CHAPITRE XXYII
Le soleil allait atteindre son zénith dans quelques minutes lorsque OEil-de-Faucon débarqua sur la pointe où les Hurons avaient transporté leur camp. Le sol était moins accidenté et moins encombré d'arbres que celui de leur premier établissement. Çà et là les sauvages et les chasseurs avaient allumé du feu, et sur l'emplacement de ces foyers avaient poussé de verts gazons, si rares dans les forêts vierges.
Lorsque les Indiens virent leur prbonnier s'avancer d'un pas ferme, ils poussèrent un cri général de surprise et d'admiration. Le plus âgé des guerriers, assis avec ses compagnons sur un arbre abattu, leva les yeux et fit remarquer à ses compagnons la position du soleil, qui marquait exactement le milieu du jour. Les farouches guerriers se regardèrent, les uns remplis d'envie et de dépit, les autres étonnés de l'exactitude de leur victime, et quelques-uns pénétrés d'une générense compassion.
Les Indiens- Américains s'étaient fait comme les Européens des points d'honneurimaginaires pour remplacer les déductions de la justice et de la raison. Ce n'était rien pour eux de tuer un ennemi si on ne lui enlevait la chevelure, et ce trophée même avait beaucoup moins de prix que les gémissements et les plaintes qu'on pouvait arracher à un captif en le torturant. En permettant à leur prisonnier de s'éloigner, la plupart des Iroquois avaient espéré qu'il manquerait à sa parole, et ils comptaient sur une victoire morale, plus importante pour eux que tout autre succès ; mais les vieux chefs n'avaient pas douté du retour d'un homme qui avait montré tant de sang-froid, de droiture et de bravoure.
La réunion de la tribu offrit au Tueur-de-Daims un spectacle imposant. A la droite des chefs, assis sur le tronc d'arbre, se tenaient les
OEIL-DE-FAUCON
jeunes gens armés ; ï la gauche , les femmes et les enfants. Devant eux s'étendait un vaste espace, toujours couvert d'un dais de feuilles, mais dont on avait enlevé avec soin le bois mort et les broussailles. Les arceaoi de la forêt y jetaient leurs ombres , dont l'épaisseur était tempérée par les brillants rayons du soleil qui pénétraient à travers les massifs de verdure. C'était un paysage pareil à celui qui a dû inspirer à l'homme l'idée de l'architecture gothique, car le jeu des ombres et de la lumière produisaitdans ce temple naturel le même eflfet que dans une église du moyen âge. Suivant un usage assez général parmi les tribus errantes des Aborigènes, deux chefs se partageaint l'autorité : l'un, le Chêne -Fendu, était connu par sou éloquence dans la discussion, par sa sagesse au conseil, par sa prudence dans les résolutions ; son rival , qu'on appelait la Panthère, avait une réputation méritée de courage, de perfidie et de férocité. i\i l'un ni l'autre ne prononcèrent une parole lorsque l'homme blanc parut au milieu du cercle , et ce fut lui qui les apostropha avec la fermeté et la^^simplicité qui le caractérisaient.
Judith, parée de la robe de brocart, parait au miueu Jos Itoqujis.
— Me voici , Mingos, dit-il dans le dialecte des Delawares que la plupart des assistants comprenaient, me voici, et voilà le soleil! Il n'est pas plus fidèle aux lois de la nature que je ne le suis à mon serment. Je suis votre prisonnier , faites de moi ce qu'il vous plaira. Mes affaires avec le monde sont réglées ; il ne me reste plus qu'à aller trouver le Dieu des chrétiens, comme il convient à ma nature et à mon éducation.
A ces mots, un murmure d'approbation échappa même aux femmes, et la tribu éprouva le désir presque unanime d'adopter un aussi intrépide guerrier. Cependant cet avis trouva des contradicteurs, entre autres la Panthère et sa soeur la Sumac, ainsi nommée à cause du nombre de ses rejetons , veuve du Loup -Cervier que le captif avait tué. Le frère cédait à l'entraînement de sa cruauté instinctive, et la sœur à la soif de la vengeance. Le Chêne -Fendu ne partageait point ces mauvaises passions. Il se leva , et, arrondissant le bras avec une courtoisie princière, il s'exprima en ces termes :
— Visage pâle, vous êtes honnête; mon peuple est heureux d'avoir pris un homme, et non un timide renard. Nous vous connaissons maintenant, et nous vous traiterons comme un brave. Si vous avez tué un de nos guerriers et aidé à en tuer d'autres, vous êtes prêt à donner votre vie en échange de la leur. (Quelques- uns de mes guerriers pensaient qu'un visage pâle avait trop peu de sang et refuserait de le laisser couler sous le couteau des Hurons. Vous nous prouvez qu'il n'en est rien ; vous avez l'âme aussi solide que le corps. Si mes guerriers disent qu'il ne faut pas oublier la mort du Loup -Cervier, et qu'il ne peut s'en aller seul dans la terre des esprits, ils se rappelleront qu'il est tombé sous les coups d'un brave, et ils vous enverront à lui avec de tels témoignages d'estime, qu'il ne rougira pas de vous avoir pour compagnon de voyage. J'ai parlé : vous savez ce que je vous ai dit.
— Oui, Mingo, je le sais, reprit le chasseur ; et ce qu'il y a de plus important, je devine ce que vous avez voulu dire. Je crois que votre
Loup-Cervier était un homme de cœur; mais je ne me sens pas indigne de lui tenir compagnie, même quand vous ne me donneriez point de passe-port. Au surplus, les discours sont de vaines fanfaronnades. J'arrive : traitez-moi comme vous voudrez.
Le Chêne Fendu fit un signe d'assentiment, et les chefs tinrent entre eux une courte conférence, à la suite de laquelle le prisonnier obtint la liberté de se promener sur la pointe en attendant qu'on eût décidé de son sort. Cette marque de confiance était assez illusoire , car les jeunes guerriers formaient déjà sur la rive un long cordon de sentinelles. On avait eu aussi la précaution d'amarrer en lieu sûr le canot sur lequel était venu OEil de-Faucon. Comme il avait rempli tous ses engagements et qu'il n'en avait pas contracté d'autres, ces mesures étaient nécessaires. Ses ennemis auraient été charmés qu'il cherchât à s'évader, et ils l'en auraient estimé davantage. Dans des occasions semblables, les sauvages offrent souvent à leurs victimes des facilités pour s'enfuir; ils pensent augmenter leur gloire en ressaisissant un fugitif, dont les facultés sont excitées par l'imminence du danger et qui a su se dérober à un excès de vigilance.
OEil-de-Faucon n'ignorait par ses droits; mais il chercha vainement des moyens de salut, et, après une heure entière d'observation, il fut obligé de revenir auprès du conseil, qui venait de terminer ses délibérations.
— Tueur-de-Daims, dit le Chêne-Fendu, les hommes âgés ont écouté de sages discours; ils sont prêts à parler. Vos pères sont venus d'un pays au delà du soleil levant. Nous sommes les enfants du soleil couchant; nous tournons le visage vers les grands lacs d'eau douce, quand nous songions à nos villages. La contrée qui s'étend du côté du matin peut être belle et abondante en richesses ; mais celle du côté du soir est agréable, et c'est avec plaisir que nous la regardons.
Le capitaine Warloy.
Quand nous tournons les yeux vers l'orient, nous avons peur; car de grands canots nous amènent un nombre toujours croissant de vos compatriotes, comme si leur pays débordait. Les hommes rouges sont décimés ; ils ont besoin de renfort. Une de nos meilleures cabanes est restée vide par la mort de son maître, et de longtemps son fils ne sera assez grand pour remplir sa place. Voici sa veuve : elle veut du gibier pour la nourrir elle et ses enfants, qui sont comme les petits du rougegorge avant de quitter leur nid. C'est par votre main que ce malheur lui est arrivé. Elle a deux devoirs à remplir : l'un envers le Loup-Cervier, l'autre envers ses enfants. Chevelure pour chevelure, sang pour sang, tel est le premier; nourrir la faiblessse, tel est le second. Nous vous connaissons, Tueur-de-Daims, vous êtes probe; quand vous dites une chose, ça est. Vous n'avez qu'une langue, et elle n'est pas fourchue comme celle d'un serpent. Vous ne vous cachez jamais la tête dans le gazon ; tout le monde peut la voir. Vous êtes juste : puisque vous ave* fait du mal, votre désir doit être de faire du bien le plus tôt possible. Voici la Sumac; elle est seule dans son wigwam avec ses enfauu, qui
OEIL-DE-FA UCON
pleurent autour d'elle en lui demandant du pain... Voilà une carabine chargée : prenez-la, allez tuer un daim et venez le déposer devant la veuve du Loup-Cervier. Nourrissez ses enfants, appelez-vous son mari. Après i|uoi votre coeur cessera d'être delaware pour devenir liuron. La Sumac n'entendra plus de plaintes, et ma tribu retrouvera le nombre de ses «jLierriers.
— Je craignais cette proposition, répondit OEil-de-Faucon, mais je m'en vais dissiper vite vos illusions. Mingo, je suis blanc et chrétien ; il me conviendrait mal d'aller prendre une femme parmi les païens, suivant les rites des Peaux-Rouges. Ce que je ne ferais pas en temps de paii, à la face du soleil, je le ferais encore moins derrière les nuages, pour sauver ma vie. Je ne me marierai jamais. La Providence, en me bnçant dans les bois, m'a sans doute destiné à y vivre seul : mais si je cessais de l'être, une femme de ma couleur prendrait place dans mon wigwam. Quant à nourrir les enfants du défunt, j'y consentirais volontiers, si je pouvais le faire sans me compromettre ; mais je ne le puis, car je ne saurais me résoudre à vivre dans un village huron. Que vos jeunes gens trouvent du gibier pour la Sumac 1 J'ai combattu loyalement son mari et il a succombé, c'est à quoi un guerrier doit s'attendre. Moi devenir Mingo!... Vous verriez plutôt des cheveux gris à un enfant et des mûres sur un sapin.
Ces mots excitèrent un mécontentement universel , les vieilles femmes surtout éclatèrent en murmures, et la Sumac, qui comptait assez d'années pour être mère de notre héros, donna le signal des imprécations. Mais l'injure dont elle était l'objet exaspéra surtout la Panthère. Ce chef barbare avait regardé comme une honte qu'on permît à sa soeur (l'épouser un Anglais, et avait seul refusé de consentir a un arrangement qui n'était cependant pas sans exemple parmi les Indiens. Il n'avait cédé qu'aux pressantes sollicitations de la veuve affligée. Furieui de la voir dédaignée, il s'écria :
— Chien des visages pâles , va hurler dans tes mauvais territoires de chasse !
Aussitôt il lança son tomahaxvk à la tête du prisonnier. Heureusement celui-ci , qui se tenait en garde, avait étendu le bras eu avant , et il saisit le manche de l'arme meurtrière avec une promptitude et une dextérité remarquables. La force d'impulsion était si grande, qu'elle entraîna le bras d'OEil-de-FaucOn derrière sa tête, et le plaça dans l'attitude nécessaire pour riposter à l'attaque. Soit qu'il fût tenté par cette circonstance imprévue, soit qu'une colère subite s'emparât de lui , le jeune homme oublia sa réserve. Ses yeux étincelèrent, une petite tache rouge parut sur cliacune de ses joues, et il lança de toutes ses forces le tomahaxvk à r..(;iisseur. Cecoup réussit d'autant plus qu'il était inattendu. La Panthère n'eut pas le temps de lever le bras ou de courber la tête. Atteint entre les deux yeux par la petite hache acérée, il fit un bond pour se jeter sur son ennemi , et tomba au milieu du cercle dans les convulsions de l'agonie. Son état désespéré attira toute l'attention de la tribu, et OEil-de-Faucon profita de cet instant rapide pour s'enfuir avec la rapidité d'une daim. Il avait passé une heure entière à calculer les chances d'une évasion, de sorte qu'au premier élan son corps était sous la direction absolue de son intelligence et qu'il n'éprouva pas la moindre hésitation.
'Tous les Iroquois, jeunes et vieux, femmes et enfants, quittèrent le cadavre de la Panthère pour se mettre à la poursuite du fuyard.
La bordure de buissons qui longeait les rives du lac était interrompue à la pointe, endroit fréquenté par les chasseurs .et les pêcheurs qui coupaient les arbustes pour faire du feu ; mais elle ne tardait pas à reprendre , et régnait dans toute son épaisseur le long de la plage adjacente. OEil-de-Faucon franchit rapidement la ligne des sentinelles , entra dans l'eau jusqu'aux genoux , et courut le long de la berge, à l'abri des buissons qui la couvraient. Plusieurs balles sifflèrent à ses oreilles et cassèrent même des branches auprès de lui, mais n'atteignirent même pas ses vêtemenis. Le retard causé par ces tentatives infructueuses fut d'un grand secours pour le fugitif, qui gagna du terrain avant que les Hurons eussent mis de l'ordre dans leur poursuite. Désespérant de l'atteindre s'ils persistaient h garder leurs carabines, ils les jetèrent aprèsles avoir déchargées, et crièrent aux femmes de les ramasser.
Le lueurde-Daims, apercevant un passage commode, s'enfonça tout à coup dans If bois et gravit diagonalement la pente d'un coteau qui n'était pas très-escarpé , mais qui olTrait cependant quelques obstacles. Quand il fut au sommet, il reconnut qu'il était séparé d'un second monticule par une profonde vallée. Aucune cachette ne se présentait à ses yeux; seulement un arbre abattu longeait parallèlement le bord du plateau sur lequel se trouvait INathaniel. Par une inspiration du désespoir, il sauta sur l'énorme tronc, se glissa dessous du côté qui faisait face à l'abîme, et se tapit, autant que possible, contre le flanc de la montagne. Toutefois , avant d'adopter ce parti , il se montra sur la hauteur et poussa un cri de triomphe comme s'il se fiit félicité de la descente qu'il apercevait. Bientôt il entendit les pas des Hurons.
Sans s'arrêter sur la cime, ils descendirent dans la vallée, et quelques-uns même sautèrent par-dessus l'arbre tombé. Quand ils furent aux pieds de la montagne voisine, ils firent une halte, et montrèrent l'indécision d'une meute dépistée. Ils examinaient en vain les leuilles mortes qui jonchaient le sol , le grand nombre de moccassius qui l'a- Taient foulé rendaient l'obitrvatioiu dificile. Natbaniel voyant leur
hésitation se prolonger, prit une résolution hardie. Il avait eu le temps de se reposer, d'apaiser les battements de son cœur, et de faire taire sa respiration , qui avait d'abord ressemblé à l'action d'un soufflet qu'on fait mouvoir rapidement. Plein de courage et d'espoir, il passa de l'autre côté de l'arbre, réussit à traverser le plateau en se traînant sur ses genoux, et descendit ensuite à grands pas , dans l'intention de reprendre son canot et de s'en servir pour retourner au château. Il ne rencontra chemin faisant que quelques femmes et quelques enfants, qui essayèrent de lui jeter des branches sèches entre les jambes, mais que la peur retint à distance respectueuse. Il arriva sans encombre à la pointe , et, après avoir pris de l'eau dans sa main pour rafraîchir ses lèvres desséchées, il s'approcha de son canot. Du premier coup d'œil il reconnut que les rames avaient été enlevées. C'était un triste désappointement après tant d'efforts, et le fugitif eut envie de revenir avec dignité au milieu du camp ; mais un cri infernal, que des sauvages américains étaient seuls capables de pousser , annonça l'approche de la bande , et l'instinct de la vie l'emporta. Natbaniel poussa le canot devant lui en donnant à l'avant une direction convenable; puis, après avoir réuni toute sa force dans un dernier effort , il s'élança de manière à retomber au fond du frêle esquif, sans en trop contrarier la marche. Il y resta étendu sur le dus , tant pour reprendre baleine que pour se mettre à l'abri des coups meurtriers. La légèreté qui facilitait d'ordinaire le maniement de la barque était alors un désavantage. Cette coquille d'écorce n'avait point d'équilibre; sans cela elle eût été lancée assez loin par l'impulsion qu'il lui avait donnée pour qu'il pût ramer avec les mains.
Couché au fond du canot, le jeune homme jugeait de ses mouvements par la situation des arbres qui couvraient le flanc de la montagne. Des voix tumultueuses annonçaient sur le rivage la présence des Hurons , et il les entendit parler de mettre à l'eau le radeau qui heureusement se trouvait de l'autre côté de la pointe à une distance considérable. Jamais peut-être la situation du fugitif n'avait été plus intolérable et plus critique.
Tout à coup les voix cessèrent , et un lugubre silence régna de toutes parts. C'était d'un sinistre présage; car les sauvages ne manquent jamais de se taire lorsqu'ils se préparent à frapper, et leurs allures ressemblent aux pas mesurés de la panthère qui va fondre sur sa proie. Incapable de supporter son incertitude, OEil-de-Faucon prenait son couteau pour faire un trou dans l'écorce , quand une balle traversa les deux côtés du canot à dix-huit pouces de sa tête. Le péril était imminent, mais notre héros avait vu déjà la mort de trop près pour s'épouvanter. Se retournant avec la plus extrême prudence , il appliqua son oeil au trou formé par la balle et put apercevoir la pointe ; il n'en était guère qu'à cent pieds, mais une légère brise du sud -ouest commençait à l'écarter du rivage. Jugeant prudent d'augmenter la distance, le navigateur réunit à l'avant les deux pierres rondes et lisses qui étaient comme d'ordinaire dans le canot pour servir à la fois de lest et de siège. 11 parvint à conduire avec les pieds celle de l'arrière jusqu'à la portée de ses mains et la roula auprès de sa compagne , ce qui servit à maintenir l'assiette de la barque, tandis qu'il reculait lui-même autant que possible à l'arrière. Avant de quitter la plage , Nathaniel jeta dans le canot une branche de bois mort pour lui servir d'aviron. Il mit à l'extrémité de ce bâton le bonnet qu'il portait et le fit voir par-dessus le bord du canot, mais en le tenant loin de sa personne. A peine cette ruse était-elle adoptée que le jeune homme eut la preuve qu'il avait mal apprécié l'intelligence de ses ennemis. Afin de témoigner de leur mépris pour un artifice aussi vulgaire, ils lui envoyèrent une balle qui lui effleura la peau. Il reprit son bonnet et le mit sur sa tète en guise de sauvegarde. Les Hurons ne parurent pas se douter de ce second stratagème ; ou , ce qui est plus probable, sûrs de recouvrer leur captif, ils voulaient le prendre vivant.
Pendant quelques minutes , OEil-de-Faucon se laissa emporter à la dérive ; mais il remarqua que sa pirogue virait lentement de bord , et qu'il ne pouvait voir par les trous de balle que les deux extrémités du lac. Il songea à ramer avec son bâton , dont la forme courbée lui permettait de manœuvrer sans se lever. Les clameurs qu'il entendit sur le rivage lui apprirent qu'il réussissait à s'éloigner, et l'encouragèrent dans ses efforts ; mais une balle vint couper le bâton en dehors du canot et le priva de toute espèce d'aviron. Fatigué de son travail, le fugitif prit le parti le plus sage : celui de fermer les yeux et d'attendre.