XIX
ai rÈiii: Pierri: de vico varo , récollet.
Réconciliation exemplaire. — Menaces du Rienheureux vérifiées miraculeusement. —Bel exemple d'humilité.
[Caprarola], le 10 décembre I735.
Loué soit notre bon Jésus !
Le bon Dieu a béni la mission d'Orviéto. Au commencement nous rencontrâmes de l'opposition à cause des différends qui existent entre l'évêque et le chapitre. Les chanoines protestèrent qu'aucun des missionnaires qui s'étaient présentés jusqu'ici n'ayant réussi à leur faire demander pardon, ils entendaient le faire beaucoup moins encore dans cette mission. Mais dès le premier sermon , Dieu toucha leur cœur, et l'on vit une componction universelle ; au second sermon, je dis que Dieu avait plusieurs sortes de châtiments a sa disposition , tels que la guerre , les tremblements de terre, etc. ; et deux jours après survint le tremblement de terre :* ce fut une secousse salutaire
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qui les renversa tous ; ils le regardèrent comme miraculeux, parce qu'on n'éprouva rien ailleurs qu'a Orviéto. A la première procession de pénitence qui se fit sous le vaste dôme , tenant une tète de mort a la main, je leur dis que quelqu'un mourrait subitement ; deux jours après un riche marchand tomba mort dans l'église même, sansavoir le temps seulement d'invoquer le nom de Jésus. On fut d'autant plus épouvanté de cet événement tragique qu'on apprit en même temps ce qui venait d'arriver à Castel Giorgio, où la mission avait eu lieu auparavant : un débitant de boissons voyant ses habitués faire défaut, chercha à les attirer par l'appât du jeu de cartes , que j'avais sévèrement condamné. Sa femme le gronda en l'invitant à se souvenir de ce qu'avaient dit les missionnaires; celui-là répondit d'un ton de mépris : « Les missionnaires, les missionnaires; wàces mots, il tomba raidemort. et son cadavre rendit des matières si fétides qu'il empestait tout le voisinage. Ces accidents répandirent une telle consternation dans cette ville que personne ne manquait au sermon, et ceux qui ne voulaient pas réclamer la miséricorde divine se débattaient en désespérés.
L'évêque donna le bon exemple : il assista a la procession de pénitence, pieds nus , la corde au cou , et la couronne d'épines sur la tête. Au beau milieu du discours, il monta sur l'estrade et demanda pardon à tout le peuple , et en vérité il attendrit tout le monde. Au sermon sur la sainte Vierge, il alla publiquement dans l'église baiser les pieds ii tous les chanoines, les chanoines a leur tour allèrent s'humilier devant lui. et toutes les difficultés qui les divisaient se sont arrangées. Après cela, ona fait merveille pour tout le reste. Le sermon sur le Purgatoire a rapporté cent cinquante écus ' pour les pauvres âmes souffrantes ; et
i; Plus de 800 francs.
c'est prodigieux , la ville étant fort pauvre. Ils ont porté notre Madone en procession avec une pompe extraordinaire. Tous les chefs de famille s'étaient fait faire chacun une grande croix qu'ils portaient également à la procession ; on ne pouvait se défendre d'une profondre émotion en voyant cette forêt de croix. Concluez de tout cela quels durent être les fruits au confessionnal. Les Jésuites sont venus me remercier , et les religieux des divers Ordres assistèrent à la procession en l'honneur de notre Madone, que vous n'avez pas vue, mais qui est très-belle.
Je vous écris à la hâte, en dérobant le temps; car ici, a Caprarola, on a plus à faire qu'à Orviéto , le peuple étant facile a émouvoir. Dans les processions de pénitence , il était impossible de prêcher ; car ce n'était pas pleurer qu'ils faisaient, mais hurler. On fait bonne récolte ; tous se convertissent, excepté Marc.
Vive Jésus !
Le treize aura lieu la bénédiction ; on ira ensuite à Civita-Castellana , et de la a Civita-Vecchia. Envoyez les lettres au couvent de Saint-Bonaventure à Rome.
Fr. Léonard.
LÉONARD DB PORT-MAURICE. Ìo3