De lire les constitutions et les cérémonies, et de
noter tous les points dans lesquels j'ai été en défaut par le passé, afin de me corriger complètement.
29. De désirer faire tout mon possible pour gagner beaucoup d'âmes à Dieu , sacrifiant volontiers à cette œuvre ma santé, mon repos et ma vie même.
30. Je me propose finalement d'agir en toute chose sous l'impulsion de la grâce, et non par les mouvements de la nature, et pour discerner les inclinations de la nature de celles de la grâce, j'observerai les signes suivants qui serviront à me rendre prudent dans toute ma conduite.
RÈGLES POUR DISCERNER LES MOUVEMENTS DE LA N.\TURE ET CEUX DE L.\ GRACE.
LXIV. 1 . Lanature désire que toutes ses actions soient publiques ; elle s'y complaît et s'en glorifie. La grâce, au contraire, tâche toujours de cacher les siennes ; elle désire qu'elles soient méprisées, et dit intérieurement : DUectus meus mihi et ego t//t*.
2. La nature met toute sa soliicitude dans les choses temporelles et les recherche avec avidité ; elle se réjouit de l'abondance et se désole dans la misère. La grâce, au contraire, ne fait aucun cas des biens qui passent, elle ne s'en soucie pas; bien plus, elle les méprise et n'aspire qu'au souverain Bien, en qui seul elle goûte la paix.
3. La nature est inconstante dans les bonnes œuvres; ce qu'elle fait aujourd'hui elle le défait demain ; elle recule devant la moindre difficulté et abandonne le bien commencé. La grâce, au contraire, regarde Dieu, persévère avec constance dans le bien qu'elle a entrepris et marche
' Cant. 2, 16.
généreusemeat en avant, aussi bien dans l'adversilé que dans la prospérité.
4. La nature se complaît en elle-même, elle recherche les choses curieuses, elle est avide d'amusements et de passe-temps avec les créatures, et elle crajnt^'affliger le cor^s à cause de la sollicitude excessive qu'elle porte à sa santé. La grâce, au contraire, ne cherche que le bon plaisir de Dieu, elle traite le corps comme une bête de somme, et proteste qu'elle ne veut ici-bas que la sainteté.
5. La nature s'ingère même dans les choses spirituelles, elle voudrait nager continuellement dans la joie et les consolations intérieures, et savoir qu elle jouit d'une grande considération devant Dieu. La grâce, au contraire, rend l'homme humble, patient et juste sans qu'il le sache ; n'ayant en vue que de salistaire le cœur de Dieu, elle l^ime et le sert courageusement, même au milieu des aridités.
6. La nature donne toujours dans les extrêmes, en outrepassant les limites de la discrétion. La grâce, au contraire, tient un flambeau pour nous diriger dans un juste milieu, afin qu'on ne fasse ni plus ni moins que ce qujiconvient de faire et que l'obéissance permet.
7. La nature cherche toujours sa satisfaction intérieure ou extérieure, et elle oppose de frivoles prétextes à quiconque lui persuade la mortification. Mais la grâce recherche les mépris, le dénuement, la f-oufTrance; elle dirige ses inclinations vers Dieu qu'elle tâche d'aimer de toutes les manières possibles, pour accomplir en tout sa trèssainte volonté.
8. L'instinct de la nature est toujours enclin aux sept péchés capitaux, ou bien il nous fait aspirer a des choses relevées et sublimes, dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre temporel ; il enfle le cœur et le rend sensible aux
applaudissements du monde, a la vaine gloire ; il nous porte à nous flatter nous-mêmes sous tous les rapports et de toutes les façons, et ses insinuations pénètrent le cœur et y produisent des éçQOtions délicates, des douceurs sensibles qui séduisent aisément celui qui n'est pas recueilli en soi-même et ne se tient pas sur ses gardes. La grâce, au contraire, s'oppose de toute manière à l'enflure du cœur, à la présomption de l'esprit et au charme des sens; elle nous porte constamment à l'humilité, à la résignation, à la.pureté, au détachement de toutes choses et à l'union avec Dieu.
C'est d'après ces caractères ou indices que je me réglerai pour suivre toujours les inspirations de la grâce, et réprimer les instincts de la nature, afin que l'exercice môme de la vertu ne soit point vicié devant Dieu, et que je ne sois point du nombre de ceux qui vivent dans l'illusion, en prenant l'apparence pour la réalité. Avant d'agir j'invoquerai la lumière et le secours de Dieu, en disant ; MonJéaus, miséricorde!
PRÉSEîSCE DE DIEU.
LXV. La sauvegarde do toutes ces résolutions sera la présence de Dieu. Jai confiance qu'en ayant soin de tenir constamment le regard fixé sur mon Dieu, qui est présent à mes yeux et à mon âme, je serai fidèle à les observer. Je remarquerai donc qu'il y a tleux manières de se mettre en la présence do Dieu, savoir : par 1 imagination et par l'entendement.
La première a lieu quand nous nous représentons Jésus- Christ, notre Sauveur, comme s'il était sous nos yeux, ce qui peut se faire encore une fois de deux manières, c'est-à-dire intérieurement ou extérieurement. La
présence <lu Verbe fait homme est extérieure quand nous nous le figurons hors c]e nous, par exemple, sur le Galvajre. Elle est intérieure, quand nous nous le représentons au dedans de nous. Lors donc que je voudrai réfléchir à la Passion du Sauveur, je me servirai d'ordinaire de la représentation intérieure, m'imaginant voir Jésus- Christ souffrant dans mon cœur ; c'est ce que je ferai spécialement pendant Toraison mentale.
La seconde manière de se mettre en la présence de Dieu, laquelle a lieu par l'entendement, est fondée sur la [oi. On la pratique en considérant Dieu présent à toutes les créatures par son essence, par sa connaissance et par sa^^uissance. Cette présence n'est pas une simple imagination, mais unjixiicje de foi. Or ici encore on peut suivre deux méthodes difTérentes.
i La première est de considérer Dieu comme un océan sans bornes, qui s'étend au-dessus, au-dessous, autour de nous et partout, à la façon de l'âme, en quelque sorte, par rapport au corps ; c'est lui qui fait tout, qui voit tout, qui ordonne tout, et sans lui on ne peut rien faire, parce que tout dépend de lui. C'est à cette présence que je m'exercerai en dehors de l'oraison, me considérant comme abîmé en Dieu, imprégné de Dieu ainsi qu'une éponge dans l'eau, et envisageant Dieu en toutes choses, tî La seconde méthode consiste à considérer Dieu audedans de nous, comme un pur jsprit qui péoètie l'âme tout entière; car, pour me servir de cette comparaison, de même que l'iiabil couvre le corps, et que le corps couvre l'âme, ainsi l'âme renferme en elle-même le Dieu trine et un. En efTet, il est certain que Dieu Iiabite d'une manière particulière dans une âme qui vit en état de grâcCj qu'il y réside comme sur son trône et qu'il y trouve ses délices. De là vient que l'âme, concentrée en elle-même,
contemple en elle, des yeux de la foi, la majesté de Dieu, l'adorable Trinité aussL-aic].a.ble qu'aimante, et par ce regard amoureux prend son essor et s'élance jusqu'au sein de Dieu, pour demeurer seule, tout à fait seule avec lui dans un oubli profond des créatures, et laimer tranquillement, paisiblement dans les ombres de la foi : ainsi deux amis réunis dans une chambre, au sein de l'objcurité, s'y entretiennent ensemble avec bonheur, quoique sans se voir. C'est de cette manière que je traiterai ordinairement avec Dieu dans l'oraison ; mais hors de l'oraison je me servirai de l'autre méthode, c'est-à-dire que je considèrerai Dieu présent en toutes choses.
Mais pour avoir un signe de rappel qui m'excite à me tenir toujours en la présence de Dieu, je me servirai de la langue et de la main : de la langue toutes les fois que je dirai : Mon Jésus, miséricorde ! ou bien l'oraison jaculatoire si familière à notre glorieux père saint François : Deus meus et omnia ; en même temps je jetterai un regard intérieur sur Dieu, présent en moi et hors de moi. Js me, servirai de la mam comme je l'ai indiqué déjà en parlant de rOlTice divin (iv). En efTet, un moyen bien facile de penser à Dieu et de l'avoir toujours présent, c'est de rattacher son souvenir à un signe sensible ; c'est pourquoi je remuerai tantôt un doigt, tantôt un autre, surtout en confessant, en préchant, en conversant, en mangeant, en voyageant, soit seul, soit en compagnie, dans les accidents, les ti'oubles, les tentations; j'aurai recours tantôt à mon ange gardien et aux saints, tantôt à la bienheureuse Vierge, en remuant le doigt qui me les rappelle, et en faisant divers actes si j'en ai le loisir, sinon, ces actes sont compris dans le pacte que je forme maintenant pour toujours avec Dieu, afin qu'il connaisse ma bonne volonté, et cela sufîit. ;
MbS RÉSOLUTIONS 557