‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 69 sur 325 · I. REFUTATION DE PALI. FERRY. 2tS · texte numérisé non relu

I. REFUTATION DE PALI. FERRY. 2tS

maîtres ont été d'impudents calomniateurs, OU bien que, si l'on nous a fait les mêmes reproches, nous avions par conséquent la. même doctrine.

Ce qui h' montre encore plus clairement, c'est que le^ premiers docteurs de nos adversiures, non contents de reprendre cette créance, pour faire voir combien ils s'en éloignaient, se sont publiquement séparés de la communion de l'Eglise romaine, prenant pour prétextes les mêmes causes que nos adversaires défendent encore: ce qim le ministre ne peut nier sans une insigne infidélité. El qui ne voit par là qu'ils jugeaient que la foi qu'on professait en l'Eglise, était directement opposée à celle qu'ils voulaient introduire?

En effet, ils ont bien vu qu'ils se roidissaient contre une créance reçue. Aussitôt qu'ils parurent au monde', et que, sous le beau prétexte de réformation, ils débitèrent leurs nouveaux dogmes; et les évêques, et les conciles, et les universités catholiques résistèrent hautement à leurs entreprises. Chacun s'étonna de leur nouveauté :et c'est une marque évidente que la doctrine qu'ils venaient combattre, était profondément imprimée en l'esprit des peuples; ce qui ne serait pas ainsi arrivé, si elle n'eût été confirmée depuis plusieurs siècles par un consentement général.

Bien plus : il est certain que non-seulement les points de notre doctrine que nos adversaires contestent, étaient crûs pendant ce temps-là par tous les fidèles qui vivaient en notre communion; mais encore que pour la plupart ils avaient déjà été définis par l'autorité des conciles, contre diverses sectes qui s'/ étaient injustement opposées. Le sieur Ferry ne dit-il pas lui-même que dès Can 121 â, oit concile de Lalran, la transsubstantiation avait été passée en article de foi (13)? Par conséquent cet article était cru dans le temps duquel nous parlons, pendant lequel , du consentement du ministre, on pouvait se sauver parmi nous. Néanmoins il n'est pas croyable combien nos adversaires l'ont en horreur. Dumoulin dit, en son Bouclier de la Foi, que cette transsubstantiation sape la piété par tes fondements , et frappe droit au cœur de ta religion (14). Oue s'ils demeurent d'accord que cette créance n'a pas empêché le salut rie nos pères, ne nous font-ils pas voir sans difficulté qu'ils se sont emportés excessivement, quand ils l'ont si sévèrement censurée? et ensuite ne nous donnent-ils pas une certitude infaillible qu'il n'y a plus aucun point de notre doctrine qui puisse nous exclure du ciel, puisque celui-ci, qu'ils blâment si fort, n'en a pas, exclu nos pieux ancêtres?

Davantage, peut-on nierquela Messe ne fût le service public de l'Eglise ?lïos adversaires ne le contestent pas, et c'est une vérité trop connue. Or, c'est ce qu'ils ont le plus en exé~ cration; c'est la Messe qu'eux et leurs pères ont décriée comme le comble de toutes sortes d'impiétés et d'idolâtrie. Mais ii

(11) Scct, \u>.

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faut bien qu'ils sentent en leurs consciences que tous ces reproches sont trè--injusti-s, puisqu'ils avouent maintenant, et qu'ils prônent, et qu'ils enseignent même dans leurs catéchismes, qu'avant leur réformat ion prétendue, et jusqu'à l'an 15i3, où la Messe constamment était en l'Eglise en la même vénération qu'elle est en nos jours, celle Eglise, qui la céléhrait, ne laissait pas de contenir en son sein, et d'y conserver jusqu'à la mort, les enfants de Dieu.

Que dirai-je de l'administration de l'Eucharistie? est-il rien de plus ordinaire en la bouche de nos prétendus réformés, qu'un de nos plus grands attentats contre l'Evangile, c'est de ne pas la donner sous les deux espèces? C'est ce qu'ils De cessent de nous reprocher. Cependant, au temps duquel nous parlons, cette Eglise , qui, selon l'avis du ministre même, conduisait si bien ses enfants à Dieu, ne les communiait que sous une espèce. Et qui ne sait que quelques Bohémiens, animés par- les prédications de Jean Hus, ayant rétabli la communion du sacré calice, le concile général de Constance prononça (15), qu'il fallait croire, sans aucun doute, que tout le corps et tout le sang de Notre - Seigneur était vraiment sous chacune des deux, espèces ; que la coutume de communier sous la seule espèce du pain , tenait lieu de loi, qui ne pouvait être changée sans l'autorité de l'Eglise : et que lous ceux qui seraient contraires à cette doctrine, devaient être tenus hérétiques? Telle fut la décision du concile, qui^ ayantété embrassée par toute l'Eglise, il n'y a qu'une extrême ignorance qui puisse douter de sa foi sur celte matière.

D'ailleurs, les calvinistes publient tous les jours, et le minisire ne le niera pas, que les vaudois et les albigeois sont leurs vénérables prédécesseurs (16); qu'ils ont professé leur même créance, et qu'ils se sont retirés d'avec nous pour les mêmes causes, pour la Messe, pour l'invocation des saints, pour le purgatoire, pour les images, pour la primauté du Tape, pour le sacrement de la sainte table, et ainsi du reste. Or, il est très-certain que l'Eglise condamna ces hérétiques sitôt qu'ils parurent. Et en condamnant leur doctrine, qui ne voit que par une même sentence, elle a proscrit celle des calvinistes, qui se glorifient d'être leurs enfants? De cette sorte, quand ils sont venus, il y avait déjà plusieurs siècles que leurs principales maximes avaient été publiquement rejetées, et par conséquent les contraires reçues par l'autorité de l'Eglise.

.Mais ce qui fait clairement connaître combien elle détestait ces opinions, c'est que Jean Viclef et Jean Hus les ayant presque toutes ressuscitées, le concile général de Constance, et le Pape Martin, et toute l'Eglise renouvela contre eux le juste ana-

lia) Sess. 15.

(•6) Pag. 57.

(17) Propositions Je Jean Viclef et de Jean Hus Censurées au coude de Constance, Sess, 8 ei 15.

thème qu'elle avait prononcé contre les vaudois. Et après tant de condamnations, qui serait si aveugle que de ne voir pas combien de points, que nos adversaires ont taxés d'erreur, étaient reçus en l'Eglise romaine comme des articles de foi catholique, dans le temps où le Catéchisme confesse qu'on ] ouvait y trouver la vie éternelle ?

Encore que ces choses soient très-évidentes, je suis contraint de les expliquer au ministre, qui fait semblant de les ignorer. Qu'il lise la session8'avec la 15* du concil6 universel de Constance, et la bulle du Pape Martin V touchant la condamnation des erreurs de Jean Hus et Jean Viclef, deux de ses prophètes. Là, parmi les propositions censurées, il y trouvera celles-ci entre autres : « La Mibstance du pain matériel, et semblahlement la substance du vin matériel, demeure dans le Sacremenlde l'autel, Jésus- Christ n'est pas réellement en ce Sacrement en sa propre présence corporelle, » c'est àdire, par la présence de son corps. « 11 n'est pas fondé en l'Evangile, que Jésus-Christ ait institué la Messe. Il n'y a aucune appareil e qu'il soit nécessaire qu'il y ait un chef qui régisse l'Eglise militante dans les choses spirituelles, et qui vive, et soit conservé toujours avec elle. Il n'est pas de nécessité de salut de croire que l'Eglise romaine soit la première entre toutes les autres. C'est une erreur, remarque ici le concile, si par l'Eglise romaine, il entend l'Eglise universelle, ou le concile général, ou en tant qu'il nierait la primauté du souverain pontife sur les autres Eglises particulières (17). »

En conséquence de ces erreurs ainsi condamnées, le Pape, avec le consentement du concile, ordonne que celui qui aura soutenu ces propositions, ou qui sera soupçonné de de les croire , soit interrogé en cette manière (18) : « S'il croit qu'au Sacrement de l'autel, après la consécration du prêtre, sous le voile du pain et du vin, ce n'est pas du pain et du vin matériel, mais le même Jésus- Christ qui a souffert à la croix, et qui est assis à la droite du Père. S'il croit et assure que la consécration étant faite, sous la seule espèce du pain, soit la chair rie Jésus-Christ, son sang, son ôme, sa divinité, et enfin Jésus-Christ tout entier. S'il croit que la coutume de communier les laïques sous la seule espèce du pain, observée par l'Eglise universelle, et approuvée par le concile de Constance, doit être tellement gardée, qu'il n'est pas permis de la blâmer ou de la changer sans l'autorité de l'Eglise. S'il croit que le Chrétien, outre la contrition de cœur, est obligé, par nécessité de salut, de se confesser aux seuls prêtres quand il le peut, et non à aucun laïque, ,si dévot qu'il soit. S'il croit que l'apôtre saint Pierre a été vicaire de Jésus-Christ, ayant puissance de lier et

(18; Bulle de Martin V contre Jean Viclef et Jean Hus, loin. IV Coiic. geu., clii. Boni. Labb., loin. XII Concil., col. 259.

PART. X. THEOL. POLKMIQIE. -- I.

lie délier sur la terre. S'il croit que le l'ope élu eanoniquenient est successeur de SOlDl Pierre, ayant la suprême autorité en l'Eglise île Dieu. S'il croit les indulgem es. S'il eroit qu'il est permis aux fidèles de vénérer les images et les reliques des saints ; et généralement tout ce qui ;i été défini au concile général de Constance. » 'Telles turent les décisions de ee saint concile; reste maintenant que nous remarquions ce qu'il en résulte à notre avantage.

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