‹ Œuvres compl`etes (volume 2)Chapitre 12 sur 25 · U) P^. GS · texte numérisé non relu

U) P^. GS

«3t ainsi, vous tous qui êtes réunis dans celte église? Sortez d'ici, tous tant que vous êtes; ce n'est pas un lieu de sûreté pour vous. Nous sommes arrivés à ces temps que déplorait Jérémie ' : Se sauve qui peut; le temple de Dieu n'est plus un lieu de refuge, cherchez votre salut dans les montagnes. Et ne taxez pas mon zèle de fureur : j'ai pour moi l'exemple du Fils de Dieu, qui, la main armée de fouets, court indigné à travers le temple pour en chasser ceux qui le profanaient. Direz- vous que nos églises, en Italie, ne sont pas profanées par les mêmes impuretés qui souillaient le temple de Jérusalem? Ne les vojons-nous pas changées de. nos jours, par la perversité d'un grand nombre, je ne dirai pas en maisons ordinaires, mais en places publiques, mais en théâtres, et comme parle Tertullien, in consistoria imxjucUcitiœi Il est vrai que vous n'êtes pas tous du nombre de ces sacrilèges : mais tous ceux qui étaient dans le temple ne «levaient pas être non plus des vendeurs, des trafiquants, des hommes oubliant le respect dû au lieu saint ; et cependant Notre-Seigneur les chassa tous avec le fouet a la main : Intravit Jesus in templum Dei, et ejiciebat omnes : c'est que, quand il s'agit de sanctuaire profané, les innocents eux-mêmes doivent trembler. Sortez donc, sortez de l'église, tous tant que vous êtes. Hélas ! à quelle extrémité suis-je réduit par la malice de quelques-uns! accoutumés qu'ils sont à faire de l'église un lieu de désordre, ils m'obligent, à mon grand regret, de me priver aujourd'hui d'un si cher auditoire. — Mais non, restez, de grâce, restez au sermon et soyez plus attentifs que jamais, car j'espère rendre aujourd'hui à nos églises l'honneur qu'elles ont perdu. Seulement je vous prie de me pardonner si dans cette circonstance chaque parole de ma bouche est une invective, chaque accent un coup

(l) Jerem. 7.

de foudre : c'est que je suis trop vivement afFecté sur co sujet. Et vous, Ò mon Jésus, qui m'ordonnez de reprendre d'aussi graves excès , assistez-moi , fortifiez-moi ; voici mon cœur, embrasez-le; voici mes yeux, remplissez-les de larmes; voici, non pas ma main, mais ma langue, donnez, ah ! donnez-lui la force de votre fouet. Je ferai de mon côté tous mes efforts pour atterrer les sacrilèges, en leur faisant comprendre que par les immodesties scandaleuses qu'ils commettent dans les églises, — ils ôtent à Dieu le respect qui lui est dû, premier point ; — ils ôtent à Dieu son crédit, second point ; — ils ôtent à Dieu sa patience, et attirent sur leurs tètes les plus horribles châtiments, troisième point. — Mes frères, j'ai souvent désiré de mourir en annonçant la parole de Dieu; mais si cela devait m'arriver, je voudrais que ce fût en traitant ce sujet ; je voudrais consU' mer mon dernier souffle de vie en criant à haute voix : Sortez, criminels profanateurs, sortez de l'église! Ne faites pas de la maison de mon Père une caverne do voleurs; Vos antem fecistis illam speluncara latronum^. Je m'adresse à vous de jiouveau, ò mon doux Jésus! assistez-moi, inspirez-moi la vigueur et l'énergie : c'est votre cause que je plaide. Et vous, mes frères, écoutez-moi, et je suis certain que désormais vous porterez plus de respect aux églises.

PREMIEPw POINT.

II. L'univers entier est un vaste temple, où toutes les créatures, avec un merveilleux concert, chantent les louanges de Dieu ; le saint roi David se joignant à elles excitait son âme à mêler ses soupirs à leurs accords : - Bénis le Seigneur, ô mon âme, dans tous les lieux de sa domination : » In omni loco dominationis ejus, bene-

{\)Matth. Si. i3.

die, anima mea , Domino ^ . C'est ainsi que louaientDieu, Elie sur la montagne, Jérémie dans un puits, Daniel dans la fosse aux lions, les trois jeunes gens dans la fournaise, et Jonas dans le ventre de la baleine, comme s'ils eussent été prosternés devant le Propitiatoire. Néanmoins, quoique Dieu doive être reconnu, adoré et respecté en tout lieu, on ne peut dire qu'il ait fait de tous les lieux sa propre maison, comme il l'a fait pour les églises. Temples sacrés, si nous tous qyi sommes ici nous venions à comprendre une bonne fois le respect qu'on vous doit, tous à l'instant nous nous prosternerions la face contre terre, pour baiser humblement ce pavé que nous foulons aux pieds. Promenez les regards autour de vous, mes respectables auditeurs, et regardez tous ces objets sacrés... Que signifient ces autels, ces saintes images, ces ornements, ces lumières et ces splendeurs qui inspirent tant de piété et de vénération ? Savez-vous ce que tout cela signifie ? Voici ce que prêchent tacitement au cœur tous ces signes de piété et de dévotion : ils vous disent que l'église est une image du ciel, qu'elle est proprement la maison de Dieu sur la terre, oui, la maison de Dieu sur la terre, son palais, son habitation royale, où il élève son trône pour être reconnu et adoré de ses fidèles. Non est hic aliud nisi domus Dei et porta cœli^. Oh! si un rayon de la lumière céleste éclairait nos yeux, quelle multitude d'anges nous verrions habiter dans nos églises pour faire cortège à leur souverain, et saisis d'une sainte frayeur, nous redirions tous avec Jacob : Quam terrihilis est locus iste^! « Oh! cjue ce lieu est terrible! >> Et en effet, combien de fois n'a-t-on pas vu les saints anges assister au divin sacrifice, et former une couronne autour des autels devant lesquels ils s'inclinaient avec respect jusqu'à terre. Un saint

(1) Psal. 102. 32. (2) Gen. 28, 17. (3) /tW.

ermite voyant conlinaellement nn jeune homme d'une beauté surhumaine, qui se tenait jour et nuit près d'un autel, et lui ajant demandé un jour qui il était et ce qu'il faisait là : « Je suis l'ange, dit-il, à qui Dieu a confié la garde de cet autel depuis le moment où il fut consacré. » Saint Jean Chrysostôrae, toutes les fois qu'il célébrait la sainte messe, voyait, au rapport de saint Nil, abbé, son disciple, une multitude d'anges qui aidaient les ministres sacrés dans leurs saintes fonctions. Il est donc vrai, chrétiens, qu'ici dans l'église. Dieu ne demeure pas incognito^ comme dans les autres lieux; il j est, au contraire, assis sur un trône ; il y est avec toute sa cour, avec toute sa gloire ; ici il règne, il préside, c'est ici qu'il veut être adoré et remercié comme étant dans sa propre maison. Ne vous étonnez donc pas que les saints n'entraientjamaisdans les églises qu'avec une sainte terreur. Saint Jérôme n'osait y entrer lorsque un fantôme impur avait troublé son esprit pendant le sommeil de la nuit. Saint Ambroise réprimandait ceux qui, en toussant ou en se mouchant, interrompaient le silence religieux du lieu saint. Saint Martin s'y tenait toujours pâle et tremblant, et lorsqu'on lui en demandait la raison, il répondait : « Comment voulez-vous que je ne tremble pas, tandis que Dieu est ici présent ! tandis que je suis dans la maison de Dieu! tandis que je me trouve ici avec toute la cour céleste ! »» Aussi ne voulut-il jamais s'asseoir dans l'église, ni même s'y tenir appuyé; il s'y tenait toujours debout ou à genoux. Ne vous étonnez pas, je le répète, si les saints avaient tant de respect pour les églises, puisque, vivement éclairés des lumières de la foi, ils y voyaient, en abrégé, tout ce qu'on voit et tout ce qu'on adore de bon, de beau et de saint dans le paradis même. Heureuse enceinte, autels sacrés, mon cœur est attendri en vous voyant tout pétris, pour ainsi dire, de religion et ornés de majesté? Quel beau,

quel édifiant spectacle de voir tant d'images vénérées» tant de reliques de saints, tant de signes de piété! O Dieu! qui ne se sent ravi, rien qu'en respirant cetto atmosphère bénie, purifiée par tant de pieux soupirs, tant de fois parfumée par l'encens sacré, consacrée par la prière, la psalmodie et la parole de Dieu? 0 églises bénies, temples sacrés, quelle piété, quel respect et quelle révérence ne vous doit-on pas !

III. Piété, respect et révérence! Aujourd'hui du respect aux églises! Aujourd'hui de la piété et de la révérence aux églises ! Aujourd'hui ! Grand Dieu ! où en suis-je? Quelle piété, quelle révérence, quel respect porte-t-elle aux églises, cette femme vaine qui toute la semaine s'arrange, s'orne et s'embellit pour s'étaler aux jours de fêtes dans les églises? Quel respect porte-t-il aux églises ce jeune homme qui, toute la semaine, soupire après le dimanche pour poursuivre cette pauvre jeune fille jusque dans l'église? Quel respect porte-t-il à l'église ce libertin que l'on voit pendant la sainte messe et la célébration des divins offices parler, rire et jeter çà et la des regards immodestes, et que l'on dirait possédé d'une légion de démons ? Vous le vojez en présence du tres-saint Sacrement, s'asseoir ou se promener, causer, plaisanter, s'amuser avec un voisin assis à côté de lui, comme s'il assistait à une comédie. Mais c'est peu encore; vous le voyez, le dirai-je? Mais pourquoi le taire? saint Jean Chrysostôme le dit bien à qui ne veut pas l'entendre : vous le voyez aller à la rencontre de cette Vénus toute chargée de bijoux et de rubans, des qu'il la voit paraître sur le seuil de l'église, s'incliner devant elle, lui baiser la main, lui faire des révérences, lui offrir le bras et la conduire comme en triomphe, et bravant Jésus-Christ et le christianisme, la planter en face de l'autel, et là, tournant le dos à Notre- Seigneur et à la sainte Vierge, s'arrêter à la contempler»

à Tencenser dans la maison de Dieu, en face de Dieu, au mépris de Dieu. Comment les murailles mêmes de Téglise ne se révoltent-elles pas d'un pareil outrage ? Comment <îes pierres, quoique muettes, ne parlent-elles pas? Comment les anges du moins ne descendent-ils pas à l'envi pour lancer la foudre en voyant des désordres aussi <ìVÌ3intsì S cor tis phis rêver entiœ quam Deo epchihemus. Mais, grand Dieu ! ne sufRt-il pas d'entendre de tels reproches pour être saisi d'horreur et d'épouvante? Et pourtant cet impie, ce sacrilège qui m'écoute, ne rentre pas encore en lui-même, et n'éprouve aucun remords d'avoir tant de fois manqué de respect à Dieu dans ses églises.

IV. Seigneur, peut-être tenez-vous peu de compte du respect qu'on vous doit? — Ah ! il n'est rien, au contraire, dont Dieu soit plus jaloux que du respect qu'il exige des siens dans ses églises. Dans le temple de Salomon, qui pourtant n'était pas consacré par des mystères aussi augustes que les nôtres, Dieu faisait apparaître une nuée merveilleuse qui était le trône visible de son invisible présence, et s'appelait à cause de cela « la gloire du Seigneur, » gloria Domini^. Mais comment voulait-il que les prêtres et tout le peuple assistassent à cet auguste spectacle? Humiliés et prosternés la face oontre terre : Proni in terram super pavimentum^ . ^ La raison, c'est que Dieu exige ce respect, même de ses amis les plus intimes, les plus familiers : c'est pourquoi les séraphins eux-mêmes, qui sont pourtant les princes de son trône, ne peuvent se tenir en sa présence que recouverts de leurs ailes, en signe de leur profonde vénération. Et vous, vers de terre, vous viendrez à l'église, c'est-à-dire devant le trône du Dieu vivant, uniquement pour voir, pour rencontrer quelque visage

(Ì) îlParalip. 5. 14. (2) II Roj. 7. 3.

agréable, ou pour parler d'affaires, de bagatelles, de nouvelles, et peut-être même pour vous permettre les licences les plus déhontées? Ah! revenez sur la terre» fervents chrétiens de la primitive Eglise, vous qui, au dire de Tertullien, vous teniez dans le lieu saint avec tant de modestie, tant de révérence, que vous sembliez être des anges du ciel, au point que si par malheur il arrivait à Tun de vous de souffler un seul mot, aussitôt son voisin se tournait vers lui, le doigt sur la bouche, et lui disait à voix basse : Dieu nous voit. Dieu nous le rendra : Dominus videt, Dominus redclit; vousmêmes, chrétiens des premiers siècles, faites entendre .à ceux qui m'écoutent que les églises ne sont pas faites pour y tenir conversation ou s'y donner rendez-vous, mais bien pour adorer Dien, pour rendre grâce à Dieu, pour obtenir de Dieu le pardon de nos péchés. Et nous [aveugles, et nous hommes de peu de foi, que faisonsnous dans les églises ? Remarquez, je vous prie, quel horrible contraste : tout notre bien nous l'avons dans les églises, nous le recevons des églises, et c'est dans îles églises que nous commettons le plus de mal. S'il y a des bruits de guerre, ne courons-nous pas aussitôt dans les églises pour demander la paix ? Si la terre ingrate nous refuse le fruit des semences qu'elle a reçues, n'allonsnous pas y implorer l'abondance? Si l'air infecté nous menace de ses malignes influences, n'allons-nous pas y chercher la santé? Si le ciel troublé inonde la terre de pluies torrentielles, n'y courons-nous pas pour obtenir un temps serein ? Si le ciel devenu d'airain nous refuse une goutte d'eau, n'y allons-nous pas supplier pour qu'il nous envoie la pluie? Cela n'est-il pas vrai? De plus, si cet entant tombe malade, si ce chef de familla est en danger, si cette affaire périclite, si cet ennemi nous .persécute, si ce procès est pendant, où allons-nous, à qui recourons -nous, sinon à la maison de Dieu, i ton

église? Il y a plus encore : si notre âme est plongée dans la fange de l'iniquité, si nous sommes devenus par le péché ennemis de Dieu, esclaves de Satan, où allonsnous chercher le remède sinon à l'église? C'est là quer nous trouvons autant de délégués de la miséricorder divine, qu'il j a de ces vénérables confesseurs, prêts à répandre sur nos têtes le sang précieux de Jésus-Christ: et de quelque côté qu'on se tourne, on entend quelqu'un qui dit à la place de Dieu : " Je t'absous, je te pardonne, et au nom de Dieu je te donne la paix. » Et nous, que rendons-nous à Dieu en reiour de tant de grâces quo nous recevons de lui dans ses églises? Grand Dieut comment mon cœur ne se brise-t-il pas dans ma poitrine par un transport de zèle? Laissez-moi parler clairement. Y a-t-il dans cet endroit une boutique de barbier^ une place publique, une salle de soirée ou de festin, où l'on entende des conversations plus libres, des médisances plus malignes, des discours plus scandaleux, où l'on voie des regards plus indignes, des sourires plus impies, des galanteries plus impudentes que dans les églises? Si on veut lire les feuilles, raconter les nouvelles de la guerre ou du monde, l'église ne sert-elle pas de rendez-vous pour cela? Si l'on veut épier la tournure de quelque jeune fille nubile, où cherchera-t-on à la voir? à l'église. Et qui pis est, si l'on veut tendre un piège à l'innocence de quelque malheureuse fille, on confie le billet à une infâme entremetteuse, en lui disant : remettez-le à une telle, vous la trouverez à l'église; entendant la messe. De sorte que le lieu le plus commode pour pécher et pour faire pécher les autres, quel est-il aujourd'hui ? C'est l'église. Saint Jean Chrysostôme le disait en pleurant : Et si guis corrumpere matronani conatur, locum hune maxime idoneum putat. Comment le soleil ne s'obscurcit-il pas? comment la terre ne s'entr'ouvre-t-elle pas de douleur en voyant des désordres aussi affreux?

V. Eglises saintes, combien il vandrait mieux pour vous ne voir jamais arriver certaines solennités, certains jours de fêle et de concours, qui sont pour vous des jours de profanation ? Pendant la semaine, il est vrai, les églises restent abandonnées, et quoique Jésus- Christ y habite, vivant, en corps et en âme, on dirait que ce sont des ii^ux hantés par les esprits malins, que chacun évite et d'où personne n'ose approcher. Du moins, si l'on ne fréquente pas l'église pendant la semaine, on n'y pèche pas. Mais voici 1 aurore du dimanche ou de quelque grande fête qui commence à poindre, la cloche appelle à la messe. Ah! mon Sauveur, c'est le tocsin qui appelle aux armes contre vous. Voilà les jeunes filles toutes parées de rubans, de fleurs, de coquetterie, pour être les déesses de l'église; voilà les jeunes gens à la coiffure élégante, uniquement attentifs à les admirer, et n'ayant pas même un regard pour votre sainte Mere; voilà tout le peuple en train de causer : c'est un murmure à faire croire que l'église est un lieu de foire. Mais ce qu'il y a de pire, c'est ce qu'on ne voit pas : ce sont ces désirs, ces démonstrations mutuelles, ees sourires, ces signes, ces ententes secrètes, ces entreliens scandaleux, couverts quelquefois du manteau d'une dévotion hypocrite ; bref, toutes ces indécences commises en présence du Saint-Sacrement, en présence de tant de saintes images qui ornent les murs consacrés de nos églises. Que dire, mes frères, à la vue de tant d'abominations? Que dire! Laissez-moi sortir de l'église pour que j'aille à la rencontre de ces vertueuses filles, de ces femmes respectables qui s'en viennent ici avec une contenance pieuse et modeste pour se donner entièrement à Dieu ; permettez que je leur demande en toute liberté : Vertueuses filles, où allez-vous? — A l'église. — Non, non, retournez chez vous, n'y allez pas, vous -B'y seriez pas en sûreté. — Comment! nous n'y serions

pas en sûreté? Et il y a indulgence, exposition du Saint- Sacrement, sermon, rémission des péchés ; et put?, l'église n'est-elle pas la maison de Dieu ? Comment donc Tiy serions-nous pas en sûreté ? — Vous parlez fort bien, il devrait en être ainsi; mais pourtant je vous dis de ne pas j aller, parce que vous n'y seriez pas en sûreté, et saint Jérôme vous répète par ma bouche que vous rencontrerez bien moins de dangers par les rues et sur les places publiques que dans les églises : Ut prope periculosius sit piiellis ad loca religionis quam ad publicum prodire. Ce qui le prouve, c'est qu*ancienneraent les chrétiens de tout sexe et de toute condition se réunispaient la nuit dans les églises pour célébrer les louanges de Dieu, et saint Jérôme nous assure que de son temps le concours était immense : Tota ecclesia nocturms vigiliis Chrîstum Domimim personabat ; tandis que maintenant, les pasteurs ont sévèrement défendu aux fidèles et particulièrement aux femmes de se rassembler dans les églises pendant la nuit, dont les heures sont cependant si favorables à la méditation ; dès que le jour a disparu, il est prescrit de fermer les portes des églises. On essaya d'abord, pour éviter les désordres, de séparer les sexes par des tentures en toiles, puis par des cloisons en bois, et comme tout cela parut insuffisant pour réprimer la licence, le zèle des prélats leur inspira comme dernier remède de fermer les églises. Quelle honte! quel blâme! Ainsi pour défendre la maison de Dieu contre le libertinage, il n'y a pas de meilleur moyen que d'en fermer les portes avec des serrures de fer ! Mais pourquoi avoir recours à un parti si extrême? Saint Jérôme vous en dit la raison : c'est qu'on rencontre plus de dangers dans les églises qu'au théâtre : oui, mes frères, oui, plus de dangers qu^au théâtre. On ne ferme, la nuit, pour personne les théâtres, ni les salles de bals, ni les lieux de divertissements; et je n'ai

jamais entendu dire que les évêques aient fulminé des édits contre les femmes qui vont la nuit dans ces assemblées, tandis qu'en beaucoup de diocèses ils leur ont défendu d'aller à l'église : c'est là un signe manifeste qu'ils appréhendent plus de dangers dans les églises, que dans les soirées, les bals, les divertissements et les spectacles : Ut prope pericidosiiis sit puellis ad loca religionis, quara ad publicum prodire.

VI. Permettez-moi maintenant de faire l'inquisiteur, et d'interroger chacun de ces sacrilèges profanateurs touchant sa foi : Quid sentis de fide? savoir, s'il croit vraiment que l'hostie conservée dans le tabernacle contienne le Dieu vivant : s'il croit que sous le voile des espèces sacramentelles Jésus-Christ le voie : car je ne puis me persuader qu'il soit possible de croire une pareille vérité et de se laisser aller en même temps à des abominations si grandes ; je ne puis mele persuader, et s'ils ne craignent pas le regard terrible de Dieu dans le sacrement de l'autel, je crains pour eux les foudres, et je m'étonne avec saint Jean Chrjsostóme qu'elles n'éclatent pas de toute part : Quomodo undique fulgura non deferantur . Mais ces foudres devraient frapper avant tout ces femmes sans pudeur qui viennent à l'église avec une toilette toute mondaine, une mise recherchée, quelquefois même indécente et scandaleuse. Saint Jean Chrjsostóme en frémissait : rencontrant un jour, lorsqu'il était à Antioche, une femme ainsi parée, après l'avoir foudroyée de son regard, il lui demanda ou elle allait. — A l'église, répondit la dame. — A l'église 1 reprit le saint, avec cette mise et ces parfums ? à l'église ! mais quoi ! est-ce qu'on y donne un bal ? Retournez sur vos pas, et n'ayez pas l'audace d'entrer à l'église avec ces habits de théâtre : An saltatura ad ecelesiam pergis? An in ecclesia lasciva quœris oblectamenta? Je •voudrais que messieurs les curés fussent animés d'un

zele semblable, et qu'ils ne permissent point aux femmes d'entrer dans l'église autrement qu'avec un voile sur la tête, et une mise modeste, leur intimant le décret de l'apôtre saint Paul, savoir que « toute femme qui prie la tête non voilée, souille sa tête ; » Omnia mulier orans non velato capite, deturpat caput suum ^ ; décret renouvelé par le pape saint Lin, et observé en beaucoup de diocèses, à l'édification des fidèles. — Mais l'usag-e? — Quel usage? le décret apostolique condamne ces usages comme de pernicieux abus. Malheureuses, ne savezvous donc pas que ces rubans sont des filets qui enlacent les cœurs, que ces regards empoisonnés sont des flèches qui percent les âmes, et qu'en venant à l'église pour tirer des âmes du purgatoire, vous en précipitez un grand nombre en enfer?... Mais je ne puis pas tout dire, car la douleur me suffoque : Contritum est cor meum in medio mei. Propheta namque et sacerdos polluti sunt, et in domo mea inveni malum eorum, ait Dominus^. 0 mon Jésus, le zèle ne suffit plus ici, donnez-moi un fleuve de larmes, pour dire que tant d'offenses se trament, se concertent, et se commettent dans votre maison, sous vos yeux, dans vos églises ! pour dire que vos chrétiens ne vous laissent pas vivre en paix, même dans votre maison, qu'ils viennent jusque dans ce sanctuaire assassiner en votre présence des âmes qui vous appartiennent... Où êtes-vous, Judas, Filate, Caïphe, Scribes, Pharisiens, où êtes- vous? vous êtes innocents en comparaison de ces profanateurs des églises. Il est bien vrai que vous l'avez trahi, flagellé, crucifié; mais c'était dans un jardin, sur le Golgotha, dans un prétoire; jamais dans le parvis du temple, jamais dans le saint des saints, tandis que ces sacrilèges le crucifient tous les jours sur les autels, aiguisent les

(1) / Cov. Il, J. (2; Jeretn. 23, 911.

clous sur les pierres consacrées [Qui habet aures audiendi aucliat^,) aiguisent les clous sur les pierres consacrées, et se servent du sanctuaire comme d'un lieu infâme, pour s'abandonner aux plus indignes passions. Quelle horrible impiété! quelle malice diabolique ! N'avez-vous pas vos maisons pour vous amuser et assouvir vos convoitises? IS'avez-vous pas les placée publiques, les salles de réunions et autres lieux? Pourquoi donc venir dans les églises ? Pourquoi ? — Ne vous échauffez pas tant, mon père : les choses vont ainsi parce qu'on n'j prend pas garde, qu'on n'y fait pas attention. — On n'y prend pas garde? on n'y fait pas attention ? Mais c'est le comble de l'outrage d'être en la présence de Dieu et de ne pas faire attention au mal que \jo\is faites ; c'est prendre notre Dieu pour une idole de pierre. Savez-vous ce qu'il faudrait pour vous réveiller ? Un coup de foudre, comme il est arrivé plusieurs fois, notamment dans une ville de Toscane, oii elle frappa et réduisit en cendres un sacrilège dans l'église même qu'il avait maintes fois violée. Le tonnerre ne serait pas de trop pour vous tenir sur vos gardes. Donnez-moi du moins votre fouet, ô mon Di^u, et permettez qu'animé d'une sainte fureur je parcoure votre temple en criant : Sortez, criminels profanateurs, sortez de l'église, vous qui en faites une caverne de voleurs, et de voleurs de la pire espece, puisque vous volez des âmes qui ont coulé si cher à Jésus-Christ ; sortez, sacrilèges, sortez de l'église ! Si vous ne m'accordez pas cette permission,, Seigneur, soyez persuadé qu'ils vous ôteront non-seulement le respect mais encore le crédit.

(1) M'.itth. 11, 15,

XD-l SERMON VI.

SECOND POINT

VII. Hélas ! c'est un fait malheureusement incontestable, que les scandales qui se commettent dans les églises sont arrivés au point qu'ils font perdre à Dieu son crédit et mettent en péril la foi elle-même. Il suffit pour s'en convaincre d'entrer dans quelque temple hérétique ou païen, ou dans une mosquée turque ; en voyant l'extérieur composé avec lequel ces infidèles se tiennent en la présence de leurs fausses divinités, pourrions-nous nous empêcher de rougir du contraste, honteux pour nous, qui existe entre leur conduite et les licences qui profanent nos églises consacrées au vrai Dieu ? Allons donc visiter une mosquée turque à Consiantinople, et puis nous visiterons une de nos églises en Italie : prenez avec vous un Indien né et élevé dans les forêts du monde le plus inconnu, n'appartenant encore à aucune secte ni religion, afin qu'il soit apte à décider sans partialité où Dieu a le plus de crédit, dans les mosquées turques ou dans les églises catholiques. Qu'on ouvre donc une mosquée des disciples de Alahomet; voyez-les tous, les pieds nus, avec leur air modeste et recueilli ; pas un n'oserait entrer avec les pieds chaussés : observez ces femmes turques, toutes voilées, dont on n'aperçoit pas même la tête et le visage, et qui n'ont de libre qu'un œil pour voir à leurs i pieds en marchant. L'Indien est stupéfait de ce silence, ; de cette modestie, de ce recueillement ; en voyant ces mahométans qui se tiennent là comme autant de statues, sans lever les yeux, sans pousser un soupir, sans même oser cracher sur le pavé, il conclut que c'est là que le vrai Dieu est reconnu et adoré. Conduisez-le maintenant dans une de nos églises. Nous voici sur la place : regardez à l'entrée même cette foule de gens qui vendent et qui achètent, qui marchandent et qui disputent, qui jurent ei se parjurent ; et il s'agit bien d'autre chose que de

tourterelles et de pigeons. Oh! c'est ici, Seigneur, qu'il faudrait s'armer de votre fouet. Mais n'abandonnons pas notre étranger : Quel est ce lieu? demande-til. C'est la douane, sans doute? Ce sont des comptoirs de banque, des magasins? — Vous vous trompez, c'est le portique de l'église. — Le portique de l'église! Est-ce possible?

— Entrons : nous voici sur le seuil ; on voit dans l'intérieur une foule mouvante; mais il s'y fait un tel murmure, un tel bruit, que les tujaux de l'orgue ont beau résonner, les musiciens s'époumonner, on ne distingue ni symphonie ni mélodie. — Mais ce n'est pas là l'église, dit l'Indien; nous nous serons mépris, sans aucun doute?

— Je vous certifie que c'est l'église; et je vous dirai de plus qu'aujourd'hui on y célèbre la fête de Notre-Dame, et que le corps adorable du Fils de Dieu est exposé sur l'autel. — Vraiment!,., mais où est-il? — Là, là, ne voyez-vous pas? regardez, vis-à-vis de ce groupe de jeunes filles, des jeunes gens qui rient, plaisantent, et leur font des compliments; puis au delà, cette troupe d'enfants qui jouent et font du tapage, et à côté, des mères avec leurs petits enfants au bras, qui pleurent et crient, des chiens qui aboient et qui sautent... — Mais le corps du Fils de Dieu dont vous parlez, on l'aura sans doute mis de côté? — Pas du tout; le voilà exposé au milieu de ces cierges. — • Mais on lui tourne le dos, on babille, et on pèche sous ses yeux? — Pardonnez, étranger, c'est qu'aujourd'hui il y a grand concours : il y a indulgence plénière et rémission de tous les péchés. — Vous dites mal : vous trompez ce pauvre Indien; dites-lui plutôt qu'aujourd'hui il y a grand désordre, licence plénière et commission de tous les péchés. Vous verrez comme il s'en ira scandalisé, sans vouloir en savoir davantage. Il me semble l'entendre répéter, en s'éloignant, ce blasphème de Luther, que le sacrifice lo plus agréable qu'on pût faire à Dieu serait de renverser

toutes les églises catholiques : Ante omtiia, dcdicationes ecclesiarum funditus extirpari deherent , cura nihil aliud siiit quam tàbernœ^ nundinœ, et aleatorum lifsorumqiie scenœ. N'est-ce pas là óter à Dieu tout son crédit? — Les papistes (c'est le perpétuel refrain des hérétiques) les papistes croient à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et ils nous infligent la f étrissure d'hérétiques, parce que nous la nions. Mais ne le sont-ils pas plus que nous, puisqu'ils y croient tout en lui faisant tant d'outrages? — Peut-on entendre sans une profonde douleur des reproches si amers? Mais malheur aux coupables qui, par leurs immodesties dans les églises, font blasphémer le nom de Dieu parmi les infidèles !

yill. Je comprends maintenant pourquoi tant de pauvres missionnaires, qui traversent les mers au péril de leur vie, pour courir à la recherche des infidèles et les ramener au bercail de Jésus-Christ, recueillent néanmoins si peu de fruit de leurs prédications et de leurs catéchismes : c'est que notre conduite est connue de ces peuples; lorsqu'ils ont entendu parler de notre religion, ils n'ont pas manqué de s'informer de ce qui se passe dans nos églises, et avant appris les irrévérences qui s'y commettent, ils ne veulent plus croire. Combien de fois n'esi-il pas arrivé à ces bons missionnaires dans le Nouveau-Monde, lorsqu'après un sermon ils croyaient n'avoir plus qu'à verser l'eau pour baptiser les Indiens, de leur voir secouer la tête, en disant : « Tout ce que vous nous prêchez est bel et bon; mais si vous autres, chrétiens, vous ne le croyez pas vous-mêmes, comment prétendez-vous nous le faire accepter? Nous avons ouï dire que dans vos contrées une malheureuse jeune fille à l'église excite plus l'attention que la Vierge Marie; comment donc la croyez- vous Mère de Dieu? ou qu'un jeune libertin reçoit plus d'adorations que le Christ;

DU RESPE^r DA?ÎS LES ÉGLISES. 157

comment donc croyez-vous que celui-ci soit le vrai Dieu? Retirez-vous donc, et laissez-nous tranquilles. « Voyez s'il n'est pas vrai que les chrétiens enlèvent à Dieu, nonseulement le respect, mais aussi le crédit. Pardonnezmoi, mes frères, si, à la vue de cet opprobre du nom chrétien, et de ce discrédit dont notre Dieu est frappé, il me vient une pensée à l'esprit et presque un désir au cœur : je voudrais, en quelque sorte, que nos églises fussent fréquentées par des Turcs, par des Indiens. Ah! peut-être ne s'y commettrait-il pas autant de mal. Les Turcs, il est vrai, ne croient pas que Jésus-Christ soit le vrai Dieu : mais au moins ils le regardent comme un grand prophète, et ils portent un tel respect aux saints lieux de Jérusalem, qu'ils n'osent entrer que les pieds nus, et après s'être prosternés la face contre terre, dans le cénacle où fut institué le très-saint Sacrement de l'autel. Nous nous étonnons, mes bien-aimés, que Dieu ait permis que les saints lieux tombassent au pouvoir de ces infidèles, et qu'il n'ait point aidé plus efficacement la chrétienté tout entière, armée plusieurs fois pour la délivrance de la Terre-Sainte: pour moi, je nen suis point surpris : je crois que Dieu leur a laissé ces saints lieux pour qu'ils fussent plus respectés. Oui, ces précieux monuments sont mieux entre les mains de ces barbares qu'ils ne le seraient dans les nôtres. Et comment voulezvous, mes bien-aimés, que je ne me sente pas ce matin dévoré de zèle, en considérant que mon Sauveur Jésus- Christ ne peut obtenir des chrétiens dans ses églises la respect que Mahomet obtient des Turcs dans ses mosquées, et, ce qui est plus fort encore, que nos églises soient tenues en plus grande vénération par les Turcs eux-mêmes que par les fidèles chrétiens? N'est-ce point là non-seulement ôter à Dieu tout son crédit, mais encore meure en doute sa foi?

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