‹ Œuvres compl`etes (volume 4)Chapitre 5 sur 180 · P. M VIII · texte numérisé non relu

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pieuse pratique jusqu'aux nues. Saint Bonavcnture dit « qu'il n'y a pas dexercice de piété plus propre à porter une âme à la sainteté que la méditation de la Passion du Sauveur, » ce qui est l'unique but de la dévotion du Chemin delà Croix, « attendu, ajoute-t-il, que cette méditation ne rend pas seulement l'homme semblable aux anges, mais le divinise en quelque sorte' . »

Par conséquent, quelqu'un désire-t-il se retirer du vice, faire des progrès dans la vertu, et arriver en peu de temps à la perfection ; qu'il embrasse avec ferveur ce saint exercice, et il en ressentira bientôt dans son cœur les admirables effets.

Jena m'étendrai pas à décrire les nombreux avantages, les biens immenses qui dérivent de l'exercice du Chemin de la Croix; il faudrait pour cela écrire un volume entier; je dirai seulement en peu de mots qu'il est salutaire aux justes et salutaire aux pécheurs, qu'il est salutaire aux vivants et salutaire aux morts, qu'il est salutaire dans le temps et salutaire pour l'éternité. On peut aflirmer en toute vérité que c'est une mine inépuisable où l'on puise toute sorte de biens , que c'est, en un mot, le canal le plus ordinaire de la grâce. De là vient que le bienheureux Albert- lu- Grand va jusqu'à dire « qu'on mérite davantage par une seule pensée sur la Passion de Jésus-Christ» et conséquemiiient en faisant une seule fois avec dévotion le Chemin de la Croix, « qu'en jeûnant tous les vendredis, pendant une année entière, au pain et à l'eau, qu'en se donnant plusieurs fois la discipline jusqu'au sang, qu'en récitant tout le psautier, qu'en faisant à pieds nus le ]ièlerinage de Saint-Jacques en Galice-. »

Tel est le motif principal pour lequel je voudrais voir

' Slim. div. Am. p. I . cap. I . - Rosar. spir. Exerc. 1 , 221 .

tous les (iilòlos s'iifToolioniior à une si sainte pratique. Ce n'est donr pas prcciscmenl pour les indulgences qu'il y a à gagner; car toutes les indulgences du monde, envisagées simplcinenl comme telles, ne nous font pas croître d'un seul degré en grâce devant Dieu, et ne nous préparent pas une plus grande gloire en paradis ; elles ne font qu'abréger les peines du purgatoire. Un effet bien plus précieux et qui doit nous presser plus que tout autre, c'est la souveraine satisfaction que l'on procure à Dieu, le mérite incomparable qu'on acquiert a ses yeux, et les grâces abondantes dont nos âmes s'enrichissent. Faites-en l'essai, je vous en supplie, et vous reconnaîtrez par une heureuse expérience que pratiquer fréquemment et avec dévotion le Chemin de la Croix, c'est marcher à grands pas dans le chemin de la vertu.

Un curé très-sensé avait coutume de dire : « Depuis quo j'ai le Chemin de la Croix dans ma paroisse, j'y vois les mœurs publiques changer à vue d'oeil. » Pour moi, j'atteste qu'étant allé donner la mission dans un pays situé au milieu des montagnes, j'y trouvai une population pleine de piété et de moralité, parce que ces pauvres gens faisaient tous les jours le Chemin de la Croix ; durant l'hiver, ils le faisaient le matin avant de se rendre à leurs occupations, et l'été c'est par là qu'ils terminaient leurs travaux, en revenant des champs. A chaque station, ils renouvelaient le ferme propos de ne pas commettre de péché mortel, et ils observaient à merveille cette sainte résolution. Heureux donc, mille lois heureux, celui qui se décidera à en faire l'expérience ! il trouvera en peu de temps son cœur totalement changé.

Ne croyez pas, d'ailleurs, que cette précieuse dévotion soit inutile sous le rapport des avantages temporels. Je vous rapporterai en premier lieu ce qu'on lit dans la

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vie delà vénériibli- sœur Mario de l'Antigua, espagnole'. Noire-Seigneur lui pnrla un jour en ces terme.-; : « Saclie. ma fille, qu'en faveur d'une seule âme qui fera dévotement le Chemin de la Croix, je protégerai tout le peuple où Ton honorera de cette manière la mémoire de ma Passion, et je le délivrerai des maux tant spirituels que temporels, quii aurait mérités par ses péchés. »

En preuve de cette assertion, un curé digne de foi nous écrit que toutes les fois qu'il a désiré de la pluie pour les biens de la campagne dans sa paroisse, il a été exaucé en faisant publiquement le Chemin de la Croix avec le concours des fidèles ; c'est ce qui arriva notamment on 1745, le 15 juillet, et l'année suivante 1746 D'autres j-taroisses circonvoisines ont obtenu le même résult;il dans des circonstances analogues.

Vous voyez d'après cela qu'il est bien vrai que le Chemin de la Croix est une mine des plus riches, où l'on peut aller puiser tous les biens même temporels. Faitesen l'essai dans vos infirmités, vos besoins, et vos infortunes de tout genre. Allez faire le Chemin de la Croix, ou du moiiis demandez à d'autres personnes de le faire pour vous, et vous en retirerez beaucoup de soulagement. De grâce, qu'on réfléchisse à des avantages si précieux ; que chacun prenne la résolution de faire de ce pieux exercice sa dévotion de prédilection, et tâche de porter les autres a |)rofitor aussi d'un si précieux trésor. Venons-en maintenant il la pratique.

Le Chemin de la Croix peut se pratiquer de deux manières . processioniiellonient jiar lout le |)cuple. ou sans cérémonie par chacun en particulier.

» Lil). i. c. 6.

siili LK CUFMIN 1)1" LA CROIX. 29

Si on lo fait de la première manière, oii pourra observer ce qui suit. Tous les dimanches et jours de fêtes obligatoires, ou au moins un dimanche de chaque mois, après vêpres, on organisera une procession sous la direction d'un ou de plusieurs prêtres, en ayant soin de faire observer une séparation parfaite entre les deux sexes, conformément à ce qui est prescrit dans les Avertissements de la Congrégation, art. v. On partira du maître-autel où se trouvera le prêtre président à la cérémonie ; il sera revêtu du rochet et de l'étole violette, et portera la croix ou le crucifix entre deux ecclésiastiques ou acolytes tenant des cierges allumés; derrière lui viendront les chantres. Mais avant de se mettre en marche, le prêtre récitera à haute voix l'oraison : Aciioties nostras, etc , et l'acte do contrition tel qu'on le trouve ci-a]uès; puis il se dirigera vers la première station. A chaque station les chantres entonneront le y. Adoramits te, Christe, et benedicimus libi, et le peuple répondra : Quia per sanctam cruccm tuam redeinisli muiidum. Ensuite le directeur ou un autre ecclésiastique, debout et tourné vers le peuple, lira posément et à haute vois la considération sur le mystère de la station, puis on récitera un Pater, un Ave et un Gloria, et on fera un acte de contrition en disant : Mi'ierere nostri. Domine, miserere nostri, après quoi on se remettra en marche, en chantant (l'une ^tation 'a lautre une strophe du Slabat ou d'un cantique analogue.

Si le Chemin de la Croix se fait dans l'intérieur d'une église assez petite, il ne convient pasque les tidèles changent de [ilace ; il suffit qu'ils se tournent vers les stations, se tenant debout pendant que le prêtre s'avance d'une station à l'autre, et s'agenouilUuit aussitôt qu'il s'arrête. Si c'est en dehors de l'église, on formera procession complète comme il a été dit d'abord.

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Après avoir parcouru toutes les stations, on reviendra au maître-autel, on récitera les oraisons décrites plus bas, et en finissant on donnera la bénédiction avec le crucifix. Puis on congédiera le peuple en l'invitant à revenir la première fois que l'exercice devra encore avoir lieu publiquement.

Pour le faire en particulier, il n'est pas nécessaire de savoir lire ; celui qui sait lire peut s'aider d'un livre, mais du reste il suffit de méditer mentalement sur le mystère que représente chaque tableau, et si l'on ne savait pas méditer, il suffirait de réfléchir comme on peut, a la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon que nous l'avons indiqué plus haut. Ainsi, arrivé à l'église, on jette un coup-d'œil sur sa conscience et on fait un acte de contrition, pour être plus sûrement en état de grâce et recueillir tous les fruits de ce pieux exercice. Ensuite on se rend à la première station, et en sinclinant profondément on dit : Acloramus te, Christc, etc.. puis on métlite sur le mystère, on considère combien notre bon Sauveur a souffert en cette circonstance pour notre amour, et enfin on récite un Pater, un Ave et un Gloria, avec l'invocation Miserere nostri, Domine, miserere 7wstri, tout en renouvelant l'acte de contrition. On fait de nouveau une inclination profonde, et l'on passo à la station suivante. Surtout qu'on ail soin de se t^ir dans un pieux recueillement; qu'on se figure qu'on accompagne Jésus au Calvaire, en tenant les yeux baissés, la couronne d'épines à la main, et le cœur élevé vers Dieu. Voilà un moyen court et bien facile de gagner les indulgences et d'acquérir des mérites incomparables. Pouvez-vous désirer davantage?

Eh bien! donc, voulez-vous assurer votre salut éternel à peu de frais ? Voulez-vous vous enrichir de mérites

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en relie vie, vous procurer une gloire immense dans l'autre, et éviter autant que possible le feu redoutable du purgatoire"? faites souvent, et, s'il vous est possible, tous les jours, le Chemin de la Croix; si vous suivez ce conseil, vous m'en remercierez pendant toute réternilé.

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