JÉSUS CONSOLE LES FEMMES EN PLEURS
Si VOUS aussi, pécheur, vous eussiez vu Jésus couvert de plaies de la tête aux pieds, comme le virent les femmes de Jérusalem, sans doute vous vous fussiez mis avec elles k pleurer sur ses douleurs. Et cependant ce ne sont pas là les pleurs que Jésus demande de vous : Super vos ipsas fletè, et super filios vestros : « Pleurez sur vous-mêmes, dit-il aux femmes de Jérusalem, et sur vos enfants. » Voilà les larmes dont Jésus a soif; il désire que vous pleuriez, et que vous pleuriez amèrement vos péchés. Que de larmes ne répand-on pas pour la perte d'un petit intérêt temporel? et quand il s'agit de la perte des biens éternels, nous avons le cœur de pierre. Ah! demandons à Jésus avec toute la ferveur possible cette salutaire pénitence pour laver nos âmes de toutes les taches du péché.
IX» STATION
TROISIÈME CHUTE DE JÉSUS
Ni VOUS, ni lui, mon pauvre pécheur, n'êtes encore rassasiés ; vous n'êtes point rassasié de désgrdres, et Jésus n'est point rassasié de souffrir pour votre amour. Voyez cependant à quelle extrémité il est réduit, comme tout son corps est brisé, exténué, sans forces, ce qui est cause qu'il tombe pour la troisième fois sur le flanc de la montagne. Contemplez-le, la face dans la poussière, ranimant un reste de vie qu'il conserve par miracle pour vous demander, d'une voix lamentable, aide et secours. Et quel secours pouvons-nous vous donner, aimable Jésus? — Savez-vous lequel i Un secours de soupirs et de larmes. Oh I mes frères, pussent nos cœurs une bonne fois se briser de douleur 1 Tous tant que nous sommes, protestons en vrais pénitents que dorénavant notre nourriture ordinaire sera de pleurer la Passion de Jésus-Christ.
X« STATION
JKSUS DÉrOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE FIEL.
Si jusqu'ici quelqu'un d'entre vous fut sourd à la voix de Jésus qui, dans tant de stations, a tâché de vous parler au cœur, ah 1 écoutez avec quelle tendresse il vous invite en cet endroit, cet aimable Sauveur, à contempler ses plaies. Me voici, mon fils, dit-il; vois comment par amour pour toi je me suis laissé arracher jusqu'à la peau du dos. Ne vois-tu pas que je ne suis plus qu'une plaie de la tête aux pieds, eu proie à un spasme douloureux, sans autre rafFraîchissenioiit que de la myrrhe, du (iel et du vinaigre?
108 CINQITIÈME EXERCICE
Sache donc que ce que je souhaite le plus, que la seule chose que j'attende, c'est un peu de retour de la part. Oh ! combien tu m'obligerais par une larme, un soupir, une émotion tendre du cœur I — Eh I qui donc ne se sent ému à ces paroles si douces, si engageantes du Sauveur? Ah! mon Dieu, mon Dieu! puissions-nous fondre en larmes de compassion ! Et puis, que serait-ce encore que cela ? Jésus n'a pas seulement donné des larmes pour nous, mes frères, il a donné du sang ; nous devrions donc lui rendre sang pour sang : Sanguinem pro sanguine. Quant à moi je sais ce que j'ai a faire. Que chacun examine de son côté quelle mortification extraordinaire, héroïque il pourra pratiquer pour répondre 'a tant d'amour de la part de Jésus.
XI" STATION
JÉSUS CKUCIFIÉ.
Voyez l'aimable Sauveur étendu sur ce tronc noueux, considérez avec quelle cruauté on lui tire les bras pour les faire arriver jusqu'aux trous, et comme on enfonce de gros clous émoussés dans ses chairs tendres et délicates. Ahi quels spasmes! quelles douleurs! SoufTrez de grâce que je déciiarge mon cœur contre celui qui a été la cause d'un tel supplice. Pécheur, mon frère, ou je n'y comprends rien, ou vous vous trompez certainement. Le divin Sauveur, pour vous gagner le ciel, se livre aux fouets et aux épines; il fait de ses chairs adorables une effroyable boucherie; et vous, c'est bien la dernière de vos pensées de faire pénitence ; vous avez une souveraine horreur de la plus légère incommodité, de la moindre souffrance corporelle. Savez-vous pourquoi? C'est i|uc vous avez le
ou (IIKMIN KE L\ CROIX. 109
jugement dérangé, cl que vous ne savez pas vous aimer vous-même d'un amour véritable et bien ordonné. Vous aimez votre corps , mais seulement pour quelques jours d'une misérable existence, et vous le perdez pour toute une éternité. Vous aimez votre chair pour un instant, car le plaisir passe en un instant, et vous la condamnez à des supplices éternels, qui ne finiront jamais, jamais, jamais. Esprit-Saint, je vous en conjure, ouvrez les yeux à tel et telle qui m'écoutent, afin qu'à la vue de Jésus crucifié ils reconnaissent leur folie, et se déterminent à embrasser la pratique de la pénitence. Ah! mes frères, prions Jésus de nous faire comprendre cette vérité, si bien que désormais nous ne fassions plus que pleurer et expier nos péchés, qui furent l'unique cause de notre aveuglement et de ses tourments.
XII" STATION