‹ Œuvres compl`etes (volume 3)Chapitre 60 sur 154 · ÉTABLISSEMENT · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT

raires de messes, et leur ordonne de prêcher sans en attendre aucune rétribution temporelle; de plus, saintement jaloux de ne tenir leur pauvre nourriture que de la mense de Dieu même, au moyen d'une pénible quête, ils ont renoncé , tant-de vive voix que par écrit, à ce que la libéralité de notre serenissime prince leur avait assigné pour leur entretien et pour tous leurs besoins, car il leur tenait constamment sa porte ouverte ; aujourd'hui ils n'y ont plus recours , excepté en faveur de leurs malades, et ils se contentent d'aller en véritables pauvres , mendier de porte en 'porte ce qui est nécessaire pour leur subsistance.

4. On ne saurait dire les fruits précieux que ces religieux ont produits et continuent à produire par l'exemple d'une telle vie sur une population aussi chrétienne que celle de cette ville ; on ne saurait dire combien de confessions générales ils entendent journellement, combien de péchés ils empêchent sans cesse, et combien d'âmes ils dirigent dans les voies du Seigneur; mais le plus grand bien est celui qui se fait sentir aux peuples de la campagne qui avoisinent le couvent : il s'est opéré parmi eux une réforme générale de mœurs ; on y trouverait maintenant peu d'hommes ou de femmes qui n'aient pas fait leur confession générale au couvent du Mont. Aussi y remarque-t-on une rare modestie dans les églises et une grande sévérité de mœurs dans l'intérieur des familles. Une foule d'abus ont disparu, tels que les bals multipliés, les soirées prolongées et autres divertissements dangereux ; à tel point qu'une étrangère, voulant donner une soirée dans un de ces villages, ne put parvenir , en parcourant trois localités différentes, à réunir seulement deux jeunes filles qui voulussent y assister. Il en résulte que ces braves gens se sont fait une certaine réputation de personnes

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craignant Dieu, et qu'ils satisfont pleinement leurs curés. Ceux-ci d'ailleurs n'éprouvant aucun dommage de la présence de religieux, qui ne reçoivent pas d'honoraires de messes, n'accompagnent pas les morts, n'élèvent de prétention d'aucune sorte , vivent avec eux en parfaite intelligence : ce qui ne concourt pas médiocrement au salut des âmes , dont plusieurs, sous la direction spirituelle des religieux , s'avancent à grands pas dans le chemin de la perfection Ce sont la de ces bénédictions que Dieu a coutume de répandre dans les lieux où s'érigent des couvents de Retraite, témoins les terres de la Sabine où notre Serviteur de Dieu, frère Bonaventure , fonda ses premières maisons. La raison en est que dès le commencement il n'eut pas seulement en vue de mettre en vigueur une plus stricte observance de la règle , mais en outre de faire cultiver toutes les populations environnantes par de fervents et zélés missionnaires. De cette manière il parvint a captiver tous les esprits et à gagner tous les cœurs ; en même temps ses religieux usaient merveilleusement du crédit et de la vénération qu'ils se conciliaient, pour gagner les âmes à Dieu et opérer une réforme sérieuse dans les mœurs.

5. C'est sur ces traces que se sont efforcés de marcher les religieux du nouveau couvent de Florence. Après avoir prêché et catéchisé le peuple des alentours , donnant une plus grande extension a leur zèle , ils se livrèrent à l'exercice des missions et firent épouver les effets de leur charité par tout le grand-duché. Ils ont jusqu'ici arrosé de leurs sueurs jusqu'à onze ou douze des principales villes , sans compter un bon nombre de bourgades et autres localités moins importantes , où ils continuent sans relâche leurs travaux. Tels sont les fruits qu'ils en recueillent, qu'il faudrait un volume pour décrire tous les

faits particuliers , les conversions de pécheurs endurcis , les restitutions importantes, les réconciliations entre ennemis , les haines calmées , et autres résultats obtenus ; le bien est si général aujourd'hui , on est si édifié partout de la bonne odeur de [Le reste manque dans le manuscrit).

fondation de la solitude de l incontro. genre de vie qu'on y mène.

1 . La vie retirée dont notre Serviteur de Dieu , frère Bonaventura, s'était formé l'idée , n'était point contraire au zèle pour le salut des âmes , comme on vient de le voir : il eut soin que ses religieux se conformassent aux sentiments de leur saint Fondateur, de qui il est écrit : Non sibi soli vivere , sed aliis proficere vult Dei zelo ductus. A la vérité, son intention ne fut point que les frères Récollets consacrassent tout leur temps à la recherche des âmes, au détriment de leur propre perfection ; mais il voulut voir régner dans leurs maisons cet heureux mélange de vie active et de vie contemplative , que notre sérapliique Père apprit du Rédempteur lui-même. En effet, Jésus-Christ fuyant la foule se retirait de temps en temps dans le désert, ou sur les montagnes solitaires , d'où il descendait ensuite pour conyerser avec les hommes ; afin de nous enseigner que c'est dans cette alternative de vie solitaire et d'application aux œuvres de zèle extérieures que réside la plus haute perfection à laquelle on puisse aspirer en cette vie. Voilà pourquoi notre sage Instituteur voulait que ses religieux ,

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de temps en temps, se retirassent dans la solitude pour y \ ivre uniquement occupés d'eux-mêmes , et qu'après avoir gagné a Dieu les âmes égarées dans le monde, ils missent la leur en sûreté et sappi icassent sérieusement , dans un religieux et profond silence , à leur propre perfection , en faisant au moins deux fois l'an les exercices spirituels. C'est dans ce but qu'il tâcha d'obtenir l'ermitage de Saint-Ange dans la Sabine . et qu'il y fonda un petit couvent , qui devait être le lieu de retraite des Récollets, en sorte que ces religieux pussent commodément s'y occuper d'eux-mêmes avec Dieu seul.

2. Voilà aussi l'unique but qu'ont eu les religieux du couvent de Florence en fondant leur solitude, je veux dire de se conformer à l'idée de leur Instituteur. Ayant obtenu en 1712, le 7 du mois d'août, le couvent de Prato pour leur servir de noviciat , et les deux familles s'étant accrues considérablement, les plus zélés désiraient un lieu où ils pussent plus convenablement satisfaire leur ferveur, en se livrant à une pénitence plus austère et une pauvreté plus rigoureuse , et , par une séparation totale du monde, vaquer uniquement à la contemplation, afin de rentrer ensuite dans leurs couvents, animés d'une nouvelle ardeur, et pleins de zèle pour le salut du prochain. Le Seigneur en effet ne tarda point d'exaucer leurs désirs. En 1716, on leur offrit l'ermitage de Sainte-Marie de , l'Incontro, a cinq ou six milles de Florence. Ce lieu avait été sanctifié jadis par la présence du bienheureux Gérard, un des premiers lierraircs de 1 Ordre, qui s'y transportait chaque nuit pour y vaquer à l'oraison. C'est une montagne fort élevée et d'un aspect sauvage : éloignée du bruit et du tumulte des hommes , elle ressemble à un véritable désert et inspire tout à la fois l'horreur et le recueillement. Ce fut donc sur la cime de ce mont, où il

existait encore une petite église avec son ermitage, qu'après avoir obtenu les autorisations nécessaires de la sacrée Congrégation des évêques et réguliers , ainsi que de l'Archevêque de Florence , on commença , le 2 avril de Tannée 1716, la construction de la Solitude. On avait pris possession du lieu . le 25 mars précédent , jour de l'Annonciation. La joie des religieux fut grande, lorsqu'ils entrevirent le moment où il leur serait donné de se livrer à une vie plus pauvre et plus pénitente ; aussi , quoique, dans la nuit du jour où ils devaient partir de bonne heure du couvent de Florence , pour aller célébrer la première messe dans l'église de l'ermitage, une neige abondante eût recouve.rt toute la montagne , il n'y en eut pas un seul qui ne voulût faire le pieux pèlerinage , malgré le surcroît de difficultés qu'il présentait en pareille circonstance ; tous nu-pieds marchèrent a travers la neige, comme s'ils se fussent promenés sur un gazon fleuri, en chantant les louanges du Seigneur. Arrivés sur les lieux, ils émirent leurs idées touchant les cellules et les autres pièces indispensables à construire , et c'était a qui proposerait tout ce qu'on peut imaginer de plus pauvre et de mieux adapté à la vie austère qu'on voulait pratiquer dans cette solitude. Enfin il fut résolu que les cellules des solitaires seraient au nombre de huit seulement, et qu'il y en aurait quatre de plus pour loger les religieux étrangers, ainsi que les supérieurs lorsqu'ils seraient en tournée de visite ; que les petites cellules des solitaires n'auraient que cinq palmas romaines de large, huit de long , et neuf de haut, de façon qu'en étendant les bras ou pût loucher à la fois les murailles latérales opposées et qu'en les élevant on atteignit à la toiture, qui était faite de simples roseaux ; — que les murailles ne seraient pas crépies , mais qu'on les laisserait brutes, afin que tout respirât l'austérité

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et la pauvreté ; — que les portes des petites cellules n'auraient que deux palmes en largeur et six en hauteur , et les fenêtres une demi-palme de large et un peu plus d'une palme de haut ; — que dans ces petites cellules on ne pourrait avoir que deux planches , larges de deux palmes et demie pour servir de lit, avec un morceau de bois brut en guise d'oreiller , et quelques couvertures de laine pour se préserver du froid ; trois images de papier fixées à la muraille , une tète de mort , et quelques livres spirituels, avec une petite lampe , et pas autre chose ; — que les dimensions des autres pièces du couvent seraient réglées d'après celles des cellules; — qu'en un mot l'on prendrait modèle , pour l'exiguité des proportions , comme pour le reste, sur le premier couvent que fit construire le glorieux saint Pierre d'Alcantara, qui n'eut en vue que le strict nécessaire et rien de plus, et qu'il ne serait jamais permis, dans la suite , de modifier les constructions ; afin que les solitaires imitassent le mieux qu'ils pussent les saints exemples que nous ont laissés, en divers lieux, l'illustre patriarche saint François et ses fervents compagnons.

3. C'est sur ce plan , si pauvre et si restreint , que fut entrepris la construction de la Solitude ; elle s'acheva avec les aumônes de divers bienfaiteurs, recueillies par un pieux gentilhomme , qui a bien mérité de l'Institut. Le 23 mai 1747 , jour où tombait la fête de la très-sainte Trinité , on commença a y mener la vie solitaire. Grand fut h bonheur des religieux qui, les premiers, en firent l'essai; car lorsqu'ils se trouvèrent réunis pour la conférence spirituelle dans la petite pièce destinée à cette fin , et que le père Président leur eut ordonné de manifester ce qu'ils éprouvaient , l'esprit de Dieu se répandait avec une telle abondance dans l'âme de ces pieux solitaires , qu'ils ne pouvaient retenir leurs larmes et se confessaient indignes

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d'habiter dans ce saint lieu , le regardant comme un présent qui leur était fait par leur saint fondateur , pour les mettre à même d'observer la règle avec toute la perfection possible, eu égard a leur faiblesse. Et, en effet , quoique les constitutions à garder dans celle solitude prescrivissent de grandes austérités , néanmoins , ayant été soumises au vote secret dans les deux couvents , elles furent acceptées a l'unanimité ; elles reçurent d'ailleurs l'approbation du reverendissime père Commissaire-Général, et la bénédiction du Souverain-Pontife Clément XI . d'heureuse mémoire ; ce pape les eut plusieurs jours entre les mains , et tandis qu'il les lisait, on lui vit couler des larmes des yeux : il applaudit extrêmement a ce plan de vie , qui réalisait , selon lui , l'idéal d'un véritable frère mineur. Nous n'omettrons pas , pour l'édification du lecteur , d'indiquer brièvement les points les plus essentiels qui y sont contenus.

4. La Solitude ayant été érigée afin que les religieux , au moyen d'une contemplation continuelle , pussent vivre unis au souverain Bien , il a été établi qu'on passerait neuf heures au chœur , tant en oraison mentale qu'en prières vocales. Cela s'entend en règle générale ; mais telle est la ferveur des solitaires , que tout ce qui leur reste de temps libre après les exercices communs est consacré à Dieu : les uns s'adonnent à la méditation ou à la lecture de livres spirituels , les autres se retirent dans les ermitages du jardin pour laisser leurs cœurs s'épancher devant Dieu en ferventes aspirations , qui leur adoucissent les rigueurs de la pénitence ; en sorte que ce sanctuaire est pour tous comme un paradis sur la terre.

•5. Leur nourriture consiste en herbages , légumes et fruits. La chair , le poisson, les œufs , le laitage de toute

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espèce leur sont interdits , excepté les jours de Noël , de Pâques , et de la Pentecôte , ainsi que le jour de la fête de leur saint Patriarche , où les œufs et le laitage sont permis. Hors ces jours-là , ils ont le matin deux portions , une d'herbes et l'autre de légumes , si ce n'est que les jours de fête , au lieu de légumes , on a coutume de leur donner du riz ou autre chose semblable ; le soir quand ce n'est pas jeûne , une seule portion , consistant en une salade , ou autre chose semblable venant du jardin. Mais il y a peu de jours exceptés du jeûne ; car ils observent neuf carêmes par an, comme le faisait le glorieux patriarche saint François , d'après ce qu'on lit dans sa vie , telle qu'elle est retracée par le légendaire détaillé des Franciscains , en sorte que le nombre de jours où l'on n'est pas censé jeûner ne s'élève qu'à quinze ou seize environ par an, or, pendant ces carêmes , la collation du soir se réduit à un morceau de pain et quelques fruits.

6. Chaque nuit sans exception ils se donnent la discipline , quelle que soit la solennité du jour , et ils récitent les prières accoutumées si pausément qu'ils y mettent presque une demi heure. Ils vont toujours nu-pieds , et prennent leur repos sur deux planches étroites , n'ayant pour oreiller qu'un morceau de bois , comme il a été dit plus haut.

7. Pendant tout le temps qu'ils sont en solitude , ils observent une stricte clôture , sans jamais sortir de l'enceinte du couvent. Il ne leur est permis de parler , ni d'écrire à personne , si ce n'est aux supérieurs , ou dans le cas d'urgente nécessité. ,

8. Le silence est observé avec une telle rigueur , qu'excepté le cas où il est impossible de se dispenser de parler sans préjudice grave pour l'âme ou pour le corps , ils ne

parlent jamais , non-seulement avec les personnes du dehors , qu'ils ne voient point , mais même entre eux , si ce n'est quand ils se confessent , ou qu'ils sont en conférence spirituelle , ou qu'ils disent leur coulpe au réfectoire. S'ils ont besoin de quelque chose , afin d'épargner les paroles même avec le supérieur , ils ont de petits cartons suspendus a la porte de leurs cellules , qui indiquent par écrit ce qu'ils ont ordinairement à dire ou a demander ; ils mettent en évidence l'un ou l'autre de ces cartons , pour avertir le président , ou ils lui écrivent un billet, ou enfin ils se font entendre par signes, de manière à ne pas rompre le silence , ni troubler la paix profonde de cette solitude.

9. Tous les dimanches et les jeudis ils ont une conférence spirituelle. Voici en quoi elle consiste : on se réunit tous ensemble , on fait une lecture spirituelle qui dure un quart d'heure , puis le président interroge les solitaires l'un après l'autre pour qu'ils disent quelque chose d'édifiant ; chacun alors manifeste les lumières dont il a été favorisé de Dieu dans l'oraison. Entretiens salutaires et souverainement profitables aux solitaires : tandis qu'ils se communiquent avec candeur et simplicité les pieux sentiments qui les animent , il en est d'eux comme des charbons qu'on met en contact ; ils s'enflamment mutuellement et s'embrasent de plus en plus du feu sacré de l'amour de Dieu.

10. Ils emploient une heure chaque jour à un travail manuel , tel que la culture du jardin , ou tout autre ouvrage honnête et nécessaire , mais toujours dans le plus parfait silence. Du reste, leur récréation ordinaire est une lecture spirituelle , ou l'exercice du Chemin de la Croix , qu'ils renouvellent fréquemment ; ils font aussi beaucoup

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de prostrations , de génuflexions, d'oraisons jaculatoires, tous moyens propres à arriver à la véritable union avec Dieu dans une pure contemplation.

1 1 . La pauvre nourriture dont ils ont besoin pour se sustenter leur est porti'e chaque semaine par la bête de somme du couvent du Mont , de Florence , afin qu'ils n'aient pas à penser aux choses de la terre. Il arriva plusieurs fois qu'à cause du mauvais temps ou pour tout autre motif, le tierçaire qui remplit cet office ne put secourir a temps les solitaires ; le Seigneur d'une manière plus ou moins merveilleuse a toujours pris soin de ses serviteurs ; c'est ce qui eut lieu notamment en 1718, le 22 décembre. Il y avait ce jour-là à la solitude un religieux Augustin qui y faisait sa retraite ; le président fut averti par le portier que la provision accoutumée n'était pas arrivée, et que pour le repas principal il n'y avait en fait de pain que quelques restes de la veille. Il fut affecté de cette nouvelle, plutôt par égard pour le religieux étranger, que pour les autres. Cependant l'heure du dîner approchait , et il se recommandait à Dieu du fond du cœur ; déjà on récitait au chœur la dernière oraison de none , après laquelle on se rend au réfectoire , et voilà qu'au même instant où se donnait le signal du dîner , on sonne à la porte (en guise de sonnette, par esprit de pauvreté, on a suspendu en l'air une tuile en terre cuite, dont la percussion produit un bruit qui est aisément entendu par tout le couvent) ; le portier accourt aussitôt et trouve un inconnu qui apportait une bonne charge de comestibles , et notamment autant de pains qu'il y avait de solitaires, y compris le religieux étranger ; le portier lui demanda quel était le bienfaiteur qui envoyait ces provisions, l'inconnu répondit qu'on n'avait qu'à jouir de cette aumône pour l'amour de

Dieu , sans chercher à en savoir davantage , et cela dit , il partit sans qu'on ait jamais revu personne de semblable. Cet événement ne consola pas peu les pauvres solitaires , qui n'en furent que plus jaloux de garder inviolablement leur sainte pauvreté , en s'abandonnant totalement entre les bras de la divine Providence.

12. L'influence que cette sainte solitude exerce sur les Récollets de Florence est admirable. Comme ils s'y succèdent tour à tour , et qu'il y a liberté pour chacun d'y rester aussi longtemps qu'il lui plaît et que l'obéissance le lui permet, lorsqu'ils rentrent au couvent après y avoir passé une retraite , ils sont embrasés d'une sainte ferveur , pénétrés d'une ferme résolution de procurer la plus grande gloire de Dieu en toutes choses, pleins de zèle pour l observance la plus stricte de leurs règles ; en sorte qu'ils disent communément que la solitude est l'âme de l'Institut ; que c'est le moyen le plus puissant d'entretenir la ferveur à un degré éminent dans les couvents ainsi que l'ardeur pour la plus haute perfection.

13. Enfin on ne doitpointpasser sous silence les grands biens que la Solitude a procurés aux séculiers. La simple \isite faite à ce saint lieu, l'aspect de la pauvreté qui y règne, et de la vie austère qu'y mènent les solitaires a sulfi pour qu'un bon nombre s'en retournassent pénétras de componction et les larmes aux yeux. Le contraste que formait ce spectacle avec leur genre de vie si délicat les couvrait de confusion. Toutefois les plus précieux fruifs d'édification ont été recueillis parles habitants de la contrée, qui fréquentent ce sanctuaire; ils y sont touchés d'une manière merveilleuse et y pleurent sincèrement leurs péchés ; le président ayant la faculté de confesser les hommes , et des confesseurs étant envoyés deux fois l'an

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du couvent du Mont pour confesser aussi les femmes , on s'y approche en foule du tribunal de la pénitence , et les conversions sont prodigieuses en proportion du concours des pénitents, sans qu'ils soient stimulés par d'autre prédication que le spectacle de l'extrême pauvreté de ce saint lieu. Il y a maintenant peu de personnes dans les alentours qui n'aient fait leur confession générale dans l'église de Sainte-Marie de l'Incontro.

A la vérité , il n'est pas étonnant que de simples paysans , de pauvres gens soient émus a la vue de ce religieux désert , puisque des personnages du plus haut rang sont allés y puiser de grandes leçons sur le détachement véritable des choses dece monde. C'est ce qui arriva aux courtisans du serenissime Grand-Duc , lorsque son Altesse Royale, pour la consolation de son cœur, si ami de tout ce qui tend à la plus grande gloire de Dieu, en fit la visite. Ceux qui l'accompagnaient aussi bien que luimême furent stupéfaits, et ne se rassasiaient, pas de contempler l'un après l'autre ces petites cellules, attestant par leurs soupirs que c'était là en réalité la voie la plus sûre qui mène en paradis. Les sérénissimes princesses n'en retirèrent pas moins d'édification ; car elles aussi , pour satisfaire leur eminente piété , voulurent, malgré les difficultés de la route, visiter ce saint lieu ; elles furent saisies d'une sainte frayeur a la vue des austérités qui s'y pratiquent , et elles confessèrent que la visite de ce sanctuaire avait consolé leur cœur et ranimé leur dévotion. La même chose arriva a diverses époques à des prélats , à des nonces apostoliques, a d'autres personnages de distinction : tous se retirèrent très-édifiés et en bénissant Dieu hautement d'avoir vu refleurir dans ces lieux la première ferveur de l'Ordre séraphique.

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Mais pour rendre a chacun ce qui lui est dû, il faut rapporter tout ce bien au zèle admirable de notre grand Serviteur de Dieu , frère Bonaventure, qui jeta les premiers fondements des maisons de Retraite. Ce saint Institut, par l'heureux mélange quii présente de la vie active et de la vie contemplative, est souverainement utile au salut des âmes , glorieux pour l'Ordre séraphique , et édifiant pour l'Eglise. Amen.

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