PISE
I^^est à voir, car cette ville fut célèbre autrefois, et elle possède des lestes curieux de son ancienne puissance. Tout ce qu'elle renferme d'intéressant est concentré dans un coin, oit la cathédrale, le Campo-Santo el la Tour penchée se trouvent ii quelques pieds les uns des autres. Je ne m'arrêterai pas à vous dépeindre ces monuments tant de fois décrits, mais je vous signalerai une petite chapelle située sur le quai, édifice de marbre en miniature, non moins dentelé que
le fameux hôtcl-de-ville de Louvain. On la nomme Sanla Maria d'-lta Spina, pirce qu'elle conserve, dil-oii. une épine de la couronne du Sauveur. Les reliques abondent en Italie; il n'y a point d'éj;lise qui ne se vante d'avoir quelques ossements d'un martyr, quelques lambeaux de l'habit d'un bienUcureui. L'authenlieilédeces merveilles, que le peuple vénère sans examen, et qui procurait au clergé d'abondantes olTrandes , est en général contestée , non pas seuleminl par nous autres hérétiques , mais encore par un grand nombre de catholiques romains.
LIVODRNE.
Après avoir passé la nuit à Pise, nous traversâmes une vaste plaine, humant avec délices l'air de la mer, si agréable même en hiver. Nous descendîmes dans un bon hôtel tenu par un Ecossais, et nous eûmes bientôt épuisé les curiosités locales. Il est difficile, (|uand on ne contre nait pas l'Europe, de se renilre compte de la dilïérence qui existe enles capitales et les villes de commerce. Livourne a soixante-sept mille habitants, ses rues sont spacieuses et ses places entourées de belles constructions; mais clic n'a rien de poétique, et l'on y respire une atmosphère commerciale qui refroidit l'enthousiasme.
Dès que le dîner fut commande, notre société courut au port, et jouit du spectacle pittoresque des embarcations, feloiniues, polacrcs, chebecs, spéronares, qui sont parlieulières à la Médilerranée. Sur les quais se promenaient plusieurs Orientaux, qui fumaient gravement leurs chibouques.
— .\h ! monsieur, me dit notre domestique de place, quel donimage que vous ne soyez pas venu ici dix jours plus tôt : nous axions dans le port le Delatcare, vaisseau de guerre américain!
Je lui demandai d'un ton ironique si les Américains pouvaient produire quelque chose qui valût la peine d'être examiné.
— Je ne le croyais pas, répondit-il : mais le Dtlaware est le plus beau vaisseau qui ait jamais passé à Livourne.
— Les gens de l'équipage étaient des noirs sans doute?
— Je m'attendais a les trouver tels, monsieur; mais ils étaient aussi blancs que vous et moi.
Un F.uropéen n'a pour les Américains le resjcct qu'ils méritent qu'après avoir vu leurs vaisseaux.
J'allai visiter le cimetière prolestant, oii sont enterrés plusieurs de mes compatriotes, entre autres le capitaine Gamble, eoiiimandant d e l' Erie. H availservi avec moi vingt ansauparavant sur le lac Onl.irio, et j'éprouvai une invincible émotion en trouvant à l'improvisle son tombeau dans un autre hémisphère. Près de là , sur un mauso'.ée , je lus le nom de Tobias Smollelt. Ce célèbre écrivain anglais , auteur d'une Histoire d' Angleterre , du roman de ltoderii.k Ihinduii , cl des joyeuses Aventures de l'ereyrine Picide. trouva la mort en i77l, a Livourne, oii il s'était installe pour rétablir sa sauté chancelante.
UETODR A FLORENCE.
Le lendemain nous reprimes le chemin de Florence, oii nous avions hàle de rentrer, afin d'assister à un bal masqué que donnait le ministre plénipotentiaire de France.
Rien de ])lus brillant qu'un bal de ce genre dans une ville si peuplée d'étrangers. La variété des déguisements, des riches unilormes, des costumes nationaux, des dominos, forme le plus séduisant coup d'œil. La fête donnée par le ministre de France ayant donne I élan , il y eut pendant loiit le carnaval une longue succession île pl.iisirs, et j'attendis sans eninii le moment de reprendre le eoius de mes excursions.
k kr L .rut Souftloi. It.
FEMIMORE COOPER
TRAtUCTION DE LA BÉDOLLIÈrE.