‹ Œuvres compl`etes (volume 3)Chapitre 59 sur 154 · ÉTABLISSEMENT DES RECOLLETS A FLORE.NCE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DES RECOLLETS A FLORE.NCE

4 . Quarante-sept ans environ s'étaientécoulés depuis que le Serviteur de Dieu, frère Bonaventure de Barcelone, en dépit de mille contradictions , avait établi les couvents de Retraite dans la province des frères Mineurs Réformés de Rome ; la divine Providence toujours attentive à disposer chaque chose avec force et douceur , permit après ce laps de temps que le père Antoine Bardiggiani, zélé religieux de la compagnie de Jésus, fît un rapport détaillé sur la manière de vivre de ces Récollets à son altesse royale, Cosme III, grand duc de Toscane. Ce prince, ayant surtout à cœur le bien spirituel de ses sujets , s'éprit aussitôt d'un si bel Institut, et s'appliqua avec ardeur à en procurer le développement. Comme s'il eût pressenti les grands avantages qui devaient en résulter pour ses États, il s'empressa de faire des instances auprès de Sa Sainteté Clément XI, afin qu'elle daignât envoyer à Florence quel-

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ques religieux Récollets de la Retraite. Son dessein était de les établir au couvent de Saint-François-du-Mont, situé hors de l'enceinte de la ville ; ce qu'il exécuta en effet l'an 1709 , le 20 du mois d'août. On élut pour fondateur le père Pie de Santa Colomba, religieux intègre, zélé et prudent, qui avec cinq autres prêtres et deux frères laïques, composa la communauté naissante des Récollets. Tout se passa jusque-là à la grande satisfaction du religieux souverain, lequel maintes et maintes fois se transféra au souvent du Mont, encourageant par sa présence les nouveaux religieux a persévérer avec ferveur dans leurs saintes observances.

2. Cependant le caractère propre des œuvres de Dieu a toujours été la contradiction ; aussi, si le pieux prince témoigna delà joie et du contentement , d'autres ne montrèrent pas moins d'exaspération, tant à cause de la nouveauté du fait, que parce qu'ils ne pouvaient souffrir cette nouvelle recrue de religieux étrangers et inconnus. C'est pourquoi ils ne manquèrent pas de répandre sur leur compte des bruits malveillants qui, accueillis sans examen par le peuple . fournirent aux nouveaux solitaires ample matière de mérite. Entre temps ceux-ci , tout en s appliquant à faire régner dans leur couvent la plus stricte et la plus parfaite observance de leur saint Institut , se dévouaient aussi aux besoins spirituels de la ville ; ils offraient à Dieu, jour et nuit , leurs prières, leurs oraisons et leurs pénitences pour tout le monde, mais particulièrement pour ceux qui leur montraient le plus d aversion et , parleur opposition ouverte , leur fournissaient aussi plus d'occasions de mériter et de s'exercer à la patience.

3. Mais qui ne sait que la docilité de la population si religieuse de Florence (pour lui rendre la justice qui lui est

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duc) n'a peut-être pas son égale dans toute l'Italie? Aussi, dès que les religieux sortirent de leur retraite et se produisirent en public , prêchant , instruisant les fidèles, se montrant assidus au confessionnal , toujours prêts a voler au chevet des malades , ou a accueillir avec tendresse les pécheurs même les plus abandonnés ; en un mot, dès qu'ils eurent fait preuve de ce zèle pur qui les animait pour le salut des âmes, joint à un détachement absolu des biens temporels , ils conquirent en peu de temps les applaudissements et la sympathie de tout le monde ; si bien que ceux-là mêmes qui dans les commencements avaient repoussé impitoyablement les pauvres frères quêteurs , en protestant qu'ils ne feraient jamais l'aumône a de pareils religieux , sont aujourd'hui leurs bienfaiteurs les plus dévoués ; ce sont bien souvent les religieux euxmêmes qui doivent maintenant mettre un frein a leur générosité, de crainte qu'elle ne porte préjudice à la pauvreté dans laquelle ils se complaisent. Les aumônes se sont multipliées au point que là où l'on trouvait à peine de quoi nourrir dix ou douze frères , il y en a aujourd'hui jusqu'à quarante-cinq , sans autre ressource pour leur entretien que la quête. Ainsi s'est vérifiée la parole de leur saint Patriarche, qui avait coutume de dire : « Si mes frères observent leur règle avec ferveur, quand il n'y aurait plus dans le monde entier qu'un seul pain, la moitié serait pour eux. » Cette expérience a porté nos religieux à se pénétrer de plus en plus des sentiments de leur instituteur frère Bonaventure , qui n'inculquait rien tant que la pauvreté , et dans la nourriture , et dans les églises et pour tout le reste , voulant voir partout le plus complet dénuement, sans autre appui que la divine Providence. Ils n'ont pas seulement maintenu inviolablement leur statut qui défend de recevoir de l'argent ou autre chose pour hono-

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