour prouver par l'Ecriture les articles fondamentaux.
Cependant, dans l'embarras où il est sur les moyens d'établir les articles fondamentaux, il semble quelquefois se repentir d'avoir avoué si souvent qu'il ne les trouve pas' marqués dans l'Ecriture. Car il prétend, par exemple, que l'absolue nécessité de croire la divinité de Jésus-Christ, à peine d'être damné, est clairement marquée par ces paroles : Celui qui ne croit pas au Fils éternel de Dieu est condamné: nu il suppose le mot de Fils éternel au lieu de celui (le Fils unique (324-6), et donne occasion aux tolérants de lui reprocher qu'il n'a pu trouver la condamnation expresse dessociniens dans les passages qu'il produit, sans les altérer. 11 produit encore ce passage de saint Jean (// Joan. 7) : Celui qui nie que Jésus soit venu en chair, est l'Antéchrist (32V7). Mais que conclut ce passage pour les articles fondamentaux? puisque, de l'aveu du ministre, samt Léon et ses premiers successeurs ont été le vrai Antéchrist, sans préjudice de leur sainteté et de leur salut : par conséquent sans nier aucun article fondamental. Il aura souvent sujet de se repentir d'avoir avancé une proposition si insensée : mais après tout la question demeure toujours; ce que c'est que venir en chair. Si c'est donner à Jésus, comme ont fait les marcionites et les manichéens, au lieu d'une chair humaine une chair fantastique, les sociniens sont à couvert de ce passage. On sait d'ailleurs ce que c'est, selon eux, que venir en chair: et sans excuser leurs réponses, que je trouve aussi mauvaises que M. Jurieu, il est question de sauver de leurs vaines subtilités ce nombre infini de gens parmi les savants aussi bien que parmi le
(324G) De l'un., Ir. G, c. 5, pag. 580 ; Joan. m ,
(5-247) De lun., ibid., Tub., Iell.4, p. loi».
i3-2'.S) Tub.. luit. 5, p. Itti.
AVERTISSEMENT^ AUX PKOTRSTANTS. liiï
peuple, qu'on exclut de la discussion des passages de l'Ecriture, parce qu'ils n'ont ni le loisir ni la capacité de le faire, ainsi <|uo le ministre vient encore d'en convenir.
X L1X. — Si le ministre a mieux établi les articles fondamentaux dans le traité De l'unité Ou il nous renvoie : qu'il y met la nécessité de layrûceauranij des conséquences non fondamentales.
On voit donc combien est faible la seule barrière qu'il met entre lui et les loléranls, qui est celle des points fondamentaux. Il nous renvoie à ce qu'il en a dit au traité m de son livre De l'unité tde l'Eglise (32i-8): mais il n'y dit pas autre chose que ce qu'il répète dans ses lettres, et il ne fait que l'étendre, comme il en demeure d'accord. Parcourons néanmoins ce traité : nous n'y trouverons que de nouveaux embarras sur cette matière. Après avoir supposé que les articles fondamentaux sont les principes essentiels du christianisme, il met trois choses non fondamentales : 1° « L'explication des mystères ; 2° les conséquences qui se tirent de ces mystères ; 3" et les vérités théologiques qu'on puise dans l'Ecriture ou dans la raison humaine, mais qui ne sont pas essentiellement liées avec les principes (32V9). » Je ne veux rien lui disputer sur cette division ; je remarquerai seulement quelques conséquences qu'il met parmi les choses non fondamentales : « Le principe du christianisme, » dit-il (3250), « c'est que l'homme étant tombé volontairement dans la misère par le péché, il lui fallait un rédempteur que Dieu lui a envoyé en Jésus-Christ. De ce principe les uns tirent ces conséquences, que l'homme par son péché avait entièrement perdu toute sa force pour faire le bien et pour tendre à sa fin surnaturelle ; les autres les nient. » Ce n'est donc pas un principe du christianisme que l'homme ait perdu par le péché toute sa force pour faire le bien et tendre à sa fin surnaturelle : ce n'est qu'une conséquence non fondamentale, comme l'appelle le ministre (3251), sur laquelle il convient aussi que les Chrétiens sont partagés; et il est permis de dire que la nature tombée a des forces pour faire le bien jusqu'à le pouvoir commencer, ainsi qu'on a vu (3252), par elle-même, et tendre à sa fin surnaturelle : ce qui rétablit en honneur le semipélagianisme, comme on l'a vu souvent.
L. — Autre conséquence non fondamentale, que la satisfaction de Jésus-Christ soit ou ne soit pas d'une absolue nécessité, importance de cet uveu du ministre.
Voici encore une des conséquences non fondamentales que le ministre donne pour îxemple. De ce principe, qu'on avait besoin d'un rédempteur, « les uns concluent, «ditil," aue la satisfaction était d'une absolue né-
(3-2.0) Ibid., De l'un., tr. 6, c. I, p. 496.
(3-250) Ibid., p. 497.
(3 -M) Ibid.
yôlbî) Ci-ilessus, n. 55 3G, 38.
cessité, les autres n'en veulent pas tomber d'accord (3-253). » C'est donc une chose libre de croire qu'on ait besoin de la satisfaction de Jésus-Christ par une absolue nécessité, ou de croire qu'on pouvait s'en passer : ce qui seul renverse de fond en comble le système du ministre.
Car quand il viendra nous dire dans la suite, que pour croire « un rédempteur comme fournissant à tous nos besoins, il faut croire qu'il a satisfait parfaitement à la justice de Dieu, puisque c'est là un des besoins que la nature et la loi lui faisaient sentir (3254) , il sera aisé de lui répondre que tout le bien que nous sentons est celui que Dieu nous pardonne nos péchés, en quelque manière que ce soit, ou par la satisfaction de Jésus-Christ ou sans elle , ce qui fait ranger au ministre môme parmi les choses indifférentes l'opinion qui ne veut pas reconnaître que la satisfaction de Jésus-Christ soit d'une absolue nécessité.
U. — Suite de cette matière : sur quoi est fondé le prétendu goût et le prétendu sentiment des articles fondamentaux ; absurdité manifeste de cette doctrine par la seule exposition.
Mais dès là tout son système et celui de M. Claude est à bas. Car voici leur raisonnement : L'homme sentait son péché ; par conséquent il sentait que Dieu était irrité contre lui, et que sa justice demandait sa mort; qu'il fallait dune que cettejustice fût parfaitement satisfaite ; donc par un mérite infini ; donc par une personne infinie; donc par un Dieu-Homme; donc il fallait qu'il y eût en Dieu plus d'une personne; donc l'homme sentait par son besoin qu'il y avait une Trinité et une Incarnation; que ces mystères étaient nécessaires à son salut, et par conséquent fondamentaux (3255). Voilà ce qu'on sent dans la Kéforme. Encore que tout ce discours ne soit qu'un tissu de raisonnements et de conséquences, il se faut bien garder d'appeler cela raisonnements; car autrement il y faudrait de la discussion et de la plus fine; et c'est ce qu'on veut exclure : il faut dire qu'on sent tout cela comme on sent le froid et le chaud, le doux et l'amer, la lumière et les ténèbres ; et si on ne le sentait de celte sorte, la Réforme ne saurait plus où elle en serait, ni comment elle montrerait les articles fondamentaux.
J-Il. — Que le sentiment prétendu du besoin qu'on a d'une satisfaction infinie, visiblement est insuffisant pour établir les points fondamentaux.
En vérité, c'est trop se moquer du genre Humain, que de vouloir lui faire accroire qu'on sente de cette sorte une Trinité et une Incarnation. Car, supposé qu'on sentît qu'on a besoin d'un Dieu qui satisfasse pour nos péchés, en tout cas, on ne sent pas là le
Saint-Esprit ni une troisième personne, et il suffit qu'il y en ait deux. Mais cette seconde personne dont on sent, dit-on, qu'on a besoin, sent-on encore qu'on ait besoin qu'elle soit engendrée? et ne peut-on satisfaire à Dieu si on n.'est son fils, quoique d'ailleurs on lui soit égal? Quoi doncl le Saint-Esprit serait-il indigne de satisfaire pour nous, s'il avait plu a Dieu qu'il s'incarnât? Mais sent-on encore, je vous prie, que pour faire une Incarnation, il faille reconnaître en Dieu la pluralité des personnes? Et quand on n'en concevrait qu'une seule, ne concevrait-on fias qu'elle pourrait s'incarner? Mais, direz-vous, il faut deux personnes pour accomplir l'œuvre de la satisfaction ; car une môme personne ne peut se satisfaire à elle-même. Aveugles, qui ne sentez pas qu'il faut bien que le Fils de Dieu ait satisfait à lui-même, aussi bien qu'au Père et au Saint-Esprit; et si vous dites que comme homme il a satisfait à luimême comme Dieu, qui empoche qu'on n'en dise autant quand il n'y aurait en Dieu qu'une personne?
Je ne parlerai point iji des autres difficultés de cette satisfaction, qui fait dire à un très-grand nombre et peut-être à la plupart des théologiens, que la satisfaction de Jésus-Christ est un mystère d'amour, où Dieu exerce plutôt sa miséricorde en acceptant volontairement la mort de son Fils, qu'il ne satisfait à sa justice selon les règles étroites, et comme parle l'Ecole, ad stricto» juris apices. Je laisse toutes ces choses et cent autres aussi difficiles, comme le savent les théologiens, qu'on veut pourtant faire sentir aux plus ignorants du peuple. 11 me suffit d'avoir fait voir qu'on n'a senti jusqu'ici dans le discours de M. Jurieu ni la personne du Saint-Esprit, ni même celle du Fils, ni la procession de l'un, ni l'éternelle génération de l'autre; choses pourtant qui appartiennent aux fondements de la foi.
LUI. — Témérité de mettre au nombre des „ articles fondamentaux l'opinion qui a réduit Dieu à n'avoir qu'un seul moyen de sauver les hommes.
Mais en poussant encore les choses plus loin, pour sentir le besoin qu'on a d'un Dieu incarné, il faut sentir en même temps que Dieu ne nous peut sauver ni nous pardonner nos péchés que par cette voie : autrement si l'on sent qu'il y en a il'autres, on ne sent pas le besoin qu'on a nécessairement de celle-là. Il faut donc pouvoir dire à Dieu : Oui, je sens que vous ne pouvez me sauver qu'en faisant prendre chair humaine à un Dieu qui satisfasse pour mes péchés, et vous n'aviez que ce seul moyen de les pardonner. Cependant M. Jurieu lui-même n'a osé nous obliger ;i croire que celte voie de sauver les hommes par une satisfaction. soit de nécessité absolue (3256) : et quand
(3255) Ibid.
(3254) lbul., c 3, i, p. 6i7.
(52S5)/it<i., c. 3, p V27 ; Syst., I. u , c. 25,p 4iP.
(5ij0) Ci-ilcssus. n. 50.
Hï5 PART. X. TIIEOL. POLEHIQI E. — IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 14*6
ce ministre ne nous aurait pas donné cette liberté, • 1 1 1 ■ ne voit que le bon sens nous la donnerait, puisqu'il n'y a point d'homme asgei osé nour proposer aux Chrétiens comme un article fondamental rie la religion, qu'il n'était pas possible à Dieu de sauver L'homme par une pure condamnation et rémission <lo ses péchés, ni autrement qu'en exigeant do son Fils la satisfaction qu'il lui a oiferte?
L1V. — Autre preuve de l'absurdité manifeste
du prétendu sentiment de M. Jurieu.
Avouons donc de bonne foi que nous ne sentons ni la Trinité ni l'Incarnation. Nous croyons ces adorables mystères, parce que Dieu nous l'a ainsi révélé et nous l'a dit ; ma s que nous les sentions par nos besoins, et encore que nous les sentions comme on sent le froid et le chaud, la lumière et les ténèbres, c'est la plus absurde de toutes les illusions. Et pour faire voira M. Jurieu, s'il en est capable,, l'absurdité de ses pensées, il ne faudrait que lui remettre devant les yeux la manière dont il croit sentir l'Ascension du Fils de Dieu. « C'est, » dit-il (3257), «que si on le croit ressuscité, ne le trouvant plus sur la terre, il faut nécessairement croire qu'il est monté dans les cieux : » ajoutez, car c'est là l'article, « et qu'il est assis à la droite de son Père, » pour de la gouverner tout l'univers et exercer la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel et dans la terre. Vous sentez tout cela, si nous voulons vous en croire, parce que ne trouvant plus Jésus-Christ sur la terre, il ne peut être que dans le ciel et h la droite du Père : il n'était pas possible à Dieu de le mettre quelque autre part; si l'on veut avec Elie et avec Érioc qu'on ne trouve point sur la terre, et que néanmoins on ne place pas à la droite du Père éternel dans le ciel. Dieu ne pouvait pas réserver au dernier jour à placer son Fils dans le ciel, lorsqu'il y viendrait accompagné de tous ses élus et de tous ses membres, après avoir jugé les vivants et les morts. Mais encore où sentez-vous ce jugement que le Fils de Dieu rendra comme Fils de l'homme? (Joan. v, 27.) Dieu ne pouvaitil pas juger le genro humain par lui-même? et fallait-il nécessairement que Jésus-Christ descendît du ciel une seconde fois? Sentezvous encore cela dans vos besoins, etsoutiendrez-vous ù Dieu qu'il ne lui était pas possible de faire justice autrement? Quelle erreur parmi tant de mystères incompréhensibles, d'aimer mieux dire. Je les sens, que de dire tout simplement, Je les erois, comme on nous l'avait appris dans le Symbole?
LV. — Que le ministre détruit en termes formels sa prétendue évidence des articles fondamentaux dans celle de nos besoins.
Mais s'il faut dire ici ce que nous sentons, et donner notre sentiment pour noire règle, je dirai sans balancer à M". Jurieu, que s'il y
(5237) Ibid., c. 5, p. 527, (ô.!*'S) Ci-dessos, n. 57, 58.
..::'.i) lbUL, p. .526.
a quelque chose au monde que je sente, c'est que j" n'ai par moi -môme aucune force pour m'éiever a ma lin .surnaturelle, et que j'ai besoin de la grâce pour faire la moindre ai tion d'une sincère piété. Cependant M. Ju« rieu nous permet de ne pas sentir ce besoin: il permet, dis-je, au luthérien de ne I as sentir qu'il ait besoin d'une grâce intérieure et surnaturelle pour commencer son salut (3258). Mais moi je sens au contraire que si j'en ai besoin pour l'accomplir, j'en ai besoin pour le commencer, et que ces deux choses mo sont ou également possibles ou également impossibles. Je pourrais dire encore à M. Jurieu : Je sens que si j'ai besoin (tue Jésus-Christ soit ma victime, il faut pour accomplir son sacrifice, qu'il me présente celte victime à manger, non-seulement en es| rit . mais encore aussi réellement , aussi .substantiellement qu'elle a été immolée, autrement je ne sentirais pas assez que c'est pour moi qu'elle l'a été, et qu'elle est tout a l'ait mienne : ainsi celte nianducation était nécessaire ; et quand je supporterats celui qui l'ignore, je ne dois pas supporter celui qui la nie. Voilà, dirai-je, ce que je sens aussi vivement que M. Jurieu se vante de sentir tout le reste. Le luthérien le sent comme moi; le calviniste sent tout le contraire. Mais pourquoi son sentiment prévaudrait-il au nôtre, puisque nous sommes deux contre lui seul, et que constamment du moins nous l'emportons par le nombre, dont nous avons vu tout à l'heure que M. Jurieu fait tant de cas?
LVI. — Le goût et le sentiment où le ministre réduit la Réforme est un aveu de son impuissance à établir les points fondamentaux par la puissance de Dieu.
Par toutes ces raisons et par cent autres qui peuvent venir aisément en la pensée, il est plus clair que le jour, lorsque le ministre nous dit : « On sent bien que tout cela est essentiel à la religion chrét enne (3259),» et encore : « Pour distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres , il ne faut que la lumière du bon sens, qui a été donné à l'homme pour distinguer le grand du petit, le pesant du léger, et l'important de ce qui ne l'est pas (3260); «qu'il faut prendre tous ces beaux discours pour un aveu de son impuissance à établir ces articles par une autre voie, et une excuse qu'on tait aux Réformés de ce qu'on ne peut les trouver dans l'Ecriture , comme le ministre est contraint de le reconnaître.
LV1I. — Autre moyen de reconnaître les articles fondamentaux , proposé par le ministre, et la Réforme rappelée enfin à l'autorité de i 1,'ijlise.
Au défaut de l'Ecriture, il leur propose encore un autre moyeu. Les articles fondamentaux sont connus, dit-il (3261), « par la
(3-2ii0) P. 529, 530.
3261) Tub., Un. 5, p.
respect que les mystères de la religion impriment naturellement par leur majesté, par leur auteur et par leur antiquité. » Naturellement; ce mot m'étonne : les mystères de la eligion selon saint Paul étaient par leur aauteur, ou si vous voulez, par leur apparente bassesse, scandale aux Juifs, et folie aux gentils (I Cor. i, 23), et n'étaient sagesse qu'à ceux qui avaient commencé par captiver leur intelligence sous l'obéissanee de la roi. (11 Cor. x , 5.) Mais sans nous arrêter davantage à cet eirel, des mystères dont nous venons de parler, c'est ici leur antiquité que le ministre nous donne pour règle, il s'en explique en ces termes dans le traité De l'unité où il nous renvoie :« C'est,» dit-il (3261*), « que tout ce que les Chrétiens ont cru unanimement, et croient encore, est fondamental. » Vous voilà donc, mes chers frères, réduits à l'autorité, et à une autorité huniaine, ou bien il faut avouer, avec les Catholiques, que l'autorité de tous les Chrétiens et de l'Eglise universelle qui les rassemble est une autorité au-dessus de l'homme.
LVIII. — Le ministre donne pour loi le consentement des Chrétiens, et suppose l'Eglise infaillible.
Qu'ainsi ne soit; écoutez comme parle votre ministre : « M. Nicole, » dit-il (3262), i supfiosequelessociniens pourraientrendre le monde et l'Eglise socinienne; et moi je suppose que la providence de Dieu ne peut pas permettre cela. » Mais pourquoi ne le peut-elle pas permettre? Pourquoi Dieu ne pourra-t-il plus comme autrefois laisser les nations aller dans leurs voies? (Act. siv, 15.) Si ce n'est qu'il s'est engagé à toute autre chose par l'alliance qu'il a contractée avec son Eglise, et par la promesse qu'il a faite de la mettre à couvert de l'erreur ; ce qui est en termes formels l'infaillibilité nous vous prêchons.
que
Le
ministre dit clairement que le consentement actuel des Chrétiens est dans chaque temps la marque certaine d'une vérité fondamentale.
Vous voyez donc plus clair que le jour, qu'il faut emprunter de nous tout ce qu'on dit pour vous airermir dans les fondements de la foi. Mais cependant ces vérités sont si étrangères à la Réforme, qu'elle ne sait comment s'en servir.
Quelquefois M. Jurieu semble vouloir dire que, pour connaître un article comme fondamental, il nous suffit de le voir reçu actuellement de notre temps par tous Tes Chrétiens de l'univers ; et c'est pourquoi il a dit, comme vous venez de l'entendre, que Dieu ne peut pas permettre aux sociuiens d'occuper aujourd'hui
aujourd nui toute l'Eglise. Re marquez qu'il ne le dit fias pour dans le seul Traité Le l'unité; i dit dans son Système (32i
(5261-) Ti. 6, c. C, p. SGI p. 257.
(520-2) De l'un
, que Syst.,
une fois et avait déjà « Dieu ne
liv. ii,
saurait PERMETTitE que de grandes sociétés chrétiennes se trouvent engagées dans des erreurs mortelles, et qu'elles y persévèrent longtemps. » Ce n'était donc pas seulement l'Eglise universelle, c'est-à-dire, selon ce ministre, l'amas des grandes sociétés chrétiennes; c'est encore chaque grande société qui est faillible à cet égard. Enfin le même ministre dans ses Lettres pastorales de la
troisième année (3264), a rangé encore, parmi « les suppositions impossibles, celle où l'on dirait que le socinianisme ait pc gagner tout le monde ou une partie, comme a fait le papisme. »
Remarquez bien, mes chers frères, encore un coup ; non-seulement Dieu ne peut pas avoir permis que l'hérésie qui rejette la divinité de Jésus-Christ ait occupé tous les siècles passés, mais encore il ne peut pas permettre aujourd'hui aux derniers défenseurs de cette hérésie, qui sont les sociniens, de tenir, je ne dis pas la première place, mais même une grande place dans la chrétienté, en sorte qu'il nous suffit de voir cette hérésie actuellement rejelée par le gros des Chrétiens d'aujourd'hui, et même par une* grande société chrétienne, pour conclure, sans avoir besoin de remonter plus haut, que cette hérésie est fondamentale.
LX. — Que cet aveu du ministre démontre qlie l'accusation qu'il nous fait sur l'idolâtrie est une manifeste calomnie : aveu formel du ministre sur l'universalité du culte qu'il prétend idolâtre.
Mais s'il est ainsi , mes chers frères , s'il n'est pas possible à Dieu (après ses promesses) de laisser tomber les grandes sociétés chrétiennes dans le socinianisme, comment peut-on imaginer qu'il les ait laissé tomber dans l'idolâtrie ? C'est néanmoins ce qui serait arrivé, si c'était une idolâtrie d'invoquer les saints, et d'en honorer ies reliques comme fait l'Eglise romaine, puisqu'il est cer-tain que cette pratique lui est commune avec les Grecs, les nestoriens, les eutychiens, et en un mot avec toutes les communions que M. Jurieu a rangées parmi les grandes communions des Chrétiens.
Et il ne faut pas répondre que les luthériens et les calvinistes qui sont aussi de grandes sociétés s'opposent à cette doctrine : car il faut prendre les choses comme elles étaient avant votre séparation il y a environ deux cents ans. Or en cet état, mes frères, celle invocation des saints était universelle parmi les Chrétiens. Le fait est constant : M. Jurieu en convient. « Il y a deux cents ans, » dit-il (3263), «qu'on eût eu bien de la peine de trouver une communion qui n'eût pas invoqué les saints. » Par conséquent, de deux choses l'une : ou Dieu avait laissé tomber non pas une communion, mais toutes les communions chrétiennes dans l'ido-
lr. 6, c. 6- ibid., p. 507.
(3255) Si/st., liv. il, c. I, p. 2
(3264) L'eu. 10. p. 79. •
(3265) De l'un., Ir. G, p 507.
1419 PART. X. TIII.01.. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS M.\ l'ROTESTANlS. 1150
donner ce dont nous
ifltrle, ou cesl une calomnie ili
nom à l'invocation des saints
Usons.
Et il ne serl de rien de répondre (|uc ce ministre ne dit pas absolument qu il n'y avait point de communion qui n'invoquât pas les saints, mais qu'on eût eu de la //< ine à en trouver, car cette expression ne sert qu'à &ire voir qu'il voudrait bien pouvoir déguiser un l'ail qui l'accable, lui effet, il est bien constant que s'il y avait eu alors quelque grande société qui n'eût pas invoqué les saints, on n'eût point eu de peine à la trouver; ces grandes sociétés éclatent aux yeux de tout le inonde, et leur culte, aussi public que la lumière du soleil, ne peut être ignoré; ainsi on n'a point de peine à le trouver pour peu qu'on le cherche.
C'est donc en effet, nies frères, qu'avant votre séparation il n'y avait point de pareilles sociétés chrétiennes où l'on n'invoquât pas les saints; vous n'oseriez nous compter pour quelque chose les vaudors réduits à quelques vallées, et quelques hussites renfermés dans un coin de la Bohème, car il faudrait nous trouver de grandes sociétés, des sociétés étendues, et qui fissent figure dans le monde, comme parle votre ministre (3266); or celles-ci, loin d'être étendues, étaient réduites à de petits coins de trèspetites provinces, et ne faisaient non plus de ligure dans le monde que les sociniens qui, selon le même ministre, n'en ont jamais fait, malgré les Eglises qu'ils ont eues dans la Pologne et qu'ils ont peut-être encore en Transylvanie.
LXI. — Le ministre, contraint de se dédire de V infaillibilité qu'il accordait au consentement actuel de tous les Chrétiens, retombe dans les mêmes embarras, en proposant pour règle infaillible le consentement des siècles passés.
C'est ici que le ministre accablé ne veut plus que le consentement actuel des sociétés chrétiennes soit un préjugé certain de la vérité : « Ce consentement ne fait preuve, » dit-il (3267), « que quand le consentement des premiers siècles de l'Eglise y entre ; » ce qui, selon lui, ne convient pas à la prière des saints, inconnue dans son sentiment aux trois premiers siècles. Je le veux; mais premièrement, vous perdrez d'abord votre cause contre les sociniens sur l'immutabilité de Dieu et sur l'égalité des trois Personnes, puisque vous ùtez aux trois premiers siècles la connaissance de ces articles, comme on a vu (3268). Secondement, vous perdez encore contre les mêmes hérétiques un avantage présent que vous aviez, en leur faisant voir, par un fait certain et palpable, qu'ils sont hérétiques, et d'une hérésie capitale, puisque nulle Eglise chrétienne qui ait quelque nom n'est aujourd'hui de leur sentiment. En troisième lieu,
je reviens encore contre vous, et je ne ers-e devons dire : si vous trouvez impossible
qu'elle devienne wiri nieillli', comment trouve/ vous plus impossible qu'elle devienne Idolâtre? Par conséquent tout ce que vous dites de notre idolâtrie n'est qu'illusion. En quatrième lieu, je vous soutiens que, parla mèiiic raison que l'erreur n'a pu dominer dans les siècles précédents, elle ne peut non plus dominer dans le nôtre, ou dans quelque autre qu'on puisse assigner, puisque, s'il n'y a point de promesse de préserver l'Eglise d'erreur, tous les siècles y sont sujets; et s'il y a une promesse, tous les siècles en sont exempts. En cinquième et dernier lieu, sans cela le ministre ne dit rien. Son dessein est d'en venir au discernement des articles fondamentaux par le sentiment unanime de l'Eglise chrétienne, comme par un moyen facile au peuple, par conséquent sans discussion, selon ses principes. Or, est-il que la discussion serait infinie s'il fallait examiner par te menu la foi de tous les siècles précédents. Il faut donc trouver le moyen île faire, pour ainsi dire, toucher au doigta chaque fidèle, dans le siècle où il est, en lui disant que par la promesse divine la foi d'aujourd'hui est la foi d'hier et celle de tous les siècles tant précédents que futurs, ce qui est précisément la doctrine de l'Eglise catholique.
LX11. — Le ministre. voudrait se dédire d'avoir donné pour règle au peuple le consentement de tous les siècles; mais il est contraint d'y revenir et de ramener la Réforme à la voie d'autorité.
M. Jurieu voudrait bien dire, dans une de ses Lettres pastorales, que ce n'est ni au peuple ni aux simples, mais seulement aux savante qu'il propose ce moyen de discerner les articles fondamentaux ; mais en cela il continue à montrer qu'il raisonne sans principes, et qu'il parle sans sincérité, puisqu'il vient encore d'écrire le contraire dans la cinquième lettre de son Tableau, où après avoir établi, comme on a vu, que l'impoi tance des mystères rejetés par les sociniens se connaît entre autres choses par leur antiquité, il ajoute, que « li:s peoI'LES sachant que c'est la foi universelle de l'Eglise de tous les temps, ne peuvent que très-malaisément être induits «à croire que ces mystères sont indifférents; au lieu que, » poursuit-il, « si l'on permet que le dogme de l'indifférence devienne général, le peuple, qui n'aura plus de digue à franchir, se jettera sans difficulté dans le précipice (3269).» Ce sont donc, en termes formels, les peuples qui savent la foi universelle de l'Eglise de tous les temps. Ils ne la savent point par la discussion de l'histoire de tous les siècles; ils ne peuvent donc la savoir que par l'uniformité que. la promesse de Dieu y entretient, et parce que la lui de l'Eglise appuyée
(3266) Sysl., liv. n, c. I, p. 256. art. 5 oi suiv.
(5267) De l'un., ir. 6, c. (j, p. .Jti7. (5269) 111'
^5208) Voy. VI' Avert., paît, i, ail. Il cl suiv.j p. l'JJ.
■lu»., kil. il, p. 83; Tab., Ielt. 5,
HZ*
sur cette promesse est infaillible et invariable; sans cette digue, poursuit le ministre, les peuples se jetteraient dans le précipice de l'indifférence des religions. 11 n'y a donc que cette autorité qui puisse les retenir sur ce penchant, il n'y a que ce moyen de fixer les articles de la religion; il en faut donc nécessairement revenir è la voix de l'autorité, comme font les Catholiques, et, de l'aveu du ministre, la religion n'a que cet appui.
LXI1I. — Deux erreurs du ministre : première erreur, de rendre infaillibles les sociétés schismatiqu.es et même les hérétiques, comme celle des ariens.
Cependant comme ce principe est étranger à la Réforme, quoiqu'elle soit réduite à s'en servir, M. Jurieu y commet deux fautes essentielles. La première, c'est qu'il étend l'effet de la promesse de Dieu et de l'assistance de son Saint-Esprit sur toutes les sociétés considérables par leur nombre et qui font figure dans le monde, comme il parle (3270). Dieu ne peut pas, dit-il abandonner une telle société jusqu'à y laisser manquer les fondements du salut. Or cela c'est une erreur manifeste, car il s'ensuivrait que les ariens, à qui même nos adversaires ne rougissent pas de donner en un certain temps tout l'univers, mais qui, sans exagérer, ont fait longtemps une société considérable, ayant occupé des nations entières, comme les Vandales, les Hérules, les Visigoths, les Ostrogoths, les Bourguignons, auraient conservé le fondement de la foi en persistant à nier la divinité de Jésus-Christ.
LX1V. — La cause de cette erreur est d'étendre l'effet de la promesse hors du sein de l'unité catholique.
L'erreur est d'associer les sectes séparées à des promesses qui, originairement, ont été données à la tige d'où elles se sont détachées. Par exemple, cette promesse : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles (Matth. xx vin, 20), suppose une société qui ait toujours été avec Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ aussi a toujours voulu être avec elle. Mais les sectes séparées, par exemple, la neslorienne ou celle des cophtes et des abyssins, que le ministre met au rang de celles que Dieu ne peut pas abandonner, s'est désunie du tout à qui la promesse avait été faite. On la doit donc regarder comme déchue des promesses; ce n'est donc pas là qu'il faut chercher l'effet des promesses et de l'assistance divine : il faut remonter à la source et rechercher avant toutes cho^e^ le principe de l'unité, comme l'enseignent les Catholiques.
LX\ . — Seconde erreur du ministre de restreindre arbitrairement les promesses de Jésus-Christ et les vérités qu'il a promis de conserver dans son Eglise.
La .seconde erreur du ministre, c'est de
restreindre les vérités que Jésus-Christ s'est obligé à conserver dans son Eglise, à trois ou quatre, comme si les autres étaient inutiles, et que Jésus-Christ, qui a envoyé son Saint-Esprit pour les révéler toutes' à son Eglise, ne s'en souciât plus. Lorsque l'Esprit consolateur sera venu, il vous apprendra toute vérité, dit le Sauveur (Joan. xvi, 13) : Je suis avec, vous [Matth. xxvih, 20), indéfiniment et sans y apporter de restriction : Les portes d'enfer ne prévaudront pas (Matth. xvi, 18); encore sans restriction, pour montrer qu'elles ne pourront prévaloir en rien, ni jusqu'à éteindre quelque vérité, loin de pouvoir les éteindre toutes; d'où vient aussi que l'Eglise est appelée encore sans restriction la colonne et le soutien de la vérité (I Tim. m, 15); ce qui enferme indéfiniment toute vérité révélée de Dieu et enseignée aux apôtres par le Saint-Esprit. Interpréter avec restriction et réduire à de certaines vérités la promesse de Jésus- Christ, c'est donner, à sa fantaisie, des bornes à sa parole; c'est accuser sa toutepuissance, comme s'il ne pouvait accomplir au pied de la lettre et dans toute son étendue ce qu'il a promis. Quand donc, conformément à cette promesse, on dit, dans le Symbole des apôtres qu'on croit l'Eglise catholique, c'est-à-dire qu'on la croit en tout; et que si elle avait perdu quelque vérité de celles qui lui ont été révélées, elle ne serait plus la vraie Eglise, qui est précisément notre doctrine, dont le ministre, par conséquent, ne peut s'éloigner qu'en détruisant les fondements qu'il avait posés.
LX.VI . — Le ministre abuse de l'autorité de l'Eglise romaine.
C'est en vain que le ministre nous objecte que l'Eglise romaine elle-même distingue les points fondamentaux d'avec les autres (3271) ; car il sait bien que le dessein de cette Eglise n'est pas de retenir dans son sein ceux qui en recevant ces points principaux nioraient les autres qu'elle a reconnus pour expressément révélés ; au contraire dès qu'on rejette quelqu'un de ces articles, quel qu'il soit, elle croit qu'on renverse le fondement, et qu'on ébranle autant qu'il est en soi la pierre sur laquelle la foi du fidèle est appuyée. L'Eglise romaine avoue donc qu'il y a quelques articles principaux qu'il n'est pas permis d'ignorer ; et la même autorité de l'Eglise, qui lui en fait trouver la vérité dans la parole de Dieu, lui en apprend aussi la conséquence ; mais elle ne dit pas pour cela qu'il soit permis de nier les autres points également révélés et unanimement re<;us, parce qu'il n'y en a aucun qui ne soit d'une extrême importance, nécessaire au corps de l'Eglise, et même aux particuliers en certains cas, comme nous l'avons dit ailleurs.
Ou peut voir ce qui est écrit sur cette matière dans le livre xv des l'ariations, et dans notre /" Avertissement . Maintenant il me
(3270} Voif. ci-dessus, n. 60.
{Zîll) De l'un., ir. 6, c.3, ;>. 537 ei ;up.
Millil d'avoir fait voir, par l'exemple de II. Jurieu, d'un côté, ijue la réforme est contrainte de se servir contre ses propres principes de la voie d'autorité; et Je l'autre, qu'elle no sait pas comment il faut s'en servir. et qu'elle en doit apprendre l'usage de l'Eglise catholique dont elle l'a empruntée.
LXVII. — La Réforme combien éloignée de ses premières maximes : elle reconnaît expressément l'infaillibilicé des conciles : passages
du synode de Delphi, propose dans l'Histoire des variations.
Il est maintenant aisé de voir combien cllo est éloignée de ses premières maximes. On n'y entendait autrefois que ces plausibles discours par lesquels on flaltoit le peuple: Nous ne vous en imposons pas : lisez vous mômes : examinez les Ecritures ; vous entendrez tout : et les secrets vous en sont ouverts, du moins pour les vérités néi essaires. Le môme langage subsiste ; mais la chose est bien changée. On veut, mes frères, que vous portiez à la lecture des saints livres votre foi toute formée par la voie d'autorité. On vous propose cette autorité dans le consentement unanime de l'Eglise universelle ; ce qu'on y a ajouté de ce goût, de cette adhésion, de ce sentiment qui vous rend toute vérité aussi manifeste que la lumière du soleil, n'est encore que l'autorité expliquée en d'autres termes. Tout cela ne signifie autre chose, a parler français, si ce n'est que vos préjugés et vos Confessions de foi vous déterminent, ou, comme disait tout à l'heure l'auteur des Avis (3272), que l'autorité de vos catéchismes et de votre Eglise vous emporte. En effet, il est constant que les remontrants furent d'abord excommuniés comme suivant une doctrine contraire aux Confessions de foi et aux Catéchismes reçus dans les Provinces-Unies, c'est ce qui est posé en fait comme constant dans l'Histoire des variations (3272*) , c'est ce que M. Basnage n'a osé nier dans la réponse qu'il y fait ; on n'a qu'a lire les endroits où il traite cette matière (3273). Bien (dus : comme les remontrants se servaient des maximes de la Réforme pour prouver que les synodes qu'on tiendrait contre eux ne lieraient pas leur conscience, celui de Delpht leur répondit, que « Jésus-Christ, qui avait promis à ses apôtres l'esprit de vérité, avait aussi promis à son Eglise d'être toujours avec elle (3274); «d'où il concluait « que, lorsqu'il s'assemblerait de plusieurs pays des pasteurs pour décider selon la parole de Dieu ce qu'il faudrait enseigner dans les Eglises, il fallait avec une ferme confiance se persuader que Jésus-Christ serait avec eux selon sa promesse. »
LXVUI. — Chicunes de M.Basnage, et pleine démonstration de la vérité'.
H. Basnage a vu ce passage dans YHis-
(5272*) Var., liv. xiy, col. 855.
(5275) T. Il, liv. m, c. 2, p. 5.
(3274) Syu. Dilpft., Ad. Derd. Syn., p. 16; Va- ,
toirè des variations, et sa réponse aboutit à trois points. Il soutient premièrement qu'être avec l'Eglise, ce n'est pas « la conduire tellement qu'elle ne puisse errer; » secondement, >< que reite infaillibilité, quand elle sciait promise par ces paroles, ne serait pas pour cela communiquée à une certaine assemblée de prélats; o troisièmement, a que les réformés espèrent bien de la grâce de- Dieu que l'Eglise n'errera pas dans ses jugements; qu'ils le présument par un jugement de charité; qu'ils ont même quelque confiance que Dieu conduira l'Eglise par son esprit, afin que ses dérisions soient conformes à la vérité ; mais ils ne disent pas que leurs synodes ne peuvent errer(327o). »Cest ce que j'admire, que n'osant le dire en ces mômes mots, ils le disent équivalemment ; car le synode provincial de Delpht, lu et approuvé dans le national et comme œcuménique de Dordrect, ainsi qu'on l'appelle dans la Réforme, ne parle pas île présomption et d'espérance, niais de confiance; et ce n'est pas quelque confiance qu'il veut qu'on ait en cette occasion, comme le tourne M. liasnage, mais une ferme confiance fondée sur la promesse de Jésus-Christ : et ce n'était pas en général à toute l'Eglise qu'il attachait celle promesse, mais à une certaine assemblée de pasteurs qui s'assembleraient de divers pays : et ce qu'il veut qu'on en croie avec une si ferme confiance, c'est que Jésus-Christ serait avec eux selon sa promesse : ce qui sans doute ne serait pas vrai , s'il les livrait à l'erreur et s'il les abandonnait à eux-mêmes. Voilà de quoi ou flattait les peuples de la Réforme dans le scandale qu'y excitait la querelle des arminiens. Leurs docteurs leur proposaient, à l'exemple des Catholiques, l'assistance du Sain t- Esprii infailliblement attachée aux synodes: les remontrants avaient beau crier aux ministres que contre les maximes de leur religion ils rétablissaient le papisme avec l'infaillibilité de l'Eglise et des conciles : la nécessité les y forçait; et on n'avait (dus d'autre frein pour* retenir les esprits. On passa môme, pour étourdir le vulgaire par les plus grands mots, à établir dans le synode de Dordrect l'autorité d'un concile comme œcuménique et générai (3276), par conséquent en quelque sorte au-dessus du concile national ; et la prétendue Eglise réformée n'oubliait rien pour imiter ou pour contrefaire l'Eglise romaine catholique. Il s'élevait de toutes parts jusque dans son sein des cris continuels : Laissez, disait-on, ces moyens a Rome : ce sont ses principes naturels, qu'elle suit par conséquent de bonne foi ; mais nous, qui l'avons quittée pour cela même, pouvons-nous ainsi nous démentir? On n'entendait retentir dans la bouche des remontrants que cabales, mauvaise foi, politique, pour ne fias dire tyrannie et oppression ; et plus la Réforme vou-
ibid.. n. 75
(5275) T. Il, liv. m, c. 5, p. 01.
>~2Tiij Prœf. ad Kcc. Ame Syn. Dordr.; Va:, liv. mv, n. 77.
lait se donner d'autorité contre ses règles, moins elle en avait dans le fond.
LX!X. — Passage de Bullus pour l'infaillibilité des conciles et pour la voie d'autorité.
C'est la conduite qu'on t'eut encore aujourd'hui avec les tolérants : ils sentent bien qu'en ne veut plus les mener que par autoriié . l'auteur des Avis sur le tableau le reproche, en se moquant, à M. Jurieu, et le prie de ne le pas traiter comme le peuple : Nous ne sommes pas peuples, dit-il (3277), nous sommes de bons réformés, qui voulons être menés selon les règles de notre Réforme par l'évidence de la raison, ou par celle de la révélation expresse.
Mais on sent l'autorité si nécessaire, que Rnllus, protestant anglais, oppose auxsociniens l'autorité infaillible du concile de Nicée. « Car, » dit-il (3278), « si dans un article principal on s'imagine que tous les pasteurs de l'Eglise auront pu lomberdans l'erreuret tromper tous les lidèies, comment jiourrat-on défendre la parole de Jésus-Christ, qui a promis à ses apôtres et en leurs personnes à leurssuccesseurs d'être toujours avec eux? Promesse, poursuit ce docteur, qui ne serait pas véritable, puisque les apôtres ne doivent pas vivre si longtemps, n'était que leurs successeurs sont ici compris en la personne des apôtres mêmes. » Voilà donc manifestement l'Eglise infaillible, et son infaillibilité établie sur la promesse de Jésus- Christ par un si habile prolestant ; il ne reste qu'a lui demander si ces divines promesses n'avaient de force que jusqu'au quatrième siècle, et si la succession des apôtres s'est éteinte alors.
LXX. — M. Jurieu, contraint d'établir l'autorité des conciles, la détruit en même temjis : comment et pourquoi.
Mais voici encore sur l'autorité une rare imagination de M. Juiieu : « On voit, » dit-il (3279), « une providence admirable en ce que Dieu, dans les ive et v* siècles, qui sont les derniers de la pureté de l'Eglise, a pris soin de mettre à couvert et la Trinité et l'Incarnation sous l'autorité de plusieurs conciles assemblés de toutes les parties de l'Eglise.» Remarquez en passant, mes frères, que les iv' et v' siècles sont les derniers de la pureté de l'Eglise, où néanmoins le même ministre qui leur donne cette louange prétend vous faire trouver le règne de l'idolâtrie antichrétienne, comme nous l'avons observé ailleurs. Poursuivons : Dieu savait, contiuuel-il, que l'esprit de l'Antéchrist allait entrer dais l'Eglise : le ministre oublie ses principes : il y était déjà entré; et c'est parl'Auleciuist même, par saint Léon que fut tenu le concile de Chalcédoine, un de ceux où la fo-: de l'Incarnation fut si. puissamment afi'iiiraie : le ministre poursuit ainsi : « Dieu
,5-iTS) liiîi.i.., Def. fui. Nie , Proœm., il. I, p. 2; l«r., liv. xv, n. 105.
savait donc que l'Antéchrist allait entrer dans l'Eglise, qu'il ruinerait la foi, qu'il entreprendrait d'attaquer les parties les plus augustes du christianisme, qu'il anéantirait et la connaissance et presque l'autorité des livres sacrés ; qu'il établirait pour fondement de la foi des traditions humaines, des jugements d'hommes, des conciles sujets à erreur. «Laissons-lui étaler ces calomnies contre l'Eglise catholique : comme il les suppose sans preuve, laissons-les passer sans réplique, et voyons la conséquence qu'il en tire : « Avant'que cet esprit entrât dans l'Eglise, Dieu par une sagesse profonde mit les articles fondamentaux à l'abri de la seule autorité qui devait être respectée dans ce christianisme antichrétien ; et sans cela, poursuit-il, tout le monde serait aujourd'hui arien et socinien, parce qu'il n'y a point d'esprit qui naturellement n'aime à secouer le joug. « Grâces à la divine miséricorde : c'est donc ce joug salutaire de l'autorité îles conciles qui a tenu dans le respect les esprits naturellement indociles»
c'est à l'abri de cette autorité sacrée que les fondements de la foi sont demeurés en leur entier. En effet, il n'y a qu'à voir, aussitôt que la Réforme s'est opposée à celte autorité des conciles, quelle licence a régné dans les esprits, avec quelle audace et quel concours la Trinité et l'Incarnation ont été attaquées : sans le respect qu'on avait pour ces conciles tout le monde, dit le ministre, et les réformés comme les autres, serait aujourd'hui arien et socinien. Mais pourquoi donc n'attribuer un secours si nécessaire au christianisme qu à un christianisme anliclirétien, et ne pas vouloir qu'un tel secours si grand, si nécessaire, si essentiel, soit ilonné dès son origine à l'Eglise chrétienne? Mais si ce secours était si nécessaire au christianisme, selon M. Jurieu , pourquoi le même ministre foule-t-il aux pieds les décisions de ces saints conciles et celle du concile d'Ephèse, qui est celui où la foi de l'Incarnation a été le plus puissamment affermie? Ce saint concile décida que la sainte Vierge élait Mère de Dieu, et ne trouva point de lerme plus propre que celui-là pour fermer la bouche à Néslorius, comme le concile de Nicée n'en avait point trouvé de plus énergique contre les chicanes des ariens, que celui de consubstantiel. Mais M. Jurieu ne craint pas de dire que « ce fut aux docteurs du v" siècle une témérité malheureuse d'avoir appelé la saiute Vierge mère de Dieu ^3280). «Voilà comme il s'oppose au dessein de Dieu, qui voulait, comme il l'avoue, se servir de l'autorité de ce concile pour affermir la foi de l'Incarnation : et afin que rien ne manque au mépris qu'il inspire pour celte assemblée , il ajoute qu'aussi « Dieu n'a ras versé sa bénédiction sur la fausse sagesse de ces docteurs: au contraire, » contiiiue-t-il. « il a permis que
(3279) Tab., tell. 5, p. 198, 199.
(5280) 1" Ahh., lelt 16, p. 150, 131; 1" Avert., n. 19.
HV7 PAUT. X. TIIKOL. POLEMIQUE
In plus criminelle el la plus outrée île toutes les idolâtries (il veut dire la dévotion à ),i sainte Vierge) ait pris son origine do là.» Voilà ili'in' ce saint concile, un des appuis, selon lui, des fondements de la foi, livré à fidoldtrie, et encore n l'idolâtrie la plut outrée, en punition do sa décision : la corruption du monde et l'antichristianisrae en fut le fruit. Mais si le concile d'Ephèse est si hautement méprisé, on n'a pas plus épargné celui de Nir-ée. M. Jurieu a entrepris d'y trouver l'inégalité des personnes, l'imperfection de la naissance du Fils de Dieu, et un changement manifeste dans le sein de ta divinité (3281). La porte à l'apostasie est ouverte; et ce ministre ébranle avec la référence des premiers conciles les fondements de la foi des peuples, que l'Antéchrist STait respectés; car quel respect veut-il
2u'il nous reste pour le concile de Chalcéoine, qu'il fait tenir à l'Antéchrist même , et en général pour les iv" et v' siècles, où selon lui l'idolâtrie anlichrétienne et les doctrines des démons ont régné impunément?
Les trois premiers siècles sont pleins d'ignorance, ariens ou pis qu'ariens; les deux suivants plus éclairés, et les derniers de la pureté, sont idolâtres et an tvehré tiens , et il n'y a rien de sain dans le christianisme. Vous recommencez, dira-t-il, trop souvent le même reproche : qu'il y réponde une l'ois, et nous nous tairons, suit donc u uses, que 1 de la voie d'autorité, autant est-il véritable qu'il ne lui est pas possible de la soutenir : elle lui est trop étrangère, trop incompatible avec ses maximes. Tout y respire la liberté de dogmatiser : on ne songe qu'à se mettre au large sur les articles de foi ; ce qui est le chemin manifeste au socinianisme, ou plutôt, et à ne rien déguiser, le socinianisme luimême.
LXXI. — Preuve, par l'exemple de M. Jurieu, de M. Burnet et de M. Basnage, que tout tend dans la Reforme à l'indifférence et au •( socinianisme.
Que ce soit là l'esprit du parti , M. Jurieu nous en est un grand exemple, puisque nous venons de voir que déjà il fait régner dans les trois premiers siècles de l'Eglisedes erreurs manifestement sociuiennes. M. Basnage le seconde dans ce dessein : lorsque je lui nie que les anciens aient enseigné les dogmes pernicieux que son collègue M. Jurieu leur attribue, il me reproche que je nie les choses les plus claires ; et il se réduit comme son confrère à soutenir que, malgré ces erreurs des prékits la fui de l'Eglise n'était posp érie (3282).
Il n'y a qu'à prendre un ton de confiance pour éblouir nos réformés : mais qu'on pénétre ce qui est caché sous ces grands
Autant donc qu'il est évident, par toutes ces choses, que la Réforme ne se peut passer
mots de M. Basnage, on y trouvera qu'il adopte b^ sentiments de son confrère ; cest-
à-dire, qu'il fait nier aux anciens docteui l'égalité et la coéternité des trois Per onnes divines.
M. Burnet n'est pas plus favorable à l'antiquité. Il prétend « que les Pères el lesdocteurs de l'Ecole ont demeuré longtemps à faire un système complet de leurs notions à l'égard de la Divinité (3283) : s c'est-à-dire, à ne rien dissimuler etèoter les embarras affectés de cette expression, qu'on a passé plusieurs siècles sans avoir une notion complète deDieu, et à dire vrai, sans le bien connaître. Non-seulement il veut « que j'apprenne du P. Pclau combien les idées des Pères des trois premiers siècles étaient obscures sur la Trinité, « mais encore il ne craint point d'assurer que « môme après le concile de Nicée on a été longtemps avant que de mettre l'idée de l'unité de l'essence divine dans l'état où elle est depuis plusieurs siècles. » Nous entendons ce langage : nous n'ignorons pas qui sont lus protestants d'Angleterre, qui prétendent que l'unité qu'on reconnaissait dans la nature divine était semblable à celle des autres natures, c'est-à-dire qu'il n'y avait qu'une unité d'espèce ou de genre, si bien qu'à proprement parler il y avait plusieurs dieux comme il y a plusieurs hommes. Voilà les erreurs que M. Burnet attribue aux premiers siècles, en sorte qu'il n'y avait nulle connaissance certaine et nulle confession claire de l'unité ni de la perfection de Dieu non plus que de la Trinité de ses personnes. C'est à peu près dans la foi la môme imperfection aue reconnaît M. Jurieu : c'est ce qu'il avait appelé la Trinité informe.
La Réforme a aujourd'hui trois principaux défenseurs, M. Jurieu, .M. Burnet el M. Basnage : tous trois ont donné les premiers siècles pour fauteurs aux hérésies sur les sociniens : nous avons vu les conséquences de cet aveu; d'où l'on induit nécessairement la tolérance universelle. M. Burnet l'a ouvertement favorisée dans sa préface sur un Traité qu'il a traduit de Lactance ; el nous produirons bientôt d'autres preuves incontestables île son sentiment. Pour ce qui est de M. Basnage, nous avons vu comme il s'est déjà déclaré pour la tolérance civile, qui, selon M. Jurieu, a une liaison si nécessaire avec l'indifférence des religions, il a loué les magistrats sous qui l'hérétique n'a rien à craindre (328i). Nous avons oui de sa bouche que la punition de Servel, quoique impie et blasphémateur, était un reste de papisme (3285). Par là il met à couvert du dernier supplice les blasi hémateurs les plus impies: ce qui favorise une des maximes de la tolérance, où l'on ne tient pour blasphémateurs que ceux qui s'attaquent a ce qu'ils reconnaissent pour divin, direj-
(5281) V7* Avert., part, i, n. 47 cl suiv.
(5-282) Def. de ta Réf. conl. le* Vu»., 1.1, liv. u, . :;, p. 478, 479.
(5'2y3i Ciit de l'Oist. des var.
(5284) Bas:*., t. 1 , c. 6. pag. 492. Ci-dessus , n. 10.
(5285) Def. de l'Hist. des var., il. 3.
OEUVKES COMPLETES DE BOSSl'ET.
tement contre saint Paul, qui se nomme blasphémateur, quoique ce lût, comme il le dit, dans sonignorance (Il'im. i, 13) ; et même contre l'Evangile, qui range aussi au nombre des blasphémateurs ceux dont les langues impudentes chargeaient d'injures le Sauveur (Matth. xxvii, 39), quoiqu'ils le fissent par ignorance (Act. ni, 17), sans connaître le Seigneur de gloire ; et que le Sauveur lui-môme les ait excusés envers son Père, en disant Qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. [Luc. xxiii, 3i.)
LXXII. — M. Basnage autorise le grand principe des sociniens.
Le grand principe des sociniens et l'un de ceux que M. Jurieu attaque le plus (328G), c'est qu'on ne peut nous obliger à croire ce que nous ne connaissons pas clairement.
C'était aussi le principe dos manichéens ; et saint Augustin, qui s'est attaché à le détruire en plusieurs île ses ouvrages, a persuadé tout le monde excepté les sociniens et M. Basnage. Je remarquerai ici en passant un endroit cù, en rapportant les vaines promesses Jes manichéens qui s'engageaient « à conduire les hommes à la connaissance nette et iislincte de la vérité, et qui avaient pour principe qu'on ne doit croire véritables que les choses dont on a des idées claires et distinctes; .' tout d'un coup, sans qu'il en fût question, ou que son discours l'y menât par aucun endroit, il s'avise de dire que saint Augustin réfute ce principe de la manière du monde la plus pitoyable (3286*). » C'était peu de dire la plus faible ou s'il voulait la plus fausse : pour insulter plus hautement à saint Augustin, il fallait dire la plus pitoyable; et cela sans alléguer la moindre preuve, sans se mettre du moins eu peine de dire mieux que saint Augustin, ni de détruire un principe dont il sait que les sociniens aussi bien que les manichéens font leur appui. Il leur a voulu faire le plaisir de leur donner gain de cause contre saint Augnslin, et persuader à tout le monde qu'un docteur si éclairé est demeuré court en attaquant le principe qui fait tout le fondement de leur hérésie.
LXXI1I. — De tous les ministres protestants
celui gui tient le plus du sucinianisme, c'est M. Jurieu.
C'est, en un mot, je l'ai dit souvent et je le répète sans crainte, c'est, dis-je, que la Réforme n'a point de principe universel contre les hérésies, et ne produit aujourd'hui aucun auteur où l'on ne trouve quelque chose de socinien : mais celui qui en a le plus, trèscertainement c'est M. Jurieu. Avant lui on n'avait oui parler d'une Trinité informe. Personne n'avait encore dit que la doctrine de la grâce fût informe et mêlée d'erreurs devant
(5286) lab., lelt. 3, p. 131.
i" .!,s<;-) ISash . i. I, part, i, c. J, art 2, p Iâ7. (3-2S7) V.iv. VI' Av., part, i, ail. J, 3, i, 5. (■ JSî'j /■';/., .ut. 0 et suiv.
saint Augustin, ou qu'il fallut encoreaujour d'hui prêcher à la pélagienne (3287). Voilà ce qu'enseigne ce grand adversaire des sociniens. Il enseigne qu'on ne peut condamner la Trinité nouvelle, et deux de ses personnes nouvellement produites; qui font dans l'éternité la nature divine imparfaite, divisible, changeante, et les "personnes inégales dans leur opération et leur perfection, ceux qui disent que le concile do Nicée, loin de réprouver ces erreurs, y a consenti et les a autorisées par ses décrets ; que la doctrine de l'immutabilité de Dieu est une idée d'aujourd'hui, et qu'on ne peut réfuter par l'Ecriture ni accuser d'hérésie ceux qui la rejettent (3287*).
LXXIV. — Que les excuses de ce ministre, sur ce qu'il a dit contre l'immutabilité de Dieu, achèvent de les convaincre.
11 est vrai qu'ila pris la peine de répondre à ce dernier reproche, et il soutient qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon « que les lumières naturelles achèvent ce que l'Ecriture sainte avait commencé là-dessus (3288). » Un autre aurait dit que l'Ecriture confirme et achève ce que la lumière naturelle avait commencé : notre ministre aime mieux attribuer le commencement à l'Ecriture et la perfection à la raison : comme si les écrivains sacrés n'avaient pas en la raison, et pardessus la raison la lumière du Saint-Esprit qui en perfectionnait les connaissances. Mais après tout, ce n'est pas là ce qu'avait dit le ministre : il avait dit en termes formels, que les anciens, en donnant au Verbe une seconde génération, lui donnaient non un nouvel être, mais une nouvelle manière d'être (3289) : que cette nouvelle manière d'être ajoutait la perfection au Verbe et accomplissait sa naissance imparfaite jusque-là : « qu'on devait pourtant biun remarque» que l'on ne saurai) réfuter par l'Ecriture cette bizarie théologie des anciens; et c'est, disait-d, une raison pourquoi on ne leur en saurait faire une hérésie : il n'y a que la seule idée que nous avons aujourd'hui de la parfaite immutabilité de Dieu qui nous fasse voirlafausseté de ces hypothèses (3290). » L'Ecriture n'était donc pas suffisante pour nous faire voir un Dieu immuable. Qu'il ne chicane point sur ce mot de faire voir, comme si l'Ecriture nous faisait croire seulement l'immutabiliié de Dieu, et que la raison nous la fit voir. Car il avait dit clairement que ces hypothèses des Pè es ne sauraient être réfutées par l'Ecriture, l'Ecriture ne pouvait donc ni fane voir ni fa re c oire que Dieu fût immuable : l'idée de l'immutabilité est une idée d'aujourd'hui, qui n'était ni dans les saints livres ni dans la doctrine de ceux qui nous avaient précédés. On a vu quelle est l'ignorance et l'impiété d'une telle proposition. Mais le ministre qui la désuvo e ne sait en-
(3-288) Tab , lett 8, p. 580.
(5i89) Tab., 1,-tt. 6, p. -2t>(> ci suiv (5490) VI' Aigri., part. 1 il. 10, 11, Tab ,\c\U 6, p. 20S.
eore qu'en croire, puisqu'au lieu de dire à pleine bouche, que nous voyons dans l'Ecriture l'immutabilité* de Dieu, il se contente de dire, qu'il n'a jamais dit que* l'Ecriture ne servit de rien a en former l'idée. Car, « poursuit-il, * puisque l'Ecriture sort in- Qnimenl à nous donner l'idée de l'être iniiniment parlait, elle sert aussi sans doute a
nous faire comprendre la parfaite i int.jl >i-
lité de Dieu. » N ous diriez que l'Ecriture ne nous dise pas en tonnes ;isse/. tunnels que Dieu est immuable, jusqu'il exclure de ce premier être, môme l'ombre du changement [jac. i, 17) ; mais qu'elle serve seulement à nous le taire comprendre, et que ce soit là une conséquence qu'il faille comme arracher de ses autres expressions. Je ne m'étonne donc plus si l'auteur des Ans prend à témoin Al. Jurieu des belles lumières que nous recevons de la philosophie moderne. « M. Jurieu sait, *> dit-il (3291), « qu'avant la philosophie de l'incomparable Descartes, on n'avait aucune juste idée de la nature d'un esprit:» sans doute, avant ce philosophe nous ne savions pas que Dieu fût esprit, ni de nature à n'être aperçu que par la pure intelligence, ni que notre aine lût faite à son image, ni qu'il y eût des esprits administrateurs : sans Descaries ces expressions de l'Ecriture étaient pour nous des énigmes; on ne trouvait pas dans saint Augustin, pour ne point parler des autres Pères, la distinction de l'Ame et du corps ; on ne la trouvait pas même dans Platon. M. Jurieu le sait bien: car si nous n'entendons que d'aujourd'hui l'immutabilité île Dieu, pourquoi entendrions-nous mieux sa spiritualité, qui seul le rend immuable, puisqu'un corps qui de sa nature ist divisible et mobile, ne le peut pas ô re ? Que la Réforme qui ne sait rien de tout cela, et qui l'apprend d'aujourd'hui, est éclairée 1 L'aveuglement de ses docteurs ne la fera-t-èl le jamais rougir? Mais ne couiprendra-t-elle jamais combien l'esprit du sociuianisme domine en elle, puisque M. Jurieu y est entraîné comme par force en le combattant ?