‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 62 sur 325 · MINISTRE DE LA RELIGION PRÉTENDUE REFORMÉE · texte numérisé non relu

MINISTRE DE LA RELIGION PRÉTENDUE REFORMÉE

A ÈiOSSEIGSELR LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG,

Duc d'Baltuyn, pair de France, gouverneur et lieutenant général, pour le roi, des ville et citadelle de Metz, et pays Messin, évéchés de Metz et Verdun ; colonel général des Suisse» et Grisons, colonel des Lanskenects, maréchal de camp général des troupes allemandes et liégeoises, etc.

quand je contemple en moi-même toute la suite de vos actions immortelles ; encore que je sache bien qu'elles vous égalent aux capitaines les plus renommés, et que la postérité la plus éloignée ne pourra lire sans étonneiuent les merveilles de votre vie, je ne vois rien de plus grand en votre personne que l'amour que vous avez pour l'Eglise, et que cette inclination généreuse d'appuyer la religion par votre autorité et par votre exemple. Que nos histoires vantent cette belle nuit qui est capable d'effacer la gloire des plus éclatantes journées, et qui a été tant de fois funeste à nos ennemis, par le modèle que vous y donnâtes à vos généraux, pour faire réussir de pareils desseins; qu'on publie qu'il n'appartenait qu'à votre courage de trouver une sortie glorieuse dans le désespoir des affaires; qu'on joigne aux triomphes du Languedoc ceux de la Cata- 1 ogne et du Roussillon, et les autres fameuses campagnes que vous avez si glorieusement achevées; que l'on dise que les honneurs ont été chercher votre vertu, et que, lorsqu'elle se vit élevée 5 la plus haute des dignités de la guerre, il n'y avait que votre victoire qui sollicitât pour vous à la cour;

Monseigneur, Puisque celte ville et cette province, que les guerres ont désolée, ne respirentplusque par votre appui ; puisque les peuples que vous gouvernez ne trouvent de salut ni de sûreté que dans la protection de Votre Excellence, et que votre générosité se les est acquis par le litre du monde le plus légitime, nous ne devons pas avoir de plus grandejoie que de témoigner hautement ce que nous sentons en nos cœurs : et où l'on ne voit que de vos bienfaits, il est juste que rien n'y paraisse sans porter des marques de reconnaissance. C'est dans celle pensée, Monseigneur, que j'ose prendre la liberté de vous présenter est ouvrage, comme un fruit du repos que vous nous donnez au milieu de tant de périls qui nous environnent: et puisque l'élude est incompatibleavec le tumulte et le bruit, il faut bien que je rende grâces de mon loisir particulier à l'auteur de tek tranquillité publique. D'ailleurs, je ne doute pas, Monseigneur, que vous ne regardiez d'un œil favorable un discours qui ne tend qu'au salut des finies; puisque Dieu vous a fait la grâce de ;onsidérer les choses divines comme celles jui sont les plus dignes d'occuper vos soins, .td'entrelenr votre grand génie. Et certes,

qu'on ajoute à ces grands éloges que, dans un siècle si désordonné, votre puissance ne

SOS

PART. X. THEOL. POLEMIQUE. I. REFUTATION tu: l'Ail. FERRY.

Kl

•.'emploie qu!è l'aire du bien, que vos mains no sont ouvertes que pour donner, et que votre nom n'a jamais paru qu'en des actions dont la justice est indubitable ; enfin qu'on loue encore cet esprit si fort, et ce sens si,droit et si juste, cette invariable fidélité, cette humeur si généreuse et si bienfaisante, et toutes vus autres grandes et incomparables qualités : j'avoue que ces choses sont très constantes et très-connues par toute là France. Mais je dis que ce n'est pas, Monseigneur, ce qui fonde solidement votre gloire. Votre piété, c'est votre couronne ; la vraie lumière de votre raison, c'est qu'elle sait s'aveugler pour l'amour de Dieu ; votre véritable justice, c'est que vous êtes soumis à ses lois; votre libéralité se fait reconnaître en ce qu'elle s'étend sur Jésus Christ même ; et parmi toutes vos conquêtes, il n'y en a point de plus glorieuses, que celles que nous voyons tous les jours, par lesquelles vous gagnez ù Dieu les' âmes qu'il a rachetées par un si grand prix. Je ne diffère donc plus, Monseigneur, de vous présenter ce discours, puisque votrezèle, votre religion, votre

piété lui promettent une protection si puissante. Mais, certes, je serais peu reconnaissant de tant de bontés dont vous m'honi rez, si je n'espérais l'appui de Votre Excellence que par des considérations générales. Tant d'honneurs que j'en ai reçus, et que j'ai si peu mérités; tant d'obligations effectives, tant de bienfaits qui sont si connus, tant de grâces que je ne puis expliquer, me persua-* denl qu'elle Favorisera cet ouvrage, que je vous offre comme une assurance et de mes très-humbles respects, et de la perpétuelle fidélité qui m'attache inviolab'leinéni à votre service. Que si mon impuissance me rend inutile, si la grandeur de vos bienfaits ne me laisse pas môme des paroles qui puissent exprimer nia reconnaissance ; ma consolation, Monseigneur, c'est que Dieu écoute les vœux que la sincérité lui présente, et quo je sens en ma conscience, avec quelle passion je suis, *

Monseigneur, Votre très-humble, très-obéissant et très -fidèle serviteur,

Bossue*

AVERTISSEMENT

Comme il n'y arien de plus remarquable, dans le Catéchisme de notre adversaire, que le témoignage qu'il rend à lajusticede notre cause ; aussi mon dessein principal n'est pas tant de disputer et de contredire, que de faire voir au ministre les conséquences lié légitimes de quelques vérités qu'il a confessées, et d'instruire nos frères errants de la pureté de notre doctrine sur quelques points de notre créance qu'on leur a déguisés partant d'artifices. C'est pourquoi j'ai laissé plusieurs choses, que je pouvais justement reprendre, pour appliquer toutes mes pensées à ce qui est le plus utile au salut des âmes. Je conjure nos adversaires de lire cet ouvrage en esprit de paix, et d'en peser les raisonnements avec, l'attention et le soin que méritent des matières de cette importance. J'espère que la lecture leur fera connaître que je parle contre leur doctrine, sans aucune aigreur contre leurs personnes ; et qu'outre la nature qui nous est commune je sais encore honorer en eux le baptême de Jésus-Christ, que leurs erreurs n'ont pas effaoé. Que si j'accuse souvent leur ministre d'altérer visiblement les sens des auteurs, et de nous imposer des sentiments que nous détestons, mes plaintes sont très-justes et très-nécessaires ; et nous le pouvons vérifier ensemble, sans autre peineque d'ouvrir les livres. Or, encore que ce discours eclai.rcisse sullisaïuuienl sa pensée, j'ai cru qu'il ne serait pas inutile défaire mettre ici un peu plus au long quelques endroits de son Catéchisme, cotés en la marge de celte réponse, et dont la suite de cet ouvrage fera entendre les conséquences.

Page 1