‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 171 sur 280 · PLAISANCE · texte numérisé non relu

PLAISANCE

Le pays au delà de Lodi ne change pas de caractère. Vers le soir nous distinguâmes à l'horizon les tours d'une cité, et bientôt après se montra un fleuve assez large, mais lent dans sa marche, coulant entre deux berges dont il devait évidemment atteindre parfois la hauteur. Ce fleuve était le Pô, que nous traversâmes sur un pont de bateaux. La cité, oii nous entrâmes par une porte pratiquée dans le mur d'enceinte, était Plaisance , chef-lieu du duché de ce nom. Après avoir commandé le dîner, je me promenai dans la ville. Elle contient plus de vingt-cinq mille habitants. Elle est sombre, morne, resserrée. Je me suis souvent demandé pourquoi tant de villes aussi importantes n'occupaient qu'une si étroite superficie.

Plaisance ne paraît avoir qu'un commerce insignifiant : les manufactures y sont rares et de peu d'importance; la moitié des habitants semble aisée. Un petit palais, appartenant au souverain, est le seul monument passable qu'on y puisse citer; il a quinze croisées de face, et la maison du gouverneur de la place en a treize; nos édifices américains n'atteignent pas à ce nombre de fenêtres. Plaisance n'est pour-

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tant qii'umr ville de province, et le «liiclié de Panne, dont elle l'ait partie, renferme moins d'un demi-million d'âmes.

L'Aulriilie a pris des nicjuies judicieuses pour la défense de cette frontière. Elle a droit, en vertu de traités, d'entretenir des garnisons dans plusieurs villes situées sur les territoires limitrophes; de cette façon , elle s'est assuré une ligne d'ouvrages avancés en dehors de ses propres limites. Plaisance, de même que Ferrare, est occupée par une garnison autrichienne.

Dans la soirée je fis un tour sur la grande place , que je trouvai encombrée de promeneurs. Ces villes «le guerre sont tellement emprisonnées dans leurs fortifications, qu'à moins d'aller roder sur les remparts, la population quand elle a besoin d'air et d'exercice, est obligée de s'agglomérer sur la place d'armes.

Les promeneurs étaient mornes et taciturnes; un grand nombre fumait et portait des manteaux : ce qui me rappela l'iispagne, dont les princes de ce pays ont fort bien pu importer les habitudes en Italie. A la suite du mariage de l'héritière de la famille Farnèse , les duchés de Parme et de Plaisance étaient devenus la possession de la branche espagnole des Bourbons; ils passèrent entre les mains de l'Empereur, qui les céda de nouveau aux Bourbons. Trois générations de celte famille y régnèrent; mais le dernier abandonna son duché pour le royaume éphémère d'Etruric, une des créations lantas(|ues par lesquelles Napoléon débuta. A la pai^ de iSOi , Marie-Louise reçut Parme en toute souveraineté; mais les clauses du traité furent modifiées, et il fut stipulé qu'elle ne conserverait le duché que sa vie durant, avec réversion au profit du duc de Luci]ues, fils de l'ancien roi d'Elrurie.

Ko us nous remîmes en roule, selon notre habitude , ii six heures du matin , et nous traversâmes un pays plat, mais moins fertile el moins peuplé que la Lombardie proprement dite. Nous nous étions jusqu'alors dirigés vers le sud ; mais en quittant Plaisance, nous inclinâmes à l'est, en marchant presque en ligue parallèle avec les Apennins, dont nous commencions a distinguer les cimes ardues au • milieu des brumes de l'atmosphère.

]\ous avions été avertis de la nécessité de marchander dans les auberges; mais j'ai tant d'horreur pour les chicanes, que je m'étais d'abord résigné à me laisser duper A Plaisance cependant m'étant décidé à régler les prix avec mes bûtes, j'avais laissé ma famille dans la chaise de poste et j'avais pris les devants. On me demanda moitié moins de ce que j'avais payé jusqu'alors. Le logement et le souper ne nous coûtèrent guère plus que le déjeuner seul , et nous eûmes un salon avec quatre bonnes chambres à coucher. Le lendemain , je demandai le déjeuner à tant par tête pour tant de personnes; je ne trouvai aucune dilïérence entre ces repas et les précédents sous le rapport du service et de la qualité des mets, et je donnai trois dollars pour ce qui m'en avait coûté cinq la veille.

INous traversâmes le lit d'un torrent, large mais absolument à sec, sur lequel était jeté un pont iniignlftque commencé par jNapoléon et récemment achevé par sa veuve. Auprès de Parme , nous aperçûmes un vieil édifice crénelé dont le nom, Castel Guelfo, excita notre curiosité. Il me fut impossible d'obtenir des renseignements sur l'origine de cette forteresse; mais il est it présumer qu'elle se rapporte aux guerres des Guelles et des (Gibelins. Ce bâtiment a sa façade parallèle au grand chemin, comme une taverne. Le principal corps de logis, dont l'élévation est prodig'icuse, est disposé autour d'une vaste coar; les murs, d'environ trois pieds d'épaisseur, sont construits en briques et en pierrailles, placées par couches alternatives. Ce vieux manoir est entouré d'un fossé mainlenant à sec. Le quadrilatère qui entoure la cour centrale est flauiiué de quatre tours massives : en dehors du fossé sont éparses diverses dépendances.

PAKME.

Nous arrivâmes de bonne heure à Parme, ville beaucoup plus belle et plus grande que Plaisance. Dès que nous lûmes reposés, nous sorliines pourvoir les curiosités locales. Le palais, ancien édifice eu bri(|ues, tiès-irrégulier, vientd'ètre orné d'une petite façade en sliic. Le théâtre, l'un des plus jjrands de l'Europe, et ([ui pourrait aisément contenir toute l'élite du duc'ué, est réuni au palais par les arcades d'une galerie couverte.

On nous montra le berceau du jeune Napoléon; mais la duchesse, que j'aurais voulu voir, était à Vienne , où elle passe la plus grande partie de son temps. Ses domesliques la <|U.difiaient de Sa Miiji'^tc, et nous dirent qu'elle maintenait sa maison sur un bon pied. Elle a trois ou quatre mille hommes de troupes, y compris les gendarmes, et nous vîmes parader un détachement de la garnison en habit bleu de ciel à plastron rouge.

L'académie des beaux-arts n\éritait noire visite; elle possède d'excellents tableaux des meilleurs maîtres et notamment duCorrège, qui était né dans les environs.

Nous vîmes à Parme, pour la première fois, des échantillons d'une arehileciure reli;;ieu-e qui est, je le crois, particulière :i l'Italie. Une tour voisine de l'église, appelée campanile, renferme les cloches;

un bâtiment sépiré, surmonté d'un domc , sert à l'administration du baptême : on le nomme le Baptistère.

Nous allâmes déjeuner à Keggio, dans le duché de Modène, capitale du duché dont le maréchal Oudinot avait pris le titre. Le pays était toujours plat, fertile et abrité à notre gauche par des montagnes.

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