Oeuvres compl`etes de Fenimore Cooper
On sait quelles idées sublimes se rattachent à une vaste étendue. En sondant les profondeurs du vide , on conçoit involontairement les pensées les plus élevées, les plus mystérieuses , les plus pures, qui puissent se présenter à l'imagination des poètes. 11 est rare qu'un novice contemple pour la première fois avec indifférence l'immensité de l'Océan , et même dans les ténèbres des nuits, notre esprit s'agrandit devant le spectacle (|ue nos sens ne peuvent embrasser.
Au moment oii commence notre récit , l'admiration qu'excitent les paysages grandioses était éprouvée par quatre individus qui, escaladant un monceau d'arbres renversés par l'ourcigan, s'étaient établis sur une espèce d'observatoire. De ce 2'oint élevé, placé à nii-côte , i!»
apercevaient des forêts sans bornes. Le passage rapide d'une trombe ou d'une tempête avait abattu une partie des bois et tracé de larges avenues. Çà et là les troncs énormes, confondus ensemble par de puissants tourbillons, entrelacés comme des fétus de paille, formaient des monticules sur le sol; leurs branches, d'oîi s'exhalait l'odeur particulière aux feuilles
Mabel Diinham sur les bords de lOntaro.
à demi flétries , s'unissaitDt de manière à présenter aux mains un appui suffisant. A l'endroit où s'étaient installés nos quatre voyageurs, un arbre déraciné avait été jeté sens dessus dessous , et ses racines encore remplies de terre s'étalaient comme une plate-forme qui dominait les environs.
Les personnages que nous mettons en scène n'étaient pas de condition très-supérieure. Parmi eux se trouvaient un homme et une femme de la tribu indienne desTuscaroras, quiavaitjadis possédé cette partie du territoire américain. Leurs compagnons étaient un homme dont le costume annonçait un vieux marin , d'un grade supérieur à celui des matelots vulgaires , et une jeune fille qui ne paraissait pas occuper un rang plus relevé dans la hiérarchie sociale.
Toutefois la j tunesse de cette femme, la douceur de sa physionomie , son air d'intelligence, ajoutaient au charme de sa beauté. Ses yeux bleus avaient pris une expression d'enthousiasme , et de profondes émotions se lisaient sur son gracieux visage.
Les voyageurs avaient les yeux tournés vers l'ouest, le seul côté oix la vue ne fût point bornée : ils planaient (ur un océan de fËuilles, dont
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