‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 72 sur 325 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Continuation de la même matière. — Explication du sentiment du ministre, qui déclare que l'invocation des saints n'empêche pas notre salut

C'est encore cette union si célèbre avec les sectateurs de Euther, qui pousse le nii-

(26) Synode national île Charenton, en Pan IC3I, pour autoriser celle union. Daille, ibid.

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m -tic si loin, que bien qu'il enseigne dans son Catéchisme que c'est une erreur <'.e prier les saints, il ne peut croire qu'elle soit plu- pernicieuse que lu créance des Eglises luthériennes touchant celte incompréhensible réalité du corps du Sauveur dans le pain de l'Eucharistie. C'est pourquoi il enseigne à ses auditeurs, .-ans aucune ambiguïté , que celte prière n'enferme pas une erreur damnable ; et il importe pour mou dessein que le lecteur pénètre bien sa pensée.

Il faut rappeler ici la mémoire des choses que nous avons déjà remarquées, et considérer que le catéchiste, ayant représenté bien au long la manière d'exhorter les malades pratiquée au diocèse de Metz par tes pasteurs catholiques de cette Eglise, déclare qu'il ne doute point du salut de tous ceux qui mourraient en la foi qui leur y était proposée, parce qu'on les adressait au Sauveur comme à leur unique espérance. Toutefois voici ce qu'il d t qui méritedôtre observé sérieusement:» Vrai est que le curé y enlrcmêlaitquelquechoseetun petit mot de l'invocation de la Vierge et du bon ange du malade, et du saint auquel il pouvait avoir une affection particulière (27). » Ce sont les paroles du catéchiste, dont les personnes judicieuses reconnaîtront aisément l'artifice : car il ne récite pas le passage entier, comme il avait fait tout le reste qu'il lâche de tirer à son avantage; il passe cet endroil fort légèrement : on y entremêlait, dit-il, quelque chose et m petit mot. Mais faisons paraître la vérité, et dérouvrons ce que c'est que ce petit mot, et re que veut dire ce quelque chose. Le curé parlait ainsi au malade (28) : « Ayez en votre cœur mémoire de la croix et des plaies de Jésus-Christ, en invoquant à votre aide la glorieuse Vierge Marie, Mère de miséricorde et refuge des pauvres pécheurs; pareillement votre bon ange, et les saints et saintes auxquels vous avez eu singulière et spéciale dévotion. » Quant à ce petit mot , par lequel on invoquait la trèssainte Vierge, il était ainsi énoncé : «Marie, Mère de grâce, Mère de miséricorde, défendez-mui de l'ennemi, et à l'heure de la mort veuillez me recevoir. Amen (29;. » Tel est le petit mot, que le catéchiste cuule si doucement.

J'avoue certes qu'un ministre plus chagrin que lui s'écrierait incontinent au blasphème; mais le sieur Ferry ne va pas si vitet il s'est souvenu en ce lieu qu'il faisait un catéchisme, non une invective. 11 sait bien que nous recourons au Sauveur comme à celui qui nous a réconciliés, qui a expié-nos crimes en sa propre chair, par lequel seul nous avons accès au trône de grâce ; que nous appelons la sainte Vierge à notresecours d'une manière infiniment différent, laquelle néanmoins est très- fructueuse : parce que la très-pure Marie ayant des en-

28] \gende de Mets, de l'an 1545, fol 63 (29) Ibid.

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trailles de mère pour tous les fidèles, à cause de son cher Fils Jésus-Christ dont nous avons l'honneur d'être membres, elle s'entremet par la charité, et nous obtient des grâces très-considérables par ses puissantes intercessions. Le ministre n'ignore Das que c'est en cet esprit que nous la prions, et il ne peut croire que cette prière -uine le fondement du salut. Peut-être n'ose-l-il pas dire tout ce qu'il en pense; mais du moins il en a dit tout ce qu'il a pu, tout ce que lui permettait sa profession. « Ce que les livres ajoutaient,» dit-il (30), « de l'invocation à autre qu'à Dieu pouvait être interprété en un sens tolérable. » Merveilleuse conduite de la Providence 1 De toutes les prières ecclésiastiques par lesquelles nous implorons l'assistance de la très-heureuse Marie, aucune n'est conçue en termes plus forts que celle que nous avons rapportée. Et c'est toutefois celle-là que le ministre excuse lui-même, pressé intérieurement en son âme par un secret mouvement de l'esprit de Dieu. H est contraint de cédera la vérité; et il corrige par son exemple l'ardeur indiscrète de ses confrères, qui nommeraient cette oraison une idolâtrie, et toutes ses paroles autant de blasphèmes.

Ce n'est pas qu'il ne biaise, qu'il ne dissimule; que ne fait-il pas pour persuader que nos ancêtres priaient les saiuts autrement que nous? 11 assure que « ce qu'on faisait aire à la Vierge, c'était plutôt pour y adresser le malade selon l'usage du temps, que pour lui en imposer aucune nécessité; que les litanies se disaient par le curé, et non par le malade; qu'aussi l'invocation des saints n'était pas chose qui fût crue nécessaire à son salut (31). » Mais tant s'en faut que ces réponses nous satisfassent, qu'au contraire nous sommes certains que le ministre lui-même n'en est pas content. Car il sait bien que nous enseignons la même doctrine que nos pères ont professée; si nous prions les esprits bienheureux qu'ils nous assistent par leurs oraisons, ce n'est pas que cette prière nous soit ordonnée comme nécessaire, mais elle nous est recommandée comme profitable. Le sieur Ferry ne l'ignore pas; et c'est pourquoi il tâche d'érhapper par une autre voie. Sur la fui de Cassandre, qu'il rapporte en marge, et dont il sait bien que l'autorité n'est pas de grand poids parmi nous, il voudrait que l'on crût que « cette prière adressée à la sainte Vierge et aux saints, était plutôt un désir du priant, qu'une inlei pellation directe du mort (32). » Ne voyez-vous pas comme il se tourmente pour embarrasser une chose claire? Mais qu'il s'imagine ce qu'il lui plaira, quelque artifice dont il se serve pour déguiser une vérité manifeste, nous repartir, ns en un mot, que nous n'invoquons pas les saints d'une autre manière, ni en paroles plus expresses, ni plus formelles que sont celles que j'ai citées de ce Kituol de l'an 15'i3, que

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(3i) Pag, 102.

Th.S DK BOSSUET.

Mî

le ministre produit en son Catéchisme pour justifier lafoi de nos pères.

il a bien vu en sa conscience combien étaient vaines toutes ses réponses : il parle plus franchement dans la suite, et d il que « cette invocation en tout cas devait eue prise pour le foin, dont parle l'Apôtre, qu'ils édifiaient ou qu'ils entassaient sur le fondement qui est Jésus-Christ; et combien qu'il ne leur servît de rien et qu'ils en tis-ent perle, il ne les empêchait pas d'être sauvés (33). » 0 triomphe de la vérité catholique sur les calomnies de ses adversaires! Quel ministre'as.-ez téméraire osera nous objecter maintenant que c'est une i.olâtrie de prier les saints; que c'est abandonner Jésus-Christ et ruiner sa médiation auprès de son Père? Le sieur Ferry nous défend contre ces reproches. Car je demande quel salut pourrait espérer celui qui serait mort avec de tels crimes? Il faut donc nécessairement qu'il confesse que ses confrères qui nous en chargent sont de très-injustes accusateurs, puisqu'il enseigne dans son Catéchisme que. cette prière, qui est le sujet de leurs invectives les plus sanglantes, laisse le fondement du salut entier, et ne nous sépare pas il'avec Jésus-Christ.

11 sera forcé de dire le même des autres articles controversés qui étaient reçus en co même temps par toute l'Eglise. Et si quelque curieux l'interroge, d'où vient qu'il enseigne dans son Catéchisme que nos ancêtres se pouvaient sauver, b.en qu'ils crussent tant de points importants contre la doctrine de ses Eglises, comme nous l'avons prouvé assez clairement ; ne faudra-t-il pas qu'il réponde ce qu'il dit de l'invocation des saints : que ces erreurs étaient « le foin, dont parle l'Apôtre, qui était édifié sur le fondement, et qui n'empêchait pas le salut? »>

Concluons donc, selon ses maximes, que les erreurs, quelles qu'elles soient, ne nous damnent pas, tant que le fondement de la foi demeure. Reste maintenant que nous expliquions quel est ce fondement de la foi dans le sentiment de notre adversaire, et c'est la seconde proposition que nous avons à examiner.

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