‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 86 sur 325 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Réflexion sur la doctrine précédente ; qu'elle relève la gloire de Jésus-Christ, et que nos adversaires la diminuent.

Cette belle, celte céleste doctrine nous est d'autant plus agréable, qu'elle relève merveilleusement la gloire de Noire-Seigneur Jésus-Christ, le prix et l'efficace de sa passion, la force et la vertu de son Esprit- Saint, et la grandeur de sa charité dans la réparation de notre nature. Car au lieu que nos adversaires enseignent que nos péchés ne nous sont pas imputés, c'est-à-dire que Dieu ne les punit pas à cause du mérite de Jésus-Christ; nous disons que nos péchés ne sont plus à cause du mérite de Jésus- Christ. Us disent que ce mérite est si grand, qu'il suffit pour couvrir nos crimes; nous disons qu'il suffit même pour ôter nos crimes. Ils disent que la justice du Fils de Dieu

nunc 08, n. 2., loin. II.

(67) Pal cliam sui Spiiitiis occnltissiinain li Je— 1 1 1 mis gralîàm, quam lalenler infundil ei parvulis. (Lib. î De pecc. mer., cap. 9, n. 10, loin. \.

(68) Legimus in Elirislo juslilicari qui creilniil in enni, propleT oeeuliam cnininiinicaiioncin et inspiralionem «ratio: spiriUialis. (Ibiit. , cap. Il), n. IL)

PART. IV. THEOL. POLEMIQUE.- 1 IthUIATtON DE PAUL FERRY.

loi

méritequc les fidèles soient tenus (niui- justes; nous disons qu'elle leur mérite même d'être justes. Si nous errons en cette créance, notre erreur vient de notre amour : notre faute c'est qui- nous avons une idée plus haute que la sainte passion do notre Sauveur. Hais a Dieu ne plaise que ce soit errer, que de glorifier Jésus-Christ 1

(Jue si nos adversaires estiment que nous voulons avoir la justice en nous, atin de nous glorifier en nous-mêmes, ils se trompent, ils s'abusent, ils nous calomnient. Ce n'est pas nous glorifier en nous-mêmes que de confesser qu'on nous donne : dire que le bienfait est plus grand, ce n'est pas diminuer l'obligation, mais honorer la magnificence. L'Anôtre nous apprend que la charité a été répandue en nos coeurs {Rom. v, 5): c'est en nous sans doute qu'elle est, puisque c'est en nos cœurs qu'elle est répandue. Toutefois, à Dieu ne plaise que nous prétendions nous glorifier en nousmêmes d'un don si grand et si précieux ! parce que, dit le môme Apôtre, elle est répandue en nous par le Saint-Esprit. Il eu est de même de cette justice (pie nous appelons inhérente. Elle est à l'homme qui la reçoit; elle est encore plus à Dieu qui la donne. « Cette justice est nôtre, «dit saint Augustin (69), <mais elle est appelée dans les Ecritures, justice de Dieu et de Jésus-Christ, .arce qu'elle nous est donnée par sa largesse. » Ainsi l'homme qui se glorifie se doit glorifier en Notre-Seigneur; puisque n'ayant rien de lui-même, toute sa gloire consiste en ce qu'il reçoit1: et la gloire de celui qui reçoit se doit toute rapporter à celui qui donne. Est-il rien de plus respectueux ni de plus modeste? Et quelle est la mauvaise foi de nos adversaires ! ifs pervertissent les Et ritures, ils méprisent l'antiquité, ils rabaisserai la gloire du Sauveur des âmes. Nous nous joignons à l'ancienne Eglise pour expliquer par les oracles divins une doctrine toute céleste, et infiniment glorieuse au Fils de Dieu notre rédempteur; et ils ne cessent de nous reprocher que nous enseignons à nos peuples à se confier en autre qu'en lui, et que nous nous attribuons à nous-mêmes ce que nous ne devons qu'à sa seule grâce. Où est l'esprit de la charité dans ces injustes accusations et dans ces calomnies si visibles ?

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