POUR LE LUNDI APRÈS LE TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME
* Ipte autem Iransiens per medium illorum ibat.
Wesu8 passa au milieu d'eux et s'en alla.
Luc 4, 30.
I. Eternité, éternité, éternité! Oh! quelle grand© pensée, mes chers auditeurs ! qu'elle est bien propre à vaincre et à abattre l'obstination d'un cœur rebelle à la grâce! Qui me donnera, ce matin, le zèle et l'ardeur d'un séraphin, pour faire pénétrer bien avant dans le cœur des pécheurs une si salutaire pensée? Sortez de votre tombeau, illustre maître de la vie spirituelle, fervent apôtre de l'Espagne, Jean d'Avila, revenez sur la terre. Rencontrant un ^^our une pécheresse publique, vous n'eûtes qu'à lui décocher ces deux mots : Ma sœur, V enfer et V éternité ^ pour briser son cœur de componction et en faire une sainte; je voudrais donc vous supplier aujourd'hui de me prêter, pour quelques instants, ce zèle énergique et cet esprit apostolique qui remplissait votre âme, afin que je fasse tonner aux oreilles et surtout au cœur de ce pécheur obstin4qui m'écoute, cette simple parole : Pécheur, mon frère, tovjours, tovjours, tovjours! Eternité, éternité^ éternité! Et si cela ne suffit pas pour le faire changer do vie, vous pouvez vous en retourner dans l'autre monde et y porter la nouvelle que bientôt l'enfer recevra une
nòavelle victime, et que le nombre des damnés s'augmentera d'un coupable que la grande pensée de l'éternité n'a pas même pu émouvoir. A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi, mes chers frères; à Dieu ne plaise qu'on rencontre parmi vous une si monstrueuse obstination! Pour moi, je vous déclare, que de tous les désordres que je remarque dans le monde, et dont je gérais, je n'en trouve point de plus déplorable que la témérité avec laquelle on risque son salut éternel. Nous voulons tous nous sauver, tous nous aspirons à la bienheureuse éternité, tous nous savons que pour nous sauver il est nécessaire de bien ménager le temps si court que Dieu nous accorde dans cette misérable vie, tous nous sommes convaincus que ce temps est passager, comme le divin Sauveur nous l'exprime si bien en figure dans l'Evangile de ce jour : Ipse antera transiens per medium illorwn ibat. Et cependant qu'il y en a peu qui sachent saisir ce temps au passage! Savez-vous pourquoi? C'est parce qu'ils ne tiennent point leurs regards fixés sur l'éternité. Ce n'est pas ainsi qu'en agit le saint roi David, qui pleurait nuit et jour ses égarements. Si vous lui demandez pourquoi il était si économe de son temps, il vous répondra que c'est parce qu'il médite les jours écoulés et qu'il a le regard constamment fixé sur les années éternelles : Cogitavi dies antiqnos et annos œfernos in mente habui^. Mais que dis-je, David? Venez avec moi dans les déserts de l'Egypte, de la Thébaïde et de la Palestine ; pénétrez au fond de ces affreuses solitudes, voyez renfermé dans cette grotte un Hilarion, dans cette autre un Macaire, plus loin un Pacôme, ici un Paul, là un Jérôme, un Arsène. Traversez ces montagnes, et contemplez dans cet antre une Mario Egyptienne, dans cet autre une Thaïs, ici une Pélagie,
(1) Psa:. 70, G.
DE L eterniti:. 455
là une Théodora. Demandez à ces femmes pénitentes, à ces saints anachorètes qui les a conduits dans ces déserts, revêtus de ces cilices, ensevelis dans ces cavernes ; ce qui les fait vivre plutôt comme des anges que comme des hommes ; ce qui leur a appris à employer si bien leur lemps? Chacun d'eux vous répondra : Annos œteriios m mente habiii; «• J'ai eu présentes à l'esprit les années éternelles. » 0 éternité, éternité! toi qui as la force d'ensevelir les vivants, n'auras-tu pas aujourd'hui la vertu de réveiller les morts, ceux qui sont morts à la grâce par le maudit péché? Oui, je l'espère, j'espère que tous, tant que vous êtes, vous sortirez d'ici aujourd'hui, le cœur palpitant d'une salutaire frayeur, et fermement résolus d'employer le temps de la vie présente à vous assurer la vie éternelle. Je ne demande de vous qu'un regard, un regard fixe sur l'éternité. Grand Dieu ! vous qui, avec le trésor de votre précieux sang, avez racheté de l'éternité des peines ces âmes qui nous sont si chères à vous et à moi, enflammez aujourd'hui mon zèle, éclairez mon esprit, fortifiez même ma voix, afin que j'imprime en ces âmes si précieuses, en ces âmes éternelles, en ces âmes que j'aime comme la mienne dans les entrailles de votre charité, — une grande idée de l'éternité, — et qu'à la vue de l'éternité chacune d'elles déplore le temps passé, se décide à bien employer le temps à venir, et par le bon usage de cette misérable vie s'assuro la vie éternelle. Commençons.
PREMIER POINT
IL C'est aujourd'hui qu'il me faudrait une de ces trompettes dont les effroyables échos retentiront au dernier jour, afin de me faire entendre jusqu'aux extrémités du monde : Audite hœCj omnes gentes^ auribus
456 SERMON xvir.
percipite, omnes qui hahitatis orbem^. Habitants de la lerre, quel que soit votre sexe, votre rang, votre condition, ecclésiastiques et séculiers, nobles et plébéiens, riches et pauvres, savants et ignorants, justes et pécheurs, écoutez tous l'important problème que Dieu vous propose par la bouche de Job : Homo cwn mortuus fiierity et nudatus atque consutnptifs, ubi quœso est^i L'homme meurt, et la mort le dépouille de tous ses biens, des biens de la nature, de ceux de l'industrie et de la fortune, il est déposé dans un sépulcre où il est consommé jusqu'aux os ; or, voici la grande question que Dieu vous fait : Cet homme mort et enseveli, est-il tout à fait anéanti? qu'est-il devenu? Ubi quœso est? Que répondez-vous? Salomon, ce roi des sages, éclairé par l'Esprit-Saint, va donner au nom de tous la réponse la plus exacte : Jbit homo in domum œtemitatis suœ'^. La maison de l'éternité, telle est la vaste région dans laquelle entre tout homme en sortant de ce monde. Après cette vie si courte, il y a donc une éternité, éternité de gloire pour celui qui a pratiqué la vertu, éternité de peine pour quiconque a suivi les sentiers du vice et meurt dans le péché. Faisons ici une halte, mes frères, et pour asseoir cette grande vérité sur un fondement solide, écoutez bien. C'est un article de foi que toutes les âmes raisonnables qui ont été créées depuis cinq à six mille ans, vivent encore présentement et sont immortelles. C'est pareillement un article de foi que dans dix, vingt et cent mille ans vous et moi nous existerons encore. Et où serons-nous? Dans la maison de notre éternité : Ibit homo in domum œternitatis suce. Tout cela est de foi, et celui dont la croyance serait vacillante sur ce point capital, serait plus coupable qu'un mahométan, un juif ou un héréti-
(1) Px 4fi i (2) Job. ±4. iO. (3) Eccle. t2. 5
DE l'éternité. 457
que, il serait pire que la plupart des infidèles, qui tout au moins admettent l'immortalité de l'âme et une éternité après cette vie. Nous devons donc y croire bien plus fermement encore, nous qui vénérons cette vérité comme un dogme de notre sainte foi : Ibunt M in supplicium œternum, justi autem, in vitam œternam^. Ce point étant établi, et ce fondement posé, laissez-moi m'écrier ici : Il j a une éternité, pécheurs, il y a une éternité; et vous, en présence de l'éternité, vous riez, vous badinez, vous vivez sans penser à rien? Il y a une éternité, et vous courez les plaisirs, les soirées, les jeux, les fréquentations dangereuses ? II y a une éternité, et vous, en face de l'éternité, vous proférez des blasphèmes, vous fomentez des haines dans le cœur, vous entretenez des liaisons criminelles, vous vous souillez de pensées impures, et vous vivez en ennemis de Dieu? Et cela, en face de l'éternité? De deux choses l'une : ou vous ne croyez pas à l'éternité, ou vous ne la comprenez pas. Si quelqu'un d'entre vous n'y croit pas, il est plus impie qu'un juif, qu'un hérétique, qu'un schismatique, qu'un infidèle; qu'il sorte de l'église, ce sermon n'est pas pour lui. Si vous ne la comprenez pas, attendez et soyez certains que si jamais j'ai donné libre carrière à mon zèle, je suis disposé à le faire surtout aujourd'hui, car j'ai ce sujet à cœur; pour vous le rendre vraiment profitable, nous laisserons de côté les fleurs et les vains ornements du discours, et nous parlerons simplement. Et comme l'éternité offre plutôt matière à une méditation qu'à un sermon, si vous voulez la comprendre, au moins jusqu'à un certain point, il faut que, tandis que je parlerai, vous vous efforciez d'y pénétrer et de l'approfondir par de sérieuses réflexions; ainsi je prêcherai et vous méditerez, et vous ei mot
il) Ma'th. 95. 46 p. M. ni.
458 SERMON xvn.
nous parcourrons ensemble ces deux points : un jaiTiais qui commence toujours, un tovjours qui ne finit jamais.
III. Mais doucement, voici que saint Augustin se présente à moi au début de la description que je veux vous faire de Téterniié, et me prévient que plus on parle "sur cette matière, moins on dit de choses : Ideo quidquid vis, dicis de œterniiate, quia quidquid dicis, Y/iinus dicis. Nonobstant cela, pour nous en faire au inoins une idée capable d'ébranler notre opiniâtre malice, qui fait si peu de cas d'une éternité de supplices, mettez-vous devant les yeux ce jamais qui commence toujours. Oh! quel jamais! quel jamais! Il surpasse toute mesure en étendue, comme en durée. Si vaste que soit le cercle de la terre, l'orbite des cieux, l'élévation des planètes, la grandeur des étoiles, l'immensité du firmament, les mathématiciens et les astronomes parviennent cependant à en indiquer la mesure. Si profonds que soient les abimes de la mer, les navigateurs peuvent les sonder ; quelque illimitée que vous supposiez une ligne quelconque, il faut cependant qu'elle ait un terme, et par conséquent une mesure. Mais essayez deîiiesurer l'éternité. Ici toutes les mesures s'effacent, toutes sont infiniment moindres que l'éternité. Otez quelque chose à une quantité créée, elle devient moindre; ajoutez-y quelques parties, elle devient plus grande. Mais ôtez à l'éternité cent mille ans, elle n'est pas raccourcie d'un point; ajoutez-y des millions de siècles, elle n'est pas allongée d'un instant; parce que l'éternité seule est immobile, incommensurable, incapable de plus ou de m'oins ; elle n'a ni terme, ni limites, ni mesure ; son jamais est un jamais qui commence toujours. 0 jamais! jamais infiniment vaste, infiniment haut, infiniment profond, en comparaison duquel toutes les mesures de l'immensité des cieux, de l'amplitude des mondes, de la profondeur des mers, non-seulement sont étroites, bor-
DE t/éternité. 459
nées, mais ne sont rien selon la pensée de saint Augus^ •lin : Sœcuîorum spatia definito.^ si œternitoti intev' minœ comparentur, non exigua œstimanda sunt, secl nulla. Bien plus, reprend saint Bernard, non-seulement leternité dépasse toute mesure, mais elle dépasse aussi toute durée, puisqu'elle embrasse tous les temps passés; présents et futurs. Elle ne se mesure pas par le cours du soleil, de la lune et des étoiles, mais par la vie immortelle de Dieu même. Ainsi tant que Dieu sera Dieu, un élu sera bienheureux dans le ciel, et un réprouvé sera malheureux en enfer. Voyez donc, si ce n'est pas avec raison que Téternité de l'enfer est comparée par l'Esprit-Saint à un étang de feu et de soufre? Missus est in stagnum ignis et sulphuris^. Pourquoi un étang? La colère de Dieu n'est-elle pas assimilée à un torrent? Sans doute, lorsqu'il fulmine la sentence contre un pécheur v mais quand ce torrent de la fureur divine est arrivé en enfer, il devient stagnant, croupissant, et immobile à jamais. Grand Dieu! que sera-ce donc de demeurer dans un étang de feu, des jours, des semaines, des mois, des années, des siècles, des millions et des milliards de siècles, sans que ce feu passe ou s'éteigne jamais ? Méditez ce jamais, mes chers frères, approfondissez-le par la pensée; contemplez attentivement ce cerbère à trois gueules qui engloutit toujour^. et ne dévore jamais, ce dragon à trois têtes, qui mange toujours et ne digère jamais, ce glaive à trois pointes, qui toujours frappe à mort et ne tue jamais. Chose effroyable ! un damné brûle dans cet affreux étang de flammes, et il y brûlera à jamais sans soulagement, sans relâche. Mille et mille fois le soleil se lèvera pour nous et se couchera à l'horizon ; mille et mille fois la lune renouvellera ses phases i mille et mille fois la terre se
(l) Apon. -20, 9
revêtira et se dépouillera tour à tour de son manteau de verdure, le ciel se troublera et redeviendra serein, les saisons succéderont aux saisons ; mille et mille fois les empires feront place à d'autres empires, les gouvernements changeront et se réformeront; mille et mille fois la terre engloutira les générations qui la couvrent et en verra naître de nouvelles, les vivants succéderont aux morts, et toutes ces révolutions finiront enfin avec la fin du monde; et du damné qu'en sera-t-il? Vojez-le, il brûle encore, et il brûlera à jamais dans cet étang de feu, sans le moindre soulagement, parce que l'éternité n'a pas de bornes et ne finira jamais, non, jamais ! Oh ! quel enfer que celui où l'on souffre toujours ! oh ! queï supplice que celui qui ne finit jamais ! Oh! quel jamais que celui qui recommence toujours! O éternité, éternité ! qui pourrait te comprendre ?
IV. Renversez votre discours, nâus dit saint Denis l'Aréopagite, autrement vous n'arriverez jamais à vous faire une idée de ce qu'est l'éternité. On connaît mieux Dieu en disant ce qu'il n'est pas, qu'en affirmant ce qu'il est; de même vous comprendrez mieux l'éternité en cherchant ce qu'elle n'est pas qu'en disant ce qu'elle est. Voyons donc ce qu'elle n'est pas. L'éternité, dit Lactance, c'est ce qui n'a pas de fin : Cujus nullus est finis. Elle n'est, dit saint Grégoire de Naziance, ni le temps, ni aucune partie du temps : Nec tempus, nec temporis pars iella est. Voilà un vaste champ ouvert devant nous pour nous former une petite idée de Téterniié. L'éternité ne serait-elle pas un nombre d'années égal à celui des étoiles du firmament, des atomes dans Tair, des gouttes d'eau dans la mer, des grains de sable sur le rivage, des feuilles dans les forêts, des fleurs dans les champs, et des lettres écrites dans tous les livres de l'univers? Ah! que dites-vous là? Quand il se sera écoulé autant d'années qu'il y a et de lettres, et de fleuri.
DE l'éternité. 461
et de feuilles, et de grains de sable, et de gouttes d'eau, et d'atomes, et d'étoiles, l'éternité sera encore entière^ intacte, elle ne sera pas même entamée, parce qu'elle n'a pas de fin, elle ne finira jamais, jamais ! Figurezvous, par l'imagination, une énorme cloche de bronze massif, placée au milieu de cette église; supposez ensuite qu'un tout petit oiseau passe une fois tous les cent ans en la frôlant légèrement de son aile, quand il y aura passé tant et tant de fois qu'il aura fini par user cette lourde masse de métal, l'éternité sera-t-elle finie? Finie! quoi ! pas même entamée ; car l'éternité ne finira jamais. Supposez, dit saint Bonaventure, qu'après chaque million de siècles, un damné laisse couler une larme ; quand il en aura répandu assez pour former un fleuve, une mer, un déluge universel et submerger les plus hautes montagnes ; (Grand Dieu 1 que de millions de siècles il faudrait pour remplir de larmes le plus petit vasej que serait-ce donc s'il fallait inonder toute la surface de la terre?) eh bien! lorsqu'il y sera parvenu, l'éternité sera-t-elle terminée? Kon, non, car l'éternité n'a point de limites, elle ne finira jamais, 0 jamais! jamais! qui pourrait te comprendre? Ah! mes frères, pesez bien cette grande vérité : n'est-il pas vrai que tout finit? Neuf papes du nom de Boniface, douze du no;n de Benoit, onze du nom de Clément, huit du nom d'Urbain^ treize du nom d'Innocent se sont succédé, et leurs pontificats sont finis; mais l'éternité ne finira jamais, jamais. Le monde a vu la fin non-seulement des rois, mais des ro^-aumes mêmes des Grecs, des Goths, des Vandales, des républiques de Sparte, d'Athènes et do Rome ; mais l'éternité n'a pas de bornes, et ne finira jamais, jamais. Le pauvre Job a vu la fin de ses misères^ Tobie de sa cécité, David de ses persécutions, Joseph de sa prison, l'Eglise de ses afiiictions ; tant de guerres, do pestes, de famines, de tremblements de terre, dep. M. m.
•162 SERMON xvir.
calamités, et de révolutions qui ont bouleversé l'univers sont passés ; mais l'éternité n'a pas de bornes, elle ne finira jamais, jamais. 0 éternité! ò toujours! ò jamais! O labyrinthe sans issue ! ó tourment sans cesse renouvelé ! Ó jamais qui commence toujours ! Pauvres damnés, livrez-vous au désespoir, car pour vous plus d'espérance de voir terminer vos maux : pour vous, plus un ami qui vous console, plus un parent qui vous témoigne de la compassion, plus un ange qui vous fortifie, plus un saint qui vous protège, plus un Dieu qui vous pardonne. Désespérez, malheureux, désespérez. 0 désespoir affreux î Mon pauvre pécheur, comment ri'étes-vous pas ébranlé, comment ne rentrez-vous pas en vousmême? Quel prix pouvez-vous attacher à tout ce qui est temporel, en comparaison de cette épouvantable éternité? Si vous aviez le malheur de vous perdre, quand vous aurez brûlé en enfer cent mille millions d'années, quand tous vos parents, vos fils, vos neveux et vos arrièreneveux seront morts ; quand après des milliers de générations votre famille sera éteinte, vos palais abattus, le monde entier réduit en cendres; que vous paraîtra alors tout le passé? Une grande ville, aperçue de loin, paraît un village, et plus vous vous éloignez, plus elle s'efface, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement à vos yeux. Quelle idée vous reste-t-il maintenant des actions de votre enfance et de votre adolescence ? Elles vous paraissent comme des songes, n'est-il pas vrai? Que vous paraîtra donc, après des millions d'années, une heure de plaisir? Que vous paraîtra un point d'honneur, pour lequel vous aurez enduré des millions et des millions de tourments? Et pourtant, votre jamais ne fera toujours que commencer. Qui donc vous aveugle à ce point, et vous oie le jugement? Comment avez- vous le courage, pour un instant de jouissance, de vous précipiter dans une éternité de souffrance? Momentaneutn
quod delectat^ œternum quocl cruciai. Quelle folie que iâ vôtre ! Pour un moment de liberté, vous condamner à une éternelle prison de feu? Pour la passagère satisfaction d'une fréquentation coupable, vous condamner à habiter éternellement dans la société des démons? Ah! certes, vous ne comprenez pas ce jamais qui commence toujours ; non, vous ne vous faites pas une idée de cette épouvantable éternité.
V. Mais voyons, pour j parvenir, aiguisez votre esprit, dit saint Isidore, et supposez que Dieu envoie aux portes de l'enfer un ange dire à ces malheureux : Bonne nouvelle! le Seigneur a enfin résolu d'user de miséricorde à votre égard ; il veut briser les chaînes des siècles éternels et éteindre un jour le feu de ces fournaises. On remplira de sable tres-fin la grande église de N. et tous les mille ans on en ôtera un grain; lorsque l'église sera vide, il sera mis fin à vos tourments. — Oh ! mes frères, si cette annonce retentissait en enfer, ce ne serait plus un enfer ; il n'y aurait plus en ce lieu ni blasphèmes, ni désespoir, ni rage, tout cela ferait place à des transports de joie ; on n'entendrait plus que des bénédictions et des cantiques , et l'amour de ces esprits réprouvés le céderait à peine à celui des séraphins. Mais pourtant, grand Dieu! si cette promesse leur avait été faite des le commencement du monde, combien y aurait-il jusqu'aujourd'hui de grains de sable ôtés de votre église? Comptez : six et pas davantage; car il n'y a pas encore sept mille ans que le monde a commencé. Et les damnés se livreraient à des excès de joie en attendant que tous les grains fussent ôtés? Oui, parce qu'à la fin il viendrait un jour où cette église serait vide et où l'enfer finirait. Mais, hélas ! ces doux noms de liberté, de paix, de trêve*, de réconciliation, de grâce, ne résonneront jamais aux oreilles de ces malheureux, parce que réternité n'a point de bornes,
et ne finira jamais, jamais. Allons plus loin, et pour nous former une des plus hautes idées de l'éterniié dont rintelligence humaine soit capable, sachez que l'on s'est demandé parfois si, dans la supposition que le monde entier formant une immense concavité fût rempli de sable menu, le nombre des grains devrait être appelé fini ou infini : il est manifeste qu'il serait fini, et un mathématicien distingué a même eu la patience, en partant de l'hjpoihese que dix mille de ces grains de sable ne formassent qu'un corps gros comme un grain de sénevé, et après avoir mesuré la capacité de l'univers, de calculer le nombre de grains de sable qu'il faudrait pour la remplir, et il a trouvé qu'une seule ligne de chiffres, savoir une unité et une cinquantaine de zéros, suffiraient pour exprimer ce nombre. Or, de ces lignes de chiffres et de ces nombres dont chacun représente un monde de grains de sable , tracez-en des livres entiers, tracez-en toute une rame de papier, tracez-en des centaines, des milliers de rames, en un mot remplissez de papier l'univers entier, et faites que toutes ces feuilles de papier soient couvertes de chaque côté de ces mêmes chiffres, représentant chacun un monde rempli de grains de sables. Quel nombre incalculable! Supposez ensuite que Dieu, par sa parole toute-puissante, donne l'existence à ces myriades de mondes, et proclame que son intention est qu'ils soient tous vidés, à la condition toutefois qu'on n'enlève qu'un grain de sable à la fois, et que d'une fois à l'autre il s'écoule un intervalle d'autant d'années qu'il y a de mondes indiqués sur les feuilles de papier, ou plutôt autant d'années qu'il y a de grains de sables contenus dans tous ces mondes. Dites-moi, mes frères : lorsque ces myriades de mondes auraient fini par être épuisés de la sorte, grain par grain, l'éternité serait-elle finie? Ah! ne le croyez pas, car l'éternité n'ii pas de bornes et ne finira jamais.
DE LETERNITIi. 465
jamais. Bien plus, supposez que, tous ces mondes épuisés, l'ange se représentât sur la bouche de l'abîme et dit à ces malheureux : Maintenant je vous apporte tout de bon l'heureuse nouvelle : vous brûlerez encore autant de millions de siècles que vous avez déjà brûlé de minutes, et alors cette nuit s'illuminera, ces ténèbres se dissiperont, et l'enfer sera fini. Ah! quelle joie, quels
transports il exciterait dans ces affreux cachots!
Mais, grand Dieu! comment pourraient-ils supporter la pensée qu'ils auront encore à gémir autant de millions de siècles, qu'il y a de minutes dans tant de jours, de mois, d'années qu'il a fallu pour vider, comme nous l'avons dit, ces myriades de mondes? Comment à cette vue leur courage ne faillirait-il point? — Eh bien! mes chers frères, il est certain que les damnés se réjouiraient parce qu'ils savent fort bien, qu'ils voient même clairement que par delà toutes ces minutes, par delà toutes ces années, par delà tous ces siècles, il y a encore une éternité tout entière, intacte, comme si elle n'était même pas commencée; car l'éternité est sans bornes et ne finira jamais, jamais. 0 éternité! éternité! 0 jamais qui dure toujours ! 0 jamais qui commence toujours ! 0 jamais! épouvantable jamais! De grâce, ne m'en dites pas davantage, ma langue se dessèche, mon entendement se confond, mon cœur s'évanouit, et je vois que vous-mêmes pour le coup vous en êtes étourdis. 0 éternité, ô éternité! non, non, on ne peut comprendre ni ce que tu es, ni ce que tu n'es pas. Que les prophètes se créent une langue à part, et t'appellent les années éternelles, les siècles des siècles, les perpétuelles éternités, toutes ces dénominations sont trop faibles pour exprimer ton infinie durée. La Sagesse incarnée seule, en parlant d'un damné, t'a exprimé au vif en deux mots : In ignem mit lent , et ardet ^ ; « On le jettera au feu, et
\\) Joan. 15, 6.
il brûle. " Notre-Seigneur ne dit pas que le réprouvé jeté au feu brûlera, au futur, ar débit, comme il semble qu'il aurait dû dire, mais bien qu'il brûle, au présent, ardet, et dans ce temps toujours présent il a résumé toute l'éternité des peines. Voici donc ce que c'est que l'éternité : un jamais qui dure toujours, un jamais qui commence toujours, un jamais qui est toujours présent. En effet, si vous me demandez ce que fait un damné au moment où il entre en enfer? Ardet, il brûle. Et après dix ans? Ardet, il brûle. Et après cent ans? Ardety il brûle. Et après mille ans? Ardet, il brûle. Et après un million d'années? Ardet, il brûle. Cessez vos questions, car vous pourriez les continuer pendant toute l'éternité, et pendant toute l'éternité je vous répondrais : Ardet, ardet, ardet; il brûle, il brûle, il brûle, et il brûlera tant que Dieu sera Dieu ; car l'éternité n'a point de bornes et ne finira jamais, jamais. Ah! mon pauvre pécheur, fixez une bonne fois dans votre esprit uno pensée si importante, et pour recueillir le fruit de ces considérations, dites-vous en vous-même, mais sérieusement : Si je continue à vivre de la même manière, je me prépare infailliblement des maux qui n'auront jamais, jamais, jamais de fin; des maux sans remède, sans espérance, sans nombre. Je brûlerai à jamais, à jamais je grincerai des dents, et je pousserai des hurlements de rage. Je serai à jamais un objet de haine pour Dieu et de dérision pour les élus. Je serai dans l'enfer à jamais. 0 jamais qui ne finit jamais! 0 jamais qui commence toujours! — Esprit-Saint, gravez-le bien avant dans le cœur d'une telle, d'un tel, et que ce jamais le cloue, en quelque sorte, aux pieds de mon Jésus crucifié. Que s'il n'est pas touché par un jamais qui commence toujours, ii le soit par un toujours qui ne finira jamais.
YI. Mais auparavant, faiscn.s ensemble quelques
DE l'eternit:;. 407
?éiltìXÌons, mes frères. Jp suppose que vous avez tous une foi vive en cette éternité de supplices que Dieu destine à quiconque meurt en état de péché, et je n'entends pas disputer ici avec celui qui se dit en lui-même : Qu'est-ce qu'une telle sévérité? Où est la justice de Dieu? Quelle proportion peut-il y avoir entre un plaisir passager et un châtiment éternel? entre un moment de satisfaction et un supplice qui ne finira jamais ? — Ah ! créature vile et misérable, et quelle proportion j a-t-il donc entre toi, créature tirée du néant, et la majesté infinie de Dieu que tu as outragée? Est-ce que la grandeur du châtiment dû au péché doit se mesurer sur le temps que l'on a mis à le commettre, ou bien sur la grandeur de l'injure que l'on faii au Créateur? Et si cette injure a été infinie, n'est-il pas juste que le châtiment soit, en quelque façon, infini? et puisqu'il ne peut être infini en intensité, ne doit-il pas l'être au moins en durée? Et puis, quoi de plus équitable que de punir par un châtiment éternel celui qui a osé se révolter contre l'Eternel? Quoi de plus juste que de ne jamais pardonner à celui qui ne se repentira jamais? Le damné, du moment où il entre en enfer, s'endurcit tellement dans ie mal que jamais plus il ne pourra se repentir ; il maintiendra à jamais une volonté perverse en opposition avec Dieu. Il est donc très-juste que Dieu châtie pendant toute l'éternité une volonté si criminelle. Le pécheur d'ailleurs, ne désirait-il pas vivre éternellement pour pouvoir éternellement pécher? Qu'y a-t-il donc d'étonnant que Dieu punisse par un châtiment éternel celui qui voulait l'offenser par un éternel péché ? Mais je ne veux point discuter avec cette sorte de gens, plus athées que catholiques. Raisonnons donc entro nous, mes chers frères, puisque je vous vois tous convaincus et par la foi, et par la raison, qu'il est très-juste et très-convenable que nos péchés soient punis par uno
éternité de peines. Entrons, dis-je, en considérations sur ce sujet, et entretemps méditez et pesez les réflexions que je ferai. Qu'un tel me dise pourquoi il pèche, pourquoi il vit dans l'habitude diabolique du péché? Voici les deux chefs auxquels se rapportent tous ses péchés : goûter une satisfaction, ou éviter un déplaisir. Mais que vous dit la foi, mon cher frère?" Ne vous ditelle pas qu'il y a des jouissances éternelles et des peines éternelles? Que vous conseille don«i la prudence? Méditez, et suivez mon raisonnement. N'est-il pas vrai que tout homme raisonnable embrasse un moindre mal pour en éviter un plus grand? Vous êtes donc bien insensé, lorsque, pour une satisfaction brutale qui, à peine goûtée, s'évanouit sans laisser de trace, pour un vil intérêt, pour une passion, pour un point d'honneur, pour une fumée, pour une parole déshonnête, vous sacrifiez une gloire éternelle, une gloire qui ne finira jamais? Ou lorsque, pour ne pas soufi'rir un petit déplaisir temporel, une incommodité, comme de jeûner, d'entendre la messe, de restituer ce bien mal acquis, de se faire quelque violence pour surmonter une tentation, vous vous précipitez dans un gouffre de misères éternelles, sans espoir d'en sortir jamais? Où est votre jugement, mon pauvre pécheur? où est votre raison, votre foi? N'est-il pas vrai, mes chers frères, que croire à l'éternité ei pécher, c'est être fou, et fou à lier?
VII. Mais je tiens moins aujourd'hui à toucher votre cœur qu'à éclairer et convaincre votre esprit : je veux que vous sortiez d'ici avec une impression bien vive de l'éternité, et après avoir touché au doigt celte vérité, savoir que ce toujours qui ne finit jamais résume en soi tous les tourments des damnés. Pour cela faites attention aux raisons naturelles et claires que je vais en donner. Dans cette vie si courte, la peine la plus légère. par cela seul qu'elle devrait durer toute la vie, devien-
DE l'éternité. 409
drait trés-pesante, et même insupportable; s'il nous fallait, par exemple, souifrir toujours la piqûre d'un cousin à l'extrémité de 1 oreille, ou le mouvement d'un moucheron dans les narines, ou la présence d'un grain do sable dans l'œil, et cela nuit et jour, quel supplice ce serait pour nous! Que serait-ce donc, mes frères, que serait-ce de souffrir les peines les plus intenses, les plus atroces de l'enfer, non pas durant l'espace si court de cette vie, mais pendant la durée immense de l'éternité, toujours, toujours, un toujours qui ne finira jamais ? Ah ! si cette vérité pouvait pénétrer dans l'esprit de ce grand pécheur ! . . . Si elle pouvait pénétrer ! . , . Bien plus, ces plaisirs mêmes que vous recherchez avec tant d'ardeur, s'ils se prolongeaient pendant toute la vie, deviendraient un supplice mortel. Je m'explique : c'est un plaisir sensible de manger, de boire, de dormir, de causer, de se promener ; mais s'il fallait toujours se promener, toujours causer, toujours dormir, toujours boire, toujours manger, ces choses qui sont ie soutien ou le charme de la vie ne deviendraient-elles pas des supplices à en mourir? C'est la remarque de saint Augustin : Ambula semper^ ut nolis qiciescere, morieris; dormi semper, ut nolis vigilare^ morieris. Réfléchissez-y bien, mes frères; si les plaisirs, les divertissements eux-mêmes deviennent, par leur continuité, des peines mortelles ; si au théâtre, par exemple, lorsque la pièce est plus longue que de coutume, on ne plait pas au spectateur, s'il jette un œil d'envie sur la porte, attend avec impatience le moment de sortir, calcule si on arrivera bientôt au dénoûment, se fatigue et s'ennuie, que doit-ce donc être en enfer où l'on se fatigue, où l'on se tourmente, où l'on enrage, non pas au milieu des plaisirs, mais des peines les plus cruelles, non pas durant le temps si court d'une vie mortelle, mais pendant toute l'éternité, sans avoir môme la consolation dô p. M. m.
470 SERMON xvrr.
varier ses tourraents? Q'iolle mort, qnello mort qu.o celle-là! Vous redoutez le nom seul de la mort, qui, après tout, n'est qu'une ombre de la mort, umbra mortis. La véritable mort est celle qu'endurent les damnés : c'est là une mort véritable, parce que c'est une mort vivante, une mort qui no finira jamais, une mort qui. consiste dans un tovjoiirs sans fin.
VIII. Je voudrais avoir aujourd'hui le même bonheur qu'eut un jour la glorieuse sainte Liduvine, laquelle avec ce toujours qui ne finit jamais, amena à résipiscence un pécheur de haut rang, qui se moquait des maximes éternelles. Si vous avez le courage, lui ditelle, de rester immobile pendant une nuit seulement, dans un lit de plumes bien mou, tout couvert de fieurs et parfumée des senteurs les plus délicieuses, sans jamais changer de posture, non-seulement je ne troublerai plus vos passions, mais je vous promets une belle récompense. Le jeune homme accepta, en riant, la proposition, et il en vint à l'épreuve. Mais au bout de trois ou quatre heures, il éprouvait déjà une telle fatigue qu'il lui semblait qu'il fût à la torture. Il se fit néanmoins violence une heure encore, mais enfin l'immobilité à laquelle il était condamné lui devint si insupportable, qu'il se sentait mourir. Alors notre jeuno écervelé rentra çn lui-même. Malheureux que je suis, se dit-il, si en vivant comme je fais je vais en enfer, que sera-ce donc? Comment pourrais-je rester couché sur ce lit de feu, non pas le court espace d'une nuit, mais durant toute l'éternité? Comment supporter ces supplices qui, en s'engrenant les uns dans les autres, forment un cercle, dont le centre est un jamais qui commence toujours, et la circonférence un toujours qui ne finit jamais? Il fut touché, se confessa et se convertit. Ah! mon pauvre pécheur, joignez à votre méditation un essai de ce genre. Des eo soir, asseyez- vous dans un siège
DE l'Éternité, 471
bien commode, et essayez d y rester sans bouger pendant une seule nuit. Non, vous n'en aurez pas la force. Que faites-vous donc ? à quoi pensez-vous? Ecoutez ce que rous déclare TEsprit-Saint : Si ceciderit lignum ad austrum, aut ad aquilonem^ in quocumque loco ceciderit, ibi erit ^ ; « Que l'arbre tombe au nord ou au midi, de quelque côté qu'il tombe, il j restera. » Après mille ans, il y sera encore, iM erit; après cent mille ans, il y sera, ibi erit; après des centaines de millions d'années, il y sera toujours, ibi erit. Si vous tombez dans cette fournaise, il n'y aura plus d'espoir pour vous d'en sortir jamais, vous resterez à jamais comme cloués sur ces lames ardentes, sans aucun soulagement. La scène de ce monde cliangera, les princes, et les rois, et les pontifes, et les officiers, et les maîtres, et les serviteurs s'y succéderont tour à tour, et vous resterez dans votre feu, ibi erit. On ira de la ville à la campagne, de la campagne en ville, et vous resterez dans votre feu, ibi erit. On voyagera d'un pays à l'autre, on se promènera, et vous resterez dans votre feu, ibi erit. On changera de condition et de fortune, on nagera au sein des plaisirs, et vous resterez dans votre feu, ibi erit. Si l'on pouvait, hélas ! interrompre, au moins pour un instant, les peines de l'enfer ! Le laboureur coiu-bé sur sa charrue, le forçat même condamné aux galères interrompt de temps en temps son travail ; les fièvres les plus aiguës ont leur déclin, et l'on ne refuse pas même aux animaux un peu de repos. Mais non, dans l'éternité, il n'y a ni trêve, ni relâche, ni repos, ni changement. Toujours nuit, et jamais jour; toujours du feu, etjamais de rafraichissenit- nt ; toujours une soif ardente, et jamais une goutte d'eau ; toujours une faim dévorante, etjamais rien pour l'apaiser; toujours le déses-
(1) Ecc i. 11,17.
AtZ SERMON XVII.
poir, cl jamais de paix. Un toujours; ah! quelle cuisante pensée! un toujours qui ne finira jamais vous tiendra cloué, pécheur, sur ce lit de feu, comme un chien à la chaîne. Que faites-vous donc, je le répète, que faites-vous, mon cher, en ce monde? A quoi pensezvous? Ah! vous poursuivez les biens de la terre, d'immondes plaisirs, et vous ne pouvez vous en rassasier, parce qu'ils sont mêlés d'épines , de chagrins , de remords, qui vous font éprouver un enfer anticipé. Et quel est le sort qui vous attend après une vie si pénible? Ce qui vous attend, ò Dieu ! c'est une éternité, une éternité de maux et d'une multitude de maux; je n'ai pas dit assez : une éternité de plusieurs éternités. — Comment! — Oui, oui, une éternité de plusieurs éternités. Si cette vérité ne vous va pas au cœur, j'en finis avec vous. Ecoutez.
IX. Plusieurs théologiens prenant dans un sens strict ces paroles de l'Evangile : Ibunt M in supplicium œternum; « ceux-ci iront au supplice éternel, » enseignent (lue les réprouvés endurent à chaque instant, et en réalité, tous les tourments qu'ils auront à essuj'er pendant toute l'éternité ; ils comparent l'éternité des peines à une grosse boule de bronze qui ne laisse pas de peser de tout son poids sur la surface où elle est posée, quoiqu'elle ne la touche que par un point; ainsi, disent-ils, l'éternité des peines futures pèse tout entière sur le damné, bien qu'elle ne le touche que par le moment présent, qui est comme un point : elle l'accable tellement à chaque instant, qu'elle lui fait réellement soufi*rir tout le poids des peines présentes et futures à la fois. Je n'ai ni le savoir ni le courage nécessaires pour défendre cette opinion, j'en laisse donc la discussion aux écoles. Mais je soutiens qu'un damné souffre à chaque instant de son éternité, sinon réellement, du moins mentalement et par appréhension, tous les tourments qu*il
aura à souffrir dans la suite ; en voici la raison : appréhender un mal, dit saint Grégoire de Naziance, c'est déjà le souffrir : Quod quiscjuam timere capit, jam passus est. Que sera-ce donc, non-seulement de l'appréhender, mais de l'attendre, et de l'attendre avec une certitude qui exclut toute espérance de pouvoir l'éviter? Ainsi au moment même où je vous parle, un malheureux damné voit toute sa douloureuse éternité, il l'attend, il la redoute, et par conséquent il la souffre déjà on appréhension. Il voit, le malheureux, que le cachot où il est renfermé est éternel, que le feu qui le brûle est éternel, que le ver qui le ronge est éternel, que les démons qui le tourmentent sont éternels, que le décret de Dieu qui le condamne est éternel. Et tous ces tourments éternels, il les ramasse dans le jour présent, par Fap-^ préhension qu'il en a, en sorte que tous concourent à le tourmenter, comme s'il les endurait réellement à chaque instant. Il voit que durant des siècles éternels, il souffrira le feu, la fumée, la faim, la soif, la rage, le désespoir; et réunissant par la pensée l'éternité de chaque supplice avec celle des autres, il endure à tout moment une éternité de plusieurs éternités ; et il souffre d'autant plus qu'il prévoit qu'il faudra endurer, dans tous les moments de son accablante éternité, des éternités infinies d'éternités. Ah! pécheurs mes frères, que voulonsnous de plus ? Allons tous nous enfoncer dans une grotte, nous ensevelir vivants dans un sépulcre, le fouet à la 'main pour déchirer cette chair coupable, et pleurer la folie avec laquelle nous avons tant de fois risqué notre éternité. Après tout, que durerait noire pénitence? dites-moi, que durerait-elle? Vingt, trente, quarante ans. Et qu'est-ce que cela, en comparaison de l'éternité? Ah! c'est que l'éternité sera toujours l'éternité, et toujours féconde même en une infinité d'éternités! Je ia'aper(;ois que la plupart d'entre vous sont saisis d'ef-
-i'I SERMON XVII.
froi, et se disent en eux-mêmes : c'est là un sermon à étourdir tout le monde. — Eh bien î vous confessez donc qu'un seul regard jeté sur l'éternité suffit pour faire palpiter votre cœur d'épouvante. Comment, après cela, la crainte d'avoir à souffrir cette éternité ne vous rendelle pas sages? Quelle extravagance! Vous dites que vous n'avez pas même la force de penser à l'éternité de l'enfer, et puis vous ne voulez pas abandonner le maudit sentier qui y mene tout droit. Vous m'accusez d'être cruel envers vous, en vous représentant trop au vif ces terribles vérités, et puis ces vérités prêchées avec tant de force ne font pas plus d'impression sur vos cœurs que si je parlais à des statues de marbre. Que dirai-je donc aujourd'hui? Ne devrais-je pas appeler à mon secours la langue des apôtres et des prophètes les plus énergiques, pour faire retentir ces acclamations : 0 folie! ô illusion! ô aveuglement! ô dureté! ó perversité des enfants d'Adam î Avouez-le, mes frères : ne sont-ce pas des enfants de perdition, ne portent-ils pas sur le front le caractère de la réprobation ceux qui ne sont pas émus de ces terribles vériiés? — Eh ! père, finissezen, de grâce, nous sommes fatigués, ce sermon est par trop décourageant; nous n'en pouvons plus. — Ah! que vous m'encouragez par ces paroles ! vous m'assurez que vous n'en pouvez plus ; eh bien ! par là seul vous en dites davantage que je n'en ai dit moi-même dans tout mon sermon. Vous n'avez plus la force de m'entendre sur ce sujet? et cependant il n'y a pas encore une heure que je vous en entretiens, et je vous ai parlé en variant les ligures, en mêlant à mes réflexions des histoires^ qui, tout en vous effrayant, vous faisaient plaisir. Que doit-ce donc être de ces malheureux qui n'entendent pas seulement parler de l'éternité, mais qui en ressentent toutes les horreurs au milieu du déluge de maux où ils sont plongés, ayant continuellement sous les yeux un
DE l'Éternité. 475
toujours qui no finira jamais, jamais? Pour ne pas vous ennuyer davantage je ne parlerai plus; mais vous, pour ne pas vous damner, ne cessez d j penser sérieusement; certes, Timportance de vous assurer une éternité bien» heureuse mérite bien toutes vos réflexions.
SECOND POINT
X. Ferdinand III, roi de Castille, vécut au milieu des' délices de sa cour, entouré de toutes les séductions,. sans jamais en subir les atteintes, et menant une vie innocente et exemplaire. Désireriez-vous en savoir la véritable cause ? La voici : on trouva tracées dans son cabinet, en lettres d'or, ces paroles : Annos œternos in mente habui. Etait-il assis sur son trône, il voyait assis à côté de lui un fantôme qui lui disait : - Ferdinand, souviens-toi de l'éternité, n Au milieu des combats, et au «on de la trompette guerrière, il entendait un écho qui lui répétait : « Ferdinand, souviens-toi de l'éternité. « Au milieu des délassements et des conversations, une pensée saintement importune lui disait au fond du cœur : « Ferdinand, souviens-toi de l'éternité. « Au théâtre, dans les banquets, dans les conseils, dans les tribunaux, dans les jeux, dans tous les actes concernant le gouvernement de ses Etats, une voix inférieure lui redisait cet avis salutaire : « Ferdinand, ëouviens-toi de l'éternité. " Annos œternos in mente habui. Et avec l'éternité devant les yeux, il vécut innocent, et mourut, comme on le croit, en prédestine. Que ne puis-je aujourd'hui, mes frères, graver dans vos cœurs cette sainte pensée de l'éternité ? Oh! que je me dévouerais volontiers à cet oflSce de charité ! Je voudrais au moins être toujours à vos côtés, vous suivre partout, et vous crier
à chaque pas : Mon frère, ma sœur, souvenez-vous do réternité : Cogitavi dies antiquos^ et annos œternos in. mente habui. Oh! alors, oui, je serais sûr de votre salut éternel. Mais, hélas ! cette pensée salutaire, la plus sérieuse de toutes les pensées, est comme effacée de l'esprit d'un bon nombre de chrétiens. La sollicitude du présent, le soin que l'on prend d'êire bien, de faire figure et de briller dans le monde, l'amour des divertissements, des satisfactions, et des plaisirs sensibles, voila ce qui offusque notre esprit, occupe notre cœur, et nous séduit au point de ne plus laisser place a la pensée de l'éternité. Crojez-vous qu'il pense à l'éternitécelui qui, pour un vil intérêt, vend son âme au démon, et se charge la conscience de tant d'affaires embrouillées et de tant d'injustices? Crojez-vous qu'il pense à l'éternité, cet autre qui, par une honte puérile,^ cachedepuis des années un péché en confession? Croyez-vous qu'elle pense à Téternité, cette femme vaine qui, non contente d'aller elle-même en enfer, prend à lâche de lui fournir des victimes, fomente des liaisons dangereuses, entretient des fréquentations criminelles, et par ses séductions se fait pour tout le monde comme une tentation vivante? Croyez- vous que tous ceux-là pensent à l'éternité ? Non, certes, ils n'y pensent pas. Je ne trouver point, pour les réveiller, de meilleur moyen que der faire ce que fit le prophète Jérémie. Allant par ordre de Dieu prêcher au peuple, il se mit une chaîne de boi» au cou, conformément au commandement exprès du Seigneur, et parcourut ainsi les places et les rues de la ville, menaçant ses concitoyens de toute la sévérité des jugements de Dieu, leur mettant sous les yeux les terreurs de la mort, et l'éternité des châtiments, mais sans fruit; car ces insolents riaient de ses paroles et de ses menaces comme s'ils n'y avaient vu qu'un épouvantail d'enfants. Il y eut même un homme assez téméraire'
DE l'étermté. 477
pour lui arracher la chaîne de bois qu'il portait au cou, et la briser sous ses yeux : Tulit catenam de collo Hieremiœ prophefœ, et conf régît eam\ Le prophète s'en retourna chez lui profondément affecté ; à peine t fut-il arrivé que le Seigneur lui parla et lui dit : Vade, et dices : Hœc dicit Dominus : Catenas ligneas contrimsti; faciès pro eis catenas ferreas^; « Va et tu diras : Voici ce que dit le Seigneur : Vous avez brisé les chaînes de bois ; vous leur ferez des chaînes de fer. « Il me semble que Dieu m'intime ce matin quelque chose de semblable, et que pour imprimer bien avant dans vos coeurs la pensée de Téternité, il m'ordonne de vous prêcher, non pas avec une chaîne de bois au cou, comme Jérémie, mais avec une chaîne de fer. (Donnez-moi cette chaîne.) Oh! mes bien-aimés, quand parviendrezvous à le comprendre? Vous avez brisé la chaîne de bois, c est-à-dire le joug si suave de la loi de Dieu, et si vous ne faites une pénitence fervente, des chaînes de fer, hélas! vous sont réservées pour toute l'éternité en enfer : Fades pro eis catenas ferreas.
XI. Voici, pécheur, mon frère, le langage que Dieu m'a ordonné de vous adresser hautement et clairement ce matin. De deux choses l'une, pas de milieu : Ou la pénitence, ou l'enfer; ou la pénitence, ou un jamais qui commence toujours; ou la pénitence, ou un toujours qui ne finit jamais; ou la pénitence, ou le feu : Aztt pœnitendum^ aut ardendum. Oui, ou le feu, ou la pénitence; ou des larmes, ou des flammes. A quoi nous décidons-nous? — Ah! pour exciter en nous des sentiments de pénitence, tombons tous à genoux au pied de ce crucifix, et permettez que je fasse retentir à l'oreille, et surtout au cœur de chacun de vous ces paroles : Cogita dies aniiquoSy et annos œternos in mente haie.
(1) Jerem. 2S, li. [2] lòid. v. Ì3.
47S SERMON xvn.
Pensez à réternîté. Pensez-y bien, mon frère, au pîcd de cette croix, et que cette grande pensée soit la conclusion de toute cette méditation. Pensez, impudique, s'il vaut la peine d'acheter un sale plaisir au prix d'un désespoir éternel. Pensez, avare, si un gain illicite vaut une éternité de misère. Pensez, vindicatif, ce qui l'emporte d'une vengeance satisfaite, ou d'une éternité de pleurs. Pensez, chef de maison, lequel est le plus avangeux pour vous ou de veiller sur votre famille et sur la conduite de vos enfants, ou de vivre enchaîné pendant toute réternité en enfer. Pensez, jeune homme, pensez, jeune fille, pensez bien ce qui vous coûte le plus ou de renoncer à ces amours insensées, ou de gémir et de vous désespérer éternellement dans des chaînes de feu. Pensez enfin, pécheur, à ces deux épouvantables extrémités : douleurs des plus atroces d'un côté, durée éternelle de l'autre. Ah! comment n'êtes -vous pas ébranlé, mon cher frère? Je vous le demande les larmes aux yeux : comment est-il possible que vous ayez le <;ourage de vivre dans un si grand péril, d'aller maudire éternellement Dieu, maudire éternellement Marie, vous maudire éternellement vous-même, éternellement dévorer votre propre chair comme un chien enragé? Hélas ! si une fois vous mettez lé pied dans cet abîme, vous pleurerez votre malheur avec des larmes de feu, et de cette même langue avec laquelle vous allez tout à l'heure demander pardon à Dieu, vous irez, blasphémant, ^t vociférant sous les voûtes infernales : Maudit soit le jour qui m'a vu naître, maudit soit le baptême que j'ai reçu, maudit soit le péché que j'ai commis ! Il m'était facile de ne pas tomber dans ce goufi're, maintenant que j'y suis il m'est impossible d'en sortir. Avec une larme d'un cœur contrit je pouvais gagner le paradis, maintenant je ne saurais, avec cet océan de pleurs qui sort de mon cœur consumé de rage, éteindre une seule étin-
DE l'éternité. 479
cello du feu qui me dévore. 0 interminable éternité ! ô hauteur» ô profondeur de l'éternité ! Eternité de rage, éternité de désespoir, éternité de pénitence, mais d'une pénitence inutile, d'une pénitence stérile, parce qu'elle vient trop tard ! Eternité de douleur pour un misérable plaisir que j'ai pris! Eternité de captivité pour un peu de liberté dont j'ai joui! Eternité de misère pour un peu de bien que j'ai usurpé! Eternité dans la société des démons pour les mauvaises compagnies auxquelles je me suis livré! Eternité de lamentations pour quelques jours de volupté! Etre éternellement séparé de Dieu, quelle pensée accablante! 0 éternité! ô toujours! ô jamais! 0 jamais qui commencera toujours! ò toujours qui ne finira jamais! — Que dites-vous, mon pauvre pécheur, que dites- vous en entendant cela? Aurez-vous l'affreux courage de continuer à blasphémer et à maudire de la sorte pendant toute une éternité! Ah ! jetez un regard d'amour sur ce crucifix, et écoutez la bonne nouvelle que j'ai à vous donner. Il est encore temps pour vous, âme fortunée, de vous assurer une éternité bienheureuse, il est temps encore d'échapper à une éternité de feu. 0 temps précieux! ò grâce inappréciable que vous fait Jésus ! Regardez ce crucifix, et regardez-le avec des 3'eux pleins de larmes, et puis, le cœur contrit, jetez-vous dans ses bras, tenez embrassés ses pieds sacrés, et d'une voix entrecoupée de gémissements et de sanglots, dites-lui avec moi : Hélas ! mon doux Jésus, quelle vie j'ai menée jusqu'à ce jour! pendant combien d'années j'ai marché sur le bord du précipice ! Si la mort m'avait surpris en état de péché, où serais-je maintenant? 0 plaies sacrées, c'est à vous que je me reconnais redevable d'un si grand bien ! permettez que je mêle mes larmes au précieux sang que vous répandez. Ce n'est pas ma langue qui vous demande pardon ce matin; ce sont mes larmes, c'est mon
iSO SERMON xvir.
cœur contrit et repentant, c'est un cri de détresse quî part du fond le plus intime de mon âme, qui vous dit : Pardon, ô mon Jésus, pardon ! Ah ! Téternité m'accable, pardonnez-moi, ô mon amour crucifié ! — Eh bien! que faites-vous? quoi, vous ne fondez pas en larmes? vous ne voulez pas même donner un soupir pour assurer votre éternité? pas même un cri pour demander pardon à Jésus-Christ? Il faut que tous, tous vous répétiez avec douleur et avec larmes : Pardon, ô mon Jésus, pardon ! Pour l'obtenir ce pardon, je veux m'attacher avec cette chaîne aux pieds sacrés de mon Jésus, en lui protestant que je veux vivre et mourir enchaîné à sa croix, et ne cesser de pleurer toujours, toujours mes iniquités. Je commence à les pleurer dès maintenant, pour ne finir jamais, et je redirai sans cesse par mes larmes, plutôt que par ma bouche : Pardon, ô mon Jésus, pardon ! donnez. Seigneur, donnez satisfaction à votre justice, déchargez sur moi tous vos châtiments : Hic ure, hic seca^ modo in œiernum parcas ; brûlez, tranchez maintenant, pourvu que vous m'épargniez dans réternité. Que les maladies, les persécutions, les calomnies, les adversités, les disgrâces, tous les maux de ce monde, en un mot, fondent sur moi, pourvu que vous m'épargniez dans l'éternité : Modo in œternum parcas. Châtiez-moi en cette vie, pourvu que j'obtienne mon pardon éternel dans l'autre. — Jésus est prêt à vous accorder le pardon, mais il veut que voi)S en finissiez ce matin, il demande une résolution; de deux choses l'une : ou la pénitence, ou une éternité de feu ; ou la pénitence, ou un jamais qui commencera toujours; ou la pénitence, ou un toujours qui ne finira jamais. Que choisissez-vous? Pour moi, mon choix est fait; je l'ai juré à mon Dieu, je veux la pénitence. Pénitence donc, pénitence! [La discipline.) Ah! il faudrait une discipline de fou, et non de fer seulement, pour faire une
'ligne péHJiei?ee. L'éternité ne vaut-elle pas bien une sérieuse pénitence? Si elle la vaut, laissez-moi déchirer ce corps. Pénitence, mes frères, pénitence! Que ceux d'entre vous qui choisissent la pénitence, le déclarent aux pi^ds de Jésus-Christ en criant à haute voix : Pénitence, pénitence, etc. Elle ne veut pas de la pénitence, cette femme vaine qui est le scandale de l'endroit. Qu'une telle, et une telle crie pénitence, etc. Il ne veut pas de la pénitence, ce vindicatif opiniâtre qui refuse de se réconcilier. C'est lui qui doit crier pénitence. Il ne veut pas de la pénitence, ce libertin qui refuse de briser ce commerce criminel. C'est celui-là qui doit embrasser la pénitence. Afin que Jésus vous pardonne, je ferai moi-même pénitence pour vous tous. Pénitence donc, pénitence, etc. Courage, mes bien-aimés, embrassez tous la pénitence, protestez-le tous aux pieds de Jésus-Christ, en lui disant : Pénitence, pénitence. — Oh! que vous êtes heureux! vous offrez à Jésus votre pénitence, et il vous donne sa miséricorde. Voyez-le, mon Jésus, les bras ouverts, prêt à vous pardonner, et à vous sauver pour toute l'éternité. Il veut cependant que vous lui demandiez pardon. Répétez donc de nouveau tous ensemble et à plusieurs reprises : Paixlon, ó mon Jésus, pardon ! etc. Vous êtes trop heureux d'avoir \ par vos larmes gagné le pardon et assuré votre éternité.
XII. Mais s'il se trouvait parmi vous quelque pécheur tellement endurci que la pensée de l'éternité ne suffit pas pour le convertir, ah! qu'il veuille bien m'ecouter. Venez, mon bien-airaé frère, tomber aux pieds de ce crucifix; et vous, ô mon Jésus, exaucez mes larmes, voici ce que je lui dis en votre présence : Pécheur, mon frère, ce n'est pas moi qui vous le dis, ce n'est pas un théologien, ni un prédicateur; c'est la foi, c'est Jésus-Christ lui-même qui vous proclame à haute voix qu'il y a une éternité de peines. Et pour qui? Pour qui-
conque vit comme vous vivez. A quoi donc vous décidez-vous? Mais, grand Dieu! prenez garde : si l'éternité n'était pas un article de foi, mais seulement une opinion probable, vous devriez encore faire en vous-même le raisonnement suivant : il est possible à la vérité qu'il n'y ait pas d'éternité, mais puisqu'elle a été admise et crue par tant de saints, par tant de savants, par les plus grands génies, par tous les sages du monde, il est très-probable qu'elle existe. S'il en est ainsi, et que je vinsse à me tromper, qu'en serait-il de moi? — Cette simple réflexion ne suffirait-elle pas pour vous porter à embrasser les plus saintes résolutions? Que dire donc si l'éternité est un article de foi? Oui, oui, un article de foi pour lef^uel vous seriez obligé de donner votre sang et votre vie. Comment pouvez-vous donc résister encore? Voyons, finissons-en! Etes-vous jeune? Donnez un coup de pied au monde, retirez-vous dans un ordre des plus austères, des plus fervents : l'éternité en vaut bien la peine. Etes-vous âgé? Dégagez-vous au plus tôt de ce tracas d'intérêts pour vous occuper uniquement de votre âme. Etes-vous jeune fille? Renoncez à cette vanité, retirez-vous dans un couvent des plus réguliers. Etes-vous un pécheur plongé dans le vice jusqu'au-dessus des yeux? Allez proraptement vous jeter aux genoux d'un confesseur instruit et zélé. Etes-vous décidés? Quoi! vous balancez encore? "Voudriez- voas par hasard prêter l'oreille à ce vilain démon, qui ne vous permet pas d'ajouter une foi pleine et entière à ces vérités? Prenez-y garde, je vous en préviens les larmes aux yeux, prenez-y garde, mon pauvre pécheur : si vous ne le croyez pas, vous en ferez l'essai, c'est l'Esprit- Saint qui me porte à le dire : vous en ferez l'essai, et peut-être sera-ce dans peu d'années, peut-être dans quelques mois. — 0 adorable Trinité, Pere, Fils, et Saint-Esorit, au nom de l'amour que vous portez à vofro
DE l'Éternité. 483
fille, à votre mère cZ à votre épouse, la bienheureuse Vierge Marie, gravez profondément dans l'âme de ce pauvre pécheur, afin qu'il ne fasse pas cette terrible épreuve, cette seule parole : Jamais, jamais, jamais. 0 clous sacrés de mon Sauveur, imprimez-le bien avant dans son esprit et dans son cœur, ce mot redoutable : Jamais. Qu'il résonne sans cesse à ses oreilles et quo l'écho s'en fasse entendre au fond du cœur. Et vous, mes frères, pour ne point oublier ce jamais qui commence toujours, et ce toujours qui ne finit jamais, de retour chez vous, écrivez sur la porte de vos cham * bres, à la tête de votre lit, au pied de votre crucifix, ces importances sentences : Toiit finit, et finit vite, VptpTinifp. ne Unit jamais.