‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 59 sur 325 · EST PIS QUE LE PREMIER · texte numérisé non relu

EST PIS QUE LE PREMIER

Mais malheur à celui qui, n'étant pas jugé digne de communier, n'est point percé de douleur et ne regarde pas cette privation comme une image terrible du dernier jugement, où Jésus-Christ séparera pour jamais de sa compagnie ceux qui auront mérité la damnation.

Cejugement n'est pas assez redouté, parca que les hommes le regardent comme une chose éloignée; mais Jésus-Christ nous le rend présent dans l'Eucharistie. II y séparo les agneaux d'avec les boucs, il appelle les justes et éloigne de lui les pécheurs, el leur dénonce par là qu'ils n'auront jamais de part avec lui, s'ils ne font bientftt pénitence.

11 y en a qui se font un sujet d'orgueil de ne pas communier, et qui s'imaginent être plus vertueux que les autres quand ils se retirent de la sainte table, sans se disposer à en approcher au plus tôt. C'est une illusion pernicieuse : cette privation est un sujet d'humiliation profonde. Jésus-Christ est notre pain que nous devrions manger tous les jours, comme faisaient les premiers Chrétiens; et nous devons nous confondre quand nous sommes jugés indignes de le recevoir. Donc, au lieu de nous reposer dans cette privation, il faut entièrement tourner cotre cœur à déplorer noire malheureux état, et travailler avec ardeur à recouvrer bientôt Jésus-Christ dont nos crimes nous ont séparés.

Quelques jours avant que de communier, il y faut préparer son cœur par des actes fréquents de loi, d'espérance et de charité, et travailler peu à peu à nous les rendre si familiers qu'ils sortent comme naturellement de notre cœur, sans qu'il soit besoin d'y être excité par aucun effort.

Chacun, en faisant ces actes, doit s'éprouver soi-même sur ces trois vertus. Le Chrétien doit examiner sérieusement si, en disant les paroles par lesquelles les actes sont exprimés, il en a le sentiment en lui-même; c'est-à-dire qu'il doit sonder son cœur pour considérer s'il croit véritablement les saintes vérités de Dieu, s'il met toute sa confiance en ses promesses, s'il l'aime de tout son cœur, et s'il désire sa gloire.

Après avoir fait cette épreuve et avoir reçu l'absolution avec un cœur vraiment repentant, on peut s'approcher de la communion, quelque indigne qu'on se sente de la recevoir. Car les pécheurs humbles et repentants sont ceux que Jésus-Christ est venu chercher.

11 faut donc aller à lui avec confiance comme à l'unique soutien «Je notre faiblesse; et, puisqu'il nous a dé0à donné le repentir de nos fautes, chercher encore en lui-même la force nécessaire pour persévérer.

PART. IX. THEOL. CATECHET. KT PEDAU. — IV. l.NSTR. A Mon LE DAl TIIIN.

u . — t'e 7i«*i7 fiiui faire m recevant l'Eucharistie,

Que faut-il faire clans la communion ?

Seigneur, je ne tuii pas digne que vous: ruinez dans mu maison ; mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie. [Lue. \u, «.)

Venez, Seigneur Jésus, venez. (Apoc. xxn, 30.)

Dans cette sainte action, il faut mêler en semble ces deux sentiments : une profonde humiliié par laquelle nous nous sentons indignes de recevoir Jésus-Christ, avec, une ardeur extrême de s'unir à lui pour ne s'en séparer jamais.

C'est ui le mystère de l'union de l'Epoux céleste avec l' Eglise, son épouse; c'est ici qu'il s'unit a elle corps à corps, cœur à cœur, esprit a esprit, pour ne faire avec elle qu'une même chose; où il se donne a posséder tout entier aux âmes chastes qui sont ses épouses, et où il veut aussi les posséder sans réserve.

Quel amour, quel ardent désir ne doit-on point ressentir à l'approche d'une tellegrâcc ' mais que cet amour doit être humide et respectueux ! que l'âme doit être pénétrée de sa bassesse et de son néant, de la grandeur de l'Epoux céleste qui se donne à elle, de ses hontes intimes, de ses miséricordes innombrables!

On ne peut trop répéter ces doux paroles : Seigneur, je ne suis pas digne; venez, Seigneur Jésus, je ne suis pas cligne ; car je ne suis qu'un pécheur et un néant. Mais venez, Seigneur Jésus, venez, car vous êtes venu chercher les pécheurs; vous êtes le seul soutien de ma faiblesse, vous êtes le seul remède à ma maux extrêmes ; vous êtes le pain et la nourriture qui répare mes forces abattues; vous êtes ma vie et mon espérance ; vous êtes enfin tout mon bien et en ce monde et en l'autre.

Il faut s'éveiller dans un grand respect et avec un grand sentiment do l'action qu'on a a faire, se tenir toujours recueilli au dedans ; et, sans s'arrêter à des paroles certaine-, laisser aller son cœur à ces deux mouvements d'humilité et d'amour.

H faut tâcher de les exciter avec, une nouvelle ardeur durant la messe où nous avons dessein de communier ; prions - y plus que jamais pour toute l'Eglise et pour la paix de la chrétienté ; pour les justes, pour les pécheurs, pour les pasteurs de l'Eglise et pour les princes, afin que Dieu soit servi partout, et le monde bien gouverné en toutes manières; pour les hérétiques, pour les infidèles, pour ses amis, pour ses ennemis, pour ceux qui' doivent communier ce jour-là, enfin pour tous les vivants et pour les morts; et offrons à Dieu notre communion pour toutes ces choses; car c'est ici le mystère de charité envers tous les hommes, de faire naître en son ciiMir le désir de leur faire tout le bien possible.

Il faut recommander avec, plus de soin ceux qu'on a une obligation particulière de

recommander à Dieu. Ce sainl mystère est établi pour nous pcrfei tionner dans tous nos devoirs, pour nous faire exécrer toutes le i vertus, et pour donner de la force à toutes nos prières et à tous nos vœux.

(Mirons-nous donc à Dieu par Jésus-Chris; en sacrifice, et offrons-lui avec nous lous ceux avec qui nous souhaitons de régner éternellement avec lui.

Quand le prêtre communie, excitons-nous plus que jamais; abandonnons mitre cœur aux sentiments qu'une humilité sincère et un amour plein de confiance nous inspirera, et disons toujours, non tant par paroles que parun intime sentiment du cœur : O Seigneur! je ne suis pas digne ; venez, Seigneur Jésus, venez.

Après la communion du prêtre, il faut approcher do l'autel. Songeons, en prenant la nappe, quel honneur nous allons recevoir d'être appelés à la table du Roi des rois, où lui-même devient notre nourriture. Quisuisjc. Seigneur! </ui êtes-vous? quoi! Seigneur, vous venez à moi! venez, Seigneur Jésus, venez. Il faut dire son Confiteor avec un regret extrême de ses péchés. Frappons notre poitrine en disant : Mea culpa, plus encore par une vraie componction que par l'action extérieure de la main.

Quand le prêtre dit Miserealur et indulgenliam, prions Dieu avec lui qu'il nous pardonne nos péchés, et qu'il nous fasse la grâce de lés corriger. O Seigneur! serai-je assez malheureux et assez ingrat pour voxts offenser dorénavant? Plutôt la mort, mou Dieu, plutôt la mort.

Le prêtre dit ensuite, et nous avec lui : Domine, non sum dignus. On le ré, ètc trois fois, et on ne le peut dire trop souvent, ni trop admirer la bonté d'un Dieu qui ne dédaigne pas de venir à nous. L'\ on adore Jésus-Christ avec un abaissement profond d'esprit et de corps; on frappe sa poitrine, mais on doit encore plus frapper son cœur en l'excitant à, la componction.

Après, le prêtre s'approche pour nous apporter Jésus-Christ ; puis, faisant le signe rie la croix et nous souhaitant la vie éternelle, il nous donne ce divin corps qui contient en soi toutes choses.

Heureux celui qui, ouvrant la bouche, ouvre plus son cœur pour le recevoir! O Jt.sus! vous êtes à moi, vous vous </: nnez tout entier ; 6 Jésus! je me donne à vous, je veux être à vous sans réserve.

Ayant reçu Jésus-Christ, on se retire modestement, les mains jointes, plein d'une joie intérieure, comme un homme qui a trouvé un trésor et qui possède ce qu':l aime.

Il faut dcmeurerquelque temps tranquille, jouissant intérieurement de la présence da Jésus-^Cbrist et écoutant ce qu'il nous dira an fond du cœur; car il a des paroles dé consolation et de paix dont nul ne peut entendre la douceur qn" celui qui les a ouïes

Parlez, Seigneur Jésus, parlez, votre serviteur voits à oute [1 Reg. m, 10);j"oi trouvé

mo

celai que mon âme aimait, je ne jamais. (Cant. m, k).

Mon dîne loue le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur. {Luc. i, i6, i7.j

Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, parce que ses miséricordes sont éternelles. (Psal. cv, 1.)

Tirez-moi après vous, 6 mon bien-aimé!

que je coure après l'odeur de vos parfums! que je ne sente plus que vos douceurs! (Cant. h 3.)

Avec de tels ou de semblables sentiments, il faut goûter intérieurement Jésus-Christ, et le prier de se faire tellement goûter que nous perdions le goût de toute autre chose.

On peut faire, après cela, les actions de grâces qui sont marquées dans le livre de prières; mais il n'y en a pas de meilleures que celles qui sortent naturellement d'un cœur rempli des bontés de Dieu et touché de ses infinies miséricordes.

Le jour qu'on communie on entenu deux messes, et la seconde se doit passer principalement en actions de grâces; l'âme qui sent son bonheur ne peut quitter celle pensée, et s'épanche tout entière en actes d'amour et en cantiques de réjouissance.

Elle fait aussi des demandes, mais des demandes animées d'un amour céleste; elle demande, pour toute grâce, qu'il lui soit donné d'aimer Dieu; elle souhaite et demande le même bonheur à tous ceux qu'elle aime; et plus elle aime quelqu'un, .plus elle prie qu'il soit rempli de l'amour divin.

Qu'on vous aime, ô mon Dieu! qu'on vous aime ; que je vous aime de tout mon cœur; que tous ceux qui me sont ckers vous aiment! que tout le monde vous aime! Puissions-nous tous vous aimer, vous louer, et vous bénir maintenant et à jamais !

Après la seconde messe et après ces actes d'amour, on se retire plein de Jésus-Christ et du désir de lui plaire.

UEUVRES COMPLETES DE BOSSl ET.

le quitterai

— Ce qu'il faut faire après avoir l'Eucharistie.

reçu

Que faut-il faire après la communion ?

Jésus-Christ nous l'apprend par ces paroles : Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. (Joan. vi, 57.)

La grâce de la communion n'est pas une grâce passagère, c'est une grâce de persévérance et de force qui doit nous unir avec

Jésus-Christ d'une manière stable el permanente : Qui me mange demeure en moi, et moi en lui. (Joan. vi, 58.)

ll'faut demeurer en lui par l'obéissance à ses préceptes, afin qu'il demeure en nous par le continuel épanchement de ses grâces.

La force de cette viande céleste doit tellement prendre le dessus en nous, qu'elle nous conforme tout à fait à elle; en sorte que Jésus-Christ paraisse dans toute notre conduite, c'est-à-dire que nous vivions selon ses préceptes et ses exemples.

Quiconque mange Jésus-Christ, en doit tellement être possédé, que toutes ses actions, toutes ses paroles, et enfin toute sa vie s'en ressente.

Qui a goûté cette viande doit être tellement rempli de ce divin goût, qu'il soit sans cesse attiré à la table de Notre-Seigneur, et qu'il se dise souvent à lui-même : Mon âme goûte et ressent combien le Seigneur est doux; heureux l'homme qui espère en lui! (Psal. xvxui, 9.)

Le propre effet de la communion, c'est de nous faire aimer Jésus-Christ, c'est-à-dire sa personne adorable, sa parole, son Evangile, sa doctrine céleste, ses vérités saintes, ses exemples, son obéissance et sa charité infinie. 11 faut prendre dans la communion le goût de toutes ces choses ; il faut que Jésus-Christ nous plaise, que nous l'imprimions en nous-mêmes, que nous en soyons une vive image, et que nous fassions notre plaisir du soin de lui plaire.

Ainsi nous accomplirons cette parole qu'il a prononcée : Comme je vis pour mon Père, ainsi celui qui me mange vivra pour moi, c'est-à-dire accomplira mes volontés comme j'ai accompli celles de mon Père.

11 faut donc que celui qui a communié prenne bien garde de ne plus tomber dans les [léchés qui le séparent d'avec Jésus- Christ et l'excluent de sa communion. C'est une terrible profanation de l'Eucharistie de retomber dans le crime après l'avoir reçue, et de se laisser emporter à nos [tassions après avoir goûté ce don céleste.

Que Jésus-Christ vive donc éternellement dans nos cœurs ; que le péché y meure; que les mauvais désirs s'y éteignent peu à peu; que Jésus-Christ prenne le dessus; qu'il demeure en nous et nous en lui, et que rien ne soit capable de nous séparer de sou amour! Amen. Amen.

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