‹ Œuvres compl`etes de Fenimore CooperChapitre 28 sur 280 · CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIL

Au retour de l'aurore , Cap et son ami montèrent sur le toit pour examiner encore ce qui se passait dans l'ile. La plate-forme étiiit environnée d'une balustrade crénelée qui protégeait ceux qui s'y trouvaient, et les mettait à même de tirer sans s'exposer aux coups de l'ennemi.

Il ventait frais du sud, et dans certaines parties du lac les eaux étaient vertes et agitées. La forme de la Station était presque ovale, et sa plus grande longueur allait de l'est à l'ouest. En naviguant dans les canaux qui la baignaient, il était possible à un navire de longer la côte en tous sens et de conserver toujours le vent par le travers. Cette facilité, qui résultait de la direction de la brise et des cours d'eau, fut immédiatement remarquée par Cap, qui l'expliqua à son compagnon. Elle él.iit importante , car toutes les chances de salut des assiégés dépendaient d'un renfort envoyé par la garnison de l'Oswcgo.

Après avoir un moment promené ses regards autour de lui, Cap f'écria brusquement d'un ton joyeux :

— Ché ! une voile !

L'Eclaireur suivit la direction des yeux du marin et distingua l'objet de cette exclamation. L'élévation de l'observatoire permettait d'em-

Au moment où l'obus se logea dans les madriers du fort , l'intrépide Cap agita soa chapeau et poussa trois hourras.

— Oui, voilà le danger. On aurait dû étuWir ici des signaux concertés , un mouillage balisé en dihors, et même un lazaret, si nous avions pu décider ces maudits Mingos à respecter les lois. Dans le cas oii votre ami débarqutrait sur cette ile ou même dans le voisinage , nous pouvons le considérer comme perdu. Et après tout, mon maître, ne devons-nous pas considérer Jasper comme un secret ami des Français? C'est l'avis du sergent, et certes la trahison a joué un rôle dans cette aventure.

— Nous le saurons bientôt , maître Cap , car c'est bien réellement le Véloce. Il sera ici dans cinq minutes , et il serait à propos de lui faire un signal pour l'empêcher de tomber entre les mains des bandits.

Ce projet ne pouvait être réalisé. Le Véloce se dirigeait vers l'ile,

L'ONTARIOi

dû côté du vent , avec une rapidité qui eût laissé à peine le temps d'établir des communications. D'ailleurs il n'y avait personne de visible sur le pont, et le gouvernail semblait môme abandonné ; mais Cap reconnut que la barre était mise en jeu au moyen de drosses dirigées par une main cachée. Comme le cutter avait des bords assez élevés, il était probable que son équipage se tenait derrière, afin de se garantir des balles. Il résultait de ce fait que l'équipage composait sans doute l'unique force qui fût à bord.

Derniers adieux de Mabel et de l'EcIaireur,

— Hélas ! dit le guide , je crains bien que le Serpent ne soit pas arrivé à rOswego , et que nous n'ayons pas de secours à attendre de la garnison ! J'espère que Lundie ne se sera pas mis en tète de déplacer Jasper Western, qui nous vaudrait seul une armée. A nous trois, maître Cap , nous sommes presque invincibles : vous comme marin pour aider aux manœuvres du cutter, Jasper comme connaissant à fond le lac , et moi comme destructeur d'Iroquois. Nous pouvons soutenir une fameuse lutte en faveur de iVIabel.

— Et nous la soutiendrons , répondit Cap, qui commençait à se rassurer sur les destins de sa chevelure. Je regarde l'arrivée du Véloce comme une circonstance et l'innocence probable d'Eau-Douce comme une autre. Ce Jasper est un jeune homme prudent qui tient sagement le large , et ne mouillera qu'après avoir vu comment les choses se passent dans cette île.

— Tout m'est expliqué ! s'écria l'EcIaireur avec transport. Voilà le canot du Serpent sur le pont du cutter ; le chef est à bord, et il a sans doute exposé fidèlement notre situation , car un Delaware diffère d'un Mingo en ce qu'il se tait quand il ne dit pas la vérité.

— Ce canot ne peut appartenir au cutter, dit le marin ergoteur ; Eau-douce l'avait à bord quand nous l'avons mis à la voile.

— C'est vrai , ami Cap ; mais , si vous connaissez vos agrès par des pointes et des jumelles, je connais mes canots grâce à mon instruction des frontières. Si vous savez discerner une toile neuve dans une voile , je remarque une écorce neuve dans un canot. C'est bien la pirogue du Serpent. Le brave homme est parti pour l'Oswego dès le commencement du siège , et il a rencontré la Véloce qu'il nous ramène. Dieu veuille que Jasper Western soit encore à bord!

— Oui, oui! car, traître ou loyal, il faut avouer qu'il sait gouverner dans une tempête.

— Et en passant les cataractes, ajouta le guide, qui accompagna ces mots d'un rire silencieux et d'un coup de coude dans les côtes de son interlocuteur. Il faut rendre justice au jeune homme quand même il nous scalperait de sa propre main,

Le Véloce était si près que Cap ne fit aucune réponse. La scène était si singulière qu'il est bon d'en faire à nos lecteurs une exacte description. L'ouragan avait redoublé de force; les arbustes inclinaient leurs cimes presque jusqu'à terre, et le sifflement du vent dans les branches ressemblait au sourd murmure de chars lointains. L'air était rempli de feuilles, qui dans cette saison avancée étaient facilement arrachées de leurs tiges et passaient d'île en île comme des volées d'oiseaux. Au reste , tout était silencieux comme la tombe. Les sauvages ne s'étaient point retirés ; mais leur présence n'était indiquée que par leurs canots réunis dans la baie aux embarcations du cinquantecinquième. Quoiqu'ils eussent été pris à l'improviste pas le retour inattendu du Véloce , ils avaient dans le sentier de la guerre des habitudes de prudence si uniformes et si enracinées qu'à la première alerte chacun s'était tapi dans sa cachette comme un renard dans son terrier.

La même tranquillité régnait dans le blockhaus. Cap et l'EcIaireur se tenaient en observation , mais cachés. L'absence inusitée de tout signe de vie à bord du navire était encore plus remarquable. En le voyant se mouvoir sans direction apparente , les Indiens éprouvèrent un sentiment de superstitieuse terreur, et les plus hardis augurèrent mal de l'issue d'une expédition commencée sous de si heureux auspices. Tête-de-Flèche lui-même, tout familiarisé qu'il était avec les manœuvres des hommes blancs , trouvait quelque chose de sinistre dans l'aspect de ce vaisseau sans équipage , et il aurait voulu de grand cœur avoir le pied sur le continent.

La marche du cutter était aussi constante que rapide ; il se tenait au milieu du chenal et faisait jaillir l'eau en écume sous ses bossoirs. Tantôt il s'inclinait sous les rafales , tantôt il se relevait comme le philosophe qui se couvbe sous le poids des calamités humaines et qui so redresse quand elles sont passées. Quoiqu'il portât peu de voiles, sa vitesse était si grande que dix minutes à peine s'écoulèrent entre lo moment oîi il fut signalé derrière les broussailles et celui où il parut

Mabel et Jasper quittent l'Ile de la Station.

par le travers du blockhaus. Du haut de leur aire Cap et l'EcIaireur se penchèrent en avant pour mieux plonger sur le pont, et à leur vive satisfaction Jasper Eau - Douce se leva en poussant trois bruyants hourrahs.

Bravant tous les dangers, Cap monta sur le parapet de troncs d'arbres, et répondit au salut par trois acclamations. Heureusement la politique des ennemis le sauva, car ils se tenaient toujours tranquilles, et pas un coup de feu ne fut tiré.

De son côté, l'EcIaireur, dédaignant ce qui était purement dramatique, n'envisageait que le côté utile de la guerre. Dès qu'il aperçut son ami Jasper, il lui cria d'une voix de stentor :

L'ONTARIO

— Gouvernez vers nous, mon ami , et la victoire est assurée ! Envoyez de la dragée dans ces broussailles, et vous ferez partir les drôles comme des perdrix.

Une faible partie de cette allocution arriva aux oreilles de Jasper, mais le reste fut emporté au large sur les ailes du vent.

Cependant le Véloce avait dépassé la forteresse , et il était dérobé aux regards par les fourrés qui la cachaient. Il reparut bientôt, et il avait viré de bord , mudé , et cargué ses voiles en courant l'autre bordée sous le vent de l'ile. Cette manœuvre fut exécutée avec la plus grande facilité , sans toucher une écoute , avec le seul concours du gouvernail. Elle était favorisée par un vent largue et par le courant, «jui prenait le cutter sous le bossoir du vent.

Le Véloce semblait vouloir pousser une reconnaissance; quand il eut fait le tour du rivage, il revint au vent de l'île , dans le chenal par lequel il était arrivé, mit la barre dessus et vira de bord. Bien qu'il eût fait ses ris près, les battements de la grande voile éventrée retentirent comme le bruit du canon , et Cap eut peur de voir se disloquer les coutures.

— 11 faut l'avouer, murmura le vieux marin, Sa Majesté nous fournit de bonne toile, et il faut avouer aussi que le jeune homme conduit sa barque comme s'il avait reçu une éducation complète. Le diable m'emporte, cher guide , si je crois maintenant que cet Eau-Douce ait étudié sur l'étang que nous appelons l'Ontario.

— C'est pourtant vrai ; il n'a jamais vu l'Océan. J'ai souvent pensé qu'il avait des dispositions naturelles à conduire les schooners et les sloops, et je l'ai respecté en conséquence. Quant à la trahison, au mensonge, à tous les vices hideux, Jasper Western en est aussi pur que le plus vertueux des guerriers delawares ; et si vous désirez voir un honnête homme , c'est dans cette tribu qu'il faut l'aller chercher.

— Il vire de bord! s'écria Cap avec joie au moment où le cutter éventait ses voiles : nous allons voir maintenant ce qu'il va faire. Il ne peut vouloir chasser et croiser dans ces canaux somme une jeune fille qui exécute une contredanse.

Jasper laissa arriver , et les deux observateurs crurent qu'il avait l'intention funeste de jeter l'ancre. Les sauvages, blottis dans leur reposée , le regardaient avec les yeux avides du tigre, qui voit approcher sa victime imprévoyante.

Mais Jasper avait d'autres projets. Il connaissait la profondeur de l'eau , et savait q'i'nn pouvait lancer impunément le Véloce tout près de la côte. 11 s'en approcha hardiment, entra dans la baie, défit les amarres des deux chaloupes du 5^", et les entraîna à la remorque. Comme tous les canots étaient attachés aux embarcations de Dunham, cette audacieuse expédition eut pour résultat de priver les sauvages des moyens de quitter l'ile autrement qu'à la nage. Ils s'en aperçurent, et, se levant en masse, ils ébranlèrent l'île de leurs cris et firent une décharge inutile. Deux coups de feu leur furent tirés en même temps. L'un partit du haut de la tour, et traversa la cervelle d'un Iroquois, l'autre vint du Véloce, et blessa grièvement un ennemi. L'équipage du cutter applaudit par des clameurs , et les Indiens disparurent de nouveau, comme s'ils se fussent enfouis dans les entrailles de la terre.

— C'est la voix du Serpent, dit l'Eclaireur en entendant le second coup de feu. Je connais le son de sa carabine comme celui du tueur de daims. C'est une bonne arme , quoiqu'elle ne tue pas toujours. Eh bien, Chingachgook et Jasper étant surl'eau, et nousdans le blockhaus, ami Cap, je serais bien surpris si nous ne démontrons à ces gueux de Mingos ce que c'est qu'un combat régulier.

Cependant le Véloce ne restait pas inactif. Dès qu'il eut atteint l'extrémité de l'île. Jasper laissa ses prises aller à la dérive, et descendant vent arrière , elles s'ensablèrent environ à un mille de distance. Le cutter vira de bord, et remonta le courant par l'autre canal. Ceux qui étaient au faîte du blockhaus remarquèrent quelque agitation sur le pont , et à leur grande satisfaction , lorsque le cutter arriva par le travers de la principale baie, l'obusier qui composait son unique armement fut démasqué , et une pluie de mitraille tomba en sifflant dans les buissons. A cette attaque inattendue , les Iroquois se levèrent aussi précipitamment qu'une compagnie de cailles effrayées, et cherchèrent de nouvelles retraites. Pendant leur fuite , le tueur de daims abattit encore un Iroquois , et un autre fut estropié par la carabine de Chingachgook.

Néanmoins le combat semblait devoir recommencer sous une autre forme, lorsque Rosée-de-Juin s'avança portant un pavillon blanc, accompagnée de Muir et de l'otïcier français.

C'était le prélude d'une négociation ; elle eut lieu sous les murs du blockhaus. Les assiégés et leurs amis n'hésitèrent pas k exposer leurs personnes. Ils étaient protégés d'un côté par l'arme infaillible du guide, et de l'autre par l'obusier du navire. Chingachgook seul se mit en embuscade plutôt par habitude que par défiance.

— "Vous avez triomphé , l'Eclaireur , cria le quartier-maître , et le capitaine Sanglier vient vous offrir un arrangement. Vous ne refuserez pas une honorable retraite à un brave ennemi qui a vaillamment combattu, et s'est montré fidèle à son pays. Je suis autorisé à vous propoter d'accorder à l'ennemi l'évacuation de l'ile , l'échange des prison-

niers et la restitution de» chevelures. C'est tout ce qu'on peut ftire em l'absence de bagages et d'artillerie.

Comme cette conversation était nécessairement sur un ton très-ëlevé, tant à cause du vent que de la distance , elle fut entendue également des assiégés et de l'équipage du cutter.

— Qu'en dites-vous. Jasper? cria l'Eclaireur, vous entendez la proposition. Laisserons-nous partir les vagabonds, ou les marquerons-nous comme on marque les moutons dans un établissement pour pouvoir les reconnaître un jour?

— Qu'est devenue Mabel Dunham ? demanda le jeune homme en fronçant le sourcil. Si l'on a touché un seul cheveu de sa tète , malheur à la tribu des Iroquois !

— Elle est en bas, auprès d'un père mourant. Nous n'avons pas de représailles à exercer pour la blessure que le sergent a reçue. Quant à Mabel...

— La voici ! s'écria la jeune fille, qui était montée sur la plate-forme en voyant la tournure que prenaient les choses ; la voici I Elle vient, au nom de notre sainte religion, vous conjurer de ne plus verser de sang. Il y en a eu assez de répandu déjà , et si ces hommes veulent se retirer, s'ils veulent s'éloigner en paix, qu'on ne les retienne pas. Mon pauvre père approche de sa fin; ne troublez pas ses derniers moments. Allez, Français et Indiens, nous ne sommes plus vos ennemis!

— Ta, ta, ta, interrompit Cap, c'est de la poésie religieuse, mais ça n'a pas le sens commun. L'ennemi est prêt à frapper ; Jasper va lâcher sa bordée, et il a sans doute des embossures à ses câbles; l'Eclaireur a l'oeil et la main aussi sûrs que l'aiguille aimantée , et si vous ne vous en mêlez pas , nous allons acquérir une part de prise et de l'honneur par-dessus le marché.

— Ma foi, dit l'Eclaireur, je penche pour l'opinion de Mabel. II y a eu assez de sang versé, et quant à l'honneur que nous pourrions acquérir, il est propre à séduire de jeunes enseignes et des recrues, plutôt que des chrétiens réfléchis. Il y a de l'honneur à faire ce qui est bien, et du déshonneur à faire ce qui est mal , et je crois qu'on a tort d'ôter la vie même à un Iroquois sans un but d'utilité. Ainsi , lieutetenant Muir, laissez parler eux-mêmes vos amis les Français et les Indiens.

— Mes amis! dit Muir en tressaillant; vous ne donnerez pas ce nom aux ennemis du roi , parce que la fortune des combats m'a jeté entre leurs mains. Les plus grands guerriers des temps anciens ou modernes ont été prisonniers de guerre , et maître Cap est là pour vous attester que nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour échapper à ce malheur.

— Echapper est le mot propre , repartit sèchement le marin : nous nous sommes cachés si discrètement, que nous serions encore dans notre trou sans la nécessité de refaire la soute au pain. Vous vous êtes serré dans cette occasion comme un lapin, quartier-maître, et, le diable m'emporte ! j'ai été émerveillé de la manière précise dont vous connaissiez ce gîte! Vous vous y êtes rendu aussi directement qu'un matelot novice se rend à l'arrière quand il s'agit d'arrimer le foc !

— Et ne m'avez-vous pas suivi? Il y a des moments dans la vie humaine oii la raison, tenant lieu de l'instinct, s'élève à un degré...

— Et oii les hommes descendent , interrompit Cap en ricanant : on dit que le diable ne ferait pas un marin d'un homme qui ne sait pas grimper très-haut; il semble qu'il ne ferait pas davantage un «oldat d'un homme qui ne saurait pas s'enfoncer très-bas.

Là-dessus, Cap rit de plus belle ; l'Eclaireur l'imita toujours avec sa réserve accoutumée, et Jasper, quoique préoccupé par le sort de Mabel, ne put s'empêcher de sourire. Le vieux marin s'imagina qu'il avait fait une délicieuse plaisanterie , et pour récompenser ses auditeurs de valider ses prétentions à l'esprit, il fut disposé à leur céder dans la discussion principale.

Après une courte délibération , tous les sauvages furent réunis sans armes à cent pas du fort, et sous le feu du Véloce. Le guide descendit à la porte du blockhaus , et régla les conditions définitives de l'évacuation de l'île. Eu égard aux circonstances , elles n'étaient déshonorantes pour aucun des partis. Les Indiens, par mesure de précaution, puisque leurs forces étaient quadruples de celles de leurs adversaires, furent obligés d'abandonner toutes leurs armes, même leurs coutelas et leurs tomahawks. L'officier français, M. Sanglier, surnommé Cœurde-Pierre , représenta que ce procédé avait pour ses alliés quelque chose d'humiliant; mais ses arguments furent combattus par l'Eclaireur, qui avait été témoin de plusieurs massacres, et savait le peu de prix que les sauvages attachaient à leurs promesses quand elles étaient contraires à leur intérêt.

Le second article du traité ne fut pas moins important. Il obligeait le capitaine Sanglier à rendre les prisonniers, qui étaient sous bonne garde dans la caverne même oii Cap et Muir avaient cherché un asile. Lorsque ces hommes furent amenés, il s'en trouva quatre qui n'avaient aucune blessure, et qui s'étaient laissés tomber uniquement pour sauver leur vie : artifice très-usité dans les guerres d'Amérique. Parmi les autres, il y en avait deux qui , très-légèrement atteints, étaient encore en état de servir. Comme ils avaient leur* fuùls , ce renfort

L'ONTARIO

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