Excellence du saint saciifice de la Messe
Je ne sais quelle idée vous avez de l'auguste sacrifice de la messe. Vous entendez tous les jours la sainte messe; mais savcz-vous ce que c'est que ce redoutable sacrifice ? Vous ne devez pas ignorer que, dans l'ancienne loi, on oQrait à Dieu des taureaux, des agneaux et autres animaux semblables ; mais au sacriiice de la messe, on offre à Dieu le vrai corps et le vrai sang de Noire- Seigneur Jésus-Cbrist, son ànie, sa divinité, en un mot, Jésus-Christ tout entier, vrai Dieu et vrai homme, 'comme il a été ofleit sur le Calvaire, avec cette seule ' différence que là son précieux sang a été versé en réalité, tandis qu'ici il ne l'est que d'une manière mystique. Or, si vous vous fussiez trouvée présente sur le Calvaire
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lorsque cette grande victime s'immolait à Dieu, avec quels sentiments, avec quelle tendre dévotion n'auriezvous pas assisté à un tel spectacle 1 que de larmes n'auriez-vous pas versées! Et où donc est votre foi? Ce qui s'est opéré sur cette montagne, n'est-ce pas ce qui se renouvelle sur nos autels? Ajoutez qu'à la sainte messe, le prêtre principal c'est Jésus-Christ, lequel, par le ministère du célébrant, s'offre tout entier lui-même à l'adorable Trinité.
J'ai dit le pnHre principal, attendu qu'il n'est pas le seul; mais que tous ceux qui assistenti la messe sont aussi prêtres en un sens, puisqu'ils concourent avec lui à offrir le sacrifice. C'est pourquoi, lorsque le célébrant se tourne vers le peupla, il dit : Orale, fratres, ni meiim ne vestrum sacrificinm acceptabile fiai : « Priez, mes frères, afin que mon sacriQce, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu; » nous faisant entendre par là que, quoiqu'il remplisse le rôle principal, tous les assistants néanmoins accomplissent la grande offrande conjointement avec lui. Ainsi quand vous assistez à la sainte messe, vous faites en quelque sorte l'oflice de prêtre.
Que dites-vous maintenant? Oseriez-vous encore, à l'avenir, entendre la messe étant assise et jasant, ou à moitié endormie? Y aïsisterez-vous encore avec un esprit distrait, vous contentant de balbutier tant bien que mal quelques prières vocales? Réveillez-vous, de grâce; car c'est ici un des pointb principaux sur lesquels j'ai à insister dans ces instructions.
2. Des quatre fins pour lesquelles on oITre le saint sacr 6;e.
Pour entendre désormais la messe avec fruit, sachei que, comme l'enseigne saint Thomas, nous avons tous quatre grandes dettes à acquitter euvcrs Dieu. La pre-
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mièrc est de louer et d'honorer son infinie majesté, qui est digne d'un amour et de louanges infinis ; la seconde est de satisfaire pour tant de péchas que nous avons commis; la troisième est de le remercier pour les innombrables bienfaits dont il nous a comblés; la quatrième est de le supplier comme l'auteur et le distributeur de toutes les grâces. Or, quelle est la méthode la plus facile et la plus salutaire d'entendre la sainte messe? C'est de s'efforcer, pendant ce temps, d'acquitter vis-à-vis de Dieu ces dettes énormes. Et comment cela se peut-il ? Je vais vous l'expliquer d'une manière pratique.
C'est une vérité infaillible qu'à la messe notre divin Sauveur, par un acte d'abaissement infini, adore pour nous la très sainte Trinité et s'humilie devant elle, et qu'étant non seulement homme, mais vrai Dieu, toutpuissant, infini, il procure à la très sainte Trinité, par cette humiliation, un hommage, un honneur infini. En sorte quo, si nous concourons à offiir avec lui le grand sacrifice, nous aussi nous rendons à Dieu, par son entremise, un hommage et un honneur infinis. Ohi quelle merveille ! répétons-le encore une fois, car il importe extrêmement de le bien comprendre : oui, en entendant la sainte messe nous rendons à Dieu un hommagr>, un honneur infini. Soyez-en saisie d'ttounement, et réfléchissez que lorsque vous assistez à Ih messe, vous procurez plus d'honneur à Dieu qu'il n'en reçoit là-hauf, dans le ciel, des adorations réunies de tous les anj^'cs, de tous les saints et de tous les esprits bienheureux ensemble; car après tout, ce ne sont que de simples créatures, et par suite leurs hommages sont limités, sont finis ; tandis qu'à la messe, c'est Jésus-Christ qui s'abaisse, Jésus-Christ dont les humiliations sont d'un mérite et d'une valeur infinis; d'où il suit (pie la gloire et l'honneur que nous rendons à Dieu, par son
moyen, sont un honneur et une gloire inûnis. Ohi que cette grande dette, s'il en est ainsi, est dignement acquittée par l'assistance à la sainte messe 1 Dites encore désormais : « Qu'importe une messe de plus ou de moins? » Quel déplorable aveuglement 1
La seconde dette que nous avons à acquitter envers Dieu, consiste à apaiser sa justice provoquée par nos péchés. Que celle dette est immense! Un seul péché mortel pèse tellement dans la balance de la justice divine, que pour les expier, ce serait trop peu des bonnes œuvres réunies de tous les justes, de tous les martyrs et de tous les saints qui ont existé, qui existent ou qui existeront jamais; et cependant, grâce au saint sacrifice de la messe, vous pouvez satisfaire complètement pour tous les péchés commis. Pour parvenir à vous faire une idée de l'obligation que vous devez à Jésus-Christ, faites attention à ceci : bien qu'il soit l'offensé, il ne se contente pas d'avoir satisfalla la justice divine pour nous sur le Calvaire, il nous a donné de plus, dans le sacrifice de la messe, un mo3-en permanent de l'apaiser, attendu qu'à \a messe, l'offrande que Jésus-Christ a déjà faite ù son PèVe éternel sur la croix pour les péchés du monde entier, ce même sang qu'il a versé pour racheter tout le genre humain, est appliqué et offert spécialement pour ceux qui assistent à ce redoutable sacrifice.
Par conséquent, me dircz-vous, il suffirait d'entendre une seule messe pour se libérer de la dette énorme contractée par tant de péchés que nous avons commis, puisque la messe étant d'un prix infini, par elle on procure à Dieu une satisfaction infinie. Doucement, s'il vous plait ; car, si la messe est d'un prix infini, vous Saurez néanmoins que, comme l'enseigne le saint Concile de Trente, Dieu ne l'accepte que dans une mesure limitée et plus ou moins restreinte, selon les dispo-
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sitions plus ou moins parfaites de celui qui fait offrir In sacrifice ou qui y as-isle ; or la mesure dans laquelle il plaît à Dieu de l'accepter ne nous étant pas connue, il est toujours bon de faire célébrer ou d'entendre beaucoup de messes, et de faire en outre beaucoup d'autres œuvres satisfactoircs. Ce qui est vrai, c'est que la principale, la plus efficace et la plus satisfactoire de toutes les bonnes œuvres que vous puissiez faire, c'est la sainte messe, parce que, eu égard au mérite de la victime, vous procurez par une seule messe plus de satisfaction à Dieu que ne lui en ont donné tous les martyrs par leur sang, et tous les pénitents par leurs austérités. Me direzvous encore maintenant : « Une messe de plus ou de moins, peu importe 1 » Réveillez-vous, de grâce, et comprenez bien cette vérité : plus vous entendez de messes, plus aussi vous satisfaites à la justice de Dieu pour tant de péchés commis.
La troisième dette est une dette de reconnaissance pour les immenses bienfaits que nous tenons de Dieu. Réunissez en esprit tous les dons, toutes les faveurs que vous en avez reçus, tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce ; le corps et l'âme, les sens et les facultés de l'esprit, la santé et la vie, tout nous vient de lui. Que dis-je ? la vie même de Jésus son divin Fils et la mort qu'il a endurée pour nous, augmentent sans mesure la dette que nous avons contractée envers lui. Or, comment pourrons-nous jamais le remercier suffisamment? Le voici : c'est de lui offrir cet auguste sacrifice de la messe, ce sacrifice qu'on nomme Eucharisliquc, c'est-à-dire, d'action de grâces. Avec cette seule offrande, nous donnons à Dieu en quelque sorte l'équivalent de tout ce qu'il nous a donné ou pourrait jamais nous donner, et nous nous ucriuittoiis do la manière la plus complète de noire dette de reconnaissance pour
tous les bienfaits reçus. 0 précieuse et sainte messe I Mais là ne se borne pas la valeur du saint sacrifice do la messe : par elle, nous pouvons en outre ;icquiUer TobligaUoii que nous avons vis-à-vis de Dieu, d'implorer son assistance et de lui demander de nouvelles grâces. Vous savez déjà combien sont grandes vos misères, tant corporelles que spirituelles, et quel besoin vous avez par conséijuent de recourir à Dieu afin qu'il vous vienne en aide à chaque instant, car c'est lui qui est l'auteur et le principe de tout bien, et dans le temps et dans l'éternité. Mais d'un autre côté, à quel titre et avec quelle confiance oseriez-vous solliciter de nouveaux bienfaits, en voyant l'ingratitude cxtr(~'me avec laquelle vous avez correspondu à tant de faveurs f(u"il vous a accordées, jusqu'à les tourner contro lui-niònie pour l'offenser? >'e vous découragez point cependant, car si de vous-même vous êtes indigne de nouveaux bienfaits, quelqu'un les a mérités pour vous : notre aimable Sauveur a voulu, à cet efïet se mettre, sur l'autel dans l'état d'Hostie pacifique, c'est-à-dire de sacrifice impétratoire , afin de nous obtenir de son Père tout ce dont nous avons besoin. Oui, à la messe, notre doux et bien-airaé Jésus, en sa qualité de premier et suprème Pontife, recommande lui-même à son Pòro nos intérêts, prie pour nous et se fait notre avocat. Si nous savions que la sainte Vierge unit ses prières aux nôtres pour obtenir du Père éternel les grâces (jue nous souhaitons, quelle confiance n'eu concevrions-nous pas d'être exaucés? Quelle confiance donc, quelle assurance même ne devons-nous pas éprouver en pensant qu'à la messe Jésus lui-même ioterctide pour nous, (ju'il cifro son précieux sang au Père éternel en notre faveur et qu'il se fait notre avocat 1 0 bienheureuse messo, source de tous les biens !
Venez encore me dire maintenant, je vous le répète.
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venez encore me dire : « Une messe de plus ou de moins, peu importe! » Quel n'a pas été jusqu'ici votre aveuglement ! Que de messes vous avez négligé d'entendre dans votre vie! et partant que de trésors de grâces, et spirituelles et temporelles, vous avez perdus! Ne veuillez plus vivre désormais en aveugle, mais prenez la résolution d'entendre autant de messes que vous le pouvez et de les bien entendre ; si vous désirez une méthode pratique et pieuse pour y assister comme il faut, en voici une.