JÉSUS ÉLEVÉ E.N CROIX
Voilà enfin, exposé à la face du monde entier, un Dieu crucifié après avoir été traîné sous une croix. Ah! prosternés à genoux, prenons tous copie d'un si beau modèle exposé à nos regards! Considérez, pécheur, mon frère, considérez comment se comporte Jésus sur sa croix. Vous le voyez déjà envahi par les pâleurs de la mort, languissant au milieu des plus cruelles angoisses et prêt à rendre le dernier soupir. Or, dites-moi, quelle est la plus grande peine qui adlige cet aimable Sauveur, suspendu en l'air sur trois clous, et tout ruisselant de sang? quelle est-elle? Ecoulez-le de sa bouche divine : SUw, «j'ai soif. » Jésus ne se plaint d'aucun autre mal que de sa soif. Mais quelle est cette soif qui le tourmente tellement? quelle est-elle? le savez-vous? Ah ! c'est la soif de vos larmes, de votre p M. vni. 10
110 CINQUIÈME EXF.KCICE
amour, c'est le grand, mais très-grand désir qu'a Jésus de vos soupirs. Sitio, «j'ai soif. » Et vous, ingrat, laisserez-vous Jésus mourir de soif, plutôt que de le rafraîchir par une tendre compassion ? Voyez cependant comment, dans un spasme violent, inclinant la tête, il expire, hélas! et meurt avec cette soif dévorante de votre amour. — Ah! mon doux Jésus, j'ai connu trop tard vos désirs, trop tard je me résous k correspondre à votre amour. — Courage, mes frères! mieux vaut tard que jamais, pourvu qu'enfin nous nous déterminions une bonne fois à payer de retour celui qui nous a tant aimés. Après tout, est-ce qu'un Dieu mort» pour nous ne mérite pas notre amour? Un Dieu qui a donné sa vie, et quelle vie! une vie d'un prix infini, pour nous procurer le salut éternel : quelle pensée capable de faire tourner la plus forte tête ! Un Dieu a donc mis la vie d'un pécheur au-dessus de sa propre vie. Votre âme, mon pauvre pécheur, votre salut éternel vaut donc autant que la vie d'un Dieu! Et vous la prisez si peu! Ah! détrompons-nous, mes frères, et ici, aux pieds de Jésus-Chriët, prenons la généreuse résolution de consumer à l'avenir toute notre vie à son service, et de renoncer au péché ; de fuir cette occasion dangereuse, de faire une bonne et sainte confession, afin qu'arrivés à l'article de la mort, par un ade de conliance et d'amour nous remettions notre âme entre les mains de Jésus.
XIII» STATION
JÉSUS F.NTUE LES BRAS DE SA MÈIiE.
C'est un drame bien douloureux que celui qui so passa au sommet du Calvaire lorsqu'on y vit le Fils d'un Dieu attaché à la croix ; mais la scène devint doublement
lamentable lorsque ce même Fils de Dieu, déjà mort, fut déposé entre les bras de sa Mère affligée. Ah! Mère infortunée, quel glaive de douleur vous perce le cœur, en contemplant sur votre sein ces membres déchirés, ensanglantés, du plus aimé des fils! Oui, sa douleur fut grande, dit le séraphique saint Bonaventure; Marie sentit tellement son cœur percé par les épines et les clous, déchiré par les coups, qu'elle fut comme transformée en épines, en clous et en plaies : Quœro Matrem Dei, et invenio spinas, et clavos ; qiiœro Mariani, et invenio vulnera et flagella, quia tota est conversa in ista. Ce fut une admirable transformation que celle-là, mes frères ; mais l'étonnemenl cesse dès qu'on sait que ce fut l'ouvrage de l'amour. Ahi plût à Dieu que nous fussions aussi tellement pénétrés de l'amour de Jésus et de Marie, qu'en quittant cette sainte montagne nous eussions l'âme tellement préoccupée de leurs tourments, que tous les objets nous apparussent comme du sang, des épines, des lances et des clous, en un mot, que tout notre cœur se transformât dans la passion de Jésus et de Marie. 0 très-sainte Mère, Mère de grâce, ne nous refusez pas une grâce si précieuse; faites que plongés continuellement dans vos peines nous pleurions sans cesse nos péchés qui en furent la cause.
XI V« STATION