PRÉFACE
bien ! sur 400 pages que renferme ce livre, il n y en a (jue quinze environ qui soient, non pas traduites, mais imitées du bienheureux Léonard : c'est l'exercice du Chemin de la Croix. Cet exercice, extrait de la Voie sacrée, s'imprime séparément en italien à l'usage du peuple. L'auteur anonyme' de la Via Crucis n'a apparemment connu que ce petit imprimé, et lui a emprunté le fond des considérations sur les 14 stations, considérations qu'il a rendues d'ailleurs dans un style emphatique, aussi peu en harmonie avec la nature du sujet qu'avec le caractère du Bienheureux.
Non-seulement les deux ouvrages, à part cet exercice, n'ont rien de commun entre eux, mais de plus il est échappé à l'écrivain français, relativement à l'érection canonique du Chemin de la Croix et aux conditions à remplir pour en gagner les indulgences, beaucoup d'assertions fausses, inexactes, et en opposition avec les solutions qui se trouvent dans l'ouvrage italien.
Cependant, grâce à l'autorité si respectable sous laquelle s'abritait l'auteur de la Via Crucis ou Méthode pralique, çlc, il se procura facilement les approbations les plus propres à donner de la vogue à son livre. La troisième édition ('I828J, au rapport de \\\mi de la Religion, porte les approbations de plus de quarante évéques, qui témoignent le désir que l'ouvrage se répande.
Il en est résulté, et c'est ce qu'il y a de plus fâcheux, que les erreurs et les inexactitudes qu'il renferme ont été adoptées et reproduites par la plupart des auteurs qui ont écrit sur la matière, en sorte qu'elles sont passées en quelque sorte en usage, au grand détriment des fidèles;
' Cet auteur doit ôtie un prêtre du diocèse de Bordeaux. L'Ami de la Religion il. 41, p. 3C7) trahit son anonyme et le nomme M. l'abbé F.,acombe.
DU TUADlICri'.L'n.
car il est do ces erreurs qui sont de nature à leur laire perdre les indulgences. C'est pourquoi nous nous faisons un devoir de relever au moins les principales.
L'auteur de la Via Crucis, suivi malheureusement par [ilusieurs autres écrivains, méconnaît les conditions essentielles pour avoir part aux indulgences, lorsqu'il affirme :
1° Qu'« un acte de contrition devant chaque croix remplace la méditation pour les fidèles qui sont incapables de méditer. » (Page 102. Ed. de Tournai, 1852.)
2° Que « les personnes qui ne savent ni lire, ni méditer, pourront satisfaire à toutes les conditions exigées en récitant à chaque station un Pater, un Ave et un Gloria dans l'intention des souverains pontifes, en pensant, ,si (on peut, à la passion de Jésus-Christ. » (Pag. 102-103.)
3° Que « ceux qui n'auraient pas le temps de parcourir de suite les 1 4 stations peuvent les partager en deux ou plusieurs fois. Pourvu qu'ils les aient toutes parcourues dans le même jour, ils auront droit aux indulgences, aussi bien que s'ils les eussent suivies sans interruption. » (Page 104.)
Il est aussi très-inexact de dire, en termes généraux et absolus, que le seul motif qui pourrait dispenser de passer d'une station à l'autre, serait X impossibilité physique. (PagelOi). L'impossibilité morale pourrait suffire ; mais qu'elle soit physique ou morale, elle ne dispense que dans le cas où elle provient de l'affluence des fidèles réunis dans le but de faire en commun le Chemin de la Croix.
Il impose, en revanche, des obligations qui n'exi.-lent pas, en prétendant :
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1° Qu'a il faut ahsolumc7it se mettre à genoux, devant chaque stai ion. » (Pages 101 et 104.)
2" Que les six Pater, Ave et Gloria, que l'on a coutume de (lire en finissant, sont prescrits pour gagner les indulgences. (Pages 102 et 104.)
3" Que, lorsqu'on fait le Chemin de la Croix avec une croix bénite à cette fin. on doit « transporter cette croix d'un lieu à un autre, pour marquer les stations. » (P. 101 .)
Enfin, il suppose a tort que les tableaux sont nécessaires, et que la bénédiclion ou les indulgences du Chemin de la Croix y sont attachées ou en dépendent. (Pages 100-101 et 144.)
Si l'ouvrage du bienheureux Léonard eût été connu et médité, il eût prévenu ces écarts et dispensé de recourir au Saint-Siège pour une foule d'autres difllcultés qui s'y trouvaient résolues d'avance.
Est-ce à dire que la Voie sacrée ou théorie et pratique du Chemin de la Croix, telle que son vénérable auteur l'a publiée en 1749, satisfait aujourd'hui encore à toutes les exigences, et ne présente ni lacune ni imperfection? Ce n'est pas ce que nous prétendons. Aussi nous sommesnous permis d'y faire plusieurs additions importantes et plus ou moins étendues.
D'abord, comme nous l'avons insinué |)lus haut, à l'exercice du Chemin de la Croix qu'il renfermait déjà, nous en avons ajouté quatre autres que l'auteur avait composés afin de varier au besoin, mais qui ne furent pas publiés de son vivant.
Nous avons l'ait précéder ces exercices de la Manière d'ériger le Chemin de la Croix en usage à Rome. Cette
DU rilAI)lK.TI".UR.
addition p?t d'aulant plus nóro?saire que rércction no s'en fait plus aujourd'hui exelusiveiucnt par les religieux lr;inciscains. comme il v a un siècle, mais le plus souvent par des prêtres séculiers.
Ce n'est que poslórieuremenl à l'époque où notre Bienlieureux écrivait, que la faculté d'ériger le Chemin de la Croix commença à être accordée à des prêtres séculiers ou réguliers de divers Ordres, et même à des Evêques avec pouvoir de soiis-déléguer. Il en est de même de la faculté d'attacher les indulgences du Chemin de la Croix à des crucifix portatifs, en laveur de certaines personnes qui sont empêchées de visiter les stations. Voila des faits dont il faut nécessairement tenir compte. Nous les exposons en détail et nous signalons les modifications à introduire en conséquence dans le texte primitif.
Enfin, une multitude de décisions émanées de la sacrée Congrégation des Indulgences sont venues confirmer les assertions de notre auteur, résoudre des questions sur lesquelles son opinion n'était pas assez nette, ou dissiper des doutes qu'il n'avait pas prévus. Nous les ajoutons a celles qui furent provoquées par lui-même et consignées dans son livre. Ainsi nous présentons, sous le titre de Documents émanés du Saint-Siège, un recueil assez complet des brefs pontificaux, des décrets et des déclarations de la sacrée Congrégation, relatifs ou Chemin de la Croix. Nous croyons avoir reproduit tous les documents qui sont de quelque importance. Craignant moins de pécher par excès que par défaut, nous n'avons pas même omis de rapporter les déclarations relatives à des points déjà clairement définis dans le bref de Benoît XIV et les Avertissements de la Congrégation, de 1742. Cependant, lorsque plusieurs consultations ne font que se répéter, nous nous bornons à. en donner une seule in extenso. Certains doutes, en effet
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ont été proposés à la Congrégation des Indulgences jusqu'à trois, quatre et cinq fois. El il ne faut pas s'en étonner. Les décisions de cette Congrégation ne reçoivent qu'une publicité assez arbitraire ; elles ne sont pas réunies en corps, mais éparses dans divers recueils périodiques, de sorte qu'on ne sait trop souvent où les chercher au besoin, ou qu'on n'en soupçonne pas même l'existence.
Notre collection remédiera, en partie du moins, a cet inconvénient.
Le lecteur appréciera, nous en avons la confiance, l'utilité des additions et des modifications dont nous venons de lui donner une idée. Elles rendront, en effet, l'ouvrage du bienheureux Léonard aussi exact que complet, et lui donneront toute l'opportunité d'un écrit entièrement neuf.
Cependant une difficulté se présentait dans l'exéculion du travail que nous avons entrepris. D'une part, nous voulions conserver le texte de l'auteur pur et intègre ; d'autre part, il eût été incommode pour le lecteur de ne pouvoir le parcourir avec une entière confiance sans être obligé de recourir a des notes placées au bas de la page, ou renvoyées en forme d'appendice à la fin du volume.
Afin de conserver à chacun ce qui lui appartient et de rendre /fl Fo j> «aeree d'un usage plus facile ot plus pratique, nous avons cru devoir intercaler nos additions dans le corps même de l'ouvrage, mais en ayant soin de les distinguer du texte primitif à l'aide de guillemets d'une forme spéciale "qui les encadrent."
AcGCSTE Souveraine,
C'est pour soulager votre Cœur désolé, ô Reine des Martyrs, que j'ai entrepris d'aplanir cette Voie saoréf., rougie du sang précieux de votre doux Jésus. Bénissez, ô puissante Souveraine, tous ceux qui, pour imiter le martyre que la douleur a fait éprouver à votre âme, s'affectionneront au saint exercice du Chemin de i.a Croix, et arroseront de leurs larmes le rude sentier que votre bienaimé Fils a marqué par les traces de son sang ; daignez aussi jeter un regard bienveillant sur ce modeste travail, et agréer l'humble offrande qui vous en est faite avec les sentiments d'un entier dévouement. Ah ! je le proteste, je voudrais avoir un cœur qui valût à lui seul tous les cœurs, afin de vous aimer pour tant de malheureux qui ne vous aiment pas; je voudrais avoir une langue qui valût toutes les langues, afin de publier partout vos grandeurs ; bien plus , je voudrais avoir mille vies en mon pouvoir, et même toutes les vies, pour vous les sacrifier toutes a la fois; je serais heureux dem'anéantir tout à fait pour vous procurer un nouveau degré de gloire, si faible qu'il fût; et s'il est possible de désirer quelque chose de plus pour votre honneur, je le désire réellement par pur dévouement. Je sais que le don que je vous fais est bien mince.
mais je sais aussi que c'est le fruit des inspirations de votre Cœur désolé : pour ce motif je le crois digne de Vous, ô Marie! qui avez été la première, après votre divin Fils, h parcourir celte voie douloureuse, et qui n'avez cessé de la fréquenter assidûment pendant tout le reste de votre vie. C'est donc à Vous, ô Vierge de douleurs ! que je consacre mon œuvre; agréez-la et, je vous en supplie de nouveau, disposez les cœurs de tous vos serviteurs à suivre celte Voie sacrée avec une telle ferveur, que chaque pas soit un acte d'amour envers Jésus souffrant, et de compassion envers Vous-même, ô divine Mère, qui avez failli expirer au milieu de tant de tourments.
Tel est l'unique désir de celui qui depuis longtemps s'est donné tout à Vous, qui ne soupire que pour Vous, qui n'aspire qu'après Vous, et qui, sans Vous et sans la consolation de penser k Vous, ne trouverait plus qu'amertume dans cette vie. Bénissez donc, auguste Souveraine, et le donateur, et le don, et le cœur avec lequel il vous l'offre, tandis qu'humblement prosterné à vos pieds, il aime à se dire.
De Votre Souveraine Majesté,
Le irès-humble, Irès-dévoué et trèsaffectionné serviteur et esclave,
Fr. Lkonaud l'L Pout-Maurice.
LA VOIE SACRÉE