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EXCELLENCE DU SACRIFICE DE LA MESSE

2. C'est une vérité irréfragable que toutes les religions qui ont existé depuis le commencement du monde, ont eu quelque Sacrifice, qui formait la partie essentielle du culte que l'on doit à Dieu. Mais comme ces religions étaient toutes ou vaines, ou imparfaites, les sacrifices qu'elles prescrivaient participaient de leurs vices ou de leurs imperfections. Rien de plus vain que ]es sacrifices des idolâtres, il n'y a même pas lieu d'en faire mention ici. Quant aux Hébreux, quoiqu'ils professassent alors la vraie religion, leurs sacrifices étaient imparfaits, ce n'étaient que de pauvres et grossières figures : infirma et egena elementa^, comme les appelle saint Paul ; parce qu'ils ne pouvaient effacer les péchés ni conférer la grâce. — Le sacrifice que nous possédons dans notre sainte Religion, est seul un sacrifice saint, parfait et accompli de tout point ; par lui tout fidèle peut honorer Dieu dignement, en confessant son propre néant en même temps qu'il reconnait le souverain domaine de Dieu sur nous ; c'est pourquoi il est appelé par le saint roi David le « Sacrifice de Justice : » Sacrificium Ju&litiœ^, tant à cause qu'il contient le Juste par excellence et le Saint des Saints, ou pour mieux dire, la Justice et la Sainteté même, que parce qu'il sanctifie les âmes par l'infusion de la grâce et i'affluence des dons qu'il confère. Puis donc que cet auguste sacrifice est le plus vénérable et le plus excellent de tous, afin que vous en ayez la haute idée que vous devez avoir d'un si grand trésor, nous allons

(1) Galat. \, 9 (2) Psal. 4, 6.

expliquer succinctement quelques-unes de ses divines excellences, car pour les dire toutes, il faudrait une autre intelligence que la nôtre.

1. Le sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix.

3. La principale excellence du saint sacrifice de la Messe, c'est qu'on doit le réputer essentiellement, absolument le même que celui qui fut offert sur la Croix, au sommet du Calvaire, avec cette seule différence, que le sacrifice de la Croix fut sanglant et ne fut offert qu'une fois, et par cette seule oblaiion satisfit pleinement pour tous les péchés du monde,- tandis que celui de l'autel est un sacridce non-sanglant, qui peut se renouveler une infinité de fuis, et fut institué pour appliquer â chacun en particulier la rançon universelle que Jésus-Christ a payée pour tous les hommes sur le Calvaire. Ainsi le sacrifice sanglant a éié le moyen de la Rédemption, et le sacrifice non-sanglant nous en met en possession : l'un nous ouvre le trésor des mérites de notre divin Sauveur, l'auire nous en donne l'usage et nous les remet entre les mains. Il est donc à remarquer que la Messe n'est pas une simple représentation ou seulement la mémoire de la Passion et de la mort du Rédempteur, mais la reproduction réelle et véritable de l'immolation qui s'est faite sur le Calvaire. On peut dire en toute vérité qu'à chaque Messe notre Sauveur renouvelle sa mort d'une manière mvstique, sans mourir en réalité; il est en quelque sorte vivant et immolé tout à la fois : Vidi Agnum stantem tanquam occisum^. Le jour de Noël, l'Eglise nous représente la naissance du Sauveur; mais il n'est pas vrai qu'il naisse chaque année ce jour-là. Aux jours de l'Ascension, de la Pente-

(1) Apoc. 5, 6.

côte, elle nous représente Jésus-Christ montant au ciel, le Saint-Esprit descendant sur la terre; mais il n'est pas vrai que tous les ans à pareil jour se renouvellent l'Ascension de Jésus au ciel et la descente visible de TEsprit-Saint sur la terre. Il en est tout différemment du Mystère qui s'opère sur l'autel ; ici ce n'est plus une simple représentation qui a lieu; mais le sacrifice même qui s'est accompli sur la Croix avec eifusion de sang, s'y renouvelle réellement, quoique d'une manière nonsanglante. C'est identiquement le même corps, le même sang, le même Jésus, qui s'offrit sur le Calvaire, et qui s'offre présentement à la Messe. « C'est l'œuvre de notre Rédemption, dit l'Eglise, qui continue à s'exercer » : Opus nostrœ Redemptionis exercetur ;^ oui, oui: qui continue à s exercer ; le même sacrifice qui s'est opéré sur la Croix s'opère et se pratique encore aujourd'hui. Oh ! quelle œuvre merveilleuse ! Mais dites-le-moi de grâce : quand vous vous rendez à l'église pour entendre la Messe, réfléchissez-vous bien que vous allez au Calvaire pour assister à la mort du Rédempteur ? Vous y verrait-on aller avec si peu de modestie et un extérieur si arrogant? Si la Madeleine était allée au Calvaire se proterner au pied de la Croix, en étant vêtue, ornée, parfumée, comme lorsqu'elle cherchait à briller aux yeux de ses courtisans, qu'aurait-on pensé d'elle? Or, que dira-t-on de vous qui allez à la Messe, parés comme pour un bal? Que serait-ce si vous alliez jusqu'à profaner une action si sainte par des regards et des signes inconvenants, des paroles inutiles, des rencontres coupables et sacrilèges ? Je dis que l'iniquité est déplacée en tout temps et en tout lieu : mais que les péchés qui se commettent pendant le temps de la Messe et en face des autels, sont des péchés qui attirent sur leurs auteurs

(1) Orat. secre. in Missa Dora. 9. post Pent.

la malédiction du Seigneur: Maledictus homo, qui facit opux Domini fraudulenter ^. Pensez-y sérieusement, tandis que je vous découvre d'autres merveilles et d'autres excellences d'un si précieux Trésor.

2. Le sacrifice de la Messe a pour Prêtre principal Jésus-Christ lui-même. — Fonction du Célébrant et des Assistants

4. Il semble qu'il ne soii pas possible d'indiquer une prérogative plus excellente du sacrifice de la Messe, que de dire que ce sacrifice n'est pas seulement la copie, mais l'original même du sacrifice de la Croix. El cependant ce qui le releve encore davantage, c'est qu'il a pour Prêtre un Dieu fait homme. Il est certain que dans un Sacrifice il y a trois choses à considérer : le Prêtre qui l'offre, la Victime qui est ofiferte, et là Majesté de celui à qui se fait l'oblation. Or, voici le résultat merveilleux que nous présente le sacrifice de la Messe à ce triple point de vue. Le Prêtre qui l'offre est un Homme-Dieu, Jésus-Christ; la Victime offerte est la vie d'un Dieu, et Celui à qui elle s'offre n'est autre que Dieu. Ranimez donc votre foi et reconnaissez dans ce Prêtre qui célèbre, la personne adorable de notre Seigneur Jésus-Christ. C'est lui-même qui est le premier Sacrificateur, non-seulement en tant qu'il a institué ce sacrifice et qu'il lui communique toute son efficacité par ses mérites, mais en tant qu'à chaque Messe il daigne lui-même iranssubstancier le pain et le vin en son corps et en son sang précieux. Il est donc vrai de dire que le plus auguste privilège de la sainte Messe, c'est d'avoir pour Prêtre un Dieu fait homme. Lorsque vous considérez le célébrant à l'autel, sachez que sa principale dignité consiste à être le Ministre de ce Prêtre invisible

(1) Jerera. 48, 10.

et éternel. De là vient que le sacrifice ne laisse pas d'être agréable à Dieu, quelle que soit l'indignité du prêtre qui célèbre ; attendu que le Sacrificateur principal est Jésus-Christ, Nôtre-Seigneur, et que le prêtre visible n'est que son humble ministre. Ainsi celui qui fait l'aumône par la main d'un de ses serviteurs, est regardé à juste titre comme le principal donateur, et le serviteur fût-il perfide et scélérat, si le maître est un homme juste, son aumône ne laisse pas d'être méritoire et sainte.

Bénie soit à jamais la miséricorde de notre Dieu, pour nous avoir donné un Prêtre saint, la sainteté même, qui off're au Père éternel ce divin sacrifice en tous lieux, puisque la Foi est maintenant répandue dans le monde entier; en tout temps, tous les jours et à toutes les heures, puisque le soleil ne nous quitte que pour aller éclairer d'autres points du globe. A toute heure par conséquent, ce Prêtre saint offre à son Père son corps, son sang, son âme, il s'offre tout entier pour nous, et cela autant de fois qu'il se célèbre de Messes par tout l'univers. Oh! quel trésor immense! quelle mine de richesses inestimables nous possédons là dans l'Eglise de Dieu ! Trop heureux si nous pouvions assister à toutes ces Messes! Quel capital de mérites n'acquerrions-nous pas? Quelle moisson de grâces en cette vie et quels fonds de gloire pour l'autre ne recueillerionsnous pas de cette fervente assistance à tant de saints Sacrifices?

5. Mais que parlé-je d'assistance? Ceux qui entendent la Messe ne font pas seulement l'office d'assistants, ils font aussi celui d'offrants; et l'on peut avec raison les appeler Prêtres : Fecisti nos Deo nostro regnum, et Sacerdotes^. Le célébrant est en quelque sorte le Minis-

(1) Apoc. 5, 10.

tre public He l'Eglise, agissant au nom de tous ; c'est le médiateur des fidèles et particulièrement de ceux qui assistent à la Messe, auprès du prêtre invisible qui est Jésus-Christ, et conjointement avec lui, il offre au Père éternel, tant en nom commun qu'en son nom particulier, le prix immense de la Rédemption du genre humain. Mais il n'est pas seul dans l'exercice de cette auguste fonction ; avec lui concourent à offrir le sacrifice tous ceux qui assistent à la Messe. C'est pourquoi le célébrant, en s'adressant aux assistants, leur dit : Orate, fratres, ut meum ac vestrum Sacrificium acceptabiîe » fiat ; « Priez, mes frères, pour que mon Sacrifice, qui » est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu. » Par ces paroles il nous fait entendre que, quoiqu'il remplisse à l'autel le principal rôle de ministre visible, tous ceux qui sont présents néanmoins font avec lui l'offrande de la grande Victime.

Ainsi donc, quand vous assistez à la Messe, vous faites en un sens l'oflace de Prêtre. Que dites-vous maintenant? Oserez-vous encore désormais entendre la Messe, assis depuis le commencement jusqu'à la fin, causant , regardant çà et là , et peut-être à moitié endormi; vous contentant de réciter tant bien que mal quelques prières vocales, sans prendre garde que vous exercez la fonction redoutable de Prêtre? Ah! je ne puis m'empêcher de m'écrier ici: 0 monde ignorant, qui ne comprend rien à des Mystères si sublimes ! Comment est-il possible qu'on soit au pied des autels avec un esprit distrait et un cœur dissipé, tandis que les Anges sont là tout tremblants, et saisis d'une sainte frayeur à la vue d'un prodige si étonnant !

3. Le sacrifice de la Messe est le prodige le plus étonnant que la toute-puissance divine ait jamais opéré.

6. Vous VOUS étonnez peut-être de m'entendre dire que la Messe est un prodige étonnant! Eh ! est-ce donc peu de chose à vos yeux que le changement qui s'opère à la parole d'un simple prêtre? Quelle langue parmi les anges et les hommes pourrait jamais expliquer un pouvoir aussi merveilleux ? Qui aurait jamais pu s'imaginer que la voix d'un homme, qui n'a pas même naturellement la force de soulever un brin de paille, serait douée, par grâce, d'une force assez prodigieuse pour faire descendre le Fils de Dieu du ciel en terre? C'est là un pouvoir bien plus grand que celui de transportez les montagnes d'un lieu dans un autre, de dessécher l'océan ou d'arrêter le cours des astres. C'est un pouvoir qui rivalise en quelque sorte avec ce premier Fiat, par lequel Dieu tira le monde du néant, et qui semble l'emporter en un sens sur cet autre Fiat par lequel la sainte Vierge attira dans son sein le Verbe éternel. En effet, la sainte Vierge ne fit que fournir la matière au corps du Sauveur, qui fut formé de sa substance, il est vrai, c'est-à-dire de son précieux sang, mais non par elle ni par son opération ; tandis que la voix du prêtre, en tant qu'instrument de Jésus-Christ dans l'acte de la consécration, reproduit l'Homme-Dieu d'une manière admirable sous les espèces sacramentelles, et cela autant de fois qu'il consacre.

Le bienheureux Jean-le-Bon, de Mantoue, fit un jour comprendre cette vérité à un ermite, son compagnon^. Celui-ci ne pouvait se mettre dans la tête que la parole du prêtre fût assez puissante pour changer là substance

(1) S. Anton. 3. p. hist. tit. 24, c. 13.

du pain et du vin au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et ce qu'il j a de plus déplorable, il céda à la suggestion diabolique. Le vénérable Serviteur de Dieu s'étant aperçu de son erreur , le conduisit près d'une fontaine et puisa un peu d'eau qu'il lui fit boire. L'ermite, après l'avoir avalée, avoua qu'il n'avait jamais goûté de sa vie un vin aussi délicat. « Eh bien ! lui dit alors le Bienheureux, voyez-vous ce que signifie ce prodige ? Si par mon entremise, à moi qui ne suis qu'un misérable mortel, la vertu divine a changé l'eau en vin ; à combien plus forte raison ne devez-vous pas croire qu'au moyen des paroles du prêtre, qui sont les paroles de Dieu même, le pain et le vin se change en la substance du corps et du sang de Jésus -Christ? Et qui donc oserait jamais assigner des limites à la toute-puissance de Dieu? » Il n'en fallut pas davantage pour éclairer ce pauvre solitaire, qui, bannissant sur-le-champ tous les doutes de son esprit, fit une rude pénitence de son péché. Un peu de foi, mais de foi vive, et nous confesserons que les excellences merveilleuses contenues dans cet adorable sacrifice sont innombrables. Alors nous ne nous laisserons plus ébranler en voyant se renouveler à chaque instant le prodige de la multiplication, en mille et mille endroits divers, de l'humanité sacrée du Sauveur; nous admettrons sans peine qu'elle jouisse d'une espèce d'immensité, refusée à tout autre corps, et réservée à elle seule, en récompense d'une vie immolée au Très-Haut, C'est ce que le démon, parlant par la bouche d'une possédée, fit un jour entendre à un Juif incrédule, à l'aide d'une comparaison matérielle et grossière ^ Ce Juif se trouvait sur une place publique avec beaucoup d'autres personnes, parmi lesquelles était la possédée, lorsqu'il vint à passer un prêtre qui, suivi

;i) Matthiolus in Sylv. hist. part. 2. lib. 8 cap 1. tit. 20. ex. 7.

d'un nombreux cortège, portait le saint Viatique à un malade. Aussitôt tout le monde se mit à genoux pour adorer le très-saint Sacrement. Le Juif seul demeura immobile et ne donna aucun signe de respect. La possédée s'en apercevant, se leva en fureur, et donna au Juif un violent soufflet, en lui arrachant son chapeau : « Malheureux ! lui cria-t-elle, pourquoi ne rends-tu pas hommage au vrai Dieu, qui est présent dans ce divin Sacrement? » — « Quel vrai Dieu? reprit le Juif; s'il en était ainsi, il s'ensuivrait qu'il y aurait plusieurs dieux, puisqu'il y en a un sur chacun de vos autels, quand on y dit la Messe. « — A ces mots, la possédée saisit un tamis, et l'opposant au soleil, elle dit au Juif de regarder les rayons qui passaient à travers les mailles, puis elle ajouta: « Dis donc, Juif: y a-t-il plusieurs soleils qui traversent ce crible, ou n'y en a-t-il qu'un seul? » Le Juif répondant qu'il n'y en avait qu'un, nonobstant la multiplicité des rayons : « Qu'as-tu donc à t'étonner, reprit la femme, qu'un Dieu fait homme, quoique un, indivisible et immuable, se rende, par un excès d'amour, véritablement et réellement présent sur plusieurs autels à la fois sous le voile du sacrement? » C'en fut assez pour confondre la perfidie du Juif, qui se vit contraint de confesser la vérité de la foi.

0 sainte foi ! il nous faut un rayon de votre lumière pour répéter avec ferveur: Qui oserait jamais assigner des limites à la toute-puissance de Dieu? La haute idée que sainte Thérèse avait conçue de cette toute-puissance lui faisait dire souvent que plus les mystères de notre religion sont sublimes, profonds et inacessibles à notre enlen iement, plus elle y adhérait avec fermeté et avec respect, sachant très-bien que leTout-Puissant peut faire, s'il le veut, des prodiges infiniment plus étonnants que tout ce que nous voyons. Ranimez votre foi, je vous en conjure, et vous avouerez que ce divin sacrifice est le

miracle des miracles, la merveille des merveilles, et que ce qui montre principalement son excellence, c'est qu'il est incompréhensible pour notre faible intelligence ; et dans un saint étonnement vous vous écrierez : Oh ! quel immense trésor! quel immense trésor! Que si vous n'étiez pas touché de sa prodigieuse excellence, soyez-le du moins de sa souveraine nécessité.

NÉCESSITÉ DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE POUR APAISER LA COLÈRE DE DIEU.

7. Que deviendrait le monde, si le monde était privé du soleil? Hélas! il n'j aurait plus que ténèbres, horreur, stérilité et misère affreuse. Et si le monde était privé de la sainte Messe, qu'en serait-il de nous? Infortunés mortels, privés de tous les biens, comblés de tous les maux, nous serions en butte à toutes les foudres de la colere de Dieu. Il en est qui s'étonnent en voyant le changement qui s'est opéré, en quelque sorte, dans la conduite de Dieu par rapport au gouvernement de ce monde. Anciennement, il se faisait appeler le Dieu des armées, il parlait à son peuple du milieu des nuages et la foudre à la main, et de fait, il le châtiait selon toute la rigueur de sa justice. Pour un seul adultere, il fit passer au fil de l'épée vingt-cinq mille personnes de la tribu de Benjamin. Pour un léger sentiment d'orgueil auquel David se laissa aller en faisant le dénombrement de son peuple, il envoya une peste si cruelle, qu'en peu d'heures elle causa la mort de soixante-dix mille personnes. Pour un simple regard trop curieux ou peu respectueux des Beihsamites sur l'Arche sainte, il en fit périr plus de cinquante mille. Et maintenant voilà qu'il

tolère avec patience, non-seulement la vanité et les légèretés, mais même les impudicités les plus révoltantes, les scandales les plus criants, les blasphèmes les plus horribles que bon nombre de chrétiens vomissent continuellement contre son saint Nom. Comment donc cela se fait-il? Pourquoi une telle diversité de conduite? Nos ingratitudes seraient-elles plus excusables qu'elles ne l'étaient autrefois ? C'est tout le contraire. Elles sont bien plus criminelles à raison des bienfaits immenses dont nous avons été comblés. La raison véritable d'une si étonnante clémence de la part de Dieu, c'est la sainte Messe, dans laquelle l'Agneau sans tâche s'offre sans cesse au Père éternel comme victime pour expier les péchés des hommes. Voilà le soleil qui réjouit la sainte Egliâe, qui dissipe les nuages et rend la sérénité au ciel. Voilà l'arc-en-ciel qui apaise les tempêtes de la justice divine. Pour moi, je suis convaincu que sans la sainte Messe le monde, à l'heure qu'il est, serait déjà abîmé sous le poids immense de tant d'iniquités. La Messe, voilà le puissant levier qui le soutient. Concluez vous-même de tout cela combien ce divin sacrifice nous est nécessaire.

Mais ce serait peu si, à l'occasion, nous ne savions ^as en profiter. Pour cela, lorsque nous assistons à la sainte Messe, nous devrions imiter l'exemple du célèbre Alphonse d'Albuquerque ^ Ce fameux conquérant des Indes orientales se voyant avec son armée en péril de faire naufrage, à cause d'une violente tempête, prit un petit enfant dans ses bras et le tenant élevé vers le ciel : « Si nous sommes pécheurs, dit-il, cette petite créature du moins est certainement exenipte de péché. Ah ! Seigneur, pour l'amour de cet innocent, pardonnez aux coupables. " Le croiriez- vous? la vue de ce petit innocent

(1) OsoR. lib. 8. de rebus Einman.

toucha le cœur de Dieu : la mer se calma, et la crainte d'une mort déjà imminentefit place dans ces cœurs abattus à la joie la plus vive. Or, que croyez- vous que fasse le Père éternel lorsque le prêtre, élevant l'Hostie sainte entre le ciel et la terre, lui représente l'innocence de son divin Fils? Certes, sa compassion ne peut résister au spectacle de Tinnocence de cet Agneau sans tache. Il se sent comme forcé de calmer les tempêtes qui nous agitent et de pourvoir à toutes nos nécessités. N'en doutons point; sans cette Victime adorable sacrifiée pour nous sur la croix d'abord, et puis tous les jours sur nos autels, c'en était fait de nous, et chacun aurait pu dire à son compagnon : Au revoir, en enfer ! oui, oui, en enfer ; au revoir, en enfer! Mais grâce au trésor de la sainte Messe que nous possédons, notre espérance se relève, et il ne tient qu'à nous que le Paradis soit notre partage. Nous devons donc baiser nos autels avec respect, les parfumer d'encens par reconnaissance et surtout les honorer par la plus parfaite modestie, puisque c'est de là que découlent sur nous tous les biens. Joignez les mains pour rendre grâces au Père éternel de nous avoir mis dans l'heureuse nécessité de lui offrir souvent cette céleste Victime, et remerciez-le plus encore des avantages immenses que nous pouvons en retirer si nous sommes fidèles, non-seulement à la lui offrir, mais encore à l'offrir selon les fins pour lesquelles il nous a fait un si précieux don.

40s LE TRÉSOR CACHÉ.

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