‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 115 sur 180 · IV · texte numérisé non relu

IV

CRi;riEM)A, ou ne qu'il faut croikic.

Souvenir dfis maximes éternelles.

25. Cette quatrième parole embrasse une matière un peu étendue, mais fort salutaire et fort substantielle. Combien de religieuses se sanctifieraient si elles étaient armées d'une foi as.-ez vive pour triompher des tentations intérieures et extérieures! Beaucoup prennent la résolution de commencer une vie sainte ;.mais pourquoi au bout de quelques jours retournent-elles en arrière? Savez-

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vous le pourquoi? Je vous !e dir;ii : c'est puree que, dans les occasions, elles n'ont pas le courage de se vaincre. Or, je vous présente le bouclier à l'aide duquel vous saurez vaincre et parer le» coups de l'ennemi. Ce bouclier, c'est la foi : liesisiile fortes in fide^ . Entretenez en vous une foi vive touchant les maximes éternelles, et vous changerez bientôt de sentiment sur bien des choses : ce qui vous paraissait bon par le passé, vous apparaîtra comme un grand mal. Faites pénétrer bien avant dans votre cœur le souvenir de la mort qui est plus proche que vous ne pensez, du compte rigoureux que vous aurez à rendre au tribunal de Dieu, de l'éternité qui ne finira jamais; faites souvent de ces grandes vérités le sujet de votre méditalion ; do cette manière vous vous désillusionnerez de toutes les apparences trompeuses de cette vie, et vous verrez de quelle. énergie, de quelle force se remplira votre cœur. Afin que vous ayez constamment ce souvenir devant les yeux, tracez dans votre cellule, en grands caractères, cette inscription :

Tout finit el finit bientôt ; l'éternité ne finit jamais.

Mépris du respect humain.

26. Vous n'aurez pas moins à faire pour vaincre les tentations du dehors que pour surmonter celles du dedans. Les couvents pour l'ordinaire comprennent deux classes de religieuse^, les unes plus libres, les autres plus spirituelles et plus intérieures. Tâchez d'être du nombre de ces dernières, et s'il en résulte que vous ayez quelque plaisanterie à supporter, ce sera l'occa>ion de faire écla- It-r votre courage. Auriez-vous honte par hasard d'être

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une épouse véritable do Jésus-Christ, et do vous montrer telle, même extérieurement? Laissez dire tout ce qu'on voudra, et contentez-vous du témoignage de voire conscience. Les saints n'ont pas fait autrement : ils se sont déclarés ouvertement les disciples de Jésus-Christ : « Je ne rougis pas de l'Evangile, » disait saint Paul : Non erubesco evanqelium^ . Soyez courageuse à vaincre le respect humain ; je veux dire que vous ne devez pas, par respect humain, omettre de remplir exactement vos pratiques de piété, de converser avec Dieu, de vous comporter en tout modestement, en vous détachant de quiconque voudrait vous détourner de la perfection. On verra un jour qui aura été le plus sage ; ce qu'un qualifie aujourd'hui de bigoterie, même dans les cloîtres, sera reconnu alors pour avoir été le véritable sentier qui mène k la vie.

Pratique de la présence de Dieu.

27. Ne vous contentez pas toutefois de lécorce extérieure. Solidement appuyée sur les maximes de la foi, tâchez non-seulement d'observer le silence et la régularité au dehors, mais surtout de vivre intérieurement recueillie dans une amoureuse présence do Dieu. Voulez-vous un paradis anticipé sur la terre, et une compagnie sûre pour arriver rapidement à la perfection : marchez en la présence de Dieu ; et que cela ne vous effraie pas, la chose n'est pas aussi difficile que vous le pensez. Je ne prétends pas que vous vous rompiez la tête pour vous représenter Dieu comme un océan immense de lumière, ou que vous vous le figuriez assis sur un trône majestueux entouré de millions d'anges; cela est bon quelquefois, quand vous

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vat|uez à l'oraison mentale, mais ne le faites pas continuellement, vous vous épuiseriez la tête. Non; la présence de Dieu doit être douce, sans la moindre fatigue, parce qu'elle doit consister simplement dans un acte de foi. Dites-moi, ne vous êles-vous jamais trouvée dans une chambre au sein de l'obscurité avec une amie, conversant de choses saintes selon vos goûts? Vous ennuyiez-vous à vous entretenir de la sorte sans vous voir? Vous faisiezvous mal à la tête pour penser que vous aviez près de vous votre compagne? Certainement non. Pourquoi n'en usez-vous pas de même avec Dieu, et avec Jésus, votre divin Epoux? Il suffît de croire que vous l'avez constamment à côté de vous ; et, en effet, ce n'est pas une pure imagination mais un article de foi que, conmie Dieu, il vous est réellement présent. Avec cette ferme persuasion, sans rechercher le comment ni les autres circonstances de sa présence, conversez avec lui et passez toute la journée dans sa compagnie; ce sera, croyez-moi, une journée délicieuse, car il est impossible de se tenir près du feu sans en être réchauffé. Sainte Terese dit que si l'on persévérait pendant une année de cette manière en la présence de Dieu, on se trouverait à la fin de l'année au comble de la perfection sans s'en douter. Et puis, de quelles faveurs Jésus ne vous comblerait-il pas si vous le portiez continuellement avec vous? Elle le savait bien aussi, cette grande sainte. Un jour qu'elle parcourait son monastère, toute recueillie, comme nous venons de le dire, en la présence de Dieu, elle rencontra dans le dorloir un enfant ravissant de quatre à cinq ans. Le sainte étonnée lui demanda qui il était, comment il s'appelait ; l'enfant lui répondit avec un gracieux sourire : o Ditesmoi d'abord votre nom et puis je vous dirai le mien. — Je m'appelle Terese de Jésus, dit la sainte. —

%lk MAXIME:^ GÉNÉRAr.r.S

El moi, reprit l'enfant avec une grâce charmante, je m'appelle Jésus de Terese, » Et à l'inslani il disparut. Cette faveur, comme on le pense bien inonda le cœur de la sainte d'une joie ineffable. Or, si Dieu récompense de' la sorte, même en cette vie, celui qui praUque ce recueillement intérieur, de quels biens, de quelle gloire ne le comblera-t-il pas dans l'autre?

28. Je sais ce que vous allez me répondre : il ne vous est pas bien difficile, dites-vous, de vous mettre en la présence de Dieu, mais ce qui vous paraît malaisé c'est de persévérer dans ce saint recueillement une journée tout entière, ne sachant comment vous comporter ni de quoi vous entretenir avec Dieu. — Tâchons donc de vous rendre la chose facile. Reprenons l'exemple déjà proposé : si vous vous trouviez dans une chambre à l'obscurité, avec unt' compagne, de quoi parleriez-vous ? En trois mots, de choses qui vous intéressent, vous, ou elle, ou d'autres. Eh! pourquoi n'en feriez-vous pas autant avec Jésus? d'autant plus qu'avec lui il n'est pas nécessaire que vous vous serviez de paroles, c'est assez des sentiments de votre cœur dont il connaît le fond. Regardez-le des yeux de la foi, entretenez-vous de lui et de ses grandeurs, et ce qui vous sera plus facile encore, entretenez-le de ce qui vous regarde : demandez la contrition de vos péchés, la grâce du pardon, son assistance pour sortir de vos misères; remerciez-le de ses bienfaits, offrez-vous toute à lui, sollicitez des faveurs pour vous-même et pour les autres; n'en doutez |)as, la matière ne fera jamais défaut à ces délicieux entretiens, surtout si votre cœur est épris d'un véritable amour [)our un époux aussi digne que Jésus de le posséder.

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