‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 73 sur 325 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Seconde et troisième propositions qui assurent notre salut dans I ' Eqlise romaine. — Que, selon les principes du ministre, le fondement essentiel de la fui, lequel étant posé, les erreurs surajoutées ne nous damnent p(ts, c'est la confiance en Jésus- Christ seul ; et que c'est vouloir s'aveugler que de nier que nous ayons cette confiance. 11 n'est pas nécessaire d'employer ici une longue suite de raisonnements, puisque le ministre s'explique en tenues formels ; il dit nettement en son Catéchisme que ce fondement quia sauvé nos pères, nonobstant toutes leurs erreurs, c'est « la confiance es seuls mérites de Jésus-Ctinst, laquelle, dil-

152) Pas. 103.

(531 Pa^ 105.

P\RT. \. THEOL. POLEM1QI E. -- I. Ill.l'l TATION [)!■: PU I. IT.UP.Y.

i|, on exigeait d'eui et dont on lour faisait raire confession. » De là vient qu'il l'a| pelle in ce lieu et dans tout son livre, « le vrai et h ni< I ne moyen île salut, le plus grand arli- le de tous," lo sommaire de In doctrine Chrétienne, et ce qui lait véritablement le ilirûtien » Do sotte que, suivant ces principes, quiconque a dans son cœur cette confiance est appuyé sur le l'oiulement immobile ; et à cause de la fermeté de ce fondement, les erreurs surajoutées ne le damnent pas et ne le séparent pas d'avec Dieu. C'est pourquoi, encore qu'il soit évident que la doctrine de nos ancêtres était directement contraire a la sienne en beaucoup de questions importantes, ainsi que nous l'avons observé, toutefois ayant reconnu cette confiance dans les livres" dont on usait en l'Eglise avant le concile de Trente, il a été contraint de nous accorder qu'on pouvait se sauver jusqu'alors en la communion de l'Eglise romaine.

C'est aussi depuis ce temps-là, dit le catéchiste (3-V),que le chemin du ciel est'fermé pour nous ; parce que, voici ses paroles, « il n'est pluspermisen l'Eglise romaine de mourir en se liant es seuls mérites de Jésus- Christ (35), parce que la justification par la foi et la confiance du salut, qui jusqu'alors avait été conservée pour le refuse et pour le salut des mourants, et qui en était le sommaire, fut condamnée, et le mérite des œuvres établi (36). »

Nous le prions, nous le conjurons par cette charité chrétienne, qui est douce, qui est patiente, qui n'est point jalouse ni ambitieuse, qui ne soupçonne point le mal (ICor. xm, '*, 5), qu'il dépouille la passion de sa secte, et qu'il nous considère des mômes yeux desquels il a regardé nos pieux ancêtres; il trouvera sans diflicullé que nous sommes encore ici avec eux.

Je m'engage de lui prouver très-évidemment qu'il faut être ignorant de l'antiquité pour croire que la créance que nous professons, touchant la justification du pécheur et le mérite des bonnes œuvres, ait commencé au concile de Trente. La section suivante lui fera connaître, par des témoignages certains,que la doctrine que nous prêchons nous a été enseignée par l'ancienne Eglise, et par ceux des Pères dont l'autorité lui doit être la plus vénérable.

En attendant que je m'acquitte de celte môme promesse, je le prie d'écouter des auteurs qui ne doivent pas lui être suspects. Ce sont les historiens ecclésiastiques de la réformation prétendue qui parlent ainsi de la doctrine du xiii* siècle dans la préface de leur treizième centurie. « En ce siècle, » disent-ils (37), « cette doctrine évangélique était éteinte, que les hommes sont inclinés devant Dieu par la seule foi sans les œuvres. La doctrine des faux prophètes régnait publiquement, que les bonnes œuvres sont méritoires du salut. » Que le

(34) Pag. 104.

(35) Pag. 115.

f36) Pag. 103

ministre remarque en ce lieu que tout en qu'il reprend en notre créance, ses frères Pont attribué au xm' siècle. H ne serait pas malaisé de montrer que Luther et Calvin et les autres ont parlé de la même sorte des siècles qui les ont précédé-. ; et ainsi c'est en vain que le catéchiste s'efforce à mettre de la différence entre nos ancêtres et nous, puisque ses plus grands docteurs reconnaissent qu'ils avaient les mômes sentiments que nous professons.

Mais le ministre est d'un autre avis ; ses pères disent que depuis le siècle xm*, la doctrine de la justification était pervertie, et par conséquent, selon leur principe, la confiance en Jésus-Christ ruinée. Au contraire, « en tous ces siècles, » dit le catéchiste (38), « et jusqu'à la tin du xv', non-seulement il était permis aux Clwétiens de mourir en la confiance d'être sauvés par les seuls mérites de Jésus-Christ, mais même ils y étaient expressément adressés; » et, parlant de la sixième session de Trente, il assure que « la justification par la foi jusqu'alors avait été conservée pour le salut des mourants (39). » Ainsi nos adversaires sont partagés en deux opinions différentes.

Donc, ou ces illustres réformateurs ont fait tort à l'innocence de nos ancêtres, ou le ministre lui-même s'abuse, quandjil attribue aux Pères de Trente l'établissement de notre doctrine touchant lajustificalion des pécheurs et le mérite des bonnes œuvres.

Que s'il veut soutenir ce qu'il a prêché; s'il dit que ce sont ses prédécesseurs qui ont mal pris la pensée des siècles passés ; si une imprudente préoccupation les a emportés si loin hors des bornes d'une modération raisonnable: ne doit-il pas avoir une juste crainie que sa vue n'ait été troublée par le même esprit qui les aveuglait; et qu'en déguisant la foi de la sainte Eglise, il ne nous fasse la même injustice qu'il croit que ses premiers ont faite à nos pères ?

Certes, quelque estime qu'il ait de notro créance, nous protestons devant Dieu et devant les hommes, que nous espérons uniquement au Sauveur ; que c'est notre seul pacificateur, le seul qui réconcilie leciel et la terre, le seul qui purge nos consciences gratuitement par son sang : qu e quelque bien que nous puissions fane en ce monde, eussions-nous toutes les vertus qui sont répandues dans tous les ordres des prédestinés, nous ne serons jamaisagréésdu Père, si nous ne lui sommes présentés au nom de son Fils, si lui-même ne nous présente, si nous ne paraissons revêtus de lui.. C'est là notre foi, c'est notre doctrine, nous voulons vivre et mourir en celte espérance.

C'est pourquoi, en consolant les malades, après leur avoir administré les saints sacrements, la pieuse tradition de l'Eglise ordonne qu'on leur mette la croix à la main comme leur sauvegarde assurée. Cette cérémonie leur enseigne à se mettre à couvert sous la

(37) MAGDF.Bi'Rf.. Hi.u. eeefc*., cent. iâ,u\Prttfat.

(38i Pa-e 0-2.

(39) P.130 lOS.

croix contre les terriblesjugements de Dieu justement irrité contre dous. Là, une conscience effrayée par la multitude de ses péchés respire en la passion du Sauveur. Comme on voit un homme à demi noyé qui se prend de toute sa force a une branche qu'on lui tcn J dessus le rivage : ainsi on avertit le vrai Chrétien qu'il tienne fortement ce bois salutaire, de peur que ses iniquités ne l'abîment. Donc en embrassant la cioixdu Sauveur, que voulons-nous dire autre chose sinon que, battus des tlots et de la tempête, menacés d'un naufrage certain par le débris inévitable de notre vaisseau, nous nous jetons avec Jésus-Christ sur cette planche mystérieuse, sur laquelle nous croyons arriver au port de la bienheureuse immortalité'? C'est ce que signifie cette croix que nous présentons à nos frères agonisants : et afin de leur relever le courage, nous animons la cérémonie par celte pieuse exhortation : « Men ami, après que Dieu vous a fait la gr^ce de recevoir tous vos sacrements, qui est tout ce que peut désirer le Chrétien prêt à partir de ce monde, il ne reste plus qu'à vous résigner du tout entre les bras de sa bonté et miséricorde, sans plus penser à autre chose qu'à la mort et passion de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, de laquelle je vous présente la figure et ressemblance, suivant la sainte et louable coutume de notre Mère l'Eglise, afin qu'en voyant ce vénérable signal, il vous souvienne* de ce qu'il a souffert en l'arbre de la croix pour vous, et de la charité immense qu'il vous a portéejusqu'à l'etîusion de la dernière gout;e de son très-précieux sang. Elevez donc les yeux de l'esprit, et méditez ici votre Sauveur ayant le chef abaissé pour vous baiser, les bras tendus pour vous embrasser, le corps elles membies du tout ensanglantés pour vous racheter et sauver; priez-le en toute humilité d'ardente affection que son sang ne soit en vain répandu pour vous, et qu'il lui plaise, par le mérite de sa douloureuse mort et passion, vous octroyer pardon de toutes vos fautes et finalement recevoir votre âme entre ses mains, quand il lui plaira la retirer de ce monde. Ainsi soit-il (40.) »

C'est ainsi qu'en la dernière agonie, l'Eglise par sa charité maternelle excite les entants de Dieu et les siens. Elle veut qu'ils appliquent toute leur pensée à Jesus-Christ, à s'a nmii, et à ses souffrances. Pour rassurer leur lime étonnée, elle leur représente ce Jésus-Cln ist se uonnant à eux, se sacrifiant, s'épuisant pour eux : c'est de là qu'elle leur ordonne de tout espérer et en cette vie et en l'autre. Et on ose lui reprocher qu'elle ne laisse pas mourir ses enfants en cette confiance chrétienne en Jésus-Christ seul ; quelle injustice I quelle calomnie !

Elle ne se contente pas de les exhorter, elle leur faii professe* cette foi; et l'Agende dont nous usons ordonne aux curés d'exiger des agonisants cette même confession qui,

(40) Agemlf de ilcli, par feu Mgr 1 c r-pie «le Mailaiirp, en l'an 1631, page 01.

(il) Jiirf., page lu.

selon le Catéchisme, a sauvé nos pères en l'an 1543 : « Ne croyez-vous pas fermement que Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu mourir pour vous, et qu'autrement que par sa mort et passion vous ne pouvez être sauvé i41) ? » On leur fait la même interrogation en leur donnant le saint sacreniëntde l'Eucharistie : « Voici, leur d:t-on (42), le vrai Agneau de Dieu, qui efface les péchés du mon le. Voici votre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, au nom duquel il faut que nous soyons tous sauvés, et sans lequel il ne faut espérer aucun salut, ni en ce monde ni en l'autre. Le croyez-vous ainsi ? » En quoi donc différons-nous de nos pères? et quelle est l'obstination de nos adversaires, quelle aigreur, quelle animosité les aveugle et les irrite injustement contre nous 1 Nous leur prêchons, nous leurcrions de toutes nos forces, que nous n'espérons rien que par Jésus-Christ, que nous espérons tout par Jésus-Christ : et ils s'opiniâlrent à publier que nous sommes capitalement opposés à cette créance.

C'est ici que le catéchiste répond qu'il « semble que cette demande ne soit ajoutée que par manière d'ac juit, ou comme par mégarde (43J. » O faiblesse extrême de notre adversaire ! Car la charité chrétienne m'empêdie d'user d'une censure plus rigoureuse. Recourir à des réponses si vaines, n'est-ce pas se sentir vaincu et ne l'oser dire ? Mais demandons-lui pourquoi il lui semble que ceci est ajouté par mégarde. « C'est, dit-il, parce que cette demande est omise en celles que l'on fait aux Allemands. » Et pourquoi ne dites-vous pas bien plutôt que c'est par mégarde qu'elle y est omise ?Quelle personne de sens rassis ne jugera pas que l'on omet par inadvertance, et que l'on ajoute par jugement ? Toutefois il vous plaît de dire, que ce qu'on ajoute c'est par mégarde, et que ce qu'on oubliec'estpar choix. Mais venons à une réponse plus décisive. Il est faux que l'Eglise catholique n'exige pas des Allemands la môme créance qu'elfe fat professer aux Français. Elle sait que l'Evangile ne reconnaît point la différence des naiions, si ce n'est pour les assembler en Notre-Seigneur, et pour en faire un même peuple béni, par la grâce de la nouvelle alliance. Ecoutez comme le pasteur catholique parle aux Allemands en l'Agende dout nous usons, et en laquelle vous nous reprochez que celte pieuse interrogation a été omise. Voici ce que leur dit le curé en leur administrant le saint viatique :

« 11 faut croire fermement que vous devez être sauvé par la croix et par le sang précieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et non point par vos propres mérites, qui sont trop petits pour cela (44). » Et après : « Regardez votre Rédempteur vrai Dieu et vrai homme, au nom duquel seulement nous serons sauvés, et sans lequel il n'y a point de

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PART. X. 1111.01.. POLEMIQUE. I. Kl 1 UTATHNj DE PAI I FERRY.

>a I ut ii espéra^ ni en ce inonde ni en l'autre.» Que resle-t-il h dire pour vous satisfaire î Est-ce encore par mégarde <|nc nos éve |oes mettent cette belle exhortation en la bouche des curés d'Allemagne î C'est bien se défier de sa cause que de vouloir la fortifier par des observations .si peu digérées, et par îles faussetés si visibles.

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