II
VITANDA, OU ce quU faut éviter.
4. Tout ce qu'une religieuse doit fuir se réduit à une seule chose, l'occasion du péché, tant mortel que véniel. Le démon se rit des bons propos d'une religieuse aussi longtemps qu'il ne la voit pas abandonner l'occasion dangereuse. Interrogé un jour par un exorciste pour savoir quel était le sermon qui lui causait le plus de dépit, il répondit, non sans beaucoup de répugnance : « C'est le sermon qui traite de l'occasion du péché, parce que celui-
' Amos. 1, 3.
232 MAXIMES GÉNÉltALES
lìd coupe le mal a sa racine. » Nous sommes fragiles ; pourquoi donc ne pas nous conserver comme des vases fragiles, en nous tenant à Tabri des dangers? Voici donc une maxime que vous ne devez pas oublier : lorsque vous allez à confesse, ne réfléchissez pas tant au mal que vous avez fait, qu'à l'occasion qui vous relient captive de telle ou telle mauvaise habitude, encore qu'il ne s'agît que de péchés véniels. Examinez si cette occasion ne consiste pas pour vous à entretenir telle liaison, telle familiarité, soit à l'intérieur du cloître soit au dehors, à écrire certaines lettres, à demeurer dans tel endroit, ou en d'autres choses semblables; coupez court à tout cela, sans quoi vous nettoieriez l'extérieur du vase cl nullement le dedans. 5. Ne me répliquez pas en disant que c'est trop de sévérité. Je voudrais que vous pussiez plonger du regard dans le fond des abîmes ; vous verriez combien, parmi les malheureux qui y sont la proie des flammes éternelles, ont commencé la chaîne de leurs maux par un seul péché véniel. Après tout, il faut bien que la parole de l'Esprit- Saint se vérifie : Qui spernit modica, paulatim decidet^ : « Quiconque méprise les petits péchés, en commettra peu à peu de grands. » Et sainte Terese avoue, en parlant d'elle-même, que si un jour elle fût allée à la grille, bien que ce ne fût pas avec mauvaise intention, mais par pure récréation et par vanité, elle était damnée, d'après ce qui lui fut révélé, parce que ce premier péché véniel l'eût entraînée dans des fautes graves; Dieu lui montra même la -place qui l'attendait au fond des abîmes. Apprenez à ne pas mépriser les inspirations que Dieu vous envoie, et à tenir compte du péché véniel, en fuyant toutes les occasions d'y tomber. iNe suflit-il pas que le péché tléplaise à
' K(xl. 19, 7
UE PERFIX.TION RF.LIGIEUSE. 233
Dieu? Et à pari tout autre motif, le terrible châtiment qui lui est réservé dans l'autre monde ne devrait-il pas nous retenir? Sainte Vitalienne, pour s'être lissé les cheveux avec soin un vendredi, sans égard à la Passion du Sauveur, demeura trois ans en purgatoire : Pénétrezvous bien de cette maxime :
Aucun péché n'est petit devant Dieu.
§ in.
AGENDA, OU ce quii faut faire.
L'oraison mentale.
6. Après avoir jeté les principaux fondements de la vie spirituelle, laquelle consiste à craindre et a fuir le péché avec tout ce qui y conduit, élevons sur cette base l'édifice de la perfection, en exposant ce qu'il faut faire. Ce titre est vaste, puisqu'il embrasse toutes les pratiques de piété, ainsi que les maximes les plus convenables à une religieuse. Nous allons les passer en revue.
La première pratique à observer, celle qui doit être l'âme en quelque sorte de loutes les autres, c'est celle de l'Oraison mentale.
Vous remarquez que telle religieuse est tiède, dissipée, sans goût pour les choses de Dieu : voulez-vous savoir quelle est la .-ource de ses misères? C'est l'omission de l'oraison mentale. C'est aussi sur ce point que le démon dirige loutes ses batteries : s'il s'empare de cette forteresse, il est bientôt maître de la place : s'il réussit à détourner une religieuse de l'oraison^ il arrive aisément à en faire ce qu'il veut. C'est pourquoi saint Philippe de p. M. vui. 20
234 MAXIMES GÉNÉIULES
Néri disait qu'une religieuse sans oraison, est une religieuse sans raison. Or, à quels égarements, à quelles extravagances n'est pas exposé celui qui est privé de raison? En un mot, l'oraison est l'âme de la vie religieuse ; sans elle la profession religieuse n'est plus une vie, mais un cadavre.
On allègue vainement des excuses pour se dispenser de ce saint exercice ; nous en ferons justice en disant en deux mots ce que c'est que Foraison mentale : en réalité ce n'est autre chose que penser à Dieu avec larésolution de s'amender. Ainsi toute élévation de l'âme vers Dieu tendant à nous porter au bien, disait un souverain PontTîe, est une excellente oraison mentale, et prétendre qu'il est difficile de méditer, ce serait dire qu'il est difficile de penser. A quoi donc consacrons-nous nos pensées du matin au soir, si nous ne les consacrons pas aux vérités éternelles, qui, bien méditées, sont le principe de tout notre bonheur?
Les règles pratiques pour bien faire l'oraison mentale sont en assez grand nombre, mais pour éviter d'être obscur ou diffus, je les réduirai toutes à une seule : c'est d'être animé d'un grand désir de sa perfection ; tout le reste suivra comme naturellement. « Soyez humble et désireux de faire des progrès dans la jvertu, disait saint Philippe de Néri à ses disciples, et l'Esprit-Saint vous enseignera à faire oraison. »
Deux choses toutefois sont indispensables pour que vous soyez bien disposée à faire oraison, savoir, que votre cœur soit détaché de toutes les criatures, et que vous vous pénétriez vivement de la présence intime de votre Créateur, selon qu'on vous l'expliquera plus bas. Si, au contraire, vous prétendez vous occuper de tout, vous mêler des affaires de famille, connaître tout ce qui se
UE PERI-T.CTIOX UELlGlEUSn. 235
passe, impossible que vous jouissiez de la paix dans l'oraison. Prenez un vase d'eau et agitez-le, cette eau ne réfléchira ^us les tj^aïïs^de votro visage : ainsi le divin MaUre ne peut guère reproduire ses traits dans votre âme si elle est troublée par les embarras du monde ; l'oraison devient alors pour vous un océan d'agitation. Achevez donc de vous détacher de tout, brisez ces liens qui retiennent votre pauvre âme captive, et vous verrez avec quelle agilité elle prendra son essor vers son Dieu, au point que le temps de l'oraison vous paraîtra toujours trop court.
Oh! quel temps précieux que celui de l'oraison! Heureux qui peut en consacrer beaucoup à ce saint exercice ! Mais aussi, quelle honte si, pour le plus léger prétexte, vous vous dispensiez de l'oraison commune ! Saint Benoît remarqua qu'un religieux sortait souvent au milieu de la méditation, et il s'aperçut qu'il était entraîné par un démon qui le tirait par la manche. Lorsque vous éprouvez quelque ennui, quelque dégoût qui vous fait bâiller dans l'oraison, et vous donne envie de sortir pour prendre l'air, avec quelle ferveur vous rejetteriez cette tentation, si vous voyiez celui qui est a côté de vous. Faites mieux ; pour lui causer du dépit ne vous contentez pas de l'oraison faite en commun, mais tâchez d'y consacrer tout le temps qui vous restera après vous être acquittée des emplois que l'obéissance vous impose, afin de pouvoir faire souvent compagnie à Jésus et discourir seule à seule avec lui. Que si votre cœur se trouve aride et sec, vos pensées décousues, voici le remède : servez-vous d'un livre, comme le faisait sainte Terese, laquelle durant dix-huit ans ne cessa de combattre ces sortes de sécheresses en lisant et en méditant tour à tour. Pourvu que nous relirions de l'oraison de pieux sentiments, comme seraient des actes
236 MAXMIIS Gt.NÉKALtS
d'amour de Dieu, de conlrilion, de renieroimeul. d'olfrande, et de généreuse résolution de marcher en avant dans le chemin de la perfection, ce ne sera pas du temps perdu. Les statues mêmes qui ornent les palais, dit saint François de Sales, servent à honorer le roi : fussiezvous comme une statue dans l'oraison, si vous y êtes pour l'amour de Dieu, vous n'y êtes pas sans mérite. Au reste, je sais par expérience que notre Dieu ne se laisse pas vaincre en prévenance ; si vous avez soin de tenir votre cœur dégagé et libre, et l'œil de la foi bien ouvert, en vous habituant à contempler Dieu au dedans de vousmême, il arrivera très-souvent que, par un retour plein d'amour, notre aimable Sauveur vous attirera toute à lui, et en un quart-d'heure d'oraison unitive vous dédommagera de toutes vos peines. Vous adopterez donc cette importante maxime :
Regardez comme un jour perdi], celui otj vous ne faites pas oraison.
La lecture spirituelle.
7. L'expérience enseigne que pour apporter à l'oraison un cœur bien préparé, la lecture spirituelle est d'une trèsgrande utilité, parce qu'elle remplit l'esprit de saintes pensées qui reviennent pendant la méditation. Comment ces saints anachorètes onl-ils pu passer si agréablement tant d'années, en vivant séparés de tout commerce avec les hommes? Précisément parce qu'ils trouvaient dans les pieuses lectures et les réflexions qu'elles suggèrent un sujet de conversation intérieure presque continuelle. Quelle douceur, quel charme en effet ne trouve-t-on pas à se bien pénétrer de certaines vérités de la foi! Thomas à Rompis assurait qu'il ne trouvait pas de plus douce
m; l'ERFF.CTION IIELIGIEUSE. 237
Lonsolalion en celle vie que de demeurer dans un coin de sa cellule avec un livre spirituel en main. Quelle édification ne Irouve-t-on pas à se rappeler la vie des Saints, ou à contempler le tableau de leurs vertus! Ces choseslà font une si vive impression que les saint Augustin, les saint Ignace de Loyola, les saint Jean Colombino ont attribué le principe de leur sainteté à une seule lecture de ce genre. Je ne parlerai pas des armes que les livres spirituels fournissent contre les tentations, des lumières qu'ils répandent dans l'esprit pour lui faire découvrir ses illusions, au point de suppléer parfois à l'absence d'un directeur ; car quel que soit ce directeur on ne peut pas l'avoir constamment à sa disposition. Qu'elles sont donc louables ces religieuses qui ont écrit dans le livre de leurs souvenirs pieux celte belle résolution.
Je ne laisserai passer aucun jour sans faire quelque lecture spirituelle.
Heureuses si elles l'observent fidèlement! Qui sait si ce n'est pas là ce qui achèvera de gagner leur cœur à Dieu, tout en leur faisant porter des fruits de vie et de vie éternelle ? Imitez-les si votre âme vous est chère :
Le silence.
8. Dans l'oraison on s'entretient avec Dieu; mais pour savoir bien s'entretenir avec Dieu , il faut savoir se taire avec les créatures. Tous les maîtres de la vie spirituelle s'accordent à regarder le silence comme la clef de la contemplalion ; de là vient que tous les Instituts religieux, plus ou moins, prescrivent le silence. Le silence est la force de l'âmCj^ et le démon redoute singulièrement une religieuse qui sait se taire. Et en elTet, n'éprouve-t-on pas un sen-
tiraent d'édification et de vénération tout à la l'ois en voyant une religieuse qui ne parle qu'en temps et lieu, et toujours avec retenue, avec modestie? La vénérable Ursule Benincasa était si exacte observatrice de cette règle, que dans les temps et les lieux défendus elle ne répondait même pas à ceux qui lui adressaient la parole. Faites régner le silence dans un monastère, et il se change en paradis. Que cinq ou six religieuses, au contraire, se laissent aller au babil, et il devient un enfer. Quels désordres n'engendre pas le babil! Il ne faut qu'une langue immortifiée pour mettre le trouble dans une maison religieuse. Que de médisances, de plaintes, de frivolités, quelquefois même de conversations mondaines, de préoccupations de famille, d'affaires, de nouvelles! toutes choses qui, en s'emparant du cœur d'une religieuse, la font descendre en-dessous d'une personne séculière. Si vous en faisiez le sujet de votre examen ce soir, vous verriez que presque tous vos manquements de ce jour sont provenus de la langue. Bridez-la donc par cette bonne résolution :
Je ne perdrai jamais le temps à babiller ; je ne parlerai que [)ar nécessité ou par charité.
Les Entretiens pieux.
9. Si la discrétion est mère de toutes les vertus, il faut bien que les religieuses s'accordent parfois une honnête récréation, en se livrant entre elles à des conversations familières. Je veux vous enseigner le secret^de ravir en pareilles occasions le Cœur de Jésus : soyez toujours Ta première à intjx)duire de pieux discours, mais faites-le avec tact; ainsi prenez quelquefois intérêt aux discour.-; de vos consœuii, afin de les amener plus aisément à
DE l'KRFECKON REUGIEUSK. 239
votre but, eu y mêlant adroitement quelque chose de Dieu , par là vous obligerez Jésus de demeurer toujours avec vous : c'est uno promesse infaillible, que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même nous a exprimée dans son Evangile, et vous ne pourriez imaginer les fruits immenses que vous en recueillerez. Jean Bercmans introduisit cet usage parmi ses confrères et ses compagnons, et en peu de temps son couvent devint un séminaire de toutes les vertus. La langue est le pouls du cœur : voulez-vous savoir de quel esprit une religieuse est animée, causez avec elle ; si elle entame de pieux discours, dites que Dieu habite dans son cœur ; s'il en était autrement, ce serait un roseau creu d'où il ne sortirait que du vent, L'Esprit- Saint est descendu sur l'Eglise en forme de langues, c'est pourquoi l'esprit qui animait intérieurement les saints paraissait dans leurs discours; ils enflammaient les cœurs de tous ceux avec qui ils s'entretenaient de l'amour de Dieu. Je voudrais que vous en fissiez autant, de telle sorte que pour vous désigner on pût se servir des mêmes indications qu'on employait pour faire connaître saint Ignace de Loyola.
Cet homme qui regarde toujours le ciel, et parle toujours de Dieu.
Attachez-vous donc à cette sainte pratique. Pour que Dieu habite dans votre cœur, ayez-le constamment sur la langue, en aimant à parler toujours de lui.
[/a Mortification.
10. Notre cœur est comme un petit jardin où poussent sans cesse de mauvaises herbes ; il faut donc avoir continuellement l'instrument ?n main pour les retrancher.
les arracher. Vous me comprenez : c'est là l'office de la mortification , sans laquelle votre âme ressemblerait en peu de temps à un buisson de ronces et d'épines. Observons d'ailleurs que nous sommes composés d'une âme et d'un corps, d'où il résulte qu'il y a deux sortes de Qifirtification, l'une extérieure qui tend à mater le corps, et ' l'autre intérieure qui a pour but de faire mourir les affections désordonnées de l'âme.
La première doit être employée avec discrétion, encore que bien des saints nous aient laissé à cet égard des exemples d'une ferveur tellement excessive , qu'ils semblaient mettre toute leur attention à anéantir le corps. C'est ainsi que l'on vit un Dominique l'Encuirassé se flageller plusieurs fois par jour jusqu'au sang, un François Xavier ne se relâcher en rien de la rigueur de ses jeûnes, même dans les plus pénibles voyages, un François d'Assises dormir sur la terre nue, n'ayant pour oreiller qu'une pierre, et une foule d'autres traits semblables. Et de faibles femmes ne se montrèrent pas inférieures à ces héros chrétiens : sainte Terese se donnait la discipline avec des chaînes de fer; sœur Marie Victoire Strala, non contente de se charger des plus rudes cilices. mêlait de l'absinthe à ses aliments, et allongeait son vin avec les sucs d'herbes les plus repoussants. Quant à vous, qu'avez-vous à faire? Imiter à la lettre des exemples si extraord"inaires? non, ce serait une illusion, h moins d'une impulsion toute spéciale de l'Esprit-Saint Suive/, mon conseil -.SojeT. modérée dans 1 usage des pénitences corporelles. Ce n'est pas que je trouve mauvais que, moyennant l'approbation de votre directeur , vous fassiez un peu l'essa; de vos forces, en portant, par exemple, une petite chaîne pendant quelques heures à certains jours de la semaine, en vous donnant la discipline avec de petites cordes, la
DE rtKFECTION RELIGIEUSE. 241
veille des lêles delà sainte Vierge et d'autres solennités ; eu pratiquant quelques légèiies abstinences, comme de vous priver de certaines clioses qui flattent davantage votre goût. Ces petites mortifications ne peuvent pas vou:« donner la mort, et elles aident merveilleusement à augmenter la vie de l'esprit. Du reste, attachez-vous de préférence aux mortifications auxquelles la volonté a le moins (le part, et ne faites pas un pas sans la permission de ceux qui vous dirigent. N'imitez pas certaines personnes qui s'accablent de pénitences extérieures selon leurs caprices et qui, par leur conduite, ne laissent que trop voir que ce sont là des pénitences d'apparat.
4 1 . En revanche, je souhaite que vous soyez des plus ferventes par rapport à la mortiJ5£jUiûn- iniérieure. Ici s'ouvre devant vous un vaste champ pour acquérir une quantité de mérites en peu de temps. Que de fantaisies, quededésirs. que^'afTections, que de soupçons, que de murmures s'élèvent dans votre esprit durant une journée! Retranc hez lout cela sans pitié, ety oilà toute une moisson JeT)onne5 CEUvres qui n'auront pour témoins que Dieu seul et votre Ange gardien. Dirigez particulièrement vos attaques contre la volonté propre, et faites-la plier en tout sens. Lorsque vous avez adopté une opinion vous voulez la soutenir, quoique vous sachiez bien que c'est à tort; prenez alors en main la serpette de la mortification et faites-en le sacrifice a Dieu. Qu'importe de sacrifier un point d'honneur? ne savez-vous pas qu'en retour Dieu vous prépare une belle récompense en paradis? Vous êtes trop brusgue, trop impétueuse dans vos actions : , accoiiluiïiez-v2us.à un peu^ de calme. S'il vous arrive une lettre, ne l'ouvrezjjias sur-le-champ. Si vous lisez un iivrfilet qu'il vous vienne envie de voir si le chapitre touche a sa fiji, abstenez-vous-en. Si vous allez aujardm et p u VIII. 2t
242 MAXIMES GF.NÉRALtS
quii vous prenne fantaisie de courir, de marcher d'une manière peu modeste , de cueillir une fleur, un fruit, ou autre chose : retenez lejyed et la main. Votre œil voudrait franchir la clôture par le regard : baissez-le. Si vous êtes au réfectoire et que l'appétit vous pousse à être la première à dépher votre serviette, ne le faites pas, arrêtez-vous un instant. Croyez-moi, un grain d'amour de Dieu suffit pour vous faire faire pmr milliers de^gS-açles de mortification. Une servante de Dieu en fit jusqu'à huit^ en mangeant un œuf; à ces huit actes ont correspondu huit deg^rés de grâce en celte vie et huit degrés de^lftire en l'autre; or , qu'est-ce qu'un degré de gloire? G est un bien si grand qu'il suffit pour rendre une âme bienheureuse pendant toute l'éternité. Voyez donc quels trésors nous perdons chaque jour, en passant parfois des journées entières sans pratiquer une seule mortification. Ce n'est pas ainsi qu'en agissaient les saints, eux qui, éclairés par l'esprit de Dieu, étaient avides de mortifications, et faisaient plus de cas de cette vertu que des plus belles qualités qui puissent orner une âme. Saint Ignace entendant vanter un de ses religieux comme homme d'oraison, interrompit le panégyriste : « Vous n'y êtes pas, lui dit-il, dites plutôt que c'est un homme d'une grande mortification. »
Voulez-vous une belle maxime '? Représentez-vous combien d'années il peut vous rester à vivre en ce monde : dix ans, vingt ans au plus? Eh bien! prenez ces quelques années pour votre purgatoire, et dites-vous en vous-même, en toute sincérité et avec ferveur : C en est fait, guère à miM"Lk]'amour-propre. — De cette façon il ne se passera pas de jour q^ue vous ne tressiez des couronnes précieuses d'actes de morlilicalion. Pénétrez-vous donc bien de cette belle sentence :
KF. l'K.UKl.CTION ItKLlGlEDSE 243
Plus je nie mortifierai ici-bas , moins je souffrirai dans l'autre monde.
La Prière.
12. Il vous semble que vous avez déjà Tait un long trajet pour arriver à la perfection, et pourtant vous n'êtes pas encore à mi-chemin. Ne savez-vous pas que la perfection religieuse est une montagne si élevée, qu'on ne peut en atteindre le sommet sans la grâce et l'assistance de Dieu? Or, cette assistance, comment l'obtient-on? C'est en ayant recours à Dieu du fond du cœur : priez, soupirez, suppliez en chœur et hors du chœur, en tout lieu, parce que Dieu veut être prié. Ayez sans cesse à la bouche ces paroles de l'Eglise : — Deus, in adjutorium meum intende : Seigneur, venez à mon aide ; Vierge sainte, aidez-moi ; mes saints Patrons, aidez-moi. — Apprenez une bonne fois a faire la pauvrette à la porte de la miséricorde divine ; demandez, cherchez, frappez : Petite, et accipietis ; quoerite, et invenietis ; pulsate, et aperietur vobis^ : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. » Ainsi s'exprime notre aimable Sauveur dans son Evangile, et il ne pouvait nous dépeindre plus vivement le désir qu'il a de nous voir solliciter son assistance. Sachant que tout notre bien dépend de cette sainte importunile, et voulant vous faciliter ce moyen indispensable de vous enrichir de mérites et d'assurer la grande affaire de votre salut , je vous suggérerai une oraison jaculatoire très-afifectueuse , afin que vous en fassiez votre pain quotidien, l'ayant sans cesse sur les lèvres et dans le cœur. Elle se compose de
» Matth. 7, 7.
trois molR seulement, qui seront pour vous un triple trésor ; rendez-vous-la familière, et qu'il ne se passe pas un instant sans que vous la profériez, soit de cœur, soit de bouche :
Mon Jésus, miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
Chaque fois que vous répéterez rette pieuse invocation vous gagnerez cent jours d'indulgences, selon la concession faite par plusieurs Souverains Pontifes à ceux qui prononcent dévotement le saint nom de Jésus, et qui plus est, vous vous rendrez terrible à tout l'enfer ; car, par cette oraison jaculatoire dite du fond du cœur, vous ferez un acte de contrition de vos péchés, vous demanderez la grâce de ne plus pécher et vous solliciterez en même temps toutes les autres grâces que vous pourriez désirer. Un serviteur de Dieu, mort il y a peu d'années en grande réputation de sainteté, dans les environs de Florence, avait constamment ces paroles sur les lèvres; on remarqua qu'il les proférait jusqu'à trois cents fois et plus en un quart d'heure. Voilà ce que vous devez faire, si pas aussi fréquemment , au moins très-souvent. La nuit, dès que vous vous éveillez : Mon Jésus, miséricorde; lorsque vous passez d'un lieu dans un autre, lorsque vous travaillez , lorsque vous remplissez vos devoirs accoutumés , mêlez à toutes vos actions , à toutes vos occupations cette céleste invocation : Mon Jésus, miséricorde. De la sorte, n'en doutez pas, vous frapperez si souvent à la porte de la miséricorde divine, qu'a la fin on vous ouvrira ; car il est certain qu'avec le secours de Dieu vous ne périrez pas.
Mais pour que vous ayez une formule pratique à l'effet d'implorer l'assistance de Dieu, le pardon de vos péchés, ou toute autre grâce que vous désireriez, en voici une que
I)F, PERFECTION Kl LIGIEUSE.
je vous propose. U suffit de la lire deux ou trois fois, et de faire avec Dieu cette convention, que toutes les fois que vous direz : Mon Jésus, miséricorde, vous entendez faire l'acte suivant avec toutes ses formalités.
O Dieu totit-puissant, infini dans toutes vos perfections et surtout inépuisable en miséricorde, je me sens animée par cette ineffable charité qui vous rend si libéral envers tous ceux qui vous invoquent avec foi et avec humilité , et si fidèle à remplir vos promesses; je viens donc, pauvre et misérable créature , me prosterner à vos pieds pour obtenir le pardon général de mes péchés, ainsi que la grâce... (indiquez ici les faveurs que vous désirez). Je crois feimement que vous pouvez et que vous voulez m'accorder celte précieuse faveur, et en vertu de cette foi vive, j'espère, avec une douce certitude, un ardent désir, une confiance assurée el inébranlable, que vous me l'accorderez. Bien plus, forte de cette confiance que j'ai mise en vous et dans vos promesses, j'ose l'espérer et l'attendre en ce moment même où je vous la demande tres-humblement, désirant avec afrdeur que mon âme soit aussitôt purifiée des souillures du péché, que j'ai en abomination et que je déteste souverainement par pur amour pour vous, et parce qu'il est opposé à votre souveraine bonté. Ah 1 mon Dieu, laissez-vous toucher de compassion et daignez, en vue des mérites infinis de Jésus mon Sauveur, lesquels, par un efTet de votre miséricorde, sont devenus les miens, daignez, dis-je,
p. M. VIII. 2i »
246 MAXIMES GÉSÉRALES
m'applique!" la grâce du pardon entier de mes péchés ; accordez-moi aussi les autres faveurs que je sollicite, savoir... Et comme une grâce telle que le pardon de mes péchés n'a d'autre but que votre plus grande gloire et mon bien spirituel, j'ai la ferme confiance qu'à raison de votre amour, de votre fidélité, de votre justice, de votre toute puissance et de votre bonté, vous voulez bien me l'accorder sans délai ; je l'accepte donc comme une pauvre créature qui ne désire que de vous plaire et de vous aimer.
0 mon Dieu ! je proteste que je ne veux plus jamais vous offenser ; c'est pourquoi je vous supplie très-humblement de mettre le comble à vos bienfaits : après m'avoir accordé le pardon général de mes péchés , enchaînez les démons au fond de l'enfer, afin que désormais ils n'aient plus l'audace ni le pouvoir de me détacher, ni moi ni d'autres, de votre aimable service.
Délivrée, comme je l'espère, ô mon Dieu, des liens de tant de péchés énormes, et comptant sur votre assistance efficace, j'ai la confiance de vivre et de mourir entre les bras de votre divine miséricorde ; je l'invoquerai h tous les instants de ma vie, ou plutôt, une fois pour toutes, je forme l'intention d'implorer sans cesse et le pardon de mes péchés passés et le secours pour ne plus les commettre h l'avenir, spécialement toutes les fois que, de bouche ou de cœur , je répéterai cette douce invocation :
DK l'tIU-ECTIUN UliLlUIEUSE. 247
Mon Jésus, miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
Cesi avec ces paroles bénies sur la langue que je veux vivre, c'est avec ces saintes paroles gravées dans le cœur que je veux mourir ; aussi les redirai-je cent et mille fois par jour :
Mon Jésus, miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
Si vous renouvelez souvent cet acte, et qu'à cette invocation vous ayez soin de joindre l'emploi des moyens qui sont les véritables instruments de la grâce, savoir les Sacrements, oh 1 alors que vous serez forte, que vous serez heureuse !
La fréquentation des Sacrements; — la Confession.
13. D'abord la fréquentation des sacrements est précisément pour une âme religieuse ce qu'est l'eau pour un jardin. Que l'eau vienne à manquer dans un jardin, aussitôt la terre devient aride, toutes les plantes se dessèchent.
De même, qu'une religieuse s'éloigne des sacrements, et la voilà privée de toute force, de toute vertu.
Mais cependant, me direz-vous, on remarque bien que, malgré la fréquentation des sacrements, je ne fais pas de progrès dans la vertu.
Ah! vous touchez-là une corde trop sensible, et je ne puis vous répondre qu'en soupirant. Que voulez-vous donc dire? Que la faute en est aux sacrements? Ne savons-nous donc pas qu'une bonne confession et une bonne communion vulHjent pour sanctifier une âme? Mais il en est qui le- reçoivent d'une manière si indigne!
Souffrez donc, puisqu'il en est ainsi, que je vous trace brièvement la manière de recevoir ces divins sacrements et l'usage fréquent que vous devez en faire.
Pour faire une bonne Confession, la plus belle méthode, celle qui est la plus courte en même temps que la plus féconde et la plus salutaire , c'est celle dont se servait un pieux religieux de l'Ordre de Saint-Dominique. 11 était à l'article de la mort; on l'avertit de se préparer à recevoir les sacrements comme s'il avait été sur le point de mourir ; il répondit d'un air calme et serein : « Voilà trente-cinq ans que je me confesse tous les matins et que je célèbre la sainte Messe comme si j'avais dû mourir chaque jour ; la chose ne me sera donc pas dilBcile. » — Si nous aussi, chaque fois que nous nous confessons, nous pensions que celte confession sera peut-être la dernière, oh 1 avec quelle exactitude, quelle diligence nous la ferions ! Vous n'ignnrcz pas combien sainte Terese insistait sur ce point : elle conjurait tous les prédicateurs, tous les confesseurs de traiter fréquemment celte matière, parce que Dieu lui révéla que beaucoup d'âmes se damnent pour ne savoir pas se confesser comme il faut. Afin donc de remédier à un si grand mal, faites attention aux avis suivants.
14. Tous les manquements qui se commettent par rapport au sacrement de Pénitence dérivent ordinairement de trois sources, savoir, du défaut d'examen diligent, du défaut de repentir sincère et du défaut de bon propos efTicace.
Combien de religieuses vont à confesse la tête pleine de nouvelles frivoles qu'elles ont entendues à la grille, iui parloir, ou ailleurs! Arrivées aux pieds du confesseur, elles lui redisent éternellement la même chanson sans guère y penser n'ayant fait aucune préparation; elles
nr. i'i:hKF(;TioN iut.igieuse. 249
entrent au lonftssionnal parce que leur tour est venu. Ne conviendrez-vous pas avec moi qu'une pareille confession court risque d'être trouvée bien défectueuse devant Dieu? Donc, plus de précautions à l'avenir. Si vous me demandez de quel livre vous pouvez vous servir pour bien faire votre examen de conscience, je vous en suggérerai un excellent, et vous n'en prendrez pas d'autre, de sorte que vous ne serez pas exposée à faire comme cette âme simple qui, ayant emprunté un livre pour faire son examen de conscience, se mit à écrire tous les péchés qu'elle y trouva rangés par ordre, sans omettre même les plus énormes, et les débita aux pieds du confesseur avec la même naïveté. Le prêtre stupéfait lui demanda si elle avait réellement commis tous ces péchés-là. — « Dieu m'en garde, répondit-elle, mais je les dis, parce que je les ai trouvés imprimés dans un livre qui enseigne la manière d'examiner sa conscience. » Ne vous donnez donc pas la peine de lir^^ ces sortes de livres, mais servez-vous seulement de celui que je vous conseille : c'est le livre de votre pro[)re conscience, livre écrit dans votre cœur par le doigt môme de Dieu. N'en douiez pas, toutes les fois que vous transgresserez sa loi, soit mortellement soit véniellement, votre conscience vous en avertira. Confessez-vous de tout ce que vous trouverez écrit dans ce livre, et soyez tranquille. Si vous n'avez que des fautes vénielles, comme il est ordinaire aux religieuses, ne vous cassez pas la tête pour en rechercher minutieusement les circonstances ; car elles ne serviraient qu'à fatiguer le pauvre confesseur. Pas de scrupules, par conséquent, dans votre examen, mais apportez d'autant plus de diligence à vous exciter à la contrition.
15. Il ne suffit pas au chasseur d'avoir découvert le gibier, il faut encore qu'il le mette bas; ainsi ne suffit-il pas
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d'avoir trouvé tous ses pioches par un examen diligent, il faut de plus leur donner la mort par un repentir sincère. Je ne perdrai pas le temps à vous apprendre qu'il v a deux sortes de repentir , savoir, la contrition proprement dite ou contrition parfaite, et l'attrition ou contrition imparfaite. La première existe, lorsque nous détestons le péché à cause qu'il déplaît à Dieu, qui est le bien suprême, la bonté même. La seconde, lorsque nous le détestons, à cause qu'il a ruiné notre âme, qu'il nous a fait perdre le paradis et gagner l'enfer. Je ne perdrai pas le temps, dis-je, à vous répéter ces choses, car vous êtes en état vous-même d'en instruire les autres. Mais je vous dirai qu'il y a bien des religieuses qui, au grand détriment de leur salut, s'approchent du tribunal de la pénitence sans s'être excitées d'abord à une véritable douleur, et mettent toute leur sollicitude à déterminer ce qu'elles doivent dire au confesseur et comment elles doivent le dire; ou qui, si elles songent a la contrition, ne s'attachent pas aux véritables motifs et pensent avoir satisfait pour s'être frappé la poitrine et avoir poussé un soupir. Et néanmoins, vous le savez, si vous ne dites pas du fond du cœur : Ah ! mon doux Jésus, que je me repens de vous avoir offensé, vous qui êtes infiniment bon ! J'ai mérité mille enfers pour expier mes péchés, mais aussi je donnerais mille vies plutôt que de vous ofTenser encore à l'avenir; — si, je le répète, vous ne faites pas un acte semblable de contrition ou d'attrition, appuyé sur ses véritables motifs, qui sont ou l'outrage fait à la bonté infinie de Dieu, ou l'enfer mérité et le paradis perdu, les péchés ne sont point remis ; car il est certain que jusqu aujourd'hui Dieu n'a pardonné à personne sans un repentir préalable, et qu'il ne pardonnera jamais sans cette condition. Ne nous y trompons donc pas ; la confession n'est
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point uiiu aiïdire à expédier du bout des lèvres. Vin acte de contrition sincère, voilà la clef d'or qui nous ouvre le paradis, et pour bien faire cet acte quand vous vous conlessez, accoutumez-vous à le faire souvent. Vous alléguez peut-être que votre santé ne vous permet pas de pratiquer d'austères pénitences. Mais, dites-moi, avezvous un cœur? Si vous en avez un, plus d'excuse : vous pouvez faire fréquemment des actes de contrition, et quelle plus belle pénitence que celle-la? Une personne très-intérieure m'a confié que Dieu lui ayant fait la grâce de connaître la gravité de ses péchés, elle faisait plus de mille actes de contrition par jour, et comme à chaque acte elle se traçait un signe de croix sur le cœur, son vêtement en fut usé au point de se trouer en cet endroit-là. Chaque jour, chaque nuit, faites aussi par centaines de ces actes salutaires. Un cœur pénétré de componction est si agréable à Dieu ! Ne donnez pas, toutefois, par une extrémité opposée, dans l'erreur de celles qui, si elles ne se sentent pas le cœur attendri et fondant en larmes, pensent n'avoir pas eu la contrition et se découragent. Non, non; loin de vous un cœur si féminin. La véritable douleur a son siège dans la volonté ; il suffit qu'elle soit rationnelle, il n'est pas requis qu'elle soit sensible ; en d'autres termes, il suffit que vous détestiez le mal que vous avez fait pour les motifs indiqués ci-dessus, de telle sorte que s'il était encore à faire, vous ne le feriez plus pour tous les biens du monde.
16. Cependant elle doit être efficace, c'est-à-dire, être accompagnée d'un ferme propos de ne jamais plus commettre les péchés dont on s'accuse ; c'est à quoi manquent ces malheureuses qui se trouvent engagées dans quelque occasion prochaine de péché. J'ai peine à me persuader qu'il y ait une religieuse si insensée que de vouloir vivre
dans ce misérable état; mais je croirais bien qu'il en est qui se trouvent prises au tilet sans s'en douter. AHn donc que vous puissiez les éclairer, si vous veniez à en rencontrer, vous saurez que l'occasion prochaine est celle où la plupart du temps on pèche mortellement. Cette occasion, on peut l'avoir dans le monastère même ou au dehors. Par exemple, une religieuse a une amie dans le monastère, et sur dix fois par mois qu'elle a des entretiens confidentiels avec elle, elle pèche mortellement sept ou huit fois, en se laissant aller à de très-graves médisances contre la supérieure ou d'autres personnes. Cette religieuse est obligée, non-seulement de prendre la résolution de ne plus médire, mais aussi de ne plus entretenir la même familiarité, les mêmes relations avec celte amie. Ainsi encore, une religieuse est appelée, je suppose, dix fois par mois au parloir par la même personne, qui vient la mettre au courant de ce qui se passe dans le monde, et, par ses discours, allume dans son cœur une haine violente contre ses ennemis, une haine qui va jusqu'au péché mortel : il ne suffit pas que celte religieuse se propose de ne pas haïr le prochain, il faut en outre qu'elle s'éloigne de celle qui en est la cause. Et ce que je dis par manière d'exemple de la médisance et de la haine, faites-en l'application vous-même à toute autre espèce de péché. Or, si une religieuse en pareil cas se confesse sans renoncer k l'occasion, sa confession est un emplâtre qui la rend difforme, mais ne la guérit point, et dites-lui que si elle a surpris ftit-ce même cent absolutions de la main du confesseur, elle n'est pas absoute devant Dieu, encore qu'elle le soit devant les hommes. Rendez-lui ce service par charité, tandis que je continue à vous dévoiler les défauts auxquels les religieuses sont sujettes en se confessant.
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17. Los occasions prochaines sont rares parmi les religieuses ; ce qui peul arriver plus facilement, c'est qu'une pauvre religieuse ayant eu le malheur de tomber dans une faute grave, ou réputée telle par une conscience erronée, l'esprit malin lui ferme la bouche à clef, au point qu'il n'v ait plus moyen de la lui faire ouvrir. La honte dont elle est saisie est telle qu elle aimerait mieux perdre la vie que de se faire connaître. On rapporte qu'un saint prêtre, voyant un jour un démon qui se tenait auprès du confessionnal, lui demanda ce qu'il faisait là: «Je suis ici, répondit-il, pour accomplir un acte de justice, en restituant ce que j'ai pris : J'ai enlevé la honte à cette pénitente qui se confesse, afin de lui faire commettre le péché, et maintenant je la lui restitue pour qu'elle n'en dise rien. » Il n'est que trop vrai, ce sont là les artifices de l'ennemi du salut. Qu'elle sache donc, cette malheureuse qui s'approche du tribunal de la pénitence avec l'intention de taire quelque péché, que ce sont les démons attachés à sa robe qui lui font rentrer les aveux dans la gorge aussitôt qu'ils se présentent sur sa langue.
— « Mais le confesseur me grondera. »
Dites-moi, si vous étiez confesseur, gronderiez-vous celui qui aurait la confiance de vous ouvrir son âme ? Vous me répondrez que non. Comment donc supposezvous le contraire de la part des ministres de Dieu qui ont pour ofTice d'exercer la miséricorde'/
— « Mais il se scandalisera. »
Vous m'étonnez ; c'est qu'au contraire, plus vous lui manifesterez les secrets de votre cœur, plus vous augmenterez l'affectueuse estime qu'il vous porte.
— « J'attendrai l'extraordinaire.»
Avez-vous perdu le sens commun '? Voulez-vous en attendant multiplier les sacrilèges et vivre dans un si p. M. vni. 22
grand danger de damnation? Si vous étiez atteinte d'une fièvre maligne et qu'on vous invitât à faire venir le médecin, vous contenteriez-vous de l'appeler dans deux mois?
— « C'est ainsi ; je ne trouve en moi ni le courage ni les moyens d'en sortir, n
Faites au moins ceci : allez trouver le confesseur, et dites-lui : Mon père, j'ai besoin d'assistance ; et puis laissez le reste à sa prudence. De cette manière, j'espère qu'il en sera de votre honte comme d'une pièce d'étoffe : dès qu'elle est entamée d'un côté, elle se déchire facilement dun bout à l'autre. Autrement il ne serait pas exact de dire : Je me suis confessée, c'est-k-dire, je me suis purifiée dans le sang de Jésus-Christ; vous devriez dire que vous vous êtes souillée. Si vous vous froUiez le visage avec de l'encre, vous n'oseriez pas dire : je me suis lavée; mais bien : je me suis noircie.
— « Enfin, mon père, puisque vous le voulez, je le dirai : mon mal consiste dans les pensées. »
Vous avez bien fait de me l'avouer, car je pourrai peut-être vous ôter de la tête force scrupules. Vous vous imaginez que toute pensée mauvaise qui vous vient à l'esprit est un péché : c'est faux ; les plus grands saints euxmêmes n'ont pas été exempts de pensées impures. Faites donc attention à une chose. Vous ne péchez point par pensée, à moins que votre volonté n'adhère au mal, ce qui peut se faire de deux manières, savoir : en désirant d'en venir à l'exécution ; par exemple, une religieuse vous a fait une injure, un sentiment de haine s'élève dans votre cœur, et vous désirez lui causer un grand mal : cola s'appelle un péché de désir. L'autre manière, c'est quand la volonté ne désire pas d'en venir à l'exécution ; par exemple, une religieuse vous a injuriée : vous ne lui désirez pas de mal, mais vous vous réjouissez de ses infir-
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mités, ou du mal qui lui arrive d'ailleurs, ou de la mortificalion qu'elle a essuyée de la part de sa supérit'ure : cela s'appelle péché de complaisance. Raisonnez de même sur toute autre espèce de pensées. Or, tenez pour certain qu'une pensée peut vous passer par la tête dix fois le jour sans qu'il y ait ombre de péché; il en est ainsi quand la volonté n'y prend nullement plaisir, que vous ne vous y arrêtez pas h dessein, et que vous ne la recherchez pas. En un mot, il n'y a jamais de péché au moins grave, tant qu'il n'y a pas plein et entier consentement de désir ou de complaisance, à plus forte raison quand vous en éprouvez du déplaisir; oh ! pour lors, soyez assurée qu'il n'y a rien.
— « Mais comment dois-je m'y prendre pour chasser tant de pensées qui m'assiègent sans cesse ?»
N'avez-vous jamais ouï dire qu'un clou en chasse un autre? Eh bien ! de môme, on chasse les mauvaises pensées à l'aide des bonnes. Mais il est de ces pensées qui, si elles ne brûlent pas, laissent au moins une empreinte ; or à l'égard de ces sortes de pensées comportez-vous comme lorsque vous êtes auprès d'un feu ouvert et qu'il vole une étincelle sur votre robe ; que faites-vous ? Vous la secouez aussitôt ; usez-en de même avec les pensées impures et déshonnêtes ; mais faites-le avec calme et avec paix, sans violents efforts de tête, si vous ne voulez pas faire rire le démon h vos dépens; car certes il en rirait et s'ingénierait à vous remplir de plus en plus l'imagination de mauvaises pensées, s'il voyait que vous vous troublez sans raison. Je viens de vous apprendre a être timorée, mais non scrupuleuse.
18. Si vous aviez la patience de m'accorder encore un peu d attention, je vous découvrirais d'autres défauts contre lesquels les religieuses ne se prémunissent pas
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toujours dans leurs confessions Ces défauts, quoique moins importants, méritent cependant d'être signalés, afin que vous puissiez les éviter.
Quelquefois, vous l'avez remarqué, on attend en grand nombre a la fois devant la porte du confessionnal, et là, on rit, on cause, on s'amuse, comme si l'on était à l'entrée dun théâtre; il arrive même qu'on se met à jaser sur le compte du confesseur et do sa pénitente, on traite celle-ci de scrupuleuse, on accuse celui-là d'avoir des préférences, et ainsi on augmente la matière de sa confession au moment même où l'on se dispose à se confesser. Telle, à peine entrée au confessionnal, entame avec le confesseur une conversation complètement étrangère à la direction de sa conscience ; a-t-elle quelque péché qu'elle éprouve de la répugnance à déclarer? elle le dit à demi-voix, l'enveloppe d'excuses, l'atténue, dissimule certaines circonstances qu'il serait nécessaire d'exprimer, si bien qu'en définitive c'est comme si elle ne s'en était pas confessée. En revanche, il en est qui estiment n'avoir pas fait une bonne confession, si elles n'ont retracé toute l'histoire de chaque péché véniel, en expliquant le comment, le quand, le pourquoi. D'autres ont à leur usage certaines formules vagues et postiches qui ne servent de rien : Mon père, je m'accuse de n'avoir pas aimé Dieu comme je le devais, de n'avoir pas assisté le prochain avec autant d'amour que je le devais, que je le pouvais, etc. Saint Paul luimême pouvait en dire autant. Quelques-unes se confessent condiiionnellement : Je m'accuse, mon père, si j'avais dit... si j'avais fait... et ainsi de suite. Ne parlez pas de ce que vous auriez pu faire, mais de ce que vous avez fait. ' — « Comment donc faut-il s'exprimer ? » Je vous entends : vous désirez que je vous indique une pratique pieuse, claire et sûre pour vous bien coi.i'.'.^ser.
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La voici. Avant de vous approcliLM- du saint tribunal de la pénitence, retirez-vous dans un endroit solitaire, mettez-vous en la présence de Dieu et passez en revue ce que vous avez fait, dit et pensé depuis votre dernière confession ; vous vous en souviendrez aisément en réfléchissant aux lieux où vous avez été, aux personnes que vous avez fréquentées, aux affaires que vous avez eu à traiter ; vous ne trouverez, j'espère, que des péchés véniels, et comme on ne conçoit pas toujours facilement une véritable douleur de ces sortes de péchés, par la raison qu'on ne les regarde pas pour ce qu'ils sont en réalité, voici ce que vous ferez. Rappele7-vous, au moins d'une manière générale, quelque péché plus grave de votre vie passée, un de ceux dont vous avez le plus de regret et que vous êtes bien résolue de ne plus commettre. Faites ensuite sur ce péché-là et sur tous les autres que vous avez présents à l'esprit, un acte de contrilion sincère de la manière indiquée plus haut, et par le pur motif de l'ofTense faite à Dieu qui est la bonté même, avec le ferme propos de n'y plus retomber. Puis, recueillie, les yeux baissés et en silence, allez vous prosterner aux pieds du confesseur, récitez le Confiteor, et déclarez vos péchés ingénument, tels que votre conscience vous les représente, et en vous exprimant de façon à faire connaître au ministre de Dieu toute la grandeur du mal. Après avoir dit les péchés ordinaires, ajoutez : je m'accuse en outre, mon père, de tous les péchés de ma vie passée, et parMculièrement des péchés commis contre telle vertu ; nommez ici la vertu à laquelle sont opposés les péchés sur lesquels vous vous êtes spécialement excitée à la contrition, comme nous venons de le dire, par exemple, des péchés commis contre la charité, ou contre l'obéissance, ou contre la belle vertu de pureté, ou contre la pauvreté. Voilà le moyen le
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plus sûr que vous puissiez employer pour vous tranquilliser. Ayant reçu votre pénitence, tâchez de vous en acquitter le plus tôt possible, si c'est une chose que vous puissiez faire sur-le-champ ; n'imitez pas certaines personnes qui, au bout de l'année, se trouvent chargées de pénitences non-accomplies.
Un avis que j'ai à vous donner, c'est que la confession terminée, vous ne vous arrêtiez pas à tenir des discours inutiles avec le confesseur: retirez-vous aussitôt, à moins que vous n'ayez quelque doute à éclaircir, ou quelque conseil à demander, qui n'exigeât pas beaucoup de temps. Si vous aviez à traiter de choses spirituelles, prenez un autre jour où il n'y ait pas concours, afin de ne pas fatiguer vo.s consœurs qui attendente l'entrée du confessionnal. La vénérable Ursule Benincasa disait à ses religieuses :« Soyez brèves, mes filles; dites simplement vos péchés et rien de plus. » Le confessionnal est un lieu sacré; ne le profanez pas par des discours inutiles. A plus forte raison devez-vous vous abstenir de certains compliments et de certaines façons pleines d'affection, comme de dire au confesseur que vous lui êtes souverainement obligée, que vous ne l'oublierez jamais, qu'il n'y a rien que vous ne fissiez pour lui, que vous voudriez bien qu'il ne partît jamais, etc. Sainte Terese déteste ce langage, et dit qu'une religieuse, après avoir déclaré ses péchés et demandé les conseils dont elle a besoin pour sa direction, doit s'en aller. Avec beaucoup de menus fils ou peut fabriquer un gros cable, et former un attachement, si pas mortel, au moins fort dangereux.
Vous me demanderez peut-être si vous feriez bien de vous confesser souvent. — Avant de répondre à cette question, je vous dirai ce qu'ont fait les Saints. Sainte Catherine de Sienne et saintFrançois de Borgia se confessaient
ne PERFECTIOr* RELIGIEUSE. 259
deux fois par jour ; saint Charles Borroniée et saint Ignace, tous les jours; sainte Brigitte et la bienheiTreuse Osanna de Manloue, plusieurs l'ois par jour. Je ne prétends pas que vous en fassiez autant, mai>; je satisferai en deux mots à votre demande, en vous disant : Confessez-vous et communiez aussi souvent que l'usage de votre couvent vous y autorise; s'il vous arrivait de vous en dispenser par négligence, déplorez votre faute, car vous perdez un grand trésor* .
Je sais bien que l'amour-propre vous suggérera mille
' Le B. Léonard était partisan de la Confession fréquente. Il s'était fait une rè'jle pour lui-même de se confesser deux fois par jour {Résolulions, m). Il exhortait tous les missionnaires qui raccompagnaient dans ses travaux apostoliques à se confesser chaque matin ' Règlement pour les missions, 4. OHuvres, t. V, p. 14). C'est même un conseil qu'il donne à tous les prêtres, dans son excellent opuslule sur le saint sacrifice de la messe, et il y insiste fortement. "Saint Vincent Ferrier, dit-il, à l'effet d'obtenir la pureté intérieure, se confessait tous les jours avant de célébrer, et je voudrais que vous en fissiez autant, vous tous, prêtres fervents, qui cherchez à procurer à Dieu le plus de satisfaction que vous pouvez en traitant les divins mystères. Chose étrange! on en voit qui fiassent des demi-heures <i lire certains petits livres pour se préparer au saint sacrifice, tandis qu'en faisant un court examen^ en s'excitant h la contrition sur quelque péché de la vie passée, à défaut d'autre matière^ et se confessant, ils pourraient acquérir une si grande pureté de cœur. Oui, se confesser tous les jours avant la messe, voilà la préparation la plus excellente qu'on puisse y apporter. Bannissez tout scrupule, et ne méprisez pas le conseil que je vous donne. Oh I de quel trésor de mérites vous vous enrichiriez par là!... » {Trésor caché. Exemples, § L OEuvres, t. II, p. 476.)
Mais dans ce qui précède il ne s'agit que des prêtres. La confession quotidienne de dévotion n'est pas ë conseiller aux femmes pour plusieurs raisons. Les exemples qu'on en trouve dans les Vies des saints sont si rares qu'on doit les regarder comme des cas exceptionnels, plutôt que d'y chercher une règle de conduite. Voici comment s'expriment au sujet de la confession fréquente, deux
excuses ; — « Lorsque je me confesso souvent, direzvous, je ne sais que dire. »
Est-il possible? N'avez-vous jamais de pensées inutiles? Ne vous échappe-t-il pas des paroles oiseuses? N'avez-vous pas de distractions pendant l'office divin? Ne dites-vous jamais le plus petit mensonge? Ne vous impatientez-vous jamais? Et combien de fautes contre la charité? Combien de fois n'êtes-vous pas négligente à vous lever le matin au premier son de la cloche ? Que d'attachement à votre personne dans la recherche des aises et des commodités, des délicatesses dans la nourriture et le vêtement! Quel soin de conserver l'estime des hommes !
grands maîtres de la vie spirituelle, saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori.
F>e premier, parlant pour les personnes de toute condition, dit : o confessez- vous humblement et dévotement tous les huit jours, et toujours, s'il se peut, quand vous communierez, encore que vous ne sentiez en votre conscience aucun reproche de péché mortel. » (/ntroduction à la vie dévote, 2' pai tie, ch. 19 ; — et Pratiques pour la confession ordinaire, § I.) — Dans le directoire des Sœurs de la Visitation, il prescrit à ses religieuses « de se confesser deux fois la setnaine, la veille devant la communion ordinaire du dimanche et jeudi, à sçavoir le raercredy et le samedy. » art. H . — La vénérable mère Mechtilde du saint Sacrement prescrit pareillement deux confessions par semaine. Saint Alphonse trace une pratique analogue pour les religieuses en général : « Je ne prétends pas, dit-il, obliger les religieuses a se confesser chaque fois qu'elles communient, mais il est bon qu'elles se confessent deux fois, ou au moins une fois par semaine, et en ouire quand elles ont commis une faute volontaire.» {La Religieuse sanctifiée, ch. 18, § 1 , n. 3 ' Plus loin, il dit encore : o 11 n'est pas nécessaire que les religieuses qui tendent à la perfection, se confessent chaque fois qu'elles communient ; il suflit qu'elles reçoivent l'absolution defix, trois fois par semaine, et lorsqu'elles romniellent quelque péché véniel volontaire. »Ibid.,§ 2. n 13.
Il n'est aucune maison religieuse de femmes, que nous sachions, dont la régie ou l'usage autorise une confession plus fréquente, si ce n"est peut-être pour des cas particuliers et exceptionnels.
DF l'F.HFIXTION HELIGIEUSE. 261
Ce soiil là tout autant de péchés véniels, et parlant matière suffisante de confession ; pour plus de sûreté, ajoutez-y quelque péché de la vie passée, comme nous l'avons dit ; de la sorte vous ne serez jamais embarrassée pour trouver matière, et la grâce s'augmentera continuellement dans voire âme.
— « J'ai beau me confesser souvent, je ne me corrige ni plus ni moins. »
Et si vous vous confessiez rarement, vous corrigeriezvous? Vous iriez au contraire de mal en pis.
— « Je m'expose au danger, par ces fréquentes confessions, de les faire par habitude. »
N'allez donc plus au réfectoire quand l'heure du repas est venue, de peur qu'en mangeant si souvent vous ne veniez k le faire par habitude. Bon Dieu! ne voyezvous pas votre erreur? Mais cette habitude sera une excellente, une sainte habitude, qui attirera sur vous mille bénédictions, surtout si vous vous confessez comme nous l'avons expliqué plus haut.
— « Je m'expose cependant au danger de commettre quelque sacrilège, vu qu'il faut tant de conditions pour se bien confesser. »
Et si vous vous confessiez rarement, ce danger diminuerait-il? Comment apprend-on à jouer d'un instrument? est-ce en le touchant une seule fois l'an, ou bien en le maniant fréquemment? Plus souvent vous vous confesserez, plus aussi votre cœur s'habituera à détester ses péchés, et par conséquent a s'en bien confesser.
— « Mon père, c'est un si grand assujettissement. » Heureux assujettissement, qui \ous rend libre pour
toute une éternité, et vous ouvre les portes du |)aradis !
— « J'éprouve une bien grande difficulté à dire mes péchés; je ne sais pas m'y résoudre. »
C'est ici précisément que je vous attendais. Ecoutez une vision qu'eut l'abbé Arsène. Ce saint homme, en traversant une forêt, vit un bûcheron qui coupait du bois; lorsqu'il en eut préparé une charge raisonnable, il essaya de se la mettre sur les épaules; mais comme elle lui parut trop légère, il y ajouta encore du bois, et il en ajouta si bien que malgré ses efforts il ne se trouva plus en état de soulever le fardeau. Le saint s'étonnait de la balourdise de cet homme-là, lorsqu'un ange lui dit que c'était la figure de ceux qui. pour s'épargner la peine qu'ils ont à se confesser, diffèrent tellement que^ leur conscience se chargeant de plus en plus, la difBcullé enfin surpasse leurs forces.
Vous voyez bien que toutes les excuses qu'on pourrait apporter sont frivoles et sans consistance. Mais, ditesmoi, de grâce : ne léprouvez-vous pas vous-même? Quelle joie, quel paradis intérieur, quelle consolation, quelle allégresse ne gotâtez-vous pas à la suite d'une bonne confession ! Lorsque vous avez tout dit, que vous avez pleinement vidé votre cœur, ne vous sentez-vous pas comme renaître ? Et qui donc pourrait vivre ici-bas sans ce divin remède à nos maux? Lorsque le prêtre lève la main pour vous absoudre, savez-vous ce qu'il fait? Il verse sur votre tête le sang précieux de Jésus-Christ. Ah! qui donc pourrait dédaigner un baume si salutaire? Ne me parlez plus do vos répugnances, mais soyez avide de ce sang divin, de ce sang adorable. Ah! pliit a Dieu que cette soif fût ardente chez toutes les religieuses! c'est alors qu'on arriverait promptement à une grande sainteté; car en réalité quels sont les couvents les plus saints? Ce sont précisément ceux où les sacrements sont le plu.»; fréquentés.