‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 112 sur 180 · DF. PI-.RFECTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DF. PI-.RFECTION RELIGIEUSE

La Communion.

19. Ne vous plaignez pas que j'aie été trop diffus en vous assignant les précautions 'a prendre pour vous bien confesser, je serai d'autant plus bref en vous entretenant de la sainte communion. Une communion bien faite, disait sainte Marie Madeleine de Pazzi, suffit pour rendre une religieuse sainte ; mais le tout c'est qu'elle soit bien faite, et pour la bien faire, il faut y apporter un cœur bien préparé.

La première préparation consiste à faire une bonne confession, ainsi que nous l'avons dit précédemment, en outre à se tenir plus recueillie et à s'observer davantage pendant un certain temps avant la communion. Saint Louis de Gonzague s'y préparait de la sorte pendant trois jours, et lorsqu'il devait communier plusieurs jours de suite, une communion lui servait de préparation à l'autre. Agissez de même ; mais surtout tâchez d'avoir une faim ardente de ce pain céleste; vous l'éprouverez indubitablement si vous considérez son excellence et les immenses avantages qu'il procure k votre âme. La bienheureuse ÏMielda, dès l'âge de onze ans, souffrait cruellement de ne pouvoir communier ; un jour, k la vue de toutes les religieuses au milieu desquelles elle vivait, une hostie vint d'elle-même se placer au-dessus de sa tête, puis descendit dans son cœur. La jeune vierge, au comble de ses vœux, mais trop faible de corps pour contenir son bonheur, ferma les yeux et s'envola au ciel avec son bien-aimé. — Sainte Terese serait passée à travers une forêt de glaives pour aller communier. Ah! si quelqu'un avait assez de lumière pour connaître la grandeur d'un tel trésor, que ne ferait-il pas pour ne jamais perdre une seule communion, et pour en faire une de plus? Mais savez-

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VOUS pourquoi vous n'avez pas faim de ce divin Sacrement? C'est que vous avez l'estomac chargé, embarrassé par mille attaches aux créatures. Pureté de cœur, pureté, voilà ce qu'il faut, et vous vous sentirez mourir du désir de communier.

Tout cela tient à la préparation éloignée, mais on requiert plus d'attention pour la préparation prochaine. Certaines religieuses font consister toute celte préparation à lire quelques prières dans un livre de piété, ou bien a réciter beaucoup de Pater noster. Suivez mon conseil : récitez les prières vocales avant lapproche de la communion, mais lorsque cet heureux moment est venu, recueillez-vous tout entière en vous-même, et dans l'attitude la plus modeste, réfléchissez à la majesté de celui qui vient à vous, faites des actes de l'humilité la plus profonde, de la douleur la plus vive de vos péchés, et enfin, excitant dans votre cœur un tendre amour pour Jésus, allez le recevoir avec le désir ardent de vous unir intimement à lui. Pour exciter votre dévotion en le recevant, figurezvous que vous recevez des mains de la très-sainte Vierge elle-même son divin Enfant, ou bien que vous communiez des propres mains de Jésus, ou de votre saint patron. Retirez-vous ensuite avec une modestie angélique, et prosternée à genoux, fermez les yeux du corps et ouvrez ceux de l'âme, pour contempler au dedans de vous-même le Créateur du ciel et de In terre ; c'est alors que vous devez ranimer votre foi en croyant fermement que celuilà même qui habita dans le sein de Marie, repose présentement dans votre poitrine. 0 quelle joie ineffable et quels sentiments délicieux s'élèveront dans votre âme ! Demandez-lui d'abord la bénédiction ; puis, sans vous mettre en peine do réciter dos prières vocales, demeurez en silence aussi longtemps que le comportera voire devo-

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lion, en vous entretenant intérieurement avec Jésus. Oh! quelle douceur! parler cœur à cœur avec Jésus et sans bruit de paroles; c'est bien là le paradis des âmes pures. Faites-en l'essai, de grâce, faites-en l'essai; je suis certain que vous vous sentirez tout attendrie, et si ce n'est pas une communion, ce sera l'autre qui vous embrasera de l'amour divin. Sainte Terese ne voulait pas qu'on se laissât distraire pendant le temps qui suit la communion, parce que, disait-elle, c'est un temps précieux où l'âme s'enrichira de toute sorte de biens.

20. Si vous me demandez quelle doit être la fréquence de vos communions, je vous répéterai ce que j'ai dit au sujet de la confession : je ne puis vous répondre, parce qu'il n'est pas en mon pouvoir de déroger aux usages du monastère. Si j'en avais le pouvoir, je dirais : communiez tous les jours ou presque tous les jours, comme le faisaient les premiers chrétiens qui, au rapport de saint Luc, sortaient de la sainte table tout enflammés du feu de l'amour divin. Mais puisqu'il ne vous est pas permis d'en faire autant, au moins n'omettez aucune des communions que la règle vous accorde, et si vous voulez satisfaire l'ardeur de vos désirs, je vous enseignerai la manière de communier sans dépendre du confesseur ; faites souvent la communion spirituelle, et n'en doutez pas, votre cœur en retirera les plus grands fruits. Voici donc comment vous la pratiquerez.

2< . Trois ou quatre fois par jour, et même plus souvent, selon l'attrait que vous en éprouverez, recueillezvous, soit à la chapelle, soit dans votre cellule, soit dans un autre endroit solitaire, et vous mettant en la présence de Dieu, faites un acte de contrition sur tous vos péchés; pui.-i. considérant combien il est heureux d'être uni à Jésus dans le sacrement de son amour, désirez ardem-

ment qu'il vienne à vous, en disant du fond du cœur : Venez, ô mon Jésus! mon aimable Epoux, venez! — Et tandis que vous lui adre?sez celte invitation, figurez-vous que votre ange gardien vous apporte l'Hostie sainte pour vous communier ; ouvrez modestement la bouche, recevez-la, et gardez précieusement Jésus au dedans de vous, comme si en effet vous l'aviez reçu ; faites ensuite votre action de grâces, puis retournez à vos occupations toute recueillie et unie à Dieu, comme au sortir de la commu- 'nion. Si vous pratiquez ce pieux exercice plusieurs fois par jour, je vous donne un mois de temps pour voir votre cœur tout changé. Commencez dès aujourd'hui que vous avez lu ces lignes, mais soyez persévérante.

La dévotion à la sainte Vierge.

22. Savez-vous quel est le canal le plus propre à faire découler sur vous les grâces du ciel '? C'est la très-sainte Vierge. Aussi voudrais-je que son nom ne sortît jamais de votre cœur. Je n'ai pas â m'étendre ici sur ce sujet, parce que je vous ai déjà donné un recueil où sont exposées les plus belles pratiques de dévotion envers cette auguste Reine'. U contient notamment un exercice de piété en l'honneur des douze étoiles, ou des douze prérogatives dont elle a été enrichie par la Irès-sainte Trinité, et des pratiques pour tous les temps ; il y en a pour chaque heure, pour chaque jour, pour chaque semaine, pour chaque mois, pour chaque année. Lisez-le quelquefois ; il servira à secouer votre tiédeur, et vous aidera à en porter d'autres à se consacrer aussi totalement a Marie. Vous retrouverez cet opuscule à la fin de ce livre, afin que

' Voyez la Voie du Paradis. Oliuvres, t. IL

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