‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 159 sur 180 · MODESTIE · texte numérisé non relu

MODESTIE

LXVl. Cette présence actuelle de Dieu m'inspirera nécessairement une grande réserve dans mes actions, mes paroles, mes démarches, que je sois seul ou en compagnie, à cause du respect souverain que je dois à la majesté infinie de Dieu. Je ne me permettrai jamais de légèretés ni de paroles bouffonnes; je me tiendrai toujours dans une attitude grave et recueillie ; je me réglerai par la lumière de la foi, qui m'enseigne qu'il est plus certain que Dieu m'est continuellement présent qu'il n'est certain que je suis présent à moi-même. J'userai cependant de discrétion, faisant la différence des temps et des personnes; ainsi quand je me trouverai avec des religieux, soit en voyage, soit en faisant la promenade au jardin, ou que je converserai avec mes compagnons en temps de mission, surtout après les repas, je montrerai une sainte gaîté et une joyeuse affabilité; mais avec d'autres, plus de gravité; et avec tout le monde indistinctement, je me tiendrai en garde contre la dissipation, les rires immodérés et les discours mondains, afin de conserver toujours le recueillement et de ne pas perdre la paix intérieure, la paix du cœur. C'est sur quoi je ferai mon examen tous les jours, comme je l'ai dit précédemment (xxxvu).

Mais pour y réussir, il faut que je prenne cette résolulion-ci, qui vient la dernière tandis qu'elle devrait être la première à raison de son importance, savoir ; de parler doucement et peu, de n'agir jamais avec précipitation ni empressement, mais avec beaucoup de calme intérieur, et une grande modestie extérieure. En cela je manquerai bien souvent, mais chaque fois je m'imposerai une pénitence, afin de parvenir un jour à me corriger, avec la grâce de Dieu.

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Je supplie donc mon père spirituel, si, après avoir lu ces résolutions, il les juge conformes à la volonté de Dieu, de me donner sa bénédiction, afin que je fasse loute.-^ choses avec le mérite de la sainte obéissance; en effet, par là même j'obéirai au supérieur, puisque celui-ci s'en rapporte au jugement de mon père spiriluol et ratifie tout ce que ce père juge bon d'approuver. Si j'en agis de la sorte, c'est pour m'assurer de la très-sainte volonté de Dieu ; je me propose bien cette fois d'observer toutes mes résolutions avec plus d'exactitude, attendu que la mort avance à grands pas ; c'est aussi par ce motif que j'ai voulu les renouveler pour la dernière fois, et les recopier en entier.

Que si, par un effet de ma faiblesse, il m'arrive parfois d'y être infidèle, ce qui n'arrivera que trop souvent, je m'imposerai sur-le-champ une pénitence, et lorsque je ne pourrai pas faire autre chose, je ferai au moins un acte de contrition. Quand même j'y manquerais cent fois, cent fois je me repentirai, et me relèverai sans me laisser aller à l'inquiétude , me supportant moi-même de la manière dont je supporterais le prochain. En conséquence, humblement prosterné devant Dieu, je me propose de lui être plus fidèle à l'avenir, afin que ce Dieu d'amour, et avec lui toute la cour céleste, sache que ma volonté est de tout faire pour sa plus grande gloire, et de chercher en tout son bon plaisir et sa satisfaction.

Je prie en même temps mon auguste Souveraine et Mère, la très-sainte Vierge Marie, de bénir du haut du ciel ces résolutions que je dépose entre ses mains. J'implore aussi humblement en leur faveur la bénédiction de mon séraphiquc père saint François et de mon patron saint Vincent Ferrier, les ayant prises dans le but spécial do les imiter, et de les suivre d'aussi près qu'il me sera possible. Enfin je supplie mon père spirituel de les bénir

l>areillenioiit, et de les signer en lcmoign;ige d'approbation, et non content de la signature de mes anciens pères spirituels, je prie aussi mon père actuel, ainsi que mon ( onfesseur ordinaire et même celui qui m'assiste exlraor- Jinairomonl à défaut de l'autre, de vouloir bien y apposer U'ur signature s'ils les iîpprouvent, comme moi-même je signe en preuve de ma ferme volonté de les observer.

Je, Fr. Léonard, pauvre pécheur, me propose très-fermement d'observer toutes les résolutions susdites, pour la gloire de Dieu, pour l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, de mon séraphique père saint François, de saint Vincent Ferrier, mon patron, et de tous mes autres saints Protecteurs.

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