‹ Œuvres compl`etes (volume 2)Chapitre 13 sur 25 · IX. S'il en est ainsi, ne trouvez pas mauvais que je · texte numérisé non relu

IX. S'il en est ainsi, ne trouvez pas mauvais que je

mette à exécution la pensée qui m'est venue tout à l'heure à l'esprit; puisqu'il n'y a plus de foi, finissons-en. Où êtes-vous, luthériens, calvinistes, vous qui détruisez les choses saintes en Allemagne, qui les foulez aux pieds en Hollande et en Angleterre? Passez les mers, traversez les monts et venez arracher de nos églises d'Italie les crucifix et les images, venez briser les tabernacles, profaner les vases sacrés, et fouler aux pieds les saintes hosties. L'injure que vous ferez à Dieu sera grande; mais au moins il n'y en aura qu'une, et cet acte lui épargnera les graves insultes qu'il a journellement à essuyer de la part de ses fidèles ; ce sera un moindre mal de le chasser d'un seul coup de sa maison que de venir l'y outrager tous les jours. Vous frémissez d'horreur, diraiton? Eh ! si l'on ne peut voir ce pillage exécuté par des hérétiques, rendez, vous, vénérables prêtres, ce service à notre Dieu. Que mon idée ne vous paraisse pas étrange; car si de deux maux il faut toujours choisir le moindre, vous conviendrez que c'est un excellent dessein. Ne balancez pas : voyons ! enlevez le Saint-Sacrement de ce tabernacle, arrachez de ces murs toutes les saintes images, ôtez toutes ces reliques, faites un tas de tous les vases et de tous les ornements sacrés, et emportez-les, allez les cacher dans quelque lieu décent, mais écarté, où ils ne soient ni vus ni connus : ils seront toujours mieux qu'ici, messieurs, ils seront toujours mieux qu'ici, car s'ils n'y sont plus vénérés, au moins ils ne seront pas outragés par tant de regards, de désirs criminels, de paroles et de plaisanteries inconvenantes, tant d'indécences de tout genre qu'on se permet ici en leur présence. Pourquoi tardez-vous? Voyez un peu, de grâce : si le sang vient à couler dans une église, si un homme y est frappé ou tué, quelle rumeur, quelle désolation ! Aussitôt on emporte à la hâte et les saintes huiles, et l'eau baptismale, et le très-saint Sacrement ; on dépouille

Je sanctuaire de tous ses ornements, on éteint les lampes, on enlève les crucifix, on arrache jusqu'aux pierres des sépulcres; l'église est interdite, ce n'est plus même une église ; et tout cela parce qu'on j a tué un corps : tous les jours on y égorge des âmes, ou plutôt on en fait un véritable carnage, et personne n'en est indigné f C'est à vous de l'être, prêtres du Seigneur; au moins fermez à ces sacrilèges les portes de l'église, et qu'ils aillent infester de leur présence les marchés. — Ohî mais ils ne viendront plus à l'église. — Qu'ils n'y viennent plus, s'ils se rendent coupables de négligence, ils ne le seront pas de sacrilège. — Mais Dieu n'aura plus son cortège d'adorateurs. — Qu'il n'en ait plus; mieux vaut n'avoir point de cour, que d'en avoir une aussi insolente et aussi effrontée. — Oh! les âmes!... — Que parlez- vous des âmes ? Ce sont des démons et non pas des âmes que ces sacrilèges profanateurs. Eh! pas tant d'égards ! fermez-leur les portes de l'église en face, et si ce n'est pas encore assez, finissons-en : mettez le feu à l'église ; oui, oui, mettez-y le feu. Vous ne serez pas les premiers à donner dans ces louables excès. Dans l'église de la Madone miraculeuse de Mont- Vierge, au royaume de Naples, il y avait grand concours de peuple le jour de la fête ; une année le feu prit à l'édifice, et plus de mille personnes y furent brûlées vives. Qui croyez-vous qui mit le feu? Quelque scélérat, quelque misérable? Nullement, ce fut la sainte Vierge en personne. Quelques personnes pieuses la virent tenant dans chaque main une torche, et mettant le feu à son sanctuaire, à cause des irrévérences qui s'y commettaient. Faites-en autant, prêtres du Seigneur, si vous ne voulez pas que nous soyons témoins de quelque spectacle plus horrible encore. Au moins, au moins, unissez-vous à moi aujourd'hui pour crier à toute force : Sortez, sortez d'ici, sacrilèges profanateurs, sortez d'ici ; ne faites pas de la

maison ûe mon Père une caverne de voleurs : Vos autem fecistis illam speluncam latronwn^. El si vous avez enlevé à Dieu le respect, si vous lui avez enlevé le crédit, ne lui enlevez pas encore la patience, en attirant sur vos têtes les plus affreux châtiments. Vous ne voulez pas m'en croire ? accordez-moi un instant de relâche et je vous ferai frémir d'horreur.

TROISIÈME POINT

X. Mon père, vous vous êtes fort échauffé ce matin, mais il n'y a pas lieu. Ici où les églises sont si respectées il ne fallait pas tant crier. — Vous avez raison, mes chers frères, ici ce ne sont pas des cris qu'il faut, mais un remède efficace; et malheur à -vous si ceux qui ont autorité, et qui peuvent et doivent réparer de si grands maux, négligeaient de le faire ! Je ne suis ni prophète, ni apôtre, mes bien-aimés, mais un indigne pécheur; permettez-moi cependant de vous dire ce malin ce que saint Bernard avait coutume de dire en prêchant à ses religieux : - Je remplis les fonctions de prophète et ë'apôtre : » Nec apostolus, nec propheta sutn, famen et apostoli, et prophetœ vice fungor. Ecoutez donc bien ce que je vais vous dire, et soyez certains qu'il en sera ainsi. Si vous avez à cœur le bien public de toute la contrée, et votre bien particulier, veillez sérieusement à ce que Dieu soit respecté partout, mais spécialement dans ses églises, dans sa propre maison, par vous, par vos enfants, par vos femmes, par vos serviteurs, par tous ceux en un mot dont vous êtes chargés ; autrement, attendez- vous à un déluge, oui, à un déluge de fléaux. Déjà la justice divine a porté l'arrêt, et la formule en*

(i; Mallh. 51, 13.

T)U RESPECT DANS LES ÉGLISES. IGl

est épouvantable : « Aiguisez vos flèches, crie-t-elle par la bouche du prophète Jérémie, remplissez vos carquois; car c'est la vengeance du Seigneur, la vengeance de son Temple; » Acuite sagittas, impiété pharetr as ; quoniam ultio Domini, ultio Templi est^. Pour se venger des outrages qui lui sont faits ailleurs, Dieu n'a besoin que d'une flèche ; mais pour se venger du manque de respect à son égard dans les églises, dans sa propre maison, il prépare toutes ses flèches, il aiguise tous les traits de sa divine colère. Ecoutez-moi bien : vous chassez Dieu de sa maison par tant de scandaleuses immodesties que vous commettez dans les églises : eh bien Ì je vous déclare que Dieu insulté dans sa maison, en sorlira indigné, et entrera dans les vôtres, pour les remplir de troubles, de clameurs, de larmes et de calamités, dispersant tout ce qu'il y rencontrera, biens, famille» espérance, projets, postérité ; il mettra tout sens dessusdessous, et sur les ruines de votre maison désolée, saccagée, on lira ces paroles : Ultio Domini, ultio templi est; " C'est la vengeance du Seigneur, c'est la vengeance de son temple. « Vous ne laissez pas les morts jouir dans les églises de leur repos, ni des suffrages; eh bien \ je vous déclare que Dieu enverra des maladies contagieuses et des influences malignes qui feront tomber en pourriture les corps des vivants. Vous troublez la paix de Dieu dans ses églises par toutes vos iniquités : eh bien ! je vous déclare que Dieu appellera les barbares» les turcs, tous vos plus cruels ennemis, pour qu'ils répandent dans vos contrées la désoktion, la famine, la guerre, l'incendie, la mortalité, qu'ils n'y laissent pas pierre sur pierre, et qu'ils réduisent votre pays à un monceau de ruines. Mais qu'est-il besoin de ces prédictions sinistres? N'en entendons-nous pas, n'en voyons-

(1) Jerem. 51, 11.

P. M.JII.

1G2 SERMON Vî.

nous pas raccomplissement tous les jours ? Un tel est mort subitement sans sacrements ; cet autre a été assassiné sans avoir eu le temps d'invoquer le nom de Jésus, il a été étendu dans la rue et les chiens ont léché son sang. Celui-ci meurt en désespéré dans un cachot, celuilà porté à l'hôpital est devenu comme un cadavre vivant. Le peuple gémit sous les charges qui l'accablent, les particuliers sont oppressés par le poidsde leurs misères. De quoi vous plaignez-vous? demande Jérémie : « C'est la vengeance du Seigneur, c'est la vengeance de son temple : » Ultio Domini, ultio templi est. Dieu vous traite dans vos maisons comme vous l'avez traité dans la sienne. Lorsque Jésus-Christ fut maltraité par ses bourreaux sur le Calvaire, les rochers ne se brisèrentils pas, les montagnes ne se fendirent-elles pas, toute l;i nature ne fut-elle pas plongée dans le trouble? Or, si pendant la messe, qui est identiquement le même sacrifice que celui du Calvaire, vous renouvelez contre Jésus- Christ les mêmes outrages, pouvez-vous attendre autre chose que des tremblements de terre, des famines, des dégâts, des ruines, des malheurs de tout genre? Ce qui devrait étonner, dit saint Jean Chrjsostôme, c'est qu'à cette heure même la foudre n'éclate pas de toutes parts, pour réduire tout en cendres, et que la terre n'entr'ouvro pas ses abimes pour engloutir tout vivants ces sacrilèges profanateurs. Et non mirares qiiomodo undique fulmina non deferanturi quomodo funditus cuncta non evertanturi

XL Mais ce n'est pas là l'épine la plus aiguë qui me perce le cœur ; ce qui m'afflige le plus, c'est que si l'on ne remédie pas au mal qui se commet dans les églises, ou vous perdrez la foi, ou la foi vous abandonnera. C'est ce qui arriva au peuple d'Israël, comme il est attesté dans Jérémie : « La foi a péri et elle leur à été enlevée; parce qu'ils ont fait le mal sous mes veux, dit le Sei-

DU RESPECT DANS LES ÉGLISES. ]0i

gneur, et m'ont offensé dans la maison même où mou nom était invoqué ; r, Periit fides et ablata est de or( eorum,... quia fecerunt malum in oculis ineis, dicit Dominus. Posuerunt offendicula sua in domo, in qua invocatum est nomen meum ^ Il est de foi que l'Evangile subsistera toujours, mais il n'est pas de foi qu'il restera toujours dans le même lieu. De combien de royaumes, de combien de provinces la foi n'a-t-elle pas disparu ! Ou sont en Asie les sept églises qui furent si chères à Dieu, qu'il les tenait représentées dans sa main sous la figure de sept étoiles? Ou sont ces florissantes églises d'Afrique qui répandirent un tel parfum de sainteté, sous la direction d'Augustin, de Cjprien, de Valere? Où sont tant d'églises d'Allemagne, de l'Angleterre et de tout le nord de l'Europe? Ne sont-elles pas aujourd'hui changées en temples consacrés a l'erreur, ou en théâtres? Et peut-on voir, sans verser des larmes, le sacrifice remplacé par les sacrilèges ; le culte du vrai Dieu par les abominations de ces apostats infidèles ? Quelle a été la cause de tant de mal? Je sais que des auteurs très-graves rapportent des révélations faites à de saintes âmes, et d'après lesquelles la cause de tous ces maux a été le peu de respect dans les églises ; mais j'aime mieux m'appuyer sur la révélation faite aux prophètes, car elle n'est pas sujette aux illusions : « La foi a péri, parce qu'ils ont oltense le Seigneur dans la maison même où son nom était invoque : » Periit fides, quia posuerunt offendicula sua in dorno, in qua invocatum est nomen meum. Oui, il n'est que trop vrai, c'est à cause du manque de respect pour les églises, qu'ont été ruinées les églises de l'Orient et du Septentrion. Et ce qui est arrive ailleurs arrivera également ici si vous n'y portez pas remede : ou vous perdrez la fui, ou la foi vous abandon-

(1) Jercm. 7. 28-30.

ÌG4 SERMON YT.

nera. Ah! prêtres vénérés, pasteurs des âmes, prélats des églises, je m'adresse à vous, et prosterné le front dans la poussière, je vous demande qu'après avoir récité l'évangile à l'autel, vous vous tourniez vers le peuple et lui intimiez le monitoire que l'apôtre saint Paul fit afficher aux portes de l'église de Corinthe : « Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le perdra; »» Si qiiis templum Dei violaverit, disperdet illum Deus ^ Menacez-les de toute sorte de disgrâces, de misères et de calamités, s'ils ne se repentent et ne se corrigent de tant d'irrévérences qu'ils commettent dans les églises. Dites-leur que pour eux il n'y aura pas de sépulture ecclésiastique : car quand même ils seraient enterrés dans les églises par leurs parents complaisants, les églises refuseraient de leur donner asile. Si l'on visitait les tombes de ces profanateurs, on en trouverait plus d'une déjà vide, grâce à la permission que les démons ont obtenue de Dieu d'enlever ces corps, indignes d'habiter un pareil lieu, et de les emporter au fond*de l'enfer, dans ce sépulcre ténébreux placé au centre de la terre, séjour non de repos, mais d'éternelle inquiétude : In locum tormentorum^. Dites-leur enfin que pour leurs âmes il n'y aura ni pardon, ni pitié, ni paradis : lii terra sanctorum iniqua gessit, non videbit gloriam Domini^; « Celui qui a commis l'iniquité dans la terre des saints, ne verra point la gloire du Seigneur. « Parlez en termes clairs, vénérables pasteurs, si vous ne voulez pas être avez eux victimes du tragique accident qui arriva à un prêtre. Celui-ci fermait les yeux sur les abominations qui se commettaient dans son église, où le peuple était devenu si insolent et si efl'ronté qu'il ^'j conduisait comme dans une salle de spectacle. Un jour fie fête, pendant que le prêtre célébraii le saint sacrifico

jl; / Cor. 3. 17. f2) Luc. 15. 28. (3) /sciar. 26, 10.

en présence de tous les fidèles, on entendit, au moment de l'élévation, une voix terrible sortant de l'hostie et criant : " Je pars d'ici, « Au même instant l'hostie quit^ tant les mains du célébrant, s'éleva en l'air, et s'étant arrêtée à la vue de tous, elle fit entendre pour la seconde fois ces paroles : « Je pars d'ici. ^ Puis, lorsqu'elle fut arrivée à la hauteur de la voûte, on l'entendit crier plus fort et d'une voix plus terrible : « Je pars d'ici. »» Le toit de l'église s'ouvrit alors par le milieu, la sainte hostie disparut, et soudain un horrible tremblement de terre secoua les murs de ce temple, et ensevelit sous ses ruines et le peuple et le prêtre.

XII. Présentez-moi ce crucifix. Profanateurs des églises, sachez-le bien : voilà le châtiment qui vous est réservé, si vous ne promettez aux pieds de Jésus-Christ de renoncer à de si coupables désordres. Dieu ne permettra pas que vos corps trouvent un abri dans ces églises que vous avez tant de fois profanées ; il ne permettra pas que vos âmes j trouvent le pardon de leurs pèches, en un mot, il n'y aura point de paradis pour vous, et plaise à Dieu que l'église elle-même ne s'écroule pas sur vos têtes, pour vous faire expier tant d'abominations dont vous l'avez souillée. Y en aurait-il un seul parmi vous qui eût le cœur assez dur pour ne pas demander pardon, avec, soupirs et avec larmes, d'un si grand péché, de tant de conversations inutiles, de tant d'immodesties, de tant d'irrévérences, et qui plus est, de tant de pensées indignes et de tant d'iniquités commises dans les églises? Ah! mes bien-aimés, comment votre cœur ne s'attendrit-il pas à la vue de ces murs que vous avez profanés, à la pensee que vous avez ici môme crucifié Jésus-Christ, que vous l'avez crucifié dans sa maison, dans ses églises, sur ses propres autels. Ah! demandez-lui tous pardon d'une telle impiété, et pénétrés de douleur, frappez-vous la poitrine en disant ;

Pardon, ô mon Jésus, pardon ! tous nous nous reconnaissons plus ou moins coupables d'un si grand désordre : tous nous vous avons manqué de respect, tous nous vous avons enlevé le crédit; mais, ô mon Dieu, nous ne voudrions pas vous enlever aussi la patience, et partant nous vous demandons pardon. Nous voudrions laver de nos larmes ces dalles sacrées que nous avons si peu respectées : pardon, mon Dieul pardon! — Oui, ce bon Jésus est prêt à vous pardonner; mais il veut un remède au mal : formons donc une sainte ligue au pied de ce crucifix, dans le but de déraciner tous les abus qui se commettent dans la maison de Dieu. En premier lieu c'est à vous, prêtres respectables, lorsque vous voyez, etc.. d'user d'une sainte liberté, etc.. C'est à vous ensuite, pères de famille, de veiller sur vos enfants, etc. Que les femmes viennent toujours voilées et vêtues décemment : pas tant de respect humain, pas tant d'égards pour la mode! etc. Jeunesse, je m'adresse à vous : ou renoncez à apporter à l'église vos désirs coupables, etc., ou cessez d'y venir, etc. Et vous enfin, vieillards, lorsque vous voyez, etc., avertissez, etc. Tous en un mot, promettons à Jésus-Christ de nous tenir désormais dans les églises avec modestie, en silence, dans une attitude religieuse, et de porter à Dieu, dans sa maison, le respect que nous exigeons pour nous-mêmes dans la nôtre.

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