CHAPITRE X
L'instinct suppléait chez Hetly à l'absence de raisonnement dont l'accusaient généralement ceux qui n'appréciaient que superficiellement sa manière d'être. En abordant la rive à l'endroit même que ses amis venaient de quitter , elle imprima avec son pied au canot un mouvement de rotation qui le fit descendre dans la direction du château de son père. A la surprise de Nathaniel et de Judith , ils aperçurent le faible esquif complètement vide et abandonné au gré du courant.
Mettez le cap au large, Delaware! s'écria Nathaniel, j'aperçois
le canot qu'Hetty a sans doute abandonné avant de pénétrer dans la forêt.
Hetty! Hetty! cria Judith, dont la voix tremblante trahissait l'angoisse ; pouvez-vous m'entendre ? pour l'amour de Dieu , répondezmoi !
Je suis ici, Judith; ici, à terre où il serait mutile de me suivre ,
car je me sauverais dans les bois.
Oh! Hetty, qu'allez-vous faire? Il est près de minuit, et les bois
sont remplis d'Indiens et de bêtes féroces.
— Ils ne feront pas de mal à une pauvre idiote comme moi , ma chère Judith ; Dieu me protège ici comme dans l'Arche ou dans le château. Je vole au secours de mon père et du pauvre Ihny Hurry , qui seront torturés et assassinés si personne n'intercède en leur faveur.
Nous y songeons comme vous, et demain nous enverrons une ran-
çon pour les racheter; revenez donc, ma sœur, et fiez-vous à non» qui avons l'esprit plus sain ; nous ferons tout ce qu'il est possible de faire pour sauver notre père.
— Je sais que votre esprit est plus fort que le mien , Judith , car le mien est bien faible; mais rien ne peut me détourner de mon dessein. Gardez le château, vous et Nathaniel, et laissez-moi dans les mains de Dieu.
— Nous sommes tous sous la garde de Dieu, Hetly, et c'est un péché que de ne pas se confier à sa bonté. Vous ne pourrez rien faire dans l'obscurité, vous vous égarerez et vous mourrez de faim.
— Dieu ne peut pas abandonner une pauvre fille qui veut sauver son père; j'irai trouver les sauvages.
— Revenez pour cette nuit seulement , et demain matin nous vous laisserons faire comme vous voudrez.
— \'ous le dites et vous le pensez aussi , mais demain vous ne me laisseriez pas partir. Votre cœur faiblirait et vous n'auriez plus devant les yeux que des tomahawks et des scalpels. Et puis j'ai à dire au chef indien quelque chose qui servira mes projets , et je l'oublierais si j'attendais trop longtemps. Vous verrez que sitôt que je lui aurai parlé il mettra mon père en liberté.
— Pauvre Hetty ! que pourriez-vous dire à un sauvage qui pût modifier ses projets sanguinaires ?
— Je ferai entrer le remords dans son âme, et vous verrez, ma sœur, que je vous ramènerai mon père.
— Voulez-vous me dire, Hetty, ce que vous avez l'intention de dire au sauvage? demanda OEil-dc-Faucon; je les connais assez pour juger si vos paroles aurontquelque effet sur leur résolution. Si elles ne sont pas appropriées aux idées d'un Indien, vous ne réussirez pas.
— £h bien donc , ^'athaniel, comme vous semblez un bon et honnête garçon, je vais vous le dire ; je me tairai jusqu'à ce que l'on me mette en présence du chef. Alors il apprendra par ma bouche que Dieu ne pardonne ni le meurtre, ni le vol, et qu'en admettant que mon père et Hurry fussent partis avec l'intention de scalper les Iroquois, il doit rendre le bien pourle mal, suivant les commandements de la Bible ; sinon il s'expose aux châtiments étemels. Lorsque cette vérité aura pénétré son esprit, il laissera partir mon père et Hurry.
Cette saillie naïve de la simplicité d'esprit de la jeune fille rendit Nathaniel muet de stupéfaction. Judith venait d'imaginer un moyen de contrecarrer le projet insensé de sa jeune sœur, lorsque le bruit des feuilles et le craquement des branches lui apprirent qu'elle s'enfonçait dans le bois. Elle l'appela en vain par son nom ; les échos seuls de la forêt lui répondirent. Toute poursuite eût été folle et inutile ; en conséquence, l'Arche reprit sa course vers son ancrage habituel, Nathaniel se félicitant intérieuremeut d'avoir retrouvé le cinot et dressant ses plans en prévision des événements du lendemain. En moins d'une heure la petite troupe atteignit le château. Tout était dans le même état, et l'on prit, pour y pénétrer, les précautions qui avaient été mises en usage pour le quitter. Judith occupa cette nuit une couche solitaire, inondant l'oreiller de ses larmes, à la pensée que sa compagne d'enfance errait dans les bois à la merci des bêtes féroces et des sauvages. Nathaniel et le Delaware se retirèrent dans l'Arche, où nous les laisserons jouir d'un sommeil paisible poursuivre Hetty dans sa course à travers la forêt.
La nuit était si obscure sons la voûte épaisse des arbres, que sa marche fut lente et incertaine. Elle erra ainsi deux heures au milieu des profondeurs des bois , déchirant ses pieds délicats aux ronces et aux cailloux qui jonchaient le sol. A la fin ses forces l'abandonnèrent et elle sentit le besoin de chercher un lieu de repos pour la nuit. Elle n'ignorait point que des bêles sauvages erraient aux alentours de la forêl, mais son père lui avait appris qu'elle renfermait peu d'animaux qui fissent leur nourriture de la chair humaine , et que les serpents dangereux étaient presque inconnus dans cette partie de la contrée. Elle commença donc ses préparatifs pour la nuit avec autant de sang-froid et de promptitude que si elle les eût faits dans la maison de son père. Elle se fit un lit des leuilles répandues en quantité autour d'elle; puis, s'agenoniUant au pied de cette couche improvisée, élevant ses mains vers la voûte ombragée, elle murmura d'une voix douce et claire la prière du Seif^neur, et se coucha, s'cndormant bientôt du sommeil calme et paisible de l'innocence.
Les heures de la nuit s'écoulèrent, et l'aube pénétrait déjà de sa lueur incertaine les rares interstices des arbres qu'Hetty Huiler dormait encore. Cependant la fraîcheur de la rosée commençait à agir sur ses membres engourdis , un sourire vint effleurer ses lèvres , il 'où s'échappèrent quelques mots inarticulés; elle étendit ses bras comme un enfant qui cherche le premier baiser de sa mère. Ce changement de posture laissa retomber sa main sur un objet doux et chaud qui paraissait reposer k côté d'elle, et qui aux mouvements involontaires qu'elle avait faits sembla se fourrer plus avant sous le lit de feuilles et la soulevait comme pour prendre la place qu'elle occupait. Elle prononça le nom de Judith et s'éveilla tout à fait. En ouvrant les yeux elle aperçut devant elle un petit ourson brun de l'espèce commune d'Amérique, se balançant sur ses pattes de derrière et paraissant inquiet de son réveil. La première impulsion d'iletly, qui avait eu souvent en sa possession de jeunes animaux de cette espèce, fut de s'en empirer, mais un sourd rugissement l'avertit du danger. Elle recula de quelques pas, regarda autour d'elle et aperçut la mère qui épiait ses mouvements.
OEIL-DE-FAUCON
iif
roulant des yeux féroces, à une petite distance du lieu où elle avait passé la nuit; le voisinage de cet animal était dû à un tronc d'arbre où des abeilles ayant déposé des rayons de miel , quatre ours et deux autres petits se délectaient de cette nourriture, dont leur espèce est très-friande.
Les influences qui gouvernent les actes des classes inférieures d'animaux dépassent la perception humaine. Dans cette circonstance la mère ne manifesta aucune intention d'attaquer la jeune fille. Elle quitta le tronc d'arbre, s'avança à vingt pas environ et , s'asseyant sur ses pattes de derrière, elle balança sou corps en faisant entendre un grognement sourd et prolongé. Hetly ne chercha pas à se sauver; au contraire , émue de terreur, elle s'agenouilla et, tendant les bras vers l'animal, elle répéta sa prière de la veille. Lorsqu'elle se releva, l'ourse rassembla ses petits autour d'elle et se mit paisiblement à les lécher, rietly crut devoir profiter de cette occasion pour continuer sa course le long de la lisière du lac. La famille oursine se mit à la suivre à une petite distance, observant ses gestes et ses moindres détours.
La jeune fille parcourut un mille environ avec son étrange escorte. Elle atteignit un ruisseau qui s'était creusé un lit dans le sol et allait tortueusement se jeter dans le lac, encaissé entre des pentes hautes et roides recouvertes d'une riche végétation. Hctty s'arrêta pour faire ses ablutions; puis, se désaltérant à l'eau pure et limpide de la source, elle reprit sa course fraîche et légère et toujours suivie de ses velus compagnons. De l'autre côté du ruisseau le terrain changeait d'aspect ; une terrasse élevée au-dessus de ses bords conduisait par une pente douce à une seconde plate-forme plus élevée , qui faisait partie de la vallée qu'encadraient obliquement les montagnes jusqu'à la partie sud du lac. Hetty reconnut qu'elle approchait du camp, et, l'eùt-elle ignoré, que les ours l'eussent avertie du voisinage des créatures humaines. Aspirant l'air de ses naseaux, la mère s'arrêta; en vain, la jeune fille l'invita des yeux et de la voix par des appels enfantins à la suivre. Pendant qu'elle était ainsi occupée poursuivant lentement sa marche à travers les broussailles et la tête tournée vers l'animal immobile, elle sentit qu'une main pesait légèrement sur son épaule.
— Où allez ? dit «ne voix douce et féminine à mots entrecoupés et rapides. Indiens! Peaux-Rouges I sauvages 1 méchants guerriers par là-bas.
Cette interpellation inattendue n'alarma pas plus la jeune fille que la présence du féroce habitant des bois. Il est vrai de dire que la créature qui se tenait devant elle était peu faite pour inspirer la terreur. C'était une jeune fille de son âge environ dont le sourire était aussi attrayant que celui de Judith et à la voix mélodieuse. La beauté n'est pas inconnue parmi les femmes des Américains aborigènes avant qu'elles aient été exposées aux travaux douloureux de femme et de mère.
Celle qui venait d'arrêter si soudainement les pas d'Hetty portait une mantille de calicot qui couvrait la partie supérieure de son corps. Un court jupon de drap bleu bordé d'un galon d'or descendait à moitié au-dessous du genoux, des genouillères de même étoffe et des moccassins de peau de chevreuil complétaient son costume. Ses cheveux , séparés au milieu d'un front bas et uni, retombaient sur ses épaules en longues tresses noires et soyeuses. L'ovale de sa figure était parfait; ses traits réguliers et délicats; sa bouche rose et souriante laissait entrevoir une rangée de petites perles blanches alignées. Elle devait le nom qu'elle portait à la douceur remarquable de sa voix. On l'appelait Wah-tah-Wah; c'était la fiancée de Chingachgook, qui, ayant réussi à endormir les soupçons de ses geôliers, avait la permission d'errer autour du camp. Cette indulgence s'accordait avec la politique ordinaire des Peaux-Rouges, qui du reste étaient sûrs de suivre sa trace, en supposant qu'elle eût essayé de fuir. On se rappellera en outre que les Iroquois ou plutôt les Hurons, comme il convient mieux de les appeler, ignoraient entièrement que son fiancé fût si près d'eux; la jeune fille ne le savait pas davantage.
Il serait difficile de dire laquelle des deux, de la fille blanche ou de la fille rouge, manifesta le plus de surprise. Dans cette rencontre inattendue Wah-tah-Wah fut la première à en prévoir les conséquences et à aviser aux moyens de les détourner. Lorsqu'elle était enfant, son père, employé en qualité de guerrier par les autorités de la colonie, avait habité quelques années près des forts et la jeune Indienne y avait appris la langue anglaise, qu'elle parlait avec facilité mais avec l'expression laconique d'une Indienne.
— Où allez? répéta-t-elle rendant à Hetty son sourire bienveillant; méchants guerriers ici, bon guerriers bien loin.
— Comment vous appelle-t-on ? demanda Hetty avec la simplicité d'une enfant.
— Wah-tah-Wah, mais pas Mingo. Bonne Delaware. Yankeese amis. Mingos très-cruels, ils aiment scalper pour le sang. Delaware aiment aussi scalper, mais pour l'honneur. Yenez par ici , où il n'y a pas d'yeux méchants.
Elle conduisit sa compagne vers le lac, descendant le talus pour se mettre toutes deux à l'abri sous les arbres penchés et derrière les buissons. Elles s'assirent côte à côte sur un tronc d'arbre tombé, dont la partie supérieure baignait dans la rivière.
— Pourquoi venez-vous, et de quel lieu ?
Hetty raconta son histoire avec sa franchise et sa simplicité habi-
tuelles. Elle expliqua la situation de son père, elle révéla son intention de le servir et de le sauver s'il était possible.
— Pourquoi votre père est-il venu la nuit dans le camp mingo?
— Il a entendu le cri de guerre, il n'est pas enfant, la barbe couvre son menton, il sait que les Iroquois portent un tomahawk, un couteau, un fusil !
— Pourquoi lui venir la nuit me saisir par les cheveux et chercher à scalper la fille delaware ?
— Vous ! s'écria Hetty, qui pâlit d'horreur, il vous a saisie et il a essayé de vous scalper?
— Pourquoi pas? la chevelure delaware rapporte autant d'or que celle du Mingo, gouverneur ne fait pas de différence. Méchante chose pour pâle visage de scalper; le bon Tueur-de-Daims l'a dit à moi.
— Vous connaissez le Tueur-de-Daims? reprit Hetty rougissant de plaisir et oubliant un moment ses chagrins, je le connais aussi ; il est dans ce moment dans l'Arche avec Judith et un Delaware qu'on appelle le Grand-Serpent, un beau et hardi guerrier.
Malgré la sombre couleur de son visage, la joue de la beauté indienne se couvrit d'une teinte pourpre et ses yeux noir de jais brillèrent d'un éclat plus vif. Elevant un doigt sur sa bouche dans l'attitude du Silence, elle baissa la voix et continua.
— Chingachgook, son père Uncas grand chef des Mohicans après le vieux Tamenund. Plus comme guerrier; pas tant de cheveux gris et moins au feu du conseil. Vous connaissez le Serpent?
— Il nous a joints hier au soir, il était dans l'Arche avec moi pendant deux ou trois heures avant que je ne la quittasse; je crains bien, Wah-tah-Wah, qu'il ne soit venu pour chercher des chevelures aussi bien que mon pauvre père et Harry-Hurry.
— Pourquoi pas? Chingachgook est guerrier rouge, très-rouge, les chevelures sont ses trophées, il en prendra, soyez sûre.
— Alors, dit vivement Hetty, il sera aussi méchant que les autres, Dieu ne pardonnne pa% à un homme rouge ce qu'il défend aux visages pâles.
— Pas vrai, répliqua la fille delaware avec feu, pas vrai ! je vous le dis. Le Manitou sourit et est content lorsqu'il voit un jeune guerrier quitter le sentier de la guerre , avec deux dix, cent chevelures sur un bâton ; le père de Chingachgook a pris des chevelures, son grand-père et tant de vieux chefs en ont pris, et Chingachgook en prendra autant qu'il en pourra porter.
— Alors son sommeil doit être affreux à penser; nul ne peut être cniel et espérer le pardon !
— Pas cruel ! beaucoup de pardon, répondit Wah-tah-Wah frappant la terre avec son pied et secouant la tête d'un air mutin, je vous le dis, le Serpent est brave, il rentrera au wigwam avec quatre , six, douze chevelures.
— Est-ce donc là son but? est-il venu de si loin, a-t-il traversé les montagnes et les vallées, les rivières et les lacs pour tourmenter ses semblables et ne commettre que des actions cruelles ?
Cette question calma tout à coup la colère croissante de la beauté indienne et donna à ses pensées un cours plus doux et plus féminin. Elle regarda autour d'elle avec précaution comme si elle craignait d'être espionnée ; puis, fixant attentivement sa compagne, elle poussa plusieurs petits cris coquets et joyeux, et, jetant ses bras autour du cou d'Hetty, elle l'embrassa avec une tendresse de sœur.
— Vous, bonne, murmura-t-elle , vous bonne, je le sais. Wah-tah- Wah veut luie amie, ime soeur pour parler à son cœur, vous son amie, dis-je, pas vrai?
— Je n'ai pas eu d'amie, répondit Hetty lui rendant ses caresses avec la même amitié, j'ai une sœur, mais pas d'amie; j'aime Judith, Judith m'aime, mais c'est naturel, la Bible nous le dit, mais j'aimerais avoir une amie. Je serai la vôtre de tout mon cœur, car j'aime votre voix, votre sourire et votre manière de penser sur toutes choses, excepté sur les chevelures.
— Plus parler de cela, vous visage pâle, moi Peau-Rouge, élevées différemment; Tueur-de-Daims et Chingachgook grands amis et pas de même couleur; Wah-tah-Wah et... quel est votre nom, joli visage pâle?
— On m'appelle Hetty, mais, suivant la Bible, mon nom est Esther.
— Wah-tah-Wah et Hetty sont deux sœurs...
Passant un bras autour de la taille d'Hetty, la jeune Indienne pencha sa tête sur le visage de sa nouvelle amie et continua en riant :
— Helty connaît un jeune guerrier, elle l'aime presque comme père, pourquoi ne m'en parle-t-elle pas ; il doit être beau et brave ?
— C'est mal d'aimer un homme autant que son père, répliqua la consciencieuse Hetty, qui ne savait comment cacher l'émotion que cette simple question produisit sur elle , et je pense quelquefois que je tomberai dans cette faute si Hurry vient si souvent sur le lac. Je vous dis la vérité, chère Wah-tah-Wah, parce que vous me la demandez, mais je mourrais s'il fallait la lui dire.
— Pourquoi lui pas demander lui-même? Un jeune guerrier doit demander la jeune fille, et la jeune fille pas parler la première.
Ceci fut dit avec indignation el avec la chaleur ardente d'un esprit féminin et sauvage qui défend les plus grands privilèges de son sexe.
— S'il me demandait, répondit Hetty, si je l'aime autant que mon père, j'en mourrais, je vous le dis.
OEIL-DE-FAUCON
— Non, non, pas mourir lout à fait, mais rougir d'abord, et lui, pas rester longtemps, ])uis revenir; et alors tous les deux plus hcureui que jamais. Le jeune «urrrier dira à la jeune fille qu'il la veut pour femme, sans cela, elle ne jamais entrer dans son wigwam.
IJurry ne veut pas m'épouser... personne ne voudra m'ëpouser.
Comment savez-vous? Peut-être tout le monde feut épouser vous,
et bientôt la langue dira ce que ressent le cœur. Pourquoi personne vouloir vous épouser?
— Ils disent que je n'ai pas toute ma raison. Mon père me l'a souvent dit, et Judith, quelquefois, lorsqu'elle est fâchée. Mais je n'y ai fait attention que quand ma mère me l'a dit un jour ; puis elle s'est mise à pleurer, et c'est comme cela que je sais que je suis idiote.
Wah-tah-Wah contempla quelques instants la jeune fille sans parler; puis, la vérité se faisant jour dans son esprit, la pitié, le respect et la tendresse semblèrent se confondre en un même sentiment pour sa jeune compagne. Elle se leva brusquement et lui fit signe de la suivre dans le camp. Cette brusque résolution fut prise par VVah-tah-Wah parce qu'elle était désormais certaine que les sauvages respecteraient une jeune fille visitée parle Grand-Esprit.
Chingachgook reçut un serrement de main cordial de Judith et un salut plus réservé de Hetty.
Hetty suivit sa nouvelle amie sans crainte ni répugnance, continuant la conversation et adressant à sa compagne de nouvelles questions.
Vous n'êtes pas pauvre d'esprit, vous; il n'y a donc pas de raison
pour que le Serpent refuse de vous épouser.
Wah-tah-Wah est prisonnière, et les Mingos ontdelongues oreilles.
Pas parler de Chingachgook devant eux. lionne Hetty, promettre cela?
Je sais , je sais. — Nathaniel et le Serpent veulent vous enlever
des mains des Iroquois, et vous ne voulez pas que j'en parle.
Comment, vous savoir?... interrompit vivement Wah-tah-Wah
contrariée dans ce moment que sa compagne ne fût pas plus obtuse de compréhension. — Comment, vous savoir?... Mieux ne parler que du père et d'Hurry. Promettez de ne pas parler quoi ne comprenez pas. Si Serpent veut voir Wah-tah-Wah, Ilctly aussi veut voirllurry. Une bonne fille ne dit pas le secret de son amie.
Hetty comprit cet appel et promit à la jeune Delaware de ne faire aucune allusion à la présence de Chingachgook ou aux motifs de sa visite sur le lac. Ainsi rassurée, l'Indienne reprit avec sa compagne blanche le chemin du camp ennemi.