SECONDE INSTRUCTION
I. Qu'est-ce que le Chemin de la Croix? — II. Origine de cette dévotion et motifs qui doivent nous porter à la pratiquer ; avantages spirituels et temporels qu'on peut en retirer. — III. Manière de faire le Chemin de la Croix, soit en public, soit en particulier.
L'exercice du Chemin de la Croix, qui n'est en réalité qu'une pieuse imitation du douloureux trajet que fit notre divin Sauveur depuis la maison de Filate jusqu'au Calvaire, a toujours été en vénération parmi les fidèles ; ne pouvant se transporter en personne à Jérusalem, ils se plaisent à visiter en esprit les saints lieux, en parcourant les stations du Chemin de la Croix.
Le Chemin de la Croix est ainsi nommé parce qu'il représente la voie suivie par Jésus-Christ portant sa croix, lorsqu'il fut condamné a mort. On l'appelle aussi la Voie docloureuse , parce que ce pénible voyage fut, au sentiment des auteurs contemplatifs, le martyre' le plus atroce qu'ait enduré l'humanité sacrée du Sauveur, déjà épuisée par ses souffrances antérieures. Faire le Chemin de la Croix, ce n'est donc autre chose que de contempler amoureusement toutes les ignominies et toutes les douleurs que Jésus eut à supporter, par amour pour nous,
SOUS le poids de sa croix, depuis le prétoire de Filate jusqu'au sommet du Calvaire.
On le divise en quatorze stations, marquées par autant de croix. Chaque station correspond à un des endroits où Jésus, dans le cours de son pénible trajet, fut obligé de s'arrêter. Ces points d'arrêt sont appelés stations du mot stare, qui veut dire s'arrêter : et comme depuis la maison de Filate jusqu'au saint Sépulcre, Notre-Seigneur a fait quatorze pauses, savoir, douze étant en vie, et deux après sa mort, on distingue quatorze stations.
Plusieurs auteurs ont écrit touchant ce saint exercice. Celui qui en a traité le plus longuement est Adricomius, lequel, dans sa Descriptmi de. Jérusalem^, en attribue l'origine à la sainte Vierge elle-même. Celte divine Mère, au rapport d'une pieuse tradition, se plut, après la sépulture du Sauveur, à parcourir ses traces ensanglantées sur la voie du Calvaire, do sorte qu'elle fit la première le Chemin de la Croix : Pia habet tradifio majorum Beatissiinam Vinfinem, rjuœ cum suis cruenta Filii sui vestigia ad crucem îts'jue sequuta fuit, post ejus sepulturam hue rrdeunicin priinam viam crucis ex devotione calcasse; un/ìe et Christianorum processiones, ac crucis gestationes originem habere videnfur. Ce motif seul devrait suffire pour aiïoctionner toute âme religieuse à une si sainte pratique. Qu'il est encourageant de penser qu'elle n'a pas été inventée seulement par un saint quelconque, mais par la Reine des Saints, que c'est une inspiration du cœur désolé de la Mère de Dieu, qui, pendant tout le temps qu'elle survécut a son divin Fils sur la terre, selon qu'elle
' Descripl, Hterusalem, n. 118.
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l'a réveil' à sainte Brigitte, fut exacte à visiter tous les jours les lieux que Jésus-Christ avait consacrés par ses souffrances : Omni tempore, post Ascensinnem Filii mei, cisitavi loca in quihus ipse passus eut et mirabilia sua ostendili .
On voit par là quelle était l'erreur de ceux qui, avant les déclarations du Saint-Siège, négligeaient le saint exercice du Chemin de la Croix, uniquement parce qu'ils doutaient s'ils pouvaient gagner les indulgences ; comme si cette belle dévotion, qui est après tout la plus ancienne, la plus sainte, la plus excellente, et, on peut le dire, la mère et la reine de toutes les dévolions, n'était pas d'ailleurs pourvue de motifs assez nobles pour captiver nos cœurs, par cela seul qu'elle entretient en nous le douloureux souvenir de la Passion du Rédempteur. Le motif des indulgences est fort pieux, sans aucun doute; mais ce n'est pas là l'attrait qui agit le plus efficacement sur les personnes vraiment spirituelles, lesquelles font plus de cas d'un simple degré de grâce que d'un grand nombre d'indulgences.
Le motif le plus puis.'iant , ce doit être la satisfaction toute spéciale que Ion procure au cœur de Jésus, selon l'assurance qu'il daigna en donner à un de ses fidèles serviteurs. Celui-ci désirait vivement savoir quelle était la pratique la plus chère à Dieu , Jésus lui apparut avec sa croix sur ses épaules et lui dit : « Mon fils, vous ne pourrez jamais rien faire qui me soit plus agréable que de m'aider à porter cette lourde croix. Faites souvent le Chemin de la Croix, et par là vous procurerez une grande consolation à mon divin Cœur^. » Voilà précisément pourquoi un gran 1 nombre de saints exaltent celti;
' Li h. C. lievel., c. fi
- Sperai, exempt. ili,-t 9, ('\pni|)l. 2!)R.