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CHAPITRE VIII

De la justification par la foi'.

Après que nous avons expliqué par quel motif Dieu nous justitie, et ce que c'est que la justification du pécheur, il faut considérer maintenant, selon que nous avons proposé, par quelle action de nos âmes celte grâce nous est appliquée. Toute la controverse en cette matière se réduit à mon avis

à savoir ce que c'esl que la justification par la foi, et de quelle sorte la foi justifie.

Nos adversaires enseignent qu'elle justifie, parce que, de toutes les choses qui sont en nous il n'y aquela seule foi qui concoure à notre justification. Mais ils ne peuvent disconvenir que pour être ju^tilié il ne -n i nécessaire de joindre à la toi . et l'eau salutaire de la pénitence , et le feu céleste de la charité, sans laquelle la foi est morte. lit c'est pourquoi le grand cardinal de Richelieu leur montre, par des raisons évidentes, que le procès qu'ils nous intentent est fondé sur une chicane inutile (70).

Mais afin qu'ils voient manifestement que nous établissons par les vrais principes la justification par la foi , représentons-leur la doctrine du sacré concile de Trente, et après expliquons celle de saint Paul sons la conduite de saint Augustin, qui a si bien pénétré le sens de l'Apôtre, particulièrement en ce docte livre Le l'esprit et de la lettre , où il traite excellemment cette question.

Le concile de Trente enseigne que « nous sommes dits justifiés par la foi, parce que la foi est le commencement du salut, le fondement et la racine de toute justification (71). » Il dit qu'elle est le commencement , parce que Dieu, voulant nous sauver, nous I ropose premièrement celui qui nous^auve, c'est-à-dire son Fils unique. Elle estencore le fondement, parce qu'elle soutient par su fermeté ce grand édifice de la justification du pécheur qui n'est appuyé que sur elte. Enfui elle en est aussi la racine, parce qu'elle répand sa vertu partout, et qu'elle est comme le principe et la source de tous les autres dons qui nous justitieiit. Ainsi toute notre ciéance est comprise en celte seule proposition qui est tirée de saint Augustin (72), que nous sommes dits justifiés par la foi, I arce que plusieurs choses étant nécessaires pour la justification du pécheur, la foi est posée la ; remière , afin de nous impétrer tout le reste. C'est ainsi que nous enseignons très-solidement la justification par la foi.

Mais entrons profondément au sens de l'Apôtre; et j our entendre les véritables raisons pour lesquelles il attribue la justification à la foi, dans la divine Epitre aux Rjmains et dans le reste de ses écrits, proposons quelques autres textes de ce grand docteur qui nous ouvriront l'intelligence infaillible de ceux que nous avons à traiter.

Certes, le même Apôtre, qui dit que nous sommes justifiés par la foi , dit aussi que nous sommes sauvés par la foi. Situ confesses, dit-il (Rom. x, 9), en la bouche le Seigneur Jésus, et que lu croies en ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts , tu ser-as sauvé. Est-ce à dire que nous soyons sauvés

(69) Ideo Dei et Clirisli dicitur. quod ejus noliis largilare donatur. (De spir. et titt., cap. 9, n. 15, tom. X.)

(70) traité pour convertir, etc., liv. m, c. 4. (71 1 Per (idi m juslilicari diciiuus, quia mies est

humaine salulis initium , fundanieiitum et radix omnis juslilicationis. (Concil. Tiid., sess. 6, cap. 8.) (72) /'-• Prœd, Sanct.. cap. 7, n. f-2, ton). X, col. 798.

par la seule fui , sans y comprendre les autres vertus? Si cela était de la sorte, que deviendrait la sentence du Juge qui, appelant les bien-aimés de son Père, témoigne en des paroles si claires que c'est leur charité qu'il couronne? Venez, dit-il (Mallh. xxv, 3i, 3j), parce, que j'ai eu faim, et vous m'avez donne' à manger. Nous ne sommes donc pas sauvés par la seule foi ; nous le sommes encore par la charité.

Davantage : le même saint Paul enseigne, écrivant aux Ejhésiens, que Jésus-Christ habile en nous par la fui. (Eplies. m, 17.) Ce n'est pas pour exclure la charité, le bien* aimé disciple disant que celui qui est en charité est en Dieu, et Dieu en lui. (I Jaan. îv , 16.) Mais voici encore un troisième exemple qui tranchera la difficulté jusqu'au fond. Saint Paul cite (Rom. i, 17; Hebr. x, 38;, en divers endroits ce passage du prophète Habacue (u, 4) : Le juste vit parla foi. Considérons d'un esprit non préoccupé si le juste vit réellement par la seule foi, qu'il ne vive point par les autres vertus, spécialement par ia charité.

Notre-Seigneur Jésus nous assure nettement le contraire. Si tu veux, dit-il {Mat th. xix, 17), entrera la vie, garde les commandements; et lorsque ce docteur de la loi lui récita le précepte de la charité : Fais ceci, et tu vivras, lui dit-il. (Luc. x, 28.) Et le bien aimé disciple prononce que celui qui n'aime pas demeure en la mort. (I Joan. m, 14.) Il estaisé de justifier, nar les Ecritures, que la charité est la vie de I aine, parce que c'est par elle que nous mourons au péché et vivons à Dieu avec Notre-Seigneur Jésus- Christ.

D'où vient donc que saint Paul détermine que le juste vit de la foi ? C'est à cause que la foi nous montre la vie en Jésus-Christ, en sa mort, en son Evangile , en ses paroles vivifiantes. Ainsi la foi est le principe de vie, elle est elle-même la vie commencée, et de plus elle est le germe divin par lequel nous croissons à la vie parfaite en Notre-Seigneur Jésus-Christ. De là vient que l'Apôtre saint Paul attribue la vieà la foi.

Nous disons que c'eât pour la même raison qu'il lui attribue aussi le salut, parce qu'elle en est le principe; et c'est encore pour la même cause qu'il enseigne que la foi justifie , parce qu'elle est le commencement de notre justice , et qu'elle est la source dos autres dons par lesquels elle est achevée.

Toutelois il y a quelque chose de plus relevé dans la doctrine du saint Apôtre, et quand nous l'aurons pénétré, nous entendrons les raisons solides pour lesquelles, définissant la justice chrétienne en la savante E pitre aux Romains , il l'appelle la justice qui est par la foi.

11 faut savoir qu'en cette Epitre admirable saint Paul distingue deux sortes de justice. L une est la justice qui est par la loi, qui est celle dont les Juifs se glorifiaient, et que I Apôtre entreprend de combattre. L'autre, cest la justice qui est par la foi , qui est la vraie justice chrétienne que l'Apôtre veut

OEUVRES COMPLEIES DE RUSSIET.

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établir, et qu'il oppose à la fausse justice des Juifs.

Mais d'où vient, direz- vous, que saint Paul la qualifie justice de la foi ? En voici la véritable raison. On définit les choses par leurs propres différences : or, il est sans doute que c'est la foi qui uiet la véritable différence entre celle justice judaïque contre laquelle l'Apôtre dispute, et la justice chrétienne qu'il établit. Faisons voir clairement cette différence par les principes du docteur des gentils.

Il définit doctement la justice qui vient de la loi parce texte du Levitique (xvin,5) : Qui fera ces choses vivra par elles. Moïse a écrit, dit l'Apôtre (Rom. x, 5) , de la justice qui est par la loi, que, qui la fera vivra par elle. Ces paroles nous font entendre en quoi consiste précisément la justice qui est par la loi. Car elles montrent manifestement que le propre de la loi étant de commander, celui qui veut être juste selon la loi ne regarde qu'à l'action commandée; il ne songe simplement qu'à faire et à vivre.

Encore que celte justice soit spécieuse, l'Apôtre la combat par plusieurs raisons, par lesquelles il prouve invinciblement que si elle a quelque gloire devant les hommes, elle n'est point reçue devant Dieu.

Premièrement, ce n'est point assez de regarder ce qu'il faut faire, si on ne considère ce qu'il faut purger. Car tous les hommes généralement sont pécheurs. C'est donc une lausse justice, si nous contemplons seulement les vertus qu'il faut acquérir, et que nous laissions sans remède les péchés qu'il faut nettoyer. Que si pour être juste véritablement, il faut penser avant toutes choses à purger les crimes, l'intervention de la foi y est nécessaire ; d'autant que la loi ne les ôte pas , mais plutôt, dil l'Apôtre , elle les condamne. Ainsi, tant qu'on est sous la loi, on est dans la damnation selon sa doctrine. Par conséquent, il faut que la foi nous montre Jésus-Christ le grand propiliateur qui expie le? péchés par son sang.

C'est la première raison de l'Apôtre con- ' tre la fausse justice des Juifs qui espéraient seulement aux œuvres ; el cet excellent docteur l'explique en ces mots : Tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu, étuiu justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ que Dieu a ordonné propiliateur pur lu foi. (Rom. m, 23, 24-, 25.)

La seconde raison dont se sert l'Apôtre pour prouver la fausseté de cette justice ne sera pas malaisée à entendre , si nous remarquons que les hommes étant impuissants par eux-mêmes, ceux qui veulent être justifiés doivent premièrement regarder la grâce.

11 ne suffit pas de considérer le précepte qui nous éclaire; il faut encore lever les yeux au Saint-Esprit de Dieu qui nous meut. C'est peu de chose de s'arrêter simplement à l'action qui nous est commandée; il faut aller au principe qui l'opère en nous. Nous ne voyons pas ce principe, mais nous le croyons, parce que ce principe, c'est Je-

PART. X. Illl 01. POLEMIQI E.-l. Itl.H l'Ai ION DE l'Ail. F'ERRY.

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&us-Cbrist môme : de sorte que c'esl la foi qui nous y conduit, puisque le pi'opre de In loi c'est de croire, comme le propre de la lui c'est de commander.

Cette vérité étant supposée, il s'ensuit très-évidemment que celui qui se proposera la loi sans la foi établira une fausse justice, car il n'aura aucun égard à la grâce, et il croira pouvoir être juste par ses propres forces. C'est pourquoi l'Apôtre saint Paul parle ainsi des Israélites charnels qui considéraient la loi île Moïse sans la foi du Sauveur Jésus : Ignorant la justice de Dieu et voulant établit leur propre jiislice, ils n'ont pas été soumis à la justice de Dieu. (Rom. \, 'i ) Cette justice Je Dieu, dont il parle, n'est point celle par laquelle Dieu e.«t juste, niais, celle par laquelle Dieu nous fait justes. L'Apôtre veut donc dire que les Juifs charnels ignorant cette véritable justice par laquelle Dieu nous fait justes, ont voulu établir leur propre justice, c'est-à-dire la juslice par leurs propres forces.

De là vient que saint Augusiinexpliquant, par les principes du saint Apôtre, quelle est cette justice qui est par la loi : « Il tant entendre une foi, » dit-il (73), « pur laquelle nous croyons fermement que la justice nous est donnée par la grâce, et non point faite en nous par nous-mêmes. s

C'est a quoi regarde saint Paul, lorsqu'ayant proposé cette question, pourquoi les Israélites suivant la toi de justice, ne sont point parvenus à la loi de justice (71), il en rend cette excellente raison , parce que ce n'a jias été par la foi, mais comme par les œuvres : c'est-à-dire comme opérant par eux-mêmes, et ne croyant pas que c'estDieu qui opère en eux. C'est l'interprétation de saint Augu tin (73).

C'est encore ce qui l'ait dire au même saint Paul que « notre orgueil est anéanti, non point par la loi désœuvrés, mais par la iui de la loi (76); » parce que la seule foi nous fait voir que rien ne peut subvenir à .infirmité humaine, si ce n'est la miséricorde divine.

De cette belle doctrine du grand Apôtre, il résulte que le défaut essentiel de cette orgueilleuse justice, qui ne se proposait que les œuvres, consiste en ces deux choses que nous avons dites. C'esl qu'il fallait que les hommes qui veulent bien faire considéras-

(73) Qu;e ex Deo justilia in (ide , in Iule uliquc est. qua ciedimus jusiuiam nobis divjnitus d.ui, non a nobis in nobis noslrij viribus lieri. (Episl. lOG.nunc I8G, n. 8, loin. II.)

(74) Israël sectando legem justiliœ, in tegem jus.'iliœ non pervemi. Quare? Quia non ex jide , sed j'.iasi ex aperibus. (/tout, ix, 3t, 52.)

(75) Taii(|iiam eam per semetipsos opérantes , non in se credenles operari Deuni. (De Spir. et lin., e. 29, n. 50, toni. X.)

(70) Vbi est gloriutio tua ? Exclusa est. Per quant tegem? factotum? non . sed per tegem fidei. (Hum. m, 27; Aie, De spir. et Un., cap. 10, II. 17.

(77) Juslilicalio ex tiiie impetralur. (De spir. e. lin., c. 59, n. 51.)

(78) Per Iblein conciliaire justificatorem, etc. {De tuir. et litt., c. 20, n. SI.)

senl premièrement qu'ils étaient pécheurs, et qu ils cherchassent celui qui réconcilie; secondement, qu'ils étaient impuissants, et qu'ils recourussent à celui qui aide. C'esl ce que la fausse justice ne pratiquait pas; et c'esl pourquoi c'était un orgueil damnable qui se couvrait du nom de justice. Mais la justice chrétienne le fait par la foi ; car la foi nous propose Jésus-Christ sauveur, Jésus-Christ libérateur et réparateur. S'il nous réparc, nous étions tombés ; s'il nous délivre, nous étions captifs; »'il nous sauve, nous étions perdus.

C'est donc là cette foi qui nous justifie, si nous croyons, si nous confessons que nous sommes mortsen nous-mêmes, et que Jésus- Christ seul |nous fuit vivre. C'est, dis-je, cetle foi <jui nous justifie, parce qu'elle lait naître l'humilité, et par l'humilité la prière, et dans la prière la confiance; et ainsi elle nous impètrele don de la grâce par laquelle notre langueur est guérie, et notre conscience puriliée.

C'est la doctrine constante de saint Augustin ; c'est tout le but de ce docte livre qu'il a composé /)e l'esprit et de la lettre. « La justitication,» y dit-il (77), -< est impétrée par la foi ; » et : « La foi nous rend propice celui qui justifie (78), « et encore: « Par la lui nous impétrons le salut, tant celui qui se commence en nous effectivement, que celui que nous attendons par une fidèle espérance (79j ; » et enfin : « Par la loi la connaissance du (léché, par la foi l'impét ration de la grâce contre le péché, par la grâce l'âme est guérie du vice du péché (80). » Ce grand homme parle toujours de la même sorte.

Ainsi, dans la pensée de saint Augustin, la vertu de la foi consiste en la force qu'elle a d'impétrer la grâce ; et ce docte personnage l'a pris de saint Paul ;car l'Apôtre, expliquant la vertu de la foi : Si tu confesses, dit-il (81), de ta bouche le Seigneur Jésus, et que tu croies en ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauve. Il entend par ce mot général, tu seras sauvé, tant le salut qui s'accomplira en la vie future, que celui qui se commence en la vie présente: de sorte que la justification du pécheur y doit être nécessairement comprise. C'est pourquoi il ajoute aussitôt après : Car on croit de cœur a justice, ci on confesse de de bouche à suivi. L'Apôtre se propose

(79) Fiile Jesu Cliristi impoli amus saluiem , et quantum nobis inclioaliir in ce, et quantum peificienda exspeclalur in spe. (Ib;d.)

(80) Ver legem cognilio peccali, per fideni impeira io gratis conlra peccatuui, pergraliain sanatio anima; a vilio petcati. (Ibid., c. 30, n. 52.)

(81) Si con/ileuris i» ore tuo Dominnm Jauni, et in corde tuo credideris quod D, -ts suscitavit illum a mortuis, salvus eris. Corde en m creditur ad juslitiam, ore autem coufessio fit ad salutem. Dicil enim Scnptura : Oinnis qui crédit in Muni non conjuudelur. Non enim est dislinclio Judœi et Grœci. Nam idem Dominus omnium, vives in omnes qui invocaui illum. Omni» enim qutcunque iuvocaverit nomen Domini, salvus erit. Quomodu erga invocabunl in que-m non crediderunt ? tBom. x, 9'seq.)

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donc de nous expliquer quelle est la verlu la bouche de saint Augustin. Se.ondemenl, ce 4a foi, même dans la justification du pé- je conclus que c'est une extrême injustice «•heur : Si tu crois, dit-il, tu seras satin', de nous opposer que nous renversons la Et -il en rend cette solide raison : Car celui justification gratuite ; car il n'est rien do qui croit en lui ne sera point confondu, plus gratuit que te que la foi en Jésus- Ce que voulant prouver au verset suivant, Christ nous impèlre; paire que quand la il continue ainsi son discours: «Quiconque foi invoque, c'est le nom de Notre-Seigneur croit n'est point confondu, car il n'y a point Jésus-Christ et le mérite de sa passion qui de différence du Juif et du Grec; parce que obtient. N'est-ce pas une calomnie manic'cst le même Seigneur de tous, qui est riche feste d'assurer qu'une telle croyance rensur tous ceux qui l'invoquent ; car quicon- verse la confiance au Libérateur. que invoquera le nom du Seigneur sera Ici nos adversaires objectent que l'Eglise sauvé. Après quoi il vient à la loi disant : catholique prêdie la justification par les Comment donc invoqueront-ils celui uu- œuvres. Pour résoudre cette difficulté, il est quel ils n'ont point cru ? » Où il est clair nécessaire que nous entrions en la seconde que la raison pour laquelle il dit que celui des trois questions proposées touchant l'équi croit n'est point confondu, c'est parce eonomie delà grâce; et qu'après avoir vu qu'en croyant il invoque, et que celui qui son commencement, nous considérions son invoque obtient. Donc, selon l'Apôtre saint progrès. Paul, la force de la foi en Noire-Seigneur, CH VPITItE IX c'cstqu'elle a la vertu d'impétrer, et saint . ' ' Augustin raisonne tiès-bien selon cesinaxi- De la justification par les œuvres. mes apostoliques, quand il dit que la foi Ceux qui ont écrit de nos controverses justifie, |arce qu'elle attire les grâces par ont judicieusement remarqué, qu'il n'y a lesquelles nous sommes justifiés. entre nous et nos adversaires aucunedispute

Nos adversaires eux-mêmes ne le nieront particulière touchant la.justification parles

pas, s'ils considèrent bien quelques vérités œuvres; et la simple intelligence des termes

desquelles il est impossible qu'ils discon- fera connaître cette vérité,

viennent. Car je leur demande si un pécheur Par la justification, nous pouvons enten"

cortime, par exemple, le roi David après son dre la seule rémission des péchés; et c'est

homicide et son adultère, ne doit pas prier ainsi que nos adversaires l'expliquent. Sur

continuellement que Dieu lui pardonne son cela nous leur avons accordé que nos péchés

crime 1 Or s'il prie, il est en la foi, selon ce sont remis gratuitement (82), non point à

que dit l'Apôtre saint Paul : Comment invo- cause de nos mérites, mais par les mérites

quer ont-ils s'ils ne croient. (Rom x, IV.) Que de Jésus-Christ. Nous avons produit les dé-

s'il est vrai que la seule foi, sans tous les crets par lesquels le sacré concile de Trente

autres dons de la giâce, opère la rémission a défini cette salutaire doctrine; et par con-

des péchés, comment demande-t-elle avec séquent en ce point nous n'avons rien à

tant de larmes ce qu'elle a déjà obtenu sitôt contester avec les ministres,

qu'elle a été formée en nos cœurs ? Mais nous prenons la justification en un

Il faut donc dire nécessairement que la autre sens pour notre régénération à la vie

foi en Jésus-Christ justifie, non qu'elle fasse nouvelle, et notre sanctification parle Saint-

elle seule toute la justice, mais parce qu'elle Esprit, On demande si la justification, ainsi

en est le principe; et que, nous fondant entendue, se fait par les œuvres ou non ; et

sur l'humilité) elle nous impètre les autres nous disons que nous et nos adversaires

dons par lesquels la justice s'accomplit en n'avons rien à démêler sur cette matière; et

nous. en voici la preuve évidente.

De là il s'ensuit clairement que noussom- Celte sanctification par le Saint-Esprit peut

mes justifiés par la foi sans exclusion de la êlre regardée en deux sortes, dans soneom-

charité ; car il paraît que saint Paul se sert mencement ou dans son progrès. Or nous

de la foi pour mettre une différence solide, convenons les uns et les autres : première-

toile que nous l'avons exposée, entre la nient, qu'elle ne se fait point en nous par

fausse justice des Juits et la vraie justice du les bonnes œuvres, parce qu'elle en est le

christianisme, c'est-à-dire entre la justice principe, et par conséquent elle les précède.

nui glorifie l'homme, et Injustice qui glori- Secondement, nous sommes d'accord qu'elle

fie Dieu : et ainsi la justification est attri- s'accroît par les bonnes œuvres, parte qu'il

buée singulièrement à la foi, pour éloigner est clair que notre sanctification s'augmente

i.e nous l'arrogance humaine qui veut se à mesure que nous croissons en la charité,

glorifier en elle-même, non pour exclure la De sorte que toute la question consiste à

charité ni les autres vertus divines qui ne se savoir si la grâce qui nous justifie diffère de

glorifient qu'en la grâce. celle qui nous sanctifie et nous régénère,

G^est la doctrine de la sainte Eglise, de comme les ministres l'enseignent. Celte

laquelle je lire ces deux conséquences. Pie- question n'est pasdece lieu, et nous l'avons

mièrement, que nous ne nions pas la justi- assez expliquée ; ainsi j'ai eu juste sujet de

ficalion par la foi ; au contraire, que nous dire que, dans la matière où nous sommes,

J'élablissons par les vrais principes que il n'y a entre nous et nos adversaires aucune

l'autiauité chrétienne nous a enseignés par dispute particulière. Dumoulin lui-même le

(8-2) Ci-dessus, tliap. 2.

cm

"MU. X. TIIKOI,. POLËMIQI i:. - I REFUTATION DE l'.M I. FERRY.

reconnaît, lorsqu'il dit : « Notez que nos adversaires, parla justification, entendent la sanctification ou régénération ; ainsi le tiul auquel ils visent, est de prouver que nous sommes régénérés par les œuvres, < hoso que nous accordons volontiers (83). »

Toutefois, pour la satisfaction des pieux lecteurs, et pour éclaircir d'autant plus la loi catbolique , proposons la créance de la sainte Eglise. L'Apôtre saint Paul nous enseigne que notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour (11 Cor. rv, 10) ; parce qu'à mesure que nous croissons en foi, en espérance fil en charité, nous imprimons de plus en plus en nos Suies l'image du nouvel li iinme, qui est Jésus-Christ. D'ailleurs, le Saint-Esprit qui nous est donné ouvre en nous une source toujours féconde, qui, ne cessant jamais'de couler, s'enrichit continuellement elle-même, ce qui fait dire à saint Augustin : « Il faut que nous entendions que celui qui aime, a le Saint-Esprit, et qu'en l'ayant il mérite de l'avoir davantage, et conséquemment d'aimer davantage (8V. »

Nous donc, qui sommes persuadés par les Ecritures, que c'est la même grâce qui nous justifie, et nous sanctifie, et nous régénère; nous croyons aussi très-certainement qu'autant que l'oeuvre de notre régénération est avancée tous les jours par le Saint-Esprit, entant la grâce qui nous justifie est accrue, selon ce que dit saint Jean en l'Apocalypse \\n, 11) : Que celui qui est juste soit jiistijié encore, et que celui qui est saint soit sanctifié encore, c'est-à-dire sans difficulté, qiie celui qui est saint, devienne plus saint, et que celui qui est juste devienne plus juste. C'est à raison de cet accroissement de justice que l'Eglise enseigne, avec saint Jacques (11, 17, 21), que nous sommes justifiés par les œuvres, parce que la foi sans les œuvres, est morte.

Je sais que nos adversaires répondent que saint Jacques ne [varie point de la justification devant Dieu; et que, par le mot de justifier, il entend déclarer la foi par les bonnes œuvres qui en sont les fruits. Mais certes , si nous prenons bien le sens de 1 A| ûtre, nous trouverons que l'interprétation des ministres lui est directement opposée: car encore que saint Jacques ail dit en ce lieu, que la foi est déclarée par les œuvres ; Je te montrerai, dil-il (Jac. 11, 18), ma foi par tes œuvres; la suite du discours l'ait assez paraître que ce n'est pas son intention principale. Son dessein est de reprendre ceux qui se confiaient tellement en ia seule foi, qu'ils négligeaient la pratique des lionnes œuvres; il entreprend de leur faire voir que leur foi est morte, qu'elle est sans vertu, qu'elle n'est pas capable de les sau- \ar.Quetleutilité,mes frères, dit-il (Ibid., \k), si quelqu'un se vanle d'avoir ta foi, et n'a

pas tes œuvres, su foi le peut-elle sauver t Or poiiT leur montrer cette vérité, c'était peu de chose de les avertir qu'ils ne décriaient pas leur foi devant les hommes, j| fallait encore leur l'aire sentir qu'ils n'étaient pas justices devant Dieu. Donc saint Jacques parle en ce texte de la justification devant Dieu, non devant les hommes; et néanmoins il assure manifestement que nous sommes justifiés par les œuvres : pan e qu'il est plus clair que le jour que ce n'est pas seulement par la foi, mais encore par les lionnes œuvres, que nous tendons notre vie agréable à Dieu.

Nos adversaires objecteront que, si nous sommes justifiés par les œuvres, la justification n'est pas graluite. Mais la réponse n'est pas difficile, car nous avons déjà remarqué que la justification s'accroît par les œuvres, et qu'elle ne se fait pas par les œuvres, parce qu'elle en est le | rincipe : de même que l'homme croît par la nourriture, mais il ne se fait pas par la nourriture.

De cette sorte, il est aisé de comprendre que les œuvres sont des fruits de la justification, et que néanmoins elles la font croître; comme ce que nous pouvons nous nourrir, c'est une suite de ce que nous sommes vivants, et toutefois la nourriture conserve la vie.

Ainsi l'apôtre saint Jacques a très-bien prêché que nous sommes justifiés par les œuvres, et l'Apôtre saint Paul a très-bien nié que nous lussions justifiés par les œuvi es. De la même façon que je pourrais dire, sens sortir de l'exemple que j'ai apporté, (jue c'est la nourriture qui nous fait vivre, parce qu'elle nous conserve la vie, que ce n'est pas la nourriture qui nous fait vivre, parce qu'avant que nous nourri r, nous vivons. Est-il rien oe plus net, ni do pins sincère, ni de moins embarrassé que celle doctrine '?

Mais du moins il s'ensuivra-, dira-t-ou, que ce progrès de la justification n'est pas gratuit, parce qu'il se fait en nous par les œuvres. Cette conséquence serait véritable, si les œuvres ne venaient point de la grâce; mais « c'est la grâce elle-même, » dit saint Augustin (83), «qui mérite d'être augmentée, afin qu'étant augmentée, elle mérite aussi d'èlre consommée. »

C'est ce que l'Eglise catholique enseigne du progrès des justes dans la vie nouvelle; ils sont unis comme membres au Fils de Dieu par la grâce qui les justifie, et ils s'avancent en cette unité autant qu'ils croissent en la charité. Etant unis plus étroitement à ce divin chef du corps de l'Eglise; ils reçoivent une influence plus forte, et la justice de Jésus-Christ se répand sur eux plus abondamment. Quelle opiniâtreté, ou quelle ignorance pourrait dire que celte

(85) Bouclier de la foi, secl. të. Joa i. n. 2, t. 111, part. II.)

(84; Restât ui intelligamus Spiri «m sanclum (S5j Ipsa gratis nierelur angcri, ut aucla mer<và-

Italicre qui plus diligil, et Italien lo nierai m plus lui et purliei. (Episl. 106, nuiic 1,SG, il. Il), loin. !i.)

Ljbtjl, et plus liuben'ln plin ililiga'. (Trjcl. "i ht

2,53 OKUVRKS COMl'LtriCb UL BOSSU ET.

sainle doctrine diminue la gloire du Fils de Dieu, et la confiance que nous avons en lui seul?

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