‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 90 sur 325 · I. REFI TAT10» DE PAUL FERRY. i o · texte numérisé non relu

I. REFI TAT10» DE PAUL FERRY. i o

Il résuhe clairement de cette doctrine qu'en ce lien de misère et d'infirmité, où la

chair i onvoitC contre' l'esprit, il n'y a aucun

homme exempt de péché; car 6i la convoitise domine, il s'ensuit que la charité est vaincue, et l'homme est précipité aux péc lies dauinables ; et encore que la charité soit victorieuse , toutefois la convoitise résiste, et dans uni' si âpre mêlée, et une résistance si opiniâtre, où nous avons à nous combattre nous-mêmes, il arrive infailliblement une l'esprit qui surmonte par la charité, reçoit quelques blessures par la convoitise. (Test pourquoi nous avons besoin toute noire vie de recourir au baptême de humes, et au remède salutaire de la pénitence.

Celte vérité catholique met une différencenotable entre les péchés. Car il y a en nous (\a péchés qui établissent la domination du la convoitise, et ce sont ceux (pie l'Eglise appelle mortels , parce qu'ils éteignent la charité. Il y eu a d'autres qui naissent en nous à cause du combat de la convoitise, et qui n'empêchent pas que la chanté nt triomphe en nous ; eé sont ceux que nous appelons véniels. C'est à cause de ces péchés que ceux-là mêmes dans lesquels la charité rô^ne, qui peuvent élire avec l'Apôtre saint Paul : Qui me séparera de la charité' de Jésus-Christ? doivent dire aussi tous les jours à Dieu : Remettez-nous nos dettes, comme nous remettons à ceux qui nous doivent. Je ne pense pas que nos adversaires osent s'opposer à cet!^ doctrine, s'ils veulent prendre la peine de la bien comprendre.

De là vient que nous confessons humblement que c'est une partie de notre justice de reconnaître que nous sommes pécheurs, et que celui-là est le plus avancé dans la justice de cette vie qui remarque « en profitant tous les jours, combien il est éloigné de la perfection de la justice (89). »

Ce n'est pas qu'il ne faille avouer qu'il y a quelque perfection ici-bas selon la mesure de cet exil. Car Jésus-Christ n'a pas dit en vain : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mallh. v, 48) ; et saint Paul : Nous prêchons la sayesse entre les parfaits. (/ Cor. ii, 6.) Il y a donc quelque sorte de perfection, même en ce pèlerinage mortel; parce qu'encore que l'homme justo n'arrive pas à la chaiité achevée, il n'obéit à aucune convoitise ; et encore qu'il ne possède pas entièrement le souverain bien, néanmoins il ne se plaît en aucun mal, gémissant avec l'Apôtre, et disant : Malheureux homme que je suis ! qui nie délivrera de ce corps de mort? {Rom. vu, 2'*.) « Ainsi nous pouvons, » dit saint Augustin (90), « nous déplaire dans les ténèbres, encore que nous

(88) Voiuntas nostra osienditur infirma per legem, ut sanel gratia volunialeni, et volumes sanaia impleat legem. (Ane, De spir. et titt., cap. 9, n. tg. Per quam (graliam) sdlam qiiod lex juliet posïit implere. {Ibid., c. 10, n. 16, tom. X.)

(83) Muftûm in hac vita protecit qui quam longe

Œuvres compî.. de Bossuet. VIII»

sit a peiTeclione jiistilkc proiteiendo coguovit. (Arc, De spifil. cl /;.(., c. oli, n. 64, tom. X.)

(80) Potes! oculus nullis lenejjris delèctaii, quamvis non pjssit in tuigciiit.ssiiua luce deligi. (Auc, De xpir., etc., n. 65. )

ne puissions pas arrêter nos vues sur une lumière très-éi lataitte. »

C'est la perfection qui nous est promise par la grâce de la nouvelle alliance. Moïse dit, au Deutéronome (xxx, 6) : Le Seigneur Dieu circoncira ton cœur, et le cœur de la postérité après toi , afin que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute to» âme. Nous voyons dans ce Ijeau passage la convoitise vaincue par la circoncision de nos cœurs, et la sainte charité régnante par rattachement au souverain bien.

Que si nos adversaires objectent que les oppositions de la convoitise diminuent les transports de la charité, nous y consentirons volontiers ; et toutefois nous ne craindrons pas d'assurer, avec l'admirable saint Augustin, que la grâce du Saint-Esprit abonde tellement en l'âme des justes, que leur charité, quoique combattue, a quelque chose de plus vigoureux qu'elle n'avait en Adam notre premier père, lorsqu'elle y jouissait d'une pleine paix. Car Adam n'avait rien à combatte dans une si grande félicité, dans une telle facilité de ne pécher pas. « Maintenant, » dit saint Augustin (91), >< il faut une liberté plus grande contre tant de tentations qui n'étaient pas dans le paradis, afin que ce monde soit surmonté avec toutes ses erreurs, toutes ses terreurs, et les attraits de ses fausses amours. » D'où vient cette liberté plus grande, que la grâce de Jesus- Christ inspire à ses saints ? En effet, n'est-il pas nécessaire que cette charité soit plus forte et plus fortement attachée à Dieu ; puisqu'ayant à se roidir contre tant d'obstacles, malgré tant d'ennemis dedans et dehors, elle ne laisse pas de dire de tout son cœur : Jésus-Christ est ma vie [Pliilipp. i, 21); elje vis non plus moi, mais Jésus-l hrist en moi? {Galut. il, 20.) Aussi saint Augustin nous enseigne que Dieu mettant Adam dans le paradis, voyait bien qu'il devait tomber; « mais en même temps il voyait, » dit-il (92), « que par sa postérité aidée de la grâce, le diable serait surmonté avec une plus grande gloire des saints. » Ainsi, quoi que la convoitise entreprenne pour détruire la justice des enfants de Dieu, elle demeure victorieuse par la charité, qui est la véritable justice, comme l'appelle saint Augustin, et Ja grâce les remplit tellement, que nous voyons tout ensemble, en l'homme fidèle, plus de force, plus d'infirmité, plus île gloire, plus de bassesse. Qui pourrait opérer un si grand miracle, sinon celui qui dit à saint Paul qui se plaignait de se voir assailli d'une tentation violente : Ma grâce te suffit, car ma puissance se parfait dans l'infirmité. (II Cor. xii, 9.)

Concluons donc enfin cette question, et confessons que la doctrine catholique triom-

(91) Major quippe libertés necessaria est adversus lut cl taillas it'iitaiioncs qu;c in paradiso non fu nml... ul cudi omnibus amoiibus, lenoribus, errorihug suis vincaltir hic iiiundus, etc. (be cuit, et ffpat-, c. 1-2, u. r.3, loni. X.)

(92) Nullu modo qimd vinccrctur iflcertus , sed uiliilouiiuu» pwscius quod ab cjus géminé adjuto

phe île tous les reproches de ses adversaires. Car s'ils nient la vérité de notre justice, et l'accomplissement de la loi à la manière nue nous avons exposée, ils contredisent à 1 Ecriture et outragent l'esprit de la grâce. Que s'ils combattent l'accomplissement de la loi, pour montrer qu'il n'est jamais si exact qu'il évite toute sorte de répréhension, ils ne touchent pointa notre créance; puisque l'Eglise catholique confesse, avec le plus grand de tous ses docteurs, que « Dieu justifie tellement ses saints, qu'il ne laisse pas d'y avoir toujours quelque chose qu'il accorde libéralement à la prière, et qu'il pardonne miséricordieusement à la pénitence (93). »

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