‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 294 sur 325 · X. — Suite des absurdite's du même ministre · texte numérisé non relu

X. — Suite des absurdite's du même ministre

La comparaison des rois de la terre montre bien encore qu'on ne s'entend pas. Car sans parler de certains honneurs qu'on rend tous les jours aux enfants des rois en présence de leur père, et qui rejaillissent sur les rois mêmes, ce qui montre qu'on peut

ŒUVRES COMPLETAS )>K BOSSIET.

honorer les Père eélest • rera, si Ton

enfants de Dieu devant leur el où est-ce qu'on les honone les honore pas devant Dieu el sous ses yeux? Où est-ce que Dieu n'est pas? Où est-ce que la foi ne nous le représente pas dans sa majesté et dans sa gioire? !! ne faudrait donc jamais honorer nos frères ni les prier de prier pour nous. Car nous ne le pouvons faire qu'en les regardantsous les yeux de celte suprême majesté. Et d'ailleurs peut-on ne pas voir que ce qui oblige à supprimer devant les rois certains honneurs qu'on pourrait rendre aux autres hommes en leur absence, c'est qu'après tout le roi n'est qu un homme, et l'honneur qu'on lui rend est un honneur fini, qu'un autre honneur peut partager et diminuer ; mais l'honneur qu'on i-end à Dieu n'ayant point de bornes, puisqu'on y regarde toujours la disproportion de créature à créateur, qui est infinie. Dieu ne peut rien perdre ou sien, quand on honore ses set viteurs, qu'on, ne regarde au contraire que comme un t'a ble écoulement de sa grandeur infinie, et qu'on regarde toujours comme d'autant plus revêtus de ses bienfaits, qu'ils sont eux-mêmes plus grands. Il n'en est pas ainsi îles rois. Les hommes n'en tiennent pas toutes les belles qualités d-'esprit et de corps qui leur attirent du respect. Mais tous les avantages que nous révérons dans les saints leur viennent de Dieu; et dès qu'ils sont connus tomme tels, s'ils provoquaient Dieu à jalousie, Dieu serait jaloux de lui-même.

XI. — Autre raison du ministre qui se détruit elle-même. Intervention des suints; ce que c'est.

Mais voici u-ne autre raison de votre ministre : « Quand vous dites a un saint vivant : Priez pour nous, ivous n'en faites point un intercesseur qui soit médiateur :Hii iès de Dieu ; car il n'est pas plus auprès de Dieu que vous : il n'est point entre Dieu et vous ; ce n'est qu'une jonction de prières que vous demandez; mais quand vous dites à un saint qui est au ciel plus près de Dieu que vous, et tout près de Dieu : Priez pour nous, vous en faites un intercesseur posé près de Dieu, un médiateur entre Dieu et vous. » Dans quelles subtilités s'embarrasse l'esprit humain, et quel vain tourment il se donne, quand il ne v< ut pas ouvrir les yeux à la vérité? Un bienheureux est uni à Dieu par la charité; un fidèle qui est sur la terre lui est uni par le même nœud, et c'est la même charité partout, puisque saint Paul a prononcé que la iharité ne se perd jamais (1 Cor. xin, 8), et par conséquent ne se perd pas même dans la gloire, comme la foi et l'espérance s'y perdent. Si c'est la même chanté, el e nous unit avec Dieu et entre nous, tant dans le ciel que sur la terre, en suite que tous ensemble nous ne faisons qu'un même corpsde Jésus-Christ. Les saints voient ce que nous croyons; mais toute la I Rifeclion de la gloire est renfermée dans la

(3419) Oral in 10 mari;

foi, comme le fruit dans'son germe. Les saints ne sont donc pas entre Dieu et nous, à parler dans la précision d'une saine théologie; mais ils sont nos membres et nos frères, qui ont accès comme "nous par le mêui ■ médiateur, qui est Jésus-Christ. De là se forme ce raisonnement tiré des principes du ministre : Ce n'est point offenser Dieu ni Jésus-Christ que de demander aux saints une jonction de prières. (Ce sont les paroles du ministre qu'on vient de voir.) Or nous ne demandons aux saints qu'une jonction de prières. Ce n'est point mettre les saints entre Dieu et nous, que de les regarder comme unis à nous (c'est encore le principe du même ministre). Or nous né regardons les saints, qui sont dans la gloire, que comme unis avec nous par la charité en un même corps de Jésus-Christ ; nous ne les mettons donc pas entre Dieu et nous, comme nous y mettons Jésus-Ghrist; et à proprement parler, il n'y a que Jésus Christ seul à qui nous rendions cet honneur, puisqu'il n'y a que lui seul que nous regardions comme écouté par lui-même ; tous les autres, qui prient dans le ciel ou sur la terre, ne l'étant uniquement que par lui, ainsi qu'on vient de le voir par le concile de Trente, et qu'on le verra encore plus évidemment dans la suite.

XII. — Que les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent. Exemple de saint Busi'e et de suint Chrysostome.

11 s'ensuit de là clairement que les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent, ce qui se démontre en celte sorte. La prière, dont Dieu est toujours le premier et le principal objet, ne nous peut détourner de Dieu; or est-il que Dieu est toujours le premier et le principal objet delà prière que les Catholiques adressent aux saints, puisqu'ils ne les prient que de prier Dieu; par conséquent la prière adressée aux saints ne peut jamais détourner de Dieu ceux qui la lonl dans l'esprit de l'Eglise catholique.

Eu effet, le but de celte prière n'est pas tant de s'adresser aux saints comme priés, que de nous unir à eux comme priants; et c'est pourquoi saint Basile ne croyait pas détourner les peuples de prier Dieu, en les invitant à prier les saints; parce que les invitant à prier les saints, selon l'esprit du christianisme, c'était leur dire en d'autres paroles, comme il l'interprète lui-même . Que vos prières se répandent devant Dieu avec celles des martyrs (3Ï19). Le dessein de glorifier Jésus-Christ est toujours le principal et plus intime motif qui anime ces prières; c'est aussi ce qui taisait dire à saint Chrysostome (3V20) : « Où est le sépulcre d'Aiexandre le Grand? .Mais les tombeaux des serviteurs de Jésus-Christ sont illustres dans la ville maîtresse, et personne n'ignore les jours de ieur mort, qui sont devenus des jours de fêtes par tout l'univers Les tombeaux des serviteurs du Crucifié sont plus

•r, i ilïi H .m. 2':, in II m! Cor.

150) PART. X. THEOL. POLE.M1Q1 B. -IV. AVERTISSEMENTS AUX : rAN'l UM

magnifiques que les palais des roi , non tant tore. Cependant que non* iJi onl il Ici i

par la beauté delà structure, quoique cela créatures bienheureuses?» l. s au os, «'lit

ne leur manque fias, que pai le i oncours '1rs M Daillé (3422), « voienl • e qui touche chn-

peuples. Car celui qui porte la pourpro, y cun de nous en particulier, Ils voient le

accourt lui-même pour embrasser ces tora- péril de chacun de nous, i ■ que chaque

beaux; el ayant déposé son faste, il est de- fidèle craint, ce qu'il désire, ce qu'il . ■. -

bout, priant les saints qu'ils l'aident par leurs mande, parce qu'ils s,nit présente sur la

prières Celui qui porte le diadème choisit lerre et môles au milieu de nnu . » Dail

un pêcheur et un faiseur de lentes, mé en fail ildesdipux, en leur donnajit tant de

après leur mort, pour ses patrons. Direz- connaissance, et de i b oins, et.de- nos vous que Jésus-Christ soit mort, lui dont désirs, et de tout ce qui nous touche en parères serviteurs, même 8| rès leur mort, .sont ticulierï Mais c'est, dit-il, qu'ils sont sur h fes patrons el les protecteurs des rois de la terre au milieu de nous i comme si La < ai terre?» C'est dans la gloire qu'il les regarde, naissance de t«nt de secrets dépeo ail des comme vous voyez, et loin d'être rebuté de lieux, et non d'une lumière céleste, q.ue Dieu tes honorer, sous prétexte qu'il les regarde commuuique à qui il lui plaît. Quoi qu'il avec Jésus-Christ, c'est au contraire pour en soit, on peut dire, sans blesser la foi, Bette rai od [u'il les juge dignes des plus que Les anges connaissent ce qui se passe grands honneurs. C'est ainsi que ces grands sur la terre, et même nos secrets désirs. Ce nommes faisaient servir la gloire des saints qui fait que cette opinion qu'on a de leurs a celle de Jésus-Christ. Le même saiul Chry- connaissances ne nous empêche pas de h : sostome dit encore ailleurs (34,21) : « Allons reconnaître pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire souvent visiter ces saints martyrs, touchons pour des créatures, c'est que nous savons leurs châsses, embrassons avec foi leurs d'où leur viennent toi, les leurs lumièi i . saintes reliques, afin d'en attirer quelques d'où ils reçoivent leurs ordres, el où ils bénédictions sur nous; car comme de braves mettent leur félicité. Nous n'avons don. as soldats montrant aux rois les plaies qu'ils besoin d'égaler les saints à Dieu, pour leur ont reçues pour leur service leur parlent faire entendre nos vœux, il ne faut que les avec, confiance; de même ceux-ci, en mon- égaler aux anges, qui savent nos prières, qui trant leur têtes coupées, obtiennent tout ce les présentent à Dieu, qui les mettent suc qu'ils veulent du P.oi du ciel. » J'autel céleste devant le trône de Dieu [Apoc.

vin n .mi- > *j vin, 3), comme un présent agréable. Lises

XIII. — Pussuic a OEcolampade. i„ ,.i,., ,,,,.,-, „,„ , ,,', , ' . ...

■' ' le Chapitre VIU de [Apocalypse, ( t ne i

Ce beau passage de saint Chrysostome a I,as que l'ange qui offre h Dieu les prières tellement touché OEcolampade, un des pré- nés saints soit Jésus-Christ; saint Jean nq tendus réformateurs, qu'il l'oblige à parler l'appelle (pi un autre ange (Ibid.), un ango ainsi dans les notes qu'il a laites sur celte comme les autres qui paraissent dans ce divin homélie : « Je ne voudrais pas nier que les livre; un ange comme les sept anges donLii saints ne prient pour nous ; je ne voudrais venait de parler. Cet ange, qui n'est qu'une pas dire non plus. qu'il tût assuré que ce fût créature, entend nos vœux, puisqu'il les une impiété et une idolâtrie d'implorer leur offre. Qu'on répète tant qu'on voudra, que protection. Les saints sont tous embrasés de cest une idolâtrie que n'égaler par quelcharité dans le ciel, ils ne ressent de prier queendroitque cesoit les saints à Dieu, j'en pour nous. Quel mal y a-t-il donc de leur conviens; niais sera-ce encore une idolâtrie demander qu'ils fassent ce que nous croyons de les égaler aux anges, à qui Jésus-Christ que Dieu a très-agréable, quoiqu'il ne nous même nous apprend que sa grâce nous reliait pas commandé de le faire? » Un ministre dra semblables? Ils seront, dit-il [Matth. xxi:, nous justifie contre les ministres; et mal- 3o)> comme les anges de Dieu. Mais qui eingré les préventions de la secte, lorsqu'il pêche qu'ils ne le soient dès à présent, -puis* entend les Pères parler comme nous, il q.u'iis voient, comme les anges, (a face du n'ose pas assurer que nos prières se res- Pire? Un ange présente nos prières (Apoc. sentent de l'idolâtrie. vin, 3), et les fioles qui sont pleines de ce V1XT , , ., ..... céleste parfum. .Mais les v^ngl-quntrc vieil- XIV.— Quon n attribue rien de divin aux |ards, quinousreprésententl'universalitédes . anges m aux saints, en leur attribuant la sailUs> assjs devant le trône de Jésus-Christ, connaissance de nus prières. Preuve par revêtus de blanc, et couronnés, c'est-à-dire l tenture, par les saints Pères, par la rai- avec |a couleuret les ornements de la gloire son et par Daillé même. (Apoc. iv, 4; v, 8; vi,l, 11), n'apporlent-ils Mais, dit-on, et voici le fort îles prétendus pas aussi dans leurs mains ces fioles pleines reformés, ou présuppose, en priant les saints de parfums, qui soui les prières lia^ saints? de tant d'endroits de la terre, qu'ils ont l'o- i:i les auges sont appelés à la participation reille partout, et qu'ils connaissent le secret des secrets divins, et s'ils en font le sujet des cœurs; ce qui est leur attribuer une des louanges qu'ils donnent à Dieu, ne voitprérogative divine. Qu'un antre ministre on pas les âmes des martyrs sous l'autel, où réponde pour nous. Les prétendus réformés elles sont en Jésus-Christ, dans lequel elles n'ont pas dessein d'élever les anges, non plus sont cachées, qui connaissent l'étal de l'k)que les autres saints, au-dess.us de la créa- glise,en savent les persécutions dont elle?

(342*) lloin. iO, De SS.Juvent. ci Max. (3422) Lib m, c. vj~>, e. 184.

I ÏÏ<M

demandent la lin, et apprennent qu'elle est différée pour peu de' temps, et pourquoi? (Apoc. vi, 9, 10, tl.) N'est-ce donc pas blasphémer, que de les ranger parmi les morts qui ne savent rien de ce qui se passe sur la terre; et quand Babylone tombe, les apôtres et les martyrs ne sont-ils pas invités à louer Dieu de ses jugements, et n'entend-on pas en effet, aussitôt après, des cantiques d'admiration, dans le ciel, sur ce sujet (Apoc. xvm, 20; xix, 1); ne voit-on pas que. l'exécution des justes jugements de Dieu fait une fête dans le ciel pour tous les esprits bienheureux, etautant pourlesâmes saintes, que pour les saints anges? Pourquoi donc ces âmes saintes n'entreraient-elles pas dans les actions particulières, et dans la fête qu'on fait dans le ciel, pour la conversion d'un pécheur ? Qu'on ne nous dise donc plus que c'est en faire des dieux, que de leur faire connaître ce qui se passe ici-bas, et en particulier les prières que nous envoyons au ciel? Suivons de plus hauts principes, et apprenons à connaître en quoi consiste la grandeur de Dieu. Il fait entendre à ses prophètes, aux âmes saintes, à ses anges, et à tel autre qu'il lui plait de ses serviteurs, non-seulement les pensées des hommes, mais encore ses propres pensées, et ce qu'il a résolu des peuples et des nations dans son conseil éternel. Il les élève plus haut, lorsqu'il leur montre son essence à découvert. Et sans doute, c'est quelque chose de plus de le voir lui-même face à face, que de connaître ses desseins, quelque hauts qu'ils soient ; à plus forte raison, que de connaître les desseins et les pensées des hommes mortels. Dieu mène ses serviteurs autant qu'il lui plait, par tous les degrés de connaissances; et à quelque perfection qu'd les élève, il se montre toujours leur Dieu, parce qu'ils ne sont éclairés que par sa lumière.

C'est pourquoi les saints docteurs n'ont point hésité à attribuer la connaissance de nos prières aux âmes saintes. Nous avons ouï saint Grégoire de Nysse, dire au martyr saint Théodore : 0 saiiit martyr, regardeznous du plus haut des cieux. Nous avons oui saint Augustin louer la prière d'une mère chrétienne, qui avait perdu son fils sans être baptisé : 0 saint martyr, vous savez pourquoi je le pleure, disait cette mère (3423); et parce qu'elle avait dit, vous savez, a Dieu, » continue le même Père, « voulut montrer quelle avait été sa pensée. Elle porta l'enfant ressuscité aux prêtres, il fut baptisé, il fut sanctifié, il fut oint, on lui imposa les mains; tous les sacrements étant achevés, il mourut. Sa mère accompagna son enterrement avec un visage qui faisait paraître qu'elle ne croyait pas tant mettre son fils que le mener dans le propre sein du martyr. » Que d'articles de la nouvelle réforme "sont condamnés par ce récit ; et qu'on doit être lâché, s'il reste quelquo sentiment de piété véritable, d'être d'une religion qui oblige à

(51-">i l ni. mi|>., m. :>.

|3424j Paix., Denai. S. Fcl.

rejeter des choses si saintes, et à la fois si bien attestées par de si grands hommes? Mais quelque opinion qu'on en ait, j'ai toujours gagné ce que je voulais; et il est bien assuré que, ni la femme qui ût cette prière à saint Etienne, ni saint Augustin qui la loue, ne voulaient pas faire un dieu de ce saint martyr. Les autres Pères ne voulaient pas non plus attribuer aux saints, dont ils demandaient les prières, aucune perfection divine ; puisque, quelque intelligence qu'ils y reconnussent de nos besoins, ou en général des choses du monde, ils savaient bien qu'ils ne voyaient rien que dans une lumière empruntée. « Vous savez tout, disait saint Paulin à saint Félix (3424) : vous voyez dans Ja lumière de Jésus-Christ les choses les plus secrètes et les plus éloignées, et vous comprenez tout en Dieu, où tout, est renfermé, v

XV. — Aveu du ministre, que nous n'e'galom pas les saints à Dieu par nos invocations ; il se réduit à dire que nous les égalons à

, Jésus-Christ et comment.

Il faut que le ministre succombe sous des vérités si constantes. Il en a senti tout le poids : il a, dis-je, bien senti que ni les saints Pères, qu'il accuse comme nous d'idolâtrie, ni nous, qui ne faisons que les suivre, n'attribuons rien de divin aux bienheureux esprits, et vous le pouvez entendra par ces paroles : « Nous pouvons délier i'Kglise romaine de nous montrer aucune différence entre le culte qu'elle rend au Fiis de Dieu, et celui qu'elle rend aux saints. Ils en peuvent trouver quelqu'une entre le «mite du Père et celui des saints; mais entre le culte des-saintset du Fils, je les défie d'en montrer aucune (3425). » Tout cela se réduit à dire que Jésus-Christ homme, fait tout le bien qu'il nous fait par voie d'inteixession, comme les saints. Au nom de Notre-Seigneur, et par le soin que vous devez avoir do votre salut, arrêtez-vous ici, mes trèschers frères. Vous voyez à quoi votre ministre réduit principalement la difficulté. « Ils peuvent,» dit-il, « trouver quelque différence entre le culte du Père éternel et celui des saints. » Il n'ose découvrir tout ce qu'il sent. Nous pouvons trouver quelque différence; c'est-à-dire naturellement, quelque petite différence; mais ou nous n'en pouvons trouver aucune, ou celle que nous trouvons est infinie. Car, je vous prie, quelle différence avons-nous trouvée entre le secours de Dieu et celui des saints, entre la manière de prier Dieu et celle de prier les saints? C'est, avons-nous dit, que Dieu donne et les saints obtiennent : on prie Dieu, comme la source de tout bien, de donner ses grâces quelles qu'elles soient, temporelles ou spirituelles, et ou prie les saints de les demander. Or ce n'est pas là quelque différence, c'est une différence immense, inlinie ; puisque c'est une différen-

(5i25; Le u. !5. p. 11 S, I !.•

ISOS PART. \. 1111.01.. POLEMIQUE. - IV. AVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS. 1506

ce, qui 'l'un cr>t('' fait Dieu parfait, ci de l'autre la créature être indigent, tiré du néant! et le néanl môme ; une différence en un mot, qui mel d'un oôté l'indépendance absolue, el < l o l'autre la dépendance sans bornes. Ce n'est pas là quelque différence; mais c'est toute la différence qu'on peut établir entre Dieu et la créature, ei l'on ne peut en imaginer une plus grande ni une

plus essentielle.

Ici votre ministre se tourmente en vain à prouver aux Catholiques', « qu'il n'y a point de biens et de grâces pour le temps et pour l'éternité, qu'ils ne demandent à leurs saints directement, et sans détour. » N'eut-il dire qu'on les leur demande, comme à ceux qui les donnent? 11 n'y aurait donc aucune différence. Or est-il qu'il ne peut nier que nous n'y en mettions quelqu'une ; et nous venons de lui prouver, ou que nous n'en mettons aucune, ou que nous en mettons une aussi grande qu'on la puisse mettre, et en un mot une infinie. Qu'il entlc donc son discours de tant d'exagérations qu'il lui plaira, cl qu'il raconte toutes les grdeesqu'on demande à la sainte Vierge ; il demeure luimôme d'accord qu'on ne les demande que par voie d'intercession ; puisque môme, selon lui, on n'en attend pas davantage de Jésus-Christ. La difficulté n'est donc plus que de l'intercession de Jésus-Christ. 11 s'agit de voir si celle des saints est de même nature que la sienne; et il est essentiel à cette cause, que vous compreniez que c'est en cela précisément que votre ministre met !e nœud de cette question. C'est ce qu'il déclare par ces paroles : « Pour moi, » poursuitil (3426), « plus j'étudie le culte qu'on rend à Jésus-Christ, plus je le trouve semblable à celui des saints. Nous adressons à Jésus- Christ deux sortes de prières, l'une indirecte, en lui disant : Priez pour nous; l'autre directe, et: lui demandant directement la grâce, la rémission des péchés, la vie éternelle. Dans l'Eglise romaine , on fait précisément la même chose à l'égard des saints. Cela laisse une différence, je l'avoue, entre l'adoration qu'on rend à Dieu le Père, et celle qu'on rend aux sainis. » La voilà donc encore une fois établie, de son aveu, cette différence qui, comme on voit, est infinie. « Car, » continue-t-il, «jamais on ne dit au Père : Seigneur, priez pour nous, intercédez pour nous auprès de votre Fils. Cela serait insensé, et peut-être impie ; et je crois que Rome ne pratique pas cette impiété. » 11 y a donc pour la troisième fois une différence essentielle entre la prière que l'Eglise romaine fait au Père, etc'elle qu'elle fait aux saints, de l'aveu de votre ministre. « Mais il n'y a, j» continue-t-il, « aucune différence du culte rendu à Jésus-Christ, et de celui qu'on rend aux saints : car, et à celui-là, et à celuici, on dit indifféremment : Priez pour nous, afin que Dieu nous donne, ou bien, donneznous vous-même, par voie d'i intercession

ET D'iHPÉTIUTION de SOn Père, » comme ||

l'explique lui-môme et le répète dix fois. Il ne reste donc plus qu'à faire voir qu'il y a encore une différence infinie entre l'intercession de Jésus-Christ et celle des saints; et c'est là, connue vous voyez, que votre ministre fait consister notre question. Mais elle est si aisée à résoudre, que je n'v veux employer que M. Daillé. C'est un ministre que je prends pour juge entre M. Jurieu et moi.

XVI.— Le ministre réfuté par Daillé. La méditation de Jésus-Christ expliquée, et

les (iitliulitjiics justifies.

Daillé étant obligé, par une objection du cardinal du Perron, de parler de cette matière, et d'expliquer comment on peut croire (pie Jésus-Christ prie pour nous, commence en cette sorte : « Ni nous, ni les anciens, ni aucun Chrétien vraiment pieux, n'avons jamais prié Jésus-Christ de plier son Père pour nous (3427). » D'abord il apprend bien à M. Jurieu, qu il ne sait pas sa théologie, quand il dit qu'on prie Jésus-Christ de prier pour nous : «Ni nous," dit-il, « ni les anciens, ni aucun Chrétien vraiment pieux, ne l'a jamais fait. » M. Jurieu n'est donc pas de ces [deux Chrétiens, selon le ministre Daillé. 11 poursuit : < Du Perron pense-t-il que Jésus- Christ ne fasse pour nous autre chose que de se prosterner devant Dieu, afin de prier comme ferait un des saints de ce cardinal ? Assurément il se trompe, s'il a une semblable pensée. » Tout en s'emportant contra nous, Daillé nous accorde ce que nous voulons. Les saints du cardinal du Perron, c'està-dire les saints des Catholiques, sont prosternés devant Dieu comme d'humbles suppliants : Jésus-Christ n'agit pas de ceibi manière, et nous en convenons avec le ministre; l'intercession de Jésus-Christ n'est donc pas de même nature que celle de> saints. Prenons encore la chose d'une auliv manière. Daillé dit, et il dit vrai, qu'on n'a jamais prié Jésus-Christ de prier pour nous. Il n'y en a aucun exemple, ni aucun précepte, ni aucun conseil, ni dans l'Ecriture, ni dans la tradition. Quand donc on prie les saints, comme fait l'Eglise romaine, on ne leur demande rien de semblable à ce qu'on attend de Jésus-Christ. Voilà qui est clair, mais la suite le sera beaucoup davantage; et plus Daillé s'étudie à nous expliquer la dignité de la médiation de Jésus-Christ, plus il justifie les Catholiques. Car écoulons ce qu'il ajoute : « Jésus-Christ, Père de l'éternité, est seigneur et dispensateur de toutes les grâces que son sang nous a méritées. Ce puissant roi de l'univers nous les donne ainsi qu'il lui plaît : ses sujets ne le tiennent pas pour un simple intercesseur, mais pour leur Roi, pour leur Seigneur, pour leur Dieu, et ils souhaitent que ce qu'ils demandent leur soil accordé par sa volonté et par sa puissance. » Noire cause se fortilio

(3420) Lelt. t5, p. f 15.

VJÎ27) Daili.. De cuit. Latt., liv. m , c. 19, |>;»g. 3X0

visiblement, parle discours de Daillé. Il ne permet pas qu'on regarde Jésus-ClirisJ comme un simple intercesseur. 1! est, dit-il, dispensateur et riislributeur des grâces de Dieu; mais il les donne avec autorité, et comme Seigneur, parce qu'il les a >,.ér::ées par son sang : elles sonl à lui; il les a acquises; il les a achetées, et cela par un pris inGni, qui est celui de son sang $ et si M. Daillé rapporte cola à la salure divine de Jésus-Christ, c'est que c'est là qu'est la sonne cie la dignité et du mérite infini qui se trouve dans les actions de Jésus-Christ, et dans toute sa personne : ce qui est indubitable ; mais en même temps il ne l'est pas moins que ceux qui, comme nous, regardent les saints, non comme distributeurs de la

râ e, mais comme de simples intercesseurs, ne les égalent en aucune soi te avec Jésus- Christ. Mais le ministre, en continuant ;de plaider sa cause, va donner comme un dernier trait à la bonté de la nôtre. « Que si on dit,» poursuit-il, «que Jésus-Christ prie pour nous, il faut eaten h 1 Gela, non d'une manière basse, mais d'une manière relevée et convenable à la majesté d'un si grand Roi. Ce n'est pointe:! se prosternant, en tendant les mains, ni en disant des paroles de suppliant qu'il intercède ] our nous; c'est qu'il apaise son Père, par le prix et la bonne odeur toujours présente de la victime qu'il a une fois offerte, et l'ait qu'il nous donne les grâces que nous demandons, lui-même

oosentant aussi et voulant que nous les ayons. Telles sont les prières que Jésus- Chrîsl l'ait jour nous. Elles sont dignes de sa personne; et saint Paul nous le - l'ait entendre, lorsqu'il dit que l'épancbement du

OEUVRES COMPLETES QE BOoSUET.

ang

les

la

sang de Jésus crie plus haut que le a'Abel. » Nous sommes d'accord avec ministres de cette manière d'expliquer médiation de Jésus-Christ. On la peut voir très-bien expliquée dans saint Thomas, et l'on n'en connaît point d'autre dans nos écoles. On y enseigne constamment que Jé-us- Chiïst intercède par son sang répandu pour nous, et par la vertu éternelle de son sacriliee. 11 n'a besoin ni de paroles ni de postures suppliantes : il suffit, comme dit l'Apôtre, qu'il paraisse pour nous devant Pieu, afin de nous obtenir tout ce qu'il lui plaii. Ce qu'on appelle prier, dans cet état glorieux de Jésus-Christ, c'est dans sa sainte âme une perpétuelle volonté de nous sanctifier, conformément à cette parole qu'il a prononcée : Je me, sanctifie pour eux afin qu'ils soient saints en vérité (Joan. xvn, 19) ; et à celle-ci : 0 mon Père, je veux que •'eux que vous m'avez donnés soient avec moi. (ibid., -2k.) 11 a droit de dire : Je veux, d'une façon particulière, qui ne convient qu'à lui seul : il peut disposer de nous, et des grâces qu'il nous distribue, comme des choses qui sont siennes, qu'il a achetées, qu'il s'est rendues propres. Nous ne donnons rien de semblable aux saints. Ce n'est point leur .-ang qui nous sauve, ni qui esl une source de grâces pour nous : ils n'ont point offert le sacrifice, dont l'efficace infinie et tou-

jours présente, sanctifiera les pécheurs jusqu'à la fin des siècles : ils sont humbles suppliants devant la majesté divine , serviteurs agréables à leur maître ; mais enfin simples serviteurs, non seigneurs, ni rédempteurs, ni dispensateurs des grâces , comme Jésus-Christ. Ainsi ni nous ne faisons faire à Jésus-Christ ce que font les saints, ni nous ne faisons faire aux saints ce que fait Jésus-Christ. Leur intercession laisse en son entier tout ce qui convient» selon les minisires, aussi bien que selon nous, à celle du Fils de Dieu, et nous ne leur en donnons aucune partie.

XVI!.— Qu'on n'adresse pointa Jésus-Christ cette prière a Prie: pour nous: » M. Jurien corrigé par M. Daillé.

"aïs après avoir fait voir au ministre que nuis établissons parfaitement la médiation de Jésus-Christ, apprenons -lui à la mieux entendre qu'il ne fait, lui, qui en fait consister la reconnaissance à dire à Jésus-Christ : Priez pour nous. M. Daillé a eu raison de lui dire que ni les modernes ni les anciens n'ont jamais prié ainsi. Quan : Paint Etienne mourant invoqua Jésus-Christ pour ceux qui le lapidaient, il ne lui dit pas: 0 Seigneur, priez pour eux; rna^.

Ù Seigneur, ne leur imputez pas leur p i (.ici. vu, 59), le regardant comme juge, comme celui qui opère par lui-même ta purification du péché. (Hebr. i, 3.) 11 no lui dit pas : Priez votre Père de recevoir mon esprit; mais il lui dit à lui-même : 0 Seigneur, recevez mon esprit. (Act. vu, 58.) Je ne sache aucun ortho loxe qui ait osé dire, comme fait M. Jurien, qu'il faut dire à Jésus- Christ, même comme homme, Priez pour nous; parce que l'homme, dans Jésus- Christ, étant élevé à Dieu, ce qui lui a donné le moyen de nous acheter les grâces, et en particulier celle île la rémission des péchés, par un prix proportionné à leur valeur, il eu est l'ait Seigneur, même comme homme, mais comme homme éievé à être Dieu. C'est pourquoi on ne le prie pas de la demander, mais de la donner comme Seigneur; ce qui fait aus»i que saint Etienne lui donne le nom de Seigneur, dans celle prière, O Seigneur, n'imputes yas ce péché: et de même, O Seigneur, recevez mon esprit. Car c'est à vous de le recevoir, à la vérité, pour le présenter à votre Père; mais néanmoins "i qui il appartient en vous l'avez acheté par

Seigneur, parce crue

comme propre, votre san

XV1I1. — Différence infinie de l'intercession de Jésus-Christ et de celle des saints. Mais quand il serait permis de prier Jésus- Christ de prier, chose que la vraie piété a en horreur, toujours le ministre n'y gagnerait rien; parce qu'il y aura toujours une différence infinie entre la prière du chef et celle «les membres : entre la prière de celui où réside la plénitude et la source df la grâce, cl celle de ceuv qui n'en reçoiven' qu'un écoulement impartait; enfin entre la

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. - IV AVEflTISSl : . VUX PROTE fANTS.

prière d'une perspnne sainte parla pi sainteté substantielle de Dieu, cl la | rière de ceux qiri ne le sonl que par quelque participation de sa sainteté infinie; ce qui rail que la prière de l'un esl Hgréable et reçue par sa propre dignité, el celle des noires, au contraire, en i, el par le

mérite de la sienne; ci c'est aussi ce qui n i i i.' di férence la plus essentielle qu'on puisse jamais établir de prière à prière, el même une différence qui va jusqu'à l'infini, i ar< e qu'elle est fondée sur la perfection de la nature divine.

Toute ccito doctrine est renfermée dans celle conclusion solennelle des prières ecclésiastiques, qui finissent toutes en ces termes : Per Dominum nostrutn Jesum Christum , » Pur Notre-Seigneur Jésus-Christ, » par OU l'Eglise reconnaît que toutes ses prières tirenl leur valeur el leur efficace de l'interposition d-u nom de Jésus-Christ, à quoi elle ajoute eu même temps la confession de la divinité du même Sauveur, en adressant ces | aroles à Dieu le l'ère : Par Jésus-Christ votre Fils unique,, qui riant Dieu, vit tt riijne aux siècles des siècles avec vous et le Saint-Esprit; où l'Eglise met clairement la médiation de Jésus-Christ, en ce qu'il est un Homme-Dieu, en qui s'unissent toutes choses; c'est-à-dire, tout ensemble, les liantes e! les basses, les célestes et les terrestres, sans que ni nous ni les plus grands saints puissent impétrer aucune grâce, ni jour eux, ni pour leurs frères, en un autre nom

XIX. — Médiation de Jésus-Christ très-bien expliquée par saint Grégoire de Nazianze,

et les autres Pères qui ont prie les saints comme nous.

Au reste, si l'on a vu la médiation de Jésus-Christ si parfaitement expliquée par le ministre Daillé, il faut se souvenir qu'on a vu aussi qu'il n'y a rien là de nouveau pour nous, puisque tous nos docteurs l'expliquent de même sur le fondement des Ecritures et sur la doctrine de saint Paul. C'a été aussi la doctrine de tous les anciens Pères, et saint Gégoire de Nazianze l'a expliquée admirablement par ces paroles : « Le Verbe engendré de Dieu avant tous les temps, et par là étant Fils île Dieu, est devenu Fils de l'homme. Il est sorti sans impureté et d'une manière miraculeuse du sein d'une vierge, homme parfait aussi bien que Dieu parfait, pour sauver en toutes ses parties l'homme qui était blessé en elles toutes, et détruire la condamnation du péché (3428). »

C'est en cela que consiste sa médiation, et c'est aussi sur ce fondement que le même saint l'établit, en supposant premièrement qu'il ne faut point croire « que le Fils de Dieu se jette aux pieds de son Père d'une manière servile. Loin de nous, » dit il (3429),

(5428) Oral, i I .

(3429) Orat. 56.

tle pensée ba se et indigne de l'< spi il de

Dieu, il ne coir, ient ni au i ■

une telle i h -e, ni au Fils de la iouû*rir. »

Il en ei a lu'inlen éder n'est autre cl

au Fils do Dieu que d'à ;ir i oui i

on Père, eu q i

leur de Dieu et des boilin . J IS-C1 esl homme ; et, ajoute, i e grand pei comme homme, il inli i .dut,

parce qu'il est toujours aveu le i oq - qu'il a pris, et qu'il nie fait devenu- un Dieu par la force de l'humanité qu'il s'esl unie. »

Voilà une i: anh : e d'inten éder <:i - Jésus-Christ. Un Dieu en se faisant homme, nous a fait des dieux par ressemblant e : son humanité e! t le mus en par lequel la dii inilé nous est communiquée: son corps, quia été notre victime, nous attire continuellement les grâces du ciel, et Jésus-Christ ne cesse d'intercéder, pane qu'il ne quitte jamais l'humanité qu'il a prise.

Celte sublime médiation, qui no convient qu'à Jésus-Christ seul, n'a pas emj êché que le même Père, en prenant la médiation en un autre sens infiniment inférieur à celui-là, n'ait dit que les saints martyrs sont I S médiateurs de cette élévation qui novs divini se (3430) ; sans doute, parce qu'ils nous en montrent le chemin par leur exemple, et qu'ils nous aident à y arriver par leurs prières.

Qu'on ne nous objecte donc plus res mots de saint Paul : Il y a un médiateur. [Galal. ni, 20. ) Sans disputer sur les mots, il n'y a pas plus un médiateur qu'il y a un Dieu; et je dis que, si nous pouvons par Jésus-Chris! , selon saint Pierre', participer èi là nature divine {Il Petr. i, i), nous pouvons aussi en quelque façon, quoique très-imparfaitement, participer par la charité fraternelle à la qualité demé liateur. Mais, à parler proprement, il n'y a que Jésus-Christ seul qui la porte et qui l'as-e cet office, ce que saint Augustin a expliqué à fond en ce peu de mots : i Les Chrétiens, » dîl-il (3431), «se recommandent aux prières les uns des autres; mais celui qui intercède pour tous, sans avoir besoin que personne intercède pour lui, esl le seul et véritable médiateur. »

Les 'prétendus réformés se servent de ce j assage contre la prière des saints, au lieu qu'ils devraient comprendre que, si un Père qui a si parfaitement entendu la doctrine tle la médiation de Jésus-Christ, n'a pas laissé de les prier, comme les ministres l'avouent, il parait qu'il n'a jamais seulement pensé que ces deux choses soient incompatibles. J'en dis aulant de saint Grégoire de Nazianze, qui d'un côté constamment a prié les saints, comme nous, et qui aussi constamment n'en a pas moins bien entendu la doctrine de la médiation de Jésus-Christ, comme on vient de le voir; en sorte qu'en toutes manières, il n'y a rien déplus faux que de confondre deux choses dont la différence est infinie.

(3i50) Orat. G.

[ôiâlj Cont.ephl /',.•■,..<. i) .'. ;i. 16, l. IX,

XX. — Que la manière dont on interprète dans VEglise les mérites des saints envers Dieu, de l'aveu des ministres mêmes, est infiniment différente de la manière dont on interpose ceux de Jésus-Christ.

Après cela, en reviendra-ton à cette objection cent fois résolue, mais que M. Jurieu ré| ètc encore, comme si l'on n'v avait jamais répondu ? Vous oti'rez à Dieu," dit-il (3432), les mérites des saints, comme vous lui offrez ceux de Jésus-Clnist: vous priez Dieu par les mérites des saints, comme vous priez Dieu par les mérites de Jésus- Christ : c'est donc en tout et partout la même chose. Mais sans nous donner la peine de répondre, Bucer, un des chefs de la Réforme, répondra pour nous. Le passage en est connu, et M. Jurieu l'a lu dans ['Histoire des variations (3433). « Pour ce qui regarde ces prières publiques qu'on appelé collectes, où J'on fait mention des prières et des mérites des saints ; puisque dans ces mêmes prières, tout ce qu'on demande en cette sorte est demandé à Dieu, et non pas aux saints, et encore qu'il est demandé par Jésus-Christ, dès là tous ceux qui l'ont cette prière, reconnaissent que tous les mérites des saints sont des dons gratuitement accordés. » Et un peu après : « Car d'ailleurs nous conlèssons et nous prêchons avec joie que Dieu récompense les bonnes œuvres de ses serviteurs; non-seulement en euxmêmes, mais encore en ceux pour qui ils prient-, puisqu'il a promis qu'il forait du bien à ceux qui l'aiment jusqu'à mille génération-.» Voilà ce qu'un reste de bonne foi i t avouer à Bucer, en 1-546, dans la conférence de Hatisbonne. Je ne demande pas au ministre dédaigneux qu'il cède à l'autorité de Bucer; mais qu'il imite sa bonne foi, en reconnaissant que le mérite que nous attribuons à Jésus-Christ est bien d'une autre nature que celui que nous attribuons aux saints; puisque le mérite de Jésus-Christ est infini, à cause qu'il est Dieu et homme, et celui des saints fini, à cause qu'ils sont des hommes pur»; d'où suit une autre différence qui n'est pas moins essentielle, savoir que le mérite de Jésus-Christ a sa valeur par lui-même auprès de Dieu, au lieu que les mérites des saints n'en ont que par celui de Jésus-Christ; ce qui fait qu'en priant Dieu d'avoir agréables les mérites de ces saints, l'Eglise finit toujours en demandant que ce soit par Jésus-Christ : Per Dominum nostrum Jesum Christian, et que le concile de Trente, en définissant qu'il est utile de prier les saints de nous obtenir les grâces de Dieu, ajoute, par Jésus-Christ, et décide que c'est par là qu'ils nous les obtiennent.

XXI. — Qu'il n'y a nulle difficulté dans les objections du ministre Jurieu.

Ainsi il ne reste plus de difficulté dans la question que nous traitons. Il s'agit de savoir si nous sommes idolâtres en miant tes

saints, c'est-à-dire, en d'autres mots, si nous égalons les saints ou à Dieu ou à Jésus-Christ : et le ministre est déjà demeuré d'accord que nous mettons une différence très-essentielle du côté de la prière qu'on adresse à Dieu. Restait celle qu'on adressait à Jésus-Christ; et la différence n'est pas moins essentielle, de l'aveu même, et par les principes de Daillé et de Bucer ; par conséquent la question est vidée. C'est en vain que le ministre triomphe, et qu'il provoque l'évoque de Meaux à lui répondre. Cet évoque lui a répondu; mais s'il restait quelque bonne foi à votre ministre, il n'y avait rien de plus aisé pour lui que de prévenir celte réponse, puisqu'il l'aurait pu trouver dans ses propres théologiens, aussi claire et aussi distincte que l'aurait pu taire un des nôtres.

XXII. — Différence infinie de la doctrine et du culte des païens d'avec le nôtre.

En effet, quoi qu'il puisse dire, il sait bien que le vrai Dieu que nous adorons n'est pas le Jupiter des païens. Les anges et les âmes bienheureuses dont nous demandons la société dans nos prières ne sont ni des dieux, ni des demi-dieux, ni des génies, ni des héros, ni rien enfin de semblable à ce que les gentils imaginaient. Notre Dieu est le Dieu qui seul a fait toutes choses par sa parole, qui n'a pas commis à ses subalternes une partie de l'ouvrage, comme on disait dans le paganisme. Le monde n'est pas un arrangement d'une matière que Dieu ait trouvée toute faite ; les âmes et les esprits ne sont pas une portion de son être et de sa substance. Il a tout également tiré du néant, et tout également par lui-même. Vos ministres n'oseraient nier que ce soit là constamment notre doctrine. Qu'ils entreprennent de nous montrer ce caractère dans le paganisme. Ne sait-on pas que Jupiter y était le père des dieux, à peu près dans lî même sens qu'un père de famille l'est de ses enfants, et qu'il en était le maître, à peu près comme un roi l'est de ses ministres, sans leur avoir donné le fond de l'être? Mais Dieu qui l'a donné à tous les esprits bienheureux, ou plutôt qui le leur donne sans cesse par une influence toujours nécessaire, leur donne en même temps toute leur puissance, inspire tous leurs désirs, ordonne toutes leurs actions , et il est lui seul toute leur félicité; choses que les païens, je dis même les philosophes, ne songeaient pas seulement à attribuer à leur Jupiter. Celte ditl'crence infinie de leur théologie et de la nôtre en produit une qui n'est pas moins grande dans le culte. C'est qu'au fond, tout notre culte se renferme en Dieu. Nous n'honorons dans les saints que ce qu'il y met : en demandant la société de leurs prières, nous ne faisons qu'aller à Dieu dans une compagnie plus agréable ; mais enfin c'est à lui que nous allons et lui seul anime tout notre culte.

(3432) liu. km. 15, p. IU, 115, etc.

fii7>Z) Liv. in, col. 419.

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