LUNI
Bientôt après je m'entretins avec mon tuteur de mon projet de retourner en mer. Le pays tout entier s'occupait' activement d'armer U
Exi'li'it de Niibuchodonosor.
nouvelle marine. Les ch.ipeaux galonnés, les habits bleus, les écharpcs blanches commençaient à se montrer dans les rues, avec l'ostentation qui caractérise toujours une institution naissante. Aujourd'hui l'on rencontre ù chaque p:ià des marius dislinsués dont l'extérieur n'iu ■
SUR MER ET SUR TERREJ
diqiic rn li n la profession, tuiulis qu'on 17 09 on s'empressait d'endosser luniloniie, pour ne le quitter qu'en se retirant du service. On construisait des vaisseaux dans tous les ports des Etats-Unis, et je nie deiuaiulc avec étonncment comment j'ai pu échapper à l'cpidcmie générale , et ne pas solliciter un emploi de midsliipman. Je résolus de rester dans la marine marchande, mais sur un bâtiment muni de lettres de marque. Il m'eût répusné de monter à bord d'un corsaire ; les croisières entreprises dans l'unique espoir d'un bénélicc pécuniaire m'ont toujours semblé avoir quelque chose de déshonorant, mais on ne saurait blâmer un patron de navire marchand qui prend des lettres de marque; son principal but est le commerce ; il ne s'arme que pour sa défense, et s'il fait une prise, c'est seulement parce qu'il rencontre des ennemis disposés à le capturer lui-même.
J'annonçai mes intentions à M. Ilardinge , et me mis en quête d un navire. Je chargeai ^'abuchodonosor d'en chercher un de son cote. Le nègre était déjà un habile marin ; il savait ferler des voiles , prendre des ris, gouverner, faire des nœuds et épisser, quoiqu'il ignorât encore l'art d'arrimer une cargaison , et qu'il ne pût saisir l'instant précis cil il devenait nécessaire de prendre le dernier ris. C'était un excellent serviteur, pour lequel je conçus à la longue un attachement presque fraternel.
Un jour que je rôdais le long des quais , j'entendis une voix connue s'écrier : — • Voilà votre affaire, capitaine Williams ; vous ne sauriez trouver dans toute l'Amérique un meilleur troisième lieutenant !
J'eus une espèce de pressentiment que ces paroles s'appliquaient à moi , sans pouvoir cependant me rappeler le nom de celui qui les prononçait. I-n regardant du côté d'où elles étaient parties , je reconnus la rude physionomie de Marbre. Il était à côté d'un capitaine entre deux .^gcs, dont le vis.^ge annonçait une longue et fatigante pratique de la navigation. 'Tous deux me regardaient par-dessus les filets de bastingage d'un navire marchand d'un aspect engageant. Je saluai M. Marbre, qui me fit signe de venir à bord, et me présenta au patron.
Ce bâtiment s'appelait la Crise, nom de circonstance dans un pays cii il y avait tous les sis mois des crises de différentes espèces. C'était un petit navire étinché ,
d'environ quatre cents tonneaux , dont les galeries étaient faites de bois de cercle, et garnies de filets, oii l'on mettait des hamacs et les vieux cordages. 11 y avait dans ses batteries dix canons de neuf livres. Je remarquai qu'il était déjà chargé et que l'absence d'un troisième lieutenant retardait seul son départ. Les officiers étaient rares, attendu le grand nombre de jeunes gens qui prenaient service dans la marine de l'Etat. M. .Marbre me recommanda chaleureusement; le capitaine Williams m'interrogea pendant un quart d'heure ; puis il me proposa la place vacante. Je n'avais pas prévu que je serais sitôt promu au grade d'oflicier ; mais, toute modestie à part, je me croyais capable d'en remplir les fonctions. La Crise devait faire le tour du monde, porter une cargaison de farine en Angleterre , recevoir des marchandises assorties pour la côte nord-ouest , y trafiquer , mettre à la voile pour Canton, échanger des fourrures et du bois de sandal pour du thé , et revenir à New-Vork. J'acceptai avec joie l'offre du capitaine, avec une paye de trente dollars par mois.
Le navire portait des lettres de marque et de représailles, et nous avions la chance de rencontrer des Français, du moins dans les mers d'Europe.
Je demandai une place de matelot pour Nabuchodonosor ; 1\I. Marbre expliqua les rapports que j'avais avec le noir, et le fit admettre aisément. JNous allâmes chez un notaire pour signer le contrat. Nabuchodonosor fut enrôlé cette fois avec l'autorisation de M. Hardinge,
— Tenez, Miles, voici mon keepsake; en le lisant; mais songez à Dieu.
qui était d'une humour cliaimantc, car il venait (!o placor Paiport dans l'étude d'un homme de loi de ses amis. Madame bradfort avait insisté pour que son jeune parent logeât chez elle , ce qui réduisait les dépenses du père ; mais je connaissais trop bien Rupert pour supposer qu'il se contenterait de l'argent que M. Hardinge destinerait à ses menus plaisirs.
?ilon tuteur m'avait mis à même de payer ma dette aux armateurs du Jûlin, et de m'équiper convenablement. La plupart des officiers et des matelots de la Crise avaient autorisé leur famille à recevoir leur solde pendant leur absence. Je résolus de faire un pareil arrangement au bénéfice de Rupert; je lui fis d'abord présent de vingt dollars, puis je le menai à la maison de banque, et j'obtins pour lui, non sans peine, un crédit de vingt dollars par mois, en m'engageant à indemniser les armateurs en cas d'accident ou de perte de navire. Ma qualité de propriétaire favorisa cette stipulation; car, comme il arrive d'ordinaire, on me croyait beaucoup plus riche que je ne l'étais réellement.
Tout en prenant des mesures en faveur de Rupcrf, j'avoue que je vis avec mortification la facilité avec laquelle il accepta mes dons.
Il y a certaines actions que nous accomplissons volontairement, et dont cependant les résultats nous causent des regrets. J'étais fâché que mon ami, le frère de Lucie , et l'adorateur de Grâce (car j'avais assez de perspicacité pour deviner l'amour naissant de Rupert), ne refusât point avec fierté l'argentque je devais gagner à la sueur de mon front , dans une carrière qu'il n'avait pas eu la force de poursuivre.
La Crise fut prèle à mettre à lavoile trois jours après mon engagement ; l'équipage comprenait trente-huit hommes , sur lesquels on comptait dix novices qui n'avaient jamais vu l'Ucéan , mais qui étaient jeunes, robustes et bien portants. Le capitaine, qui était homme de prévoyance, accéléra les préparatifs de manière à pouvoir appareiller avant le dimanche. Les travaux préliminaires étaient presque achevés le jeudi , et comme en l'an de grâce 179S personne n'eijt osé se mettre en mer un vendredi , nous eûmes un jour de repos que j'allai passer à terre. Pendant la soirée je me promenai dans les champs avec Rupert, Grâce et Lucie. Je donnais le bras à celle-ci, et nous marchions tristement accablés de 1 idée d'une aussi longue séparation. Le vovage pouvait durer trois ans. A mon retour je serais majeur, et l.ûcie aurait près de dix-neuf ans. Trois années nous semblaient des siècles , aussi féconds en vicissitudes que la vie entière d'un homme.
— Quand je reviendrai, dis-je à Lucie, Rupert appartiendra au barreau.
— Oui, répondit-elle; mais je suis tentée de regretter que mon frère ne vous accompagne pas. Vous vous connaissez depuis si longtemps, vous avez tant'd'afléction l'un pour l'autre, et vous avez déjà subi ensemble tant de terribles épreuves !
— Oh ! je crois que Rupert se plaira mieux à ferre qii'cn mer. Il est avocat par tempérament. Et puis j'aurai Nab avec moi.
— Mais Nab n'est pas Rupert , répondit Lucie avec vivacité et d'un ton qui me parut inpiiquer un reproche.
Sans doute , votre frère me manquera. Mais je veux dire seulement que Nab est mon ami d'enfance , et qu'il a également partagé mes dangers.
Lucie garda le silence , et je me sentis emb.irrassé. Mais une jeune fille de seize ans en tète-à-ttte avec un jeune homme dans lequel elle a la plus entière confiance ne saurait se taire pendant longtemps. Il faut qu'elle dise quelque chose, et que de fois ce quelque chose est
je ne vons demande pas de songer à moi
SUR MER ET SUR TERRE
empreint d'une scnsibililC- exquise, d'une franchise instinctive et d'une touchante simplicité !
^ous penserez quelquefois h nous, Miles, dit-elle.
Emu par le son de sa voix, je la regardai en face, et je vis ses yeux baijnés de l.irmes.
— Vous pouvez en être si'irc, et j'espère que de votre côté vous ne m'oul)licrcz pas. lAlais j'y songe; j'ai une dette à vous payer avec les intérêts. Voici les pièces d'or que vous m'avez forcé d'accepter l'année dernière à mou départ de (jlawbonny. Voyez, ce sont c.xaclcmcnt les mêmes ; je n'ai pas voulu m'en séparer.
— J'avais espéré qu'elles auraient pu vous être u'.ilcs, et je les avais entièrement ouJîliées. Vous venez de détruiri; une douce illusion.
— ]\e vous est-il pas aussi agréable de s voir que nous n'eu avons pas eu besoin? Les voici; miiiitenant que j'ai lo conscnlement de M. llardinge, vous savez que je ne manque de rien. Reprenez donc votre or, Lucie, et voici les intérits.
En parlant ainsi, je m'elTorrai de mettre un priquet entre les mains de la jeune fille ; mais elle serra ses petits doijjts avec tant d'énergie qu'il me fut impossible de les séparer.
— ]\'on , non, Miles, dit-elle avec précipitation; je ne veux point d'intérêts. Vous pouvez faire accepter de l'argent a Rupert, mais jamais a moi.
— Il ne s'agit ni de Rupert ni d'argent ; c'est un bracelet que je vous oITre. ■ )'■
Les doigts de Lucie s'ouvrirent à ces mots , et je lui mis mon présent dans la main sans aucune résistance. Toutefois, je vis avec peine qu'ille était informée de la donation que j'avais faite à son frère. J'appris p.'.r la suite qu'elle savait ce secret par IN'abucbodonosor, qui l'i-ivait appris d'un commis de la maison de banque, et l'avait transmis ^à une négresse de madame Hradfort. ' "
Lucie fut enchantée de son bracelet, c'était un charmant bijou, dont le médaillon renf.;rmait nos initiales, cntOtJrées de trWsds' formées p:ir mes cheveux , les siens, ceux de Grâce et de Rupert. Jln'y avait aucune pensée d'amour dans ce gage de tendresse ; j'avais deviné l'inclination de Rupert pour Grâce; elle mb semblait même !a partager, ou devoir la partager bientôt; mais je n'éprouvai poui' Lucie Hardnicfe que des sentiments fraternels, quoique lï chère cnf.l'nt'm'cn supposât peut être de plus tendres. •
Je vis le sourire Ce Lucie , et je ne pus m'empcchcr de remarquer la manière dont elle serra involontairement lei bracelet contTCSon cœur; cependant mon imagination n'en fut pas vivement frappée. La conversation cliangca bientôt et prit une antre tournure. i ' '
Je glisserai volontiers sur mes adieux ; j'en dirai peu de cho'se. A notre retour de la promenade, M. liardinije me fit appelcrMans s'a chanilue. 11 me paila d'un ton solennel, et proiiiit de se souvcnii-" de moi dans ses prières. Lucie m'attendait dans le corridor; elle était en larmes , plus pâle que d'ordinaire; mais plie rassemblait ses foi-ccs pour se roidir contre la douleur. Elle m* remit un petit exemplaire de la bible, et murmura d'une voix entrecoupée:' i-i ■■
— Tenez, !Milcs, voici mon keep>alce; je ne vous demande pas de songer à moi en le lisant ; mais songez à Dieu. c .!..., ..(.. ^ ^s ■ .
l'uis elle me donna un baiser et s'enfnii dans sa chamhre, ^ont elle ferma la porte. Grâce m'attendait en bas, et clic pleiira longtem'^s dans mes bras. En sortant de la maison , j'cnt< ndis une croisée s'ouvrir, et je vis Lucie, les yeux humides, qui se penchait pour me crier:
— Mlles, écrivez le plus soux'cnt possible !
L'homme doit être une créature naturellement insensible pour s'arrac'ier .i des amis éprouvés sans motif apparent , dans la seule intention d'aller au-devant des combats et des aventures. C'était cependant ce que je faisais, malgré tous les liens qui pouvaient m'allaeher au rivage , rien n'aurait pu me faire revenir de ma résolution. Je croyais indispensable de rester troisième lieutenant de la Crise et de tuivre le navire dans ses excursions, de même que les réformistes Croient nécessaire de présenter aux chambres des pétitions qu'elles repoussent constamment.
Le vent et la marée favorisèrent notre départ. La Crise était encore meilleure voilière que/e Tigre. Elle était doublée en cuivre jusqu'aux préceintts ; elle avait des chevilles de cuivre et des couples d'essence de chêne. Le gouvernement avait voulu l'acheter pour en fiire un vaisîcau de ligne; mais les armateurs, ayant en vue notie voyage, avaient refusé toute proposition.
J'éprouvai une espèce de plaisir, malgré mes précédcnics souffrances, quand je me retrouvai en pleine mer. INabuchodonosor était encore plus satisfait que moi. 11 accomplissait les ordres qu'on lui donnait avec tant de prnmplituùe et d'intelligence , qu'il s'acquit luic réputation ax-aut d'avoir jiassé la barre. Les émanations de l'Océan «cmhiaient lui communiquer une espèce d'insjiiralion nautique, et j'étais moi - même étonné de son ardeur. Pour moi , j'étais à bord du navire comme dans ma maison; je n'étais plus un novice sans expérience et degoiité de la vie grossière des matelots. Je n'avais presque plus rien à apprendre; mou instruction r.urait même été couijilète , si chaque capitaine n'avait certaine pratique particulière, (lue ses subordonnés sont obligés d'appreuilrc dans le plus bref délai. En outre je vivais maintenant à l'arrière , où nous avions des napues et
des gobelets, des couteaux et des fourchettes d'une propreté relatix'crceni irréprochable.
J'eus d'abord quelque peine à m'accoutumer à mon rôle d'officier. J'étais jeune , et conimaii lais à de vieux loups de mer disposés à éplucher ma conduite , comme le journaliste incapable d'apprécier les qualités supérieures d'un livre s'attache minutieusement auv imperfections de drtail. (Quelques jours d'exercice me donnèrent de l'assurance et l'on m'obéit bientôt aussi volontiers qu'au premier lieutenant. INolre traversée fut d'abord pénible; mais nous finîmes par ax'oir des brises du sud favorables. Vingt-quatre heures après, j'eus le commandement du quart r'e diaiie, et je signalai, au point du jour, une voile au vent, a environ trois lieues de distance. Je montai dans les hunes, et] examinai ce navire à l'aide d'une lunette. J'avertis le capitaine et le premier lieutenant, et nous décidâmes, après examen, que le bâtiment étranger devait appartenir à la compagnie anglaise des Indes occidentales. 11 était droit par le travers de ta Crise, ce qui nous empêchait de distinguer sa mâture. Le capitaine m'ordonna de brasser les vergues ii l'avant et de venir au lof plus près de l'étranger. iNous nous en approchâmes à la distance d'une lieue, et à ses perroquets triangulaires fll. fllarbre le reconnut pour un navire français. Il était armé de douze canons, et on le vil luut ii coup descendre ses boni ettes, carguer ses perroquets et faire tous les préparatifs ordinaires d'un combat. Puis il tira un coup de canon et hissa le pavillon tricolore, le plus élégant des emblèmes européens, mais en même temps le plus malheureux sur les mers, malgré les victoires éclatantes qui l'ont illustré sur le continent. Les Français n'ont pas manqué d'excellents marins et de braves matelots; mais leurs succès n'ont pas toujours été proportionnés aux moyens d'exécution. J'ai entendu attribuer à différentes causes l'infériorité de la marine française. Sui- X'ant les uns, la suprématie accordée à la naissance sur le mérite avant la Révolution , a ciù priver la- France d'oilieicrs de marine distingués. Surx'ant les autres, la nation n'a point de vocation pour la marine. Cette dernière raison me paraît la plus plausible. Le caractère national doit nécessairement entrer pour beaucoup dans les motifs qui empêchent la France de devenir une grande puissance maritime, du moins sous le rapport technique , car sous celui de la force, un ausîi grand peuple est toujours formidable. Maintenant qu'il envoie ses princes en mer, il est possible qu'il obtienne des résultats plus avantageux.
Les bâtiments anglais ou américains abordaient rarement un bâtiment français en nuS, sans être moralement assurés de la victoire. Cependant ils étaient assez souvent déçus dans leurs espérances. Leur ennemi ne manquait pas de bravoure , et montrait incnie parfois une véritable habileté. A en juger par les manœuvres de notre adversaire, il réunissait les deux qualités. 11 avait ferle ses voiles sans hâte ni confusion , et c'est un indice infaillible de sang-froid et de discipline qtiHud la bataille est imminente. I\ous comprimes que la journée serait chaude; néanmoins nous nous étions trop avancés pour battre eu retraite , et nous diminuâmes de voiles pour nous préparer au combat. •• 11 était rare de voir deux lettres de marque s'aborder au.ssi froidement et aussi régulièrement que la Crise et la Dame de Nantes; car tel était le nom de notre antagoniste. Les deux navires lâchèrent leurs hdrdées presque en même temps. J'étais placé sur le gaillard d'avant tt chargé du soin des écoutes, des vergues et du gréement de l'avant, la jircmière bordée enleva les poulies de l'écoute de foc, ce qui me donna dès le commencement beaucoup d'embarras. Depuis ce moment, j'eus de l'occupation; car pendant deux heures et demie nous échangeâmes des coups de canon avec la Dame de Nantes. J'eus tant de manoeuvres à passer, à épisser, à changer, que j'eus à peine le temps de suivre les phases du combat. Je ne tirai que deux coups de fusil ; toutefois, dans les moments oii il m'était loisible de regarder autour de moi, je n'apercevais rien de satisfaisant. Plusieurs de nos gens étaient tués ou blessés; un boulet avait brisé un de nos canons, et no; agrès étaient hachés. Je n'avais pour m'encouragcr que les cris de M. '.juchodouosor, qui regardait comme un devoir, a chaque décharge, de faire presijue autant de bruit que son canon.
il était évident que les Français étaient deux fois plus nombreiLX que nous. Il eût été imprudent de les aborder, et nous n'avions pas 1 avantage dans la canonnade. J'entendis au-dessus de ma tête le bruit d'un corps qui tombait. C'était le grand hunier avec ses vergues et ses voiles. Le capitaine Williams ordonna aux canonniers de quitter leur poste pour enlever les débris, et en même temps notre adversaire cessa son feu avec une complaisance pour laquelle je l'aurais volontiers embrassé. Les deux partis semblèrent penser qu'il y avait de la folie à rester il une encablure de distance, entachant de se faire le plus de mal possible; et tous deux, comme d'un commun accord.se mirent il réparer leurs avaries. Pendant cette trêve , les hommes placés au gouvernail lofèrent avec une espèce de prudence instincti^e. He son côté, la Dame (.'(• Nantes s'écarta et mit plus d'un mille dcmerenlrc i Ile et nous. A huit heures, elle était encore visible il une lieue de distance; mais les deux navires semblaient se séparer sous l'inûuence d'une force de ré- ]iulsion.
Les réparations nous .>ccupèrent plusieurs jours. Notre perle se montait a deux hommes tués sur la place; deux autres moururent de leurs blessures. Mous avions encore ciuq .lutrcr, blessés, qui se ntablirent ; mais le second lieutenant , atteint d'un coup de mitraille près
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SUR MER ET SUR TERRE
de la hanche , en souffrit, je crois, toute sa vie. A cette époque l'Amérii|ue avait trop peu de médecins sur terre pour envoyer en mer des cliiiurgicns habiles, et celui que nous avions à bord n'avait pas le talent nécessaire pour exlriiire un projectile. On disait proverbialement d.ins l.i nouvelle marine : Qu.ind vous voudrez vous faire couper la jambe, envoyez chercher le charpentier! 11 sait du moins se servir d'une scie, tandis qu'il est douteux que le docteur sache se servir de quelq[ue chose.