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PART. \. rilEOL. POLEMIQUE.— IV. AVERTISSEMENTS U\ PROTESTANTS. 1.M4
XXIII. Horrible calomnie du ministre, qui compare notre doctrine avec celle aet païens.
Voire ministre nous Fait ici une horrible calomnie, mais qui seule devrait servira vniis désabuser de toutes les autres. « Les dieux supérieurs des païens, » dit-il 3434-), « étaient m célestes, si sublimes et m purs, qu'ils ne pouvaient pas eux-mêmes avoir aucun commerce •vec les nommes, ni s'abaisser jusqu'aux soins des affaires , pour les gouverner immédiatement et par euxmêmes. C'est pourquoi ils établirent les démons comme des médiateurs et des agents entre les dieux souverains et les hommes mortels, disait Platon. » H est vrai, ('est la doctrine de Platon ; et c'est aussi ce qui met une différence infinie entre lui et nous. Car qui jamais a ouï dire dans l'Eglise qu'il lui indigne de Dieu de se mêler par lui-même des choses domaines, ou qu'il fallût mettre entre lui et nous cette nature mitoyenne ou médiatrice des démons? C'est pourtant ce qu'on nous impute Car écoulons le ministre. « Or, » dit-il (3135), « une goutte d'eau n'est pas plus semblable à une goutte d'eau que cette théologie païenne à la théologie du papisme. Dieu et Jésus-Christ, disent-ils, qui sont nos grands dieux , sont trop sublimes jour nous adresser droit à eux. » Je ne sais comment on ne rougit pas d'une si grossière calomnie. Car ce ministre sait bien en sa conscience , qu'outre que Dieu et Jésus- Christ ne sont pas nos grands dieux, puisqu'ils ne sont pour nous qu'un seul et même Dieu, avec le Saint-Esprit, et que c'est une trop hardie imposture de nous faire parler ainsi, contre toute noire doctrine , ce n'en est pas une moindre de nous faire dire, qu'on ne peut aller droit à eux; puisque constamment toutes les collectes, toutes les secrètes, toutes les post-communions, toutes les prières du sacrifice, le Gloria in excelsis, le 'F' Deuin , toutes les autres prières du service ou du bréviaire s'adressent ou à Dieu par Jésus-Christ, ou à Jésus-Christ lui-même, et que dans celles qu'on ad; esse aux saints, dans les litanies et dans quelques autres endroits, dès là qu'on les prie de prier pour nous, on ne fait que s'unir à eux par la i liante, pour aller à Dieu. On ne les regarde donc pas comme des natures mitoyennes et médiatrices ; mais on entre en société avec eux, pour aller également à Dieu; puisque si Dieu nous a donné un médiateur nécessaire en Jésus-Chr st, il est pour eux comme pour nous, et qu'ils n'ont d'accès qu'en ce seul nom et comme membres de ce même chef. Qu'on nous montre ce caractère dans le paganisme 1 .Mais on vient de nous montrer un caractère tout contraire, en nous disait que les grands dieux du paganisme sont trop sublimes pour se mêler par euxmêmes de nos affaires, ou avoir aucun commerce avec nous. Votre ministre sait bien que nous ne disons, ni ne croyons rien de
(ôl.ï'n Ace. iles'luili., part, i, p. !8j.
OEl'VRES COUPL de Dossiti. V1H.
semblable. Quand donc il oscavancor qu'une goutte d'eau n'est pas plus semblable n une autre goutte, que notre doctrine à celle des païens, il parle contre -a con i c cl 'outre ses i roi ie» paroles , et l'iniquité se meut visiblement elle-même.
XXIV. — Que mitre culte intérieur est infiniment différent de celui dis pnuns.
Achevons : le culte est intérieur ou extérieur, l'intérieur es* le sentiment qu'on vient de voir. Pour donc montrer hotee culte intérieur dans les païens, il y l'nnt montrer nos sentiments, qu'on les j montre tels que nous venons de les exposer. Que si l'on prétend que ce n'est ras là notre doctrine, et qu'on répèle les calomnies cent fois réfutées; qu'on nous attaque du moins une fois dans ce fort, et qu'on y découvre le moindre trait d'idolâtrie.
XXV. — Démonstration de la même difference dans le culte extérieur.
Mais si le culte intérieur des païens est si essentiellement différent du nôtre, donc le culte extérieur n'étant que le signe de Fin térieur, il s'ensuit qu'il y a la inôaie diffé rence.En effet les païens, qui regardaient tou leurs dieux, et les plus grands, et les méd cres, et les plus petits comme des natures ■<• peu près semblables, leur offraient aussi a tous également le même culte du sacrifice, que nous réservons à Dieu senl, quoi qu'en dise le ministre. A lui seul appartient la souveraine louange, à lui seul la reconnaissance d'un empire absolu et tout-puissant, et l'hommage de l'être reçu, tant de celui qui nous fait hommes, (pie de celui qui nous l'ait saints et agréables à Dieu. Si l'on croit trouver tout cela dans le paganisme, on cioit trouver la lumière dans les ténèbres; et si l'on coit seulement y en voir quelque ombre, c'est qu'il faut bien trouver dans l'erreur le fond de la vérité qu'elle gâte, et dans le culte des démons, ce qu'ils imitent, et ce qu'il s dérobent du eu lie de Dieu.
XXVI. — Source de l'idolâtrie , d'où nous sommes éloignés jus /«' 'à l'infini.
L'idolâtrie a eu plusieurs formes, et s'est accrue ou diminuée par divers degrés.; niais parmi ces variétés, c'est une chose constante que tous ceux qu'on a jamais vus rendre sérieusement à la créature quelque partie des honneurs divins, ont erré dans la pensée qu'ils ont eue de Dieu. Les fausses idées qu'on a de Dieu, comme dit souvent sa nt Augustin, sont les premières idoles que les hommes se sont forgées, et c'est là le vrai principe de l'idolâtrie. Que si nous remontons jusqu'à la source de l'erreur, nous trouverons que l'idolâtrie vient au fond de n'avoir pas bien connu la création.
Elle n'était connue que du peuple hébreu. Parmi tous les autres peuples on croyait que la substance et le fond de l'être était in-
'.:■' IbùL, p. 1S;
dépendant de Dieu, el que tout au plus il n'était auteur que de l'ordre, ou que sans avoir l'ait l'univers, il n'en était que le moteur. C'est de la qu'est venue l'erreur qui a fait adorer le monde, soit qu'on le regardât comme Dieu lui-même, ou qu'on le considérât comme le corps dont Dieu était revêtu. On en adorait le tout, on en adorait toutes les parties, c'est-à-dire, le ciel, la terre, les astres, les éléments, les rivières et les fontaines, et enfin on adorait toute la nature. Tout avait pari à l'adoration, parce que tout en un certain sens avait part à l'indépendance : tout était coéternel à Dieu, tout était une partie de l'être divin; l'âme était dérivée de là, selon quelques-uns (343G). C'est pourquoi ils la regardaient comme étant ingénérable et incorruptible en sa substance. C'était une portion de la Divinité. C'était un Dieu' elle-même, disait cet empereur philosophe (3437), après plusieurs antres. C'est ce qui a donné lieu à l'erreur qui a consacré tant de mortels, et qui leur a fait rendre les honneurs divins. Les biens qu'ils avaient procuré au monde ont fait regarder leur âme comme ayant quelque chose do plus divin que les autres, et tout cela enfin était fondé sur ce que rien n'était regardé comme absolument dépendant d'une volonté souveraine, ni comme tenant d'autre que de soi le fond de son être.
XX Vil. — Ce que c'était, selon les platoniciens, que la médiation des démons, el combien nous sommes éloignés de celte doctrine.
Le ministre, qui nous parle tant de ces natures médiatrices et de ces esprits médiateur», introduits par le platonisme, ne sait pas, ou ne songe pas, ou ne veut pas avouer de bonne foi, qu'on les y faisait médiateurs de la création de l'homme, comme ils l'étaient de sa réunion avec Dieu. Ainsi la nature divine était inaccessible pour les hommes, et ils n'en pouvaient approcher que par les demi-dieux , qui les avaient faits, qu'on appelait aussi démons. 11 est certain que ces démons ou ces demidieux de Platon (3438), furent adorés sous le nom des anges, par un Simon le Magicien, par un Ménandre, par cent autres, qui, dès l'origine du christianisme, mêlaientles rêveries de> philosophes avec une profession telle quel le du christianisme (3439). Alaissi ces hommes, aussi mauvais philosophes que mauvais chrétiens, avaient compris que Dieu tire également du néant toutes les natures intelligentes, et les anges comme les hommes, ils n'auraient jamais pensé que les uns eussent besoin d'aller à Dieu par les autres, ni que, pou/ approcher de lui, il fallût mettre tant de différence entre ceux qu'il avait formés de la même main. La religion chrétienne ne connaît point ces entremetteurs, qui empêchent Dieu de tout faire, de tout gouverner, de tout écouter par lui-même;
et s'il a donné aux
(5J3G) Plaion.
(343,-) Marc-Aiii'èlc.
(343ti; Plat., ru Tim.
lommes un médiateur nécessaire, qui est Jésus-Christ, ce n'est pas qu'il dédaigne leur nature qu'il a faite ; mais c'est nue leur péché, qu'il n'a pas fait, a besoin d'être expié par le sang du juste. C'est par là que nous avons besoin de médiateur. Mais afin que nous connussions que c'était notre péché et non pas notre nature qui nous éloignait de Dieu, il a voulu que ce médiateur fût homme; et il a si peu dédaigné la nature humaine, qu'il l'a même unie à la personne de son Fils.
XXVIII. — Moyens que Dieu a trouvés pour fermer parmi les fideies toute voie à l'idolâtrie. Il est impossible de rien égaler à Dieu ni à Jésus-Christ,
Par ce mystère, l'idolâtrie devient comme impossible au Chrétien, et il ne peut y tomber qu'en oubliant jusqu'aux premiers principes de sa religion. Il ne peut plus, comme faisaient les païens, égaler les hommes à Dieu; puisqu'il voit que le genre humain était si éloigné de Dieu par son péché, qu'il avait besoin d'un médiateur pour en approcher. Mais ce médiateur est homme; et quand il ne serait que cela, aux merveilles qu'il a faites et aux grâces qu'il répand sur nous, le genre humain, porté à diviniser ses bienfaiteurs, aurait tenté d'en faire un Dieu, et de lui rendre les honneurs divins, lour prévenir cette erreur, Dieu, en incarnant son Fils unique, en le faisant homme comme nous, a su faire de ce médiateur, qu'il nous donne, un Dieu égal à lui; en sorte qu'on ne se trompe pas de l'adorer comme tel. Mais de peur qu'on n'étendit le même honneur à d'autres hommes excellents, on apprend que pour faire un Dieu de Jésus- Christ, il a lallu lui donner, outre la nature humaine, une nature (dus haute, et qu'il ne fût rien moins qu'une des personnes divines, à laquelle on rendît avec Dieu en unité un même culte suprême. Car si l'on avait attribué notre rédemption ou notre réconciliation à la nature angélique , l'on aurait pii adorer les anges ; mais on ne le peut plus depuis qu'on adore en Jésus-Christ celui-là même qui a fait les anges, et que les anges adorent. Il n'y a donc plus moyen de lui rien égaler dans sa pensée, ni par conséquent de rien égaler à son Père et au Saint- Esprit, auxquels seul on le rend égal. .Mais ne peut-il pas arriver que le regardant en sa qualité de médiateur, qui l'approche si fort de nous , on lui donne des égaux par cet endroit-là, et des médiateurs à même titre? Point du tout, puisqu'on ne lefait médiateur qu'au titre d'un mérite et d'une dignité infinie : ce qu'il ne pourrait avoir, s'il n'était Dieu et Fils unique de Dieu, de même nature que lui. Car s'il exerce sa médiation par une nature humaine et | a>' des actions humaines, on reconnaît tout ensemble que tout cela serait inférieur à cet emploi, si tout
(5139) Teut., Deprtestr., n. 53; Hieuon., atlv- Lucif.; Emu., h n . (iO ; Theod., Il ter. fub., lit), v, C. 7
i i ; PART. X. THEOL. POLËMIQl I - JV. A
cela n'était élevé par la divinité même de cette personne; et c'est ce qui nous esl Jéclarédansle mystère de I Eucharistie , où Jésus-Christ exerce Irès-parfaitement son office de médiateur; puisqu'il nous j consacre et nous \ sanctifie par son corps et par son sang. Mais eu même temps nous voyons qu'on ne nous sanctifie datts ce sacrement, m par le corps d'tin apôtre, ni par le eorps d'un martyr, ni par le corps de la sainte Vierge, ni enfln i ar le corps d'aucun nuire saint, si ce n'est par le corps de relui qui est recon u pour le Saint des saints. Ainsi l'Eucharistie même nous dévoue et nous i tdsacrë a Dieu seul; non-seulement |>ùrce qde l'objet h qui nous nous dévouons est Dieu, mais encore parce <|uc le moyen qui nous y unit, en même temps qu'il s'approche de nous en tant qu'homme, consomme notre unité en tant que Dieu. Cela esl cru dans l'Eglise, et y est cru très-distinctement, et y esl soigneusement enseigné à tous les fidèles, dès l'enfance jusque la vieillesse et jusqu'à la mort. Tous vos ministres lesavent; et si vous savez les presser, vous leur en arracherez l'aveu , malgré qu'ils en aient. Qu'on s'imagine, après cela, par quel endroit l'idolâtre pourrait s'introduire dans un tel culte, et comment il serait possible de rien égaler ou à Dieu, ou à Jésus-Christ, qui seul est un avec Dieu même. A cela qu'opposet-on ? Des chicanes que j'ai honte de rapporter, tant elles sont vaines, et qu'il faut néanmoins encore que je réfute ; puisqu'on ne cesse je les objecter quoique cent fois réfutées.
XXIX. — tes fêtes des saints, ce que c'est : doctrine de l'Eglise anglicane protestante.
Vous égalez , dit-on, vos saints à Dieu, puisque vous leur érigez des temples, puisque vous leur consacrez des jours de fêles. Quoi I n'y aura-t-il point quelque ministre assez officieux pour nous décharger de l'ennui de répéter cent fois la même chose, sans qu'on veuille nous écouter? Mais je n'ai pas besoin d'un ministre officieux. Toute l'Angleterre plaide notre cause, puisqu'elle célèbre comme nous les fêles des saints; et pour ne manquer à aucun, même la tête de la Toussaint. Le calendrier où elles sont marquées, el l'office qu'on y fait, ne sont pas encore abolis. Ils pourront l'être avec le temps, et loul cela peut devenir une idolâtrie, s'il plaît au vainqueur (3MÔ) (car il faudra bien subir la loi); maison ne fera jamais qu'on ne les ait célébrées, ni que Burnet, qui, sans doute, n'eut jamais dessein de nous obliger, n'ait écrit qu'on devait les célébrer, même par principe de conscience, « parce qu'aucun de ces jours n'esl proprement dédié à un saint; mais qu'on les consacre à Dieu, en la mémoire des saints, dont
\ ERTISSI HENTS w IX PROTESTANTS 151 -
on leur donne le nom (SfcM) * » ce qui esl «le mol ,> mot notre doctrine, comme il paraît en tout ei partout, par nos catéchismes : et tont
,,. qu'on nous impute au delà est une manifeste calomnie;
XXX, — tes églises dédiées aux saintsjus- Ufiées par I" mime boit : Irem&tque ënveiliméè de Daillésu) le mot « àivus «ou adivi.»
Venons aux temples; mais ici toute l'Angleterre nous justifie encore. Qui ne connaît a Londres l'église de Saint-Paul, et tontes les autres qui portent les noms des saints? On nous dira que c'est pour en conserver la mémoire; mais que les temples sont proprement dédiés à Dieu, comme les fêtes. C'est encore notre doctrine. Toutes les églises et toutes les fêles sont égalementdéiliées à Dieu. On leur donne les noms des saints pour lés distinguer. Qu'on nous reproche après cela les églises dédiées aux saints, et celle de Saint- Eusiache ou de Ndlr'e-Daine, plus belle que celle du Saint-Esprit. Tout le svnode de Thorn , de là religion de nos préfendus réformés, a inséré dans Ses Actes, qu'il s'était assemblé dans le temple de la sainte Vierge . diiw Virgihis (3442). Le même synode parle encore du 25 août, comme d'un jour consacré à saint Barlhélemi, ilivo liartholomœo sacra. Ces actes sont rapportés dans le recueil des Confessions orthodoxes de Genève; et en passant, voilà non-seulement le temple de la sainte Vierge el la fête de Sainl-Barthélemi, mais encore le mot dtius, dont Dailléjious fait uffsi grand crime. Car c'est, dit-il (3443) , ériger les sainls en dieux tout court. Sur cela, il prend la peine de ramasser les passages où les saints sont appelés de ce nom, dans un Paul love? dans un Bembe, dans un Juste Lipse. 11 est vrai, le zèle de l'ancien latin nous a introduit ce mot, et tant d'autres aussi ridicules, quand on les affecte. Tout est perdu, si en lisant Bembe, et les autres anteurs de ce goût, on trouve un seul mot que Cicéron ou Virgile n'aient point prononcé; et Juste Lipse, qui s'est moqué de cette fade affectation, na pu s'empêcher d'y tomber. Qu'on s'en moque, nous v consentons; mais ceci devient une affaire de religion. N'importe que Bellannin, plus régulier, ait blâmé ces expressions païennes. Dailléle trouve mauvais. Comme il voulait se servir de ce mot, pouf montrer que nous donnons de la divinité aux saint-, en les appelant diri, il s'emporte contre Bellarmin, parce qu'il ne trouve pas dans ses écrits ce mot, dont il prétendait tueravantage, lui reprochant avec amertume que samodestie est fausse, ridicule et impertinente. Enfin il fait tort aux sainls, et lorsqu'il ,ie... (Le reste manque.)
(5140) Bonnet désigne ici le prince d'Orange, qui venait d'usurper la couronne d'Angleterre sur le un Jacques 11, son beau-père. (Edii. de Paris.)
(3441J Bdrn., I. I, p. 191 ; Var., liv. vu, n. 81.
("U-2) Sijn. Toi., Syntay. Couf. Intel , part. », p. -210, 44â.
(5415) De cultn latr., p. 5-25, oio.
IFXVItES COMPLETAS PF. P.OSSl'ET.
EXTRAITS DE Ql ELQIES LETTRES DE M. RLRNET.
En attendant le livre de M. Papin (3444), que ses infirmités continues retardent depuis si longtemps, le lerleur sera bien aise de voir les extraits des lettres de M. lîurnet, que j'ai promis (3445), et en même temps de savoir à quelle occasion elles ont été écrites. Ce jeune ministre, célèbre dans son parti pour son esprit et pour son savoir, comme il parait par le témoignage que lut rend 11. Jurieu, et protestant de trèsbonne foi, s'il en fut jamais, a toujours cru, comme il est vrai, que le principe fondamental de la religion protestante était de ne reconnaître sur la terre aucune autorité que celle de l'Ecriture en général, sans se croire astreint à aucune tradition, interprétation, détermination de l'Eglise, soit ancienne, soit moderne; voilà son principe, ou plutôt celui de la religion où il avait été élevé. Zélé qu'il était pour son parti, il se retira comme les autres, depuis la révocation de l'édit de Nantes; et après avoir été fait prêtre de l'Eglise an.Jicane protestante, avec, toutes sortes de bons témoignages, il exerça son ministère avec beaucoup de réputation dans quelques villes des plus célèbres du Nord. Le caractère de son esprit est d'être suivi et de pousser un principe dans toutes ses conséquences. Celui de ne reconnaître aucune autorité sur la terre, lui tenait autant au cœur que la religion qu'il professai', parée que c'en est le fondement, et à vrai dire, ce qui la distingue de la foi romaine. Plus il suivait ce principe, plus il sentait que, ni les décisions des synodes, ni les Conf. ssions de foi, ni enfln ce qu'on appelait dans le parti la traditivedes Eglises protestantes, n'étaient un principe sullisant pour le déterminer; au contraire, l'autorité qu'il voyait qu'on voulait donner à toutes ces choses, contre les vrais principes de la Réforme, lui paraissait, comme elle était selon ses principes, un joug tout à fait humain qu'on imposait aux consciences et un vrai retour au papisme. En cet état, on voit bien qu'il devait devenir fort tolérant; il s'enfonçait insensiblement dans la tolérance où les principes de sa religion le conduisaient, et il est vrai qu'ils le mettaient beaucoup au large; car il ne connaissait pas ce joug salutaire que l'autorité de l'Eglise impose à notre raison chancelante par ellemême, et la Héforme lui .avait appris à le regarder comme une tyrannie. Il est toujours demeuré fort persuadé de la divinité i!e Jésus-Christ, cl par là très-éloigné des sociniens.
Mais comme il ne s'en éloignait que par des raisonnements qu'il faisait en son esl*rit, sur l'écriture, et qu'il voyait que les autres en faisaient de tout contraires, sans qu'aucune autorité qui fut sur la terre pût déterminer les esprits d'un côté plutôt que de l'autre, il ne voyait point par quel en-r droit il pouvait les condamner ni les exclure du salut, aon plus que les autres sectes du christianisme. Alors donc il composa le petit livre De la foi réduite à ses jusles bornes, où il est vrai qu'il donne à pleines voiles dans la tolérance universelle. Le reste de son histoire n'est fias de ce Heu, non plus que le fameux démêlé qu'il eut avec M. Jurieu, sur la matière de la grâce. M. Papin suivait la doctrine de son oncle, M. Pnjon, et, bon protestant qu'il était, il n'avait pas cru que l'autorité du synode d'Anjou lût suffisante pour l'en détourner. En un mot, il donnait tout au raisonnement, et il n'avait rien alors qui pût l'empêcher d'ouvrir une vaste carrière à ses sontiuients, ni de jouir du charme déctvant qui accompagne naturellement celte libellé. Ce qu'il v avait pour lui de plus dangereux, c'est qu'il trouvait les plus beaux esprits de la Réforme, et entre autres M. Burncl, dans la même opinion, comme on le va voir par les extraits de ses lettres, il allait donc devant lui dans le chemin de la tolérance >aus que rien le pût retenir, jusqu'à ce qu'ayant aperçu que le principe de la Réforme, qui le forçait à tolérer les sociniens, ennemis de la divinité de Jésus-Christ, le poussait eneoie plus loin, et qu'il fallait nécessairement étendre la tolérance au delà des bornes du christianisme, c'est-à-dire mettre le salut hors de Jésus-Christ et tolérer toute religion, ce qui était, à dire le vrai, n'en avoir aucune, à la vue de cet abîme, saisi de frayeur, il fit un pas en arrière. 11 se mit à envisager la sainte et inévitable autorité de l'Eglise catholique, il crut, il se convertit ; et maintenant il produit les lettres de .M. Du met, en témoignage aux protestants que s'il est tombé dans l'erreur de l'indifférence, jusqu'à l'excès qu'on a vu, il y a été conduit par leur principe et conl'umé par l'approbation de leurs plus célèbres docteurs. Il produirait aisément beaucoup d'autres lettres de ses amis, que j'ai vues en original, mais il ne veut point leur faire de peine ni les exposer à la redoutable colère de M. Jurieu; assuré, comme j'ai dit, que .M. Burnet ne le craint pas, et d'ailleurs, ce docteur s'étant déclaré pour la tolérance,
(•>• Sii) La Tvtérame des prvlféli'iils cl l'autorité d- l'Eglise, imprimée en ll>92. M. Papin mourut en 1 :C9 , dais le len.ps qu'il préparait une seconde éJitic/n do cet ouviuge, que le P. Paion , piètre de
l'0i;ii!)iie, son cousin, et fils du célélue ministre Pujon, publia depuis avec quelques autres de ses Ouvrages. {Note de Leroi.) (5ii5; Ci-dessus, n. 112.
PART. X. THEOL. l-!H.l.V.!(Jli;. - li|..V>MIIK. DE UUtLQl ES lll.KKSII.S. 53-22
comme on l'a pu voir ci-dessus. M. Burnel
lui lit celle répondu :
aussi hautement qu'on l'a pu voir (3M6), ce
n'csl pa-> trahir un secret que d'exposer ses sentiments aux yeux du public. Voici donc ■ c qu'il a écrit sur le livre De lu fui réduite <) ses juste* bornes.
lie la lettre écrite ù la Haye le '-i septembre 1687.
Enfin je vous souhaite Mute sorte de bonheur, mon cher ami. Tour voue antagoniste (M. Jurlcu), jn ne doute pas qu'il fera loui ce qu'il pourra pour \ous nuire; mais j'espère que te sera sans eflfet J':ii vu le livret iloal vous parlez | La foi réduite à
letjuttet bornes), cl je demeure d'accoivl , rocii LE
(.kos, quoiqu'il y ail quelque chose que peut aire j'aurais raye, si on m'avait consulté avant l'impression ; car il lam éviter île donner des prises à (eux qui les cherchent. Lncore uni: fois, je vous souhaite nu bon Voyage et toutes sortes de prospérités , et nf assure que vous vous souviendrez quelquefois dé celui qui est, sans cérémonie et avec beaucoup de sincérité ,
Tout à VOUS, G. liuil.XLT.
M. Papin lui ayant envoyé le discours de Striiuésius, si déclare pour l'indifférence,
De lu lettre écrit* ù la Haye le -lluiril 1688.
J'ai vu avec beaucoup île plaisir que M. Sliiiné stusa porté les priuci|>e8 de la tolérance chrétienne liui loin, ce qui lui attirera peut-être la censure de tous les rigides; nui* nous verront comme il scia appuyé ; car cesi i n r*s trk&-digne d'cn bon cubé-,
TIEN Et ç'ilN GRAND TUÉ0I.OCIEN qu'il VÎeill de l'aire.
cl vous avez raison de dire qu'il a porté la tolérance
plus loin que n'a l'ail votre livre, de.
Toul ii Miiis , I>ji;m.i .
Je ne crois pas que personne en demande davantage sur ce sujet. Au reste, quand M. Jurieu me reproche, dans le libelle qu'il a écrit contre M. i'apin, que je n'ai pas l'ait abjurer à ce ministre son socinianisme ni son pélagianisme, il ne songe pas que le Symbole de Nicée est à la tète de la Profession de foi des Catholiques, et qu'on y reçoit expressément la doctrine de la session vi du concile de 'l' renie, où le socinianistue et le serui-pélagianisme sont de nour veau frappés d'aualhème.