COMMENT UNE RELIGIEUSE DOIT SE COMPORTER LE MATIN A SON RÉVEIL
Saint Nil, abbé, enseignait qu'il y a des démons qui n'ont pas d'autre emploi que de recueillir le matin les prémices de nos affections ; il les appelait des démons préventifs, parce qu'ils tâchent de nous surprendre au moment du réveil, en insinuant dans notre esprit des pensées ou frivoles, ou nuisibles. Ârréloz ce désordre : à peine éveillée, élevez votre esprit vers Dieu par quelque sainte pensée, en appelant aussitôt sur vos lèvres cette belle oraison jaculatoire, si souvent inculquée dans ce Manuel : Mon Jésus, miséricorde. Le petit enfanta son réveil cherche sa mère, et n'est pas content s'il ne repose sur son sein. Faites de même; dès que vous avez secoué le sommeil, jetez-vous promptement entre les bras de votre bonne mère, je veux dire la divine miséricorde; invoquezla, afin qu'elle vous assiste dans toutes les actions de la journée.
L'heure de vous lever étant sonnée, ne vous arrêtez pas a disputer avec la paresse : si vous vous retournez sur l'oreiller, le démon triomphe, et votre ange gardien en gémit. Sainte Terese avait coutume de dire que quand
une religieuse est excitée à se lever, elle doit sauter du lit comme si le feu y était. Est-ce bien ce que vous faites? Ah! courage! levez-vous promptement. en offrant à Dieu ce premier acte de mortification.
Que le temps que vous mettez a vous habiller ne soit pas perdu pour l'âme; imitez la paysanne qui. en allant puiser de l'eau à la fontaine, chemin faisant file ou tricote, pourquoi? parce qu'elle est pauvre. Vous aussi vous êtes pauvre de mérites : trafiquez donc saintement du temps employé à vous habiller le matin et k vous déshabiller le soir, en récitant soit un psaume, soit toute autre prière ; le matin le psaume Deus, Deus ineus, ad te de luce vigilo, viendrait à propos, et le soir, le psaume Miserere. L'essentiel, c'est que vous soyez avare de votre temps, dont vous avez si grand besoin. Je ne m'arrête pas à vous inculquer la modestie dont une vierge doit être si jalouse ; je vous rappellerai seulement que vous êtes en présence de votre ange gardien, qui observe tout ce que vous failes et comment vous le faites : comportez-vous de manière à ne pas blesser ses regards.
Etant habillée, prosternez-vous devant votre crucifix et faites avec ferveur les actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, et spécialement l'acte d'offrande qui commence par ces mots : 0 Dieu éternel (ci-dessus, n, 29); car de là dépend la bonne direction de toutes les actions de la journée ; c'est un secret merveilleux pour les rendre souverainement méritoires. Tous les matins, secouez votre cœur par ces actes ou d'autres semblables, puis rendezvous modestement et en silence soit au chœur, soit au lieu où l'obéissance vous appelle, en répétant, chemin faisant, quelques-unes de ces oraisons jaculatoires si précieuses, et qui, je l'espère, vous sont déjà devenues familières, conmie : Mon Dieu, je rous loue; mon Dieu, je m'offre à
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cuits ; mon Dieu, je ci>us rends grâces ; ou l'oraison jaculatoire générale qui embrasso toutes les autres : Mon Jésus, miséricorde.
De grâce, ne dédaignez pas ces petites mortifications : mais souvenez -vous que toutes les lois que vos premières pensées, le matin, ont été des pensées de vanité, vos premières paroles, des paroles d'impatience, et qu'en un mot vous avez mal commencé la journée, vous l'avez terminée beaucoup plus mal; et vos mois, vos années, étant entrecoupés de jours si mal employés, vous vous trouvez, à la fin de votre carrière, chargée de misères. Jugez de là si ce que j'ai à vous suggérer dans cette seconde partie est digne de votre attention : je me propose d'entrer dans le détail de tout ce que vous avez à faire depuis le matin jusqu'au soir, et de vous indiquer la manière de le faire pour que vos jours soient des jours pleins. Réveillez-vous une bonne fois et commencez une vie firvente et plus sainte.
CUMME.VT L>E KliLIGIEUSE DOIT ASSISTER AU CHOEUR ET RÉCITER l'oFFICE DIVIN.
Le chœur est un beau théâtre où une religieuse fervente trouve ses plus chères délices. Saiate Marie Madeleine de Pazzi, en entendant le signal de l'office, se sentait transportée de joie, et laissant promptement toute autre occupation, elle volait au chœur. Sainte Catherine de Bologne protestait souvent qu'elle ne désirait rien tant que de mourir en psalmodiant avec ses consœurs ; et vous, vous craignez peut-être de vous faire mourir en psalmodiant. Ah! qu'il n'en soit pas ainsi; soyez prompte à vous rendre au chœur , en y entrant prenez de l'eau bép. M. vui. 27
nile, laites le signe de la croix avec une vive douleur de vos péchés, aKn de vous assurer par la vertu de l'eau bénite la rémission de toutes les fautes vénielles commises, ensuite prosternez-vous devant le Saint-Sacrement, adorez-le avec les sentiments d'une foi vive, croyant fermement que dans ce tabernacle réside le Dieu de majesté que les anges adorent dans le ciel, et dites-lui : Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi ; quia per sanctam crucem tuain redemisil mundum : a Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons, de ce que par votre sainte croix vous avez racheté le monde. » Puis avec une religieuse modestie allez à votre place, et pendant que vos consœurs se réunissent, ne vous laissez pas distraire l'esprit et dissiper le cœur , en promenant vos regards çà et la , en observant l'une et l'autre; mais les yeux baissés recueillezvous intérieurement, renouvelez votre intention en vous figurant que vous êtes devant le trône de l'adorabl* Trinité, excitez dans votre cœur de saints transports et un vif désir de célébrer ses louanges avec toute la ferveur dont sont animés les [)lus sublimes séraphins, dilatez même votre cœur et toutes vos affections, au point de désirer que toutes les paroles que vous proférerez dans le cours de l'office divin soient autant d'actes d'amour envers un Dieu si aimable.
Sachez que, d'après le sentiment des saints, quand vous récitez les heures canoniales, les anges y assistent, et offrent à Dieu vos prières. Un fait vient à l'appui de cette doctrine. Le bienheureux Herman, se trouvant au chœur tandis que les religieux y récitaient Matines, vit une multitude d anges qui, avec des encensoirs dor à la main, s'inclinaient devant ceux des religieux qui se tenaient plus recueillis et les encensaient, tandis qu'ils évitaient ceux qu'ils trouvaient peu modestes et dissipés.
Souvenez-vous quo c'est à Dieu que vous parlez au cliœur, et qui; Dieu vous contemple. Ne vous troublez pas au sujet Hes distractions, pourvu quelles soient involontaires ; mais rlès que vous vous en apercevez, recueillez ' de nouveau votre esprit en Dieu.
Si vous désirez un moyen pratique d'éloigner les distractions et de convertir le chœur pour vous en un véritable paradis, faites en sorte que cette prière vocale, insti- , tuée par l'Eglise pour louer Dieu, se change en oraison mixte: "n d'autres termes, que votre prière soit vocale et mentale tout à la fois, voici comment.
Récitez d'abord Y Ape.ri, Domine, os meum, etc., puis en commençant Deus, in adjulorium meum intende, priez Dieu de vous aider h le louer dignement, sans distraction d'esprit, ni dissipation de coeur. Pour y réussir, distribuez tous les points de la Passion du Sauveur entre les diverses parties de l'ofRce, de la manière suivante. Supposé que vous récitiez vos heures selon le Bréviaire romain, méditez pendant le premier nocturne le lavement des pieds; pendant le second nocturne, l'institution du Saint-Sacrement : pendant le troisième , l'oraison du Sauveur au jardin des Olives ; quand on récitera le Te Deum, fixez le regard de l'esprit sur l'auguste Trmité, en laissant toute liberté à votre cœur de se répandre en louanges et en bénédictions.
Au premier psaume de Lauiles , considérez Jésus allant k la rencontre des soldats et les renversant par ces mots : Ego sum : « C'est moi ; » au second psaume, Jésus garrotté ; au troisième, Jésus conduit de tribunal en tribunal, bafoué et traité en insensé: au quatrième, Jésus au prétoire de Pilate. où il garda un merveilleux silence , au cinquième, Laudate, Jésus emprisonné : ici entretenez-vous avec lui dans son cachot et laissez éclater vos
sentiments. En disant le Benedictus, renouvelez votre joie intérieure, en vous félicitant des louanges et des bénédictions que Dieu reçoit de toutes les créatures les plus saintes et les plus pures.
Durant l'heure de Prinne, méditez la flagellation du Sauveur; k Tierce, le couronnement d'épines; à Sexie, le portement de la croix ; à None, les trois heures que Jésus demeura en vie sur la croix ; "a Vêpres, Jésus mort en croix : contemplez ses cinq plaies pendant les cinq psaumes ; à Complies, méditez la déposition de la croix et la sépulture.
Toutes les fois qu'on répétera le Gloria Pairi, faites un acte de foi bien vive, en disant du fond du cœur : je crois, mon Dieu, tout ce que croit la sainte Eglise Romaine ; je proteste que je suis prêt à donner mon sang et ma vie pour cette foi. Sainte Marie Madeleine de Pazzi faisait cette protestation avec une ferveur telle qu'on la voyait pâlir lorsque, s'inclinant au Gloria , il lui semblait qu'on lui tranchât réellement la tête pour la foi.
L'office divin récité avec ce saint recueillement sera pour vous une mine féconde en mérites. Ah ! faites-en l'essai: de grâce, faites-en l'essai. Un religieux m'a confié qu'ayant adopté cette méthode, il lui arrive presque toujours de passer le temps de la récitation de l'office sans distraction notable, et d'en recueillir une moisson de pieux sentiments qui lui font goûter un paradis anticipé. Oh! pourquoi n'en feriez-vous pas aussi l'épreuve, sachant avec certitude qu'elle aura le même résultat pour vous*?
Remarquez toutefois que quand je vous recommande de joindre l'oraison mentale avec la prière vocale, je
' La pratique que recommande ici le B. Léonard est celle qu'il s'était tracée à lui-même dans se.s Résolutions, IV et V, et qu'il observait fidèlement.
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n'entends point que vous y upportiez une application d'esprit telle qu'elle vous fatigue la tête, et vous distraie des cérémonies sacrées auxquelles vous êtes astreinte en chœur. Non, j'entends au contraire que vous le fassiez doucement, avec un esprit calme et tranquille, lequel n'exclut nullement l'attention aux fonctions extérieures. Combien de fois n'avez-vous pas récité les louanges de Dieu avec une imagination vagabonde, et de continuelles distractions, suscitées par telle petite passion qui vous domine, quoique vous fussiez d'accord en tout avec les autres dans les cérémonies extérieures? Savez-vous ce qu'il faut? Un peu d'amour pour Jésus souflFrant ; dès lors, tandis que la langue sera occupée à psalmodier, le cœur pourra très-bien accompagner cet aimable Sauveur dans le cours de sa Passion. Cet exercice vous aidera même a demeurer plus modeste, plus attentive; et par votre exemple vous ferez mieux comprendn; qu'une religieuse recueillie au chœur est en réalité un ange, puisqu'elle remplit ici-bas l'office que les anges remplissent dans le ciel.
Au contraire, si l'on vous voit au chœur distraite, sans retenue, et qui pis est, excitant vos compagnes a suivre votre mauvais exemple, les distrayant par des regards, des sourires et des signes irréligieux, toujours inconvenants dans le lieu saint, oh ! quel purgatoire vous vous préparez dans l'autre vie! On raconte de deux religieuses, l'une supérieure, l'autre subordonnée, qu'elles furent condamnées à de cruels tourments eu purgatoire, uniquement en punition de leur peu d'application durant la • récitation de l'office. Mais ce qui est de nature a vous effrayer bien plus encore, c'est la vision rapportée par saint Anlonin, archevêque de Florence ; il aflirnic qu'un vertueux personnage vit au milieu du chœur un démon p. M. vili. 27*
entassant beaucoup de choses dans un sac. Interrogé sur ce qu'il faisait, il répondit qu'il mettait dans ce sac toutes les syllabes et tous les mots omis ou tronqués, ainsi que les versets des psaumes commencés avant que le précédent ne fût terminé, par suite de la précipitation, du peu de recueillement, de l'immodestie et des distractions des religieux, et qu'il voulait les accuser de tous cesm.anquements au tribunal du souverain Juge. Que si le châtiment qui vous attend ne vous touche pas, soyez touchée au moins du tort que vous faites à vôtre couvent. Surius rapporte, dans la vie de sainte Lulgarde, que Dieu frappa de la peste un monastère de vierges, uniquement pour les punir de leurs négligences dans la récitation des heures canoniales. Vous vous plaignez que votre couvent est en décadence ; n'en est-ce pas la la cause? Dieu vous traite comme vous le traitez lui-même, en célébrant ses louanges avec tant de nonchalance.
Pour réparer toutes les fautes rommises dans le cours de l'office, récitez, en finissant, avec un cœur humilié, la prière Sacrosanctœ, etc. En vertu d'une indulgence accordée par Léon X, vous obtiendrez la rémission de tous les manquements qui vous seront échappés par fragilité pendant une si sainte action.
COMMENT TNK l'.n.IGlKL'SE POIT FAIRF. TOUS LIS MATINS, SON ORAISON MF.NTALF.
Je n'entends pas répéter ici tout ce que je vous ai suggéré dans la première partie, mais seulement vous insinuer la manière pratique dont vous devez faire tous les matins votre oraison mentale. Toutefois, avant de
VOUS exposer celle pratique, je voudrais allécher votre cœur et laffeclionner à ce saint exercice.
Jetez un coup d'oeil sur la religieuse la plus spirituelle et la plus intérieure qui soit dans le couvent , voyez avec quelle modestie elle procède en toutes choses : quelle humilité dans ses discours, quelle promptitude dans son obéissance, quelle charité envers toul le monde, quelle mansuétude ! La bonne odeur de sa sainteté se répand même au dehors du cloître. Oh ! pour celle-là, dites-vous souvent, elle comprend bien la vie religieuse ; aussi estelle heureuse '• Mais savez-vous pourquoi elle est telle ? C'est parce qu'elle fait tous les jours son oraison mentale?
Il en est de relui qui fait oraison tous les jours comme des parfumeurs : lorsqu'ils ont manipulé des fleurs le matin pour composer leurs parfums, ils en conservent l'odeur toute la journée, quoique les fleurs soient flétries et passées. Voule7,-vous répandre la bonne o leur de Jésus-Christ autour de vous, et être un sujet d'édilicalion pour vos compagnes? faites chaque matin voire oraison, et vous verrez que vous entretiendrez ce saint recueillement, môme sans y penser, et que voire cœur qui est fait uniquement pour aimer Dieu se trouvoni tout disposé à aimer un objot si aimable. Ah! mon Dieu! nous devrions regarder comme perdue ou mal employée celte affection, celle heure que nous ne vous avons pas consacrée, ô mon souverain Bien! Soyez-en bien persuadée, pour faire brûler pendant tout le jour ce feu sacré de l'amour divin sur l'autel de votre cœur, il faut, au moyen de la méditation, y fournir du bois chaque malin.
L'expérience nous enseigne que l'on ne saurait vivre sans quelque 'ouissance, et si Dieu ne nous la fait pas trouver dans le bien, nous le chercherons dans le mal. Or. quelle est la source des véritables consolations inté-
Heures? C'est le saint exercice de l'oraison. Il en est qui s'imaginent qu'il n'y a de satisfactions que celles que procurent les plaisirs du siècle; quelle grossière erreur! Un cœur qui s'entretient véritablement avec Dieu est bien plus content, bien plus heureux que les mondains. Faitesen l'essai, encore une fois; de grâce, faites-en l'essai.
Pour en venir à la pratique, ^ous savez déjà qu'il y a deux sortes de préparations, l'une éloignée, l'autre prochaine. La préparation éloignée consiste à tenir son cœur détaché de toutes les créatures et son âme bien disposée par rapport aux choses qui sont du service de Dieu. Pour cela il faut fuir toutes les occasions dans lesquelles l'esprit pourrait se dissiper, et marcher en la présence de Dieu bvec ferveur, avec recueillement, comme il convient à une religieuse qui s'applique ou fait profession de s'appliquer à son avancement spirituel.
La préparation prochaine dispose l'âme à traiter familièrement avec Dieu ; afin de réussir, vous devez prendre garde au lieu, au temps, à l'altitude, et au sujet de votre oraison. Quant au lieu, je vous conseillerais de choisir toujours le chœur ou la cellule. Quant au temps, outre celui qui est déterminé par vo.^ Règles, j'ose vous demander une demi-heure de plus ; il me semble pouvoir le faire en voyant que vous perdez tant d'heures au parloir et en vaines conversations. Pour ce qui est de l'attitude, je vous dirais volontiers : faites-la à genoux, à moins que vous n'en soyez empêchée par quelque indisposition; dans ce cas, gardez au moins un extérieur si composé et si modeste que l'on voie que vous vous entretenez avec Dieu. Je vous avertis de plus que si vous tenez compte de mille petits accidents, tels qu'une légère douleur de tête, un mal aux genoux, un peu de somnolence ou de fatigue, et autres choses semblables, vous n'en finirez pas
rt'uNE RELIGIEUSE. 32<
de toute votre vie, parce que votre corps inventera toujours du nouveau ; vous assisterez à l'oraison avec une langueur extrême, et vous n'en remporterez point les abondantes bénédictions que Dieu a coutume d'accorder à ces religieuses ferventes, qui, par leur application sérieuse à l'oraison, semblent faire dépendre de celte seule action leur salut éternel : à genoux, sans appui, les mains jointes, le visage légèrement tourné vers le ciel, et parfaitement unies à Dieu, elles puisent dans l'oraison les grâces les plus excellentes et des mérites inefTables. Une seule de ces âmes vertueuses suffit pour communiquer la ferveur k toute une communauté religieuse, et faire si bien que les autres, à son exemple, se tiennent respectueuses et recueillies en la présence de Dieu.
Le sujet sera, pour la plupart du temps, l'amour de Dieu, la Passion du Sauveur, la malice du péché, tant mortel que véniel, et les fins dernières. Lisez toujours le point de la méditation et ne vous laissez jamais aller au hasard, comme si vous vouliez tenter Dieu. Quand sainte Terese n'avait pas son livre de méditation, elle croyait être un soldat sans armes ; elle avoue même que, durant l'espace de quatorze ans, elle ne réussit pas à faire oraison autrement qu'en alternant la lecture et la méditation. Faites la même chose ; lisez un livre, et si vous ne pouvez pas méditer en fixant vos regards sur Dieu, comme l'aigle sur le soleil, imitez la poule qui, à chaque gorgée qu'elle boit, lève la tête en haut , ainsi devez-vous tour à tour abaisser les yeux sur le livre et élever le cœur vers Dieu.
Après avoir lu le sujet de la méditation et en avoir arrangé la composition extérieure, faites le signe de la croix, et commencez par un acte de foi, en croyant fermement que Dieu est réellement présent et qu'il vous observe; fermez même, pour l'ordinaire, les yeux du
DES ACTIONS PRINCIPALF.S
corps, et (ies yeux de la Toi contemplez Dieu au dedans de vous, adoroz-Ie profoiKlément, et la tête un peu inclinée, dites au moins de cœur :
Je vous adore, Trinité sainte, Père, Fils et Saint- Esprit, je vous reconnais pour mon Dieu, mon Seigneur et le Maître absolu de mon iirne.
Faites ensuite un rapide examen, pour voir s'il n'y a rien dans votre âme qui soit de nature à déplaire a la majesté divine ; puis, mettant ensemble vos défauts présents et les péchés de la vie passée, faites un acte de contrition, en disant intérieurement :
0 mon Dieu , je me repens , et de tout mon cœur, de vous avoir offensé, vous qui êtes mon souverain bien ; me voici prête à mourir mille fois plutôt que de vous ofifenser encore.
De la douleur, passez au sentiment de votre bassesse; reconnaissez que vous êtes une pauvre aveugle, incapable de l'aire oraison; en conséquence, formulez un acte de demande, invoquez le secouis de Dieu, en répétant plusieurs fois du fond de votre cœur :
Veni, sanale Spiritus, et emrlte cœlitus liicis tuœ radium. Eclairez-moi, ô mon Dieu, donnez-moi la lumière dont j'ai besoin pour me connaître, et pour bien faire cette méditation.
Cela fait, mettez-vous à discourir en vous-même avec un esprit calme et paisible, en exerçant ies trois puissances de l'âme, la men^.oire, l'entendement et la volonté. Par la mémoire, vous vous représentez le mystère ou la vérité que vous avez lue. comme serait, par exemple, la flagellation du Sauveur. Figurez-vous que vous le
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voyez:, soi( au-rlodaiis do vous, si ce moyen vous va, soit cl còlè do vous; el ici il n'est pas nécessaire d'activer l'imaginalion et de fixer ratteiilion au point que la tête en souiïre, mais de l'incliner doucement vers son objet, de la façon précisément dont vous avez coutume de vous représenter à l'esprit les personnes avec lesquelles vous désirez traiter quelque affaire importante. Pour cet exercice de la mémoire soyez expéditivc.
^fais arrêtez-vous davantage à l'exercice de l'entendement. Il consiste à faire diverses considérations sur le point que vous vous êtes proposé, en tâchant de peser mûrement tout ce qui peut aider à vous persuader de celle vérité ; il ne suffît pas de l'efTleui or superficiellement, il faut la creuser ; les pierres précieuses ne se trouvent pas a la surface de la terre, mais en dessous et bien profond. Or, on creuse une vérité en en raisonnant avec soimême et en se demandant : ce que j'ai médité est-il bien vrai"? et si c'est la vérité, comme je n'en puis douter, pourquoi ne prendrais-je pas une résolution? Quelles sont donc mes dispositions? Et voilà que la volonté se met en mouvement.
Il en est qui comparent l'action de méditer à celle de broder. La brodeuse passe l'aiguille dans le canevas, mais après l'aiguille doit suivre le fil d'or; avec une aiguille sans fil on broderait toute la journée sans tracer une seule figure. L'aiguille, c'est la pensée, lo fil d or ce sont les affections. En conséquence, après avoir réfléchi, par exemple, à la flagellation du Sauveur, et considéré combien elle fut ignominieuse, douloureuse, sanglante, il faut que la volonté éclate en pieux sentiments, que vous vous repentiez des indignes satisfactions accordées à votre corps, que vous vous excitiez 'a aimer celui qui vous a tant aimée, que vous rendiez grâces à celui qui vous a fait
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tant de bien, et que vous produisiez diverses affections de ce genre : c'est là la substance et la moelle de l'oraison.
Entre tous les actes de la volonté, il en est deux spécialement importants, et que je désire que vous exerciez chaque fois que vous faites oraison. Le premier consiste à former toujours quelque résolution particulière relativement à votre conduite, par exemple, de mortifier cette petite passion qui vous domine, de ne pas lâcher cette parole piquante, de baisser la tête en certaines rencontres, de vous humilier, d'aimer votre propre abjection en toutes choses, et autres semblables. Sainte Terese, parlant de l'oraison, dit : « Le profit de l'âme ne consiste pas à penser beaucoup a Dieu, mais à l'aimer généreusement, et cet amour s'acquiert en se déterminant à travailler pour lui; » puis elle conclut : « Pour moi je ne désirerais pas d'autre oraison que celle qui me ferait croître en vertu*. »
Le second acte de la volonté, c'est la recommandation à Dieu, et c'est la partie la plus noble de l'oraison ; bien plus, se recommander à Dieu de tout son cœur, c'est l'essence môme de l'oraison qu'on nomme oraison de demande, oraison par laquelle, au rapport de Cassien, se sont sanctifiés les Pères du désert, qui avaient sans cesse à la bouche ces paroles dont l'Eglise se sert en commençant les heures canoniales : Deus, in acljutorium meum intende. « Mon Dieu, aidez-moi : mon Dieu, secourezmoi. » Vous me dites que vous ne sauriez pas gouverner votre imagination, que vous avez l'entendement trop obtus, et que, soit mauvaise habitude, soit incapacité, vous ne trouvez pas moyen de vous recueillir ; eh bien ! servez-vous de l'oraison de demande ; certes, celle-là ne vous laisse pas d'excuse, et cependant c'est la plus importante, comme la plus facile et la plus nécessaire.
' S. Terese, Fondât, ch. 10
d'une religieuse. 32a
l,e père Scgneri, d'heureuse m(!'raoirfi, missionnaire très renommé, dit un jour, en pleurant, à un religieux diî ses amis : o Ne faites pas comme j'ai fait, moi qui, aussi longtemps que j'étudiais la théologie, passais tout le temps de l'oraison à faire diverses considérations pour exciter des sentiments dans mon âme, et ne m'en réservais guère pour me recommander à Dieu; enfin le Seigneur a daigné m'ouvrir les yeux, et depuis lors j'ai lâché de consacrer le plus de temps que j'ai pu à me recommander à lui, et si j'ai fait quelque bien, soit eu moi, soit dans les autres, c'est à cette salutaire pratique que je m'en reconnais redevable. »
Voilà la bouche fermée à toutes vos plaintes; désormais vous ne direz plus : Je ne sais pas faire oraison. Kli quoi! lisez le sujet de la méditation et faites la préparation de la manière expliquée plus haut, et si vous ne réussissez pas à vous entretenir intérieurement avec Dieu en raisonuant, en méditant, servez-vous d'un livre, ainsi qu'on l'a dit précédemment, et faites la pauvrette au pied de son trône ; sollicitez comme une indigente (jui a besoin de recevoir même leso.iflle pour resjjirer; afin de toucher le ccpur de Dieu, appuvez-vous sur sa bonté et sur vos misères, ofTre-i-lui Ica mérites de son divin Fils, et rap[)elez-lui ses promesses.
Ahi Seigueur, dites-lui avec le sentiment de votre bas -esse, que perdez-vous à m'accorder un grand amour, une humilité profonde, une pureté angéliquc? Pour moi, ce sera un don inestimable ; mais à vous, qu'est-ce que cela coûte? Mou Dieu, j'implore cette grâce de votre bouté et de voire infinie miséricorde.
Pour le touclier encore davantage, imitez le mendiant
qui demande l'aumône : il étale aux yeux des passants
ses haillons et ses infirmités. Faites de môme. Voyez,
Seigneur, telle et telle iujpcrfcclion dont je gémis; jetez
M. p. vai, 2S
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les yeux sur cette tòte superbe, sur ce cœur allier : aidez-moi, ô mon Dieu 1 à me corriger.
Offrez-lui les mérites de Jésus, notre divin Sauveur : Seigneur, je suis dépourvue de iiiérilcs personnels, je ne suis qu'une pauvrette ; mais voici mes mérites : Vulnera l:ia, merita mea. k Vos plaicS; vous dirai-je avec votre dévot saiut Bernard, vos plaies sont mes mérites. » Si j'avais versé pour votre amour le sang qu'a versé votre divin Fils, ne me feriez-vous pas grûce? A combien plus forte raison ne me la ferez-vous pas en vertu du sang répandu pour moi par ce Fils bien-aimé?
ilappelez-lui ses promesses : N'est-ce pas vous qui m'avez promis, dans votre évangile, que tout ce que je vous demanderai pour le bien de mon unie, me sera accordé? Pelile et accipielis '. Or, s'il en est ainsi, je me fie à votre parole ; vous ne pouvez plus la retirer.
Demandez, de grâce, sollicitez de cette manière ou autrement, et soyez certaine que c'est là l'oraison la plus fructueuse, la plus facile et la plus importante de toutes. Et si vous n'étiez pas en état de faire autre chose durant tout le cours de la méditation, dites cent fois et mille fois du fond du cœur : Mon Jesus, miscricùrdc ! Mon Jésus, miséricorde l Par cette devise affectueuse, demandez à Dieu tout ce qu'il est possible de demander, et si, k l'aide de cette oraison jaculatoire, vous continuez à demander non seulement pendant le temps de la méditation, mais encore tout le reste du jour, il sera vrai de dire que vous êtes toute la journée en oraison et que vous accomplissez parfaitement le précepte de Notre-Seigueur Jésus-Cbrist : Oporlcl sempcr orare, et non deficere^ : « Il faut toujours prier et ne jamais se lasser de prier. »
•^ (IjJoaû. 16,24. (2) Llc. 18, 1.
d'une religieuse. 327
Voyez donc ccnil>iea il est facile de faire oraison. • Soyez buniblo, disait si bien saint Pbilippe de Néri, et l'Esprit-Saint vous enseignera à faire oraison. » On peut ajouter : faites le pauvre devant Dieu, et votre oraison sera parfaite.
La méditation terminée, vo is rendrez grilees à Dieu des lumières qu'il vous aura accordées; puis en sortant, ayez toujours soin d'emporter avec vous cpielque lleur suave : ce sera la résolution de ne pas retomber durant la journée dans tel défaut dominant, de pratiiiuor telle vertu qui vous est particulièrement nécessaire. Concluez le tout en récitant un Paler et un Ave.