‹ Œuvres compl`etesChapitre 169 sur 214 · Notre troisième dette env-ers Dieu est une dette de · texte numérisé non relu

Notre troisième dette env-ers Dieu est une dette de

(IJ Conc. Trid. sess 22. cap. 2.

reconnaissance pour les bienfaits immenses que nous tenons de son amour et de sa libéralité. Réunissez en esprit tous les dons, toutes les faveurs que vous avez reçus de Dieu, tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce ; le corps et l'âme, les sens et les facultés de l'esprit, la santé et la vie, tout nous vient de lui, et ce qui met le comble à nos obligations envers Dieu, c'est le don qu'il nous a fait de son propre Fils et la mort même que Jésus-Christ a endurée pour nous. Or, comment pourrons-nous jamais le remercier suffisamment? D'une part, la loi de la reconnaissance est observée même par les animaux sauvages, dont on voit parfois la férocité naturelle faire place à un généreux dévouement envers un bienfaiteur ; cette loi sera-t-elle moins sacrée pour des êtres doués de raison et comblés de tant de bienfaits de la part de Dieu? Mais, d'un autre côté, notre pauvreté est si grande que nous ne sommes pas en état de satisfaire pour le moindre des bienfaits que nous tenons de la libéralité divine; car le moindre de tous ces bienfaits, par cela même qu'il nous vient d'une main si auguste et qu'il est accompagné d'un amour infini, acquiert un prix infini et nous oblige à une reconnaissance également infinie. Pauvres créatures que nous sommes ! si le poids d'un seul bienfait nous accable, que sera-ce de la multitude incalculable des faveurs célestes? Nous voilà donc, s'il en est ainsi, forcément condamnés à vivre et à mourir dans l'ingratitude vis-à-vis de notre souverain bienfaiteur. — Mais non, rassurez-vous; le saint roi David nous indique le moyen d'acquitter pleinement notre dette de reconnaissance envers notre Dieu. Prévoyant en esprit le divin sacrifice de nos autels , le Roi-Prophète proclame ouvertement que rien au monde n'est capable de rendre à Dieu les actions de grâces qui lui sont dues, si ce n'est la sainte Messe : Quid retribuam Domino pro omnibus

quœ retribuii mihi^ì « Que rendrai-je au Seigneur, » s'écrie-l-il, pour tous les bienfaits qu'il m'a départis? » et se répondant à lui-même, il dit : Calicem salutaris accipiam, ou, selon une autre version : Calicem levàbo : u J'élèverai vers le Ciel le calice du Sauveur, » c'està-dire : Je lui offrirai un sacrifice qui lui sera infiniment agréable, et par cela seul je satisferai à la dette que j'ai contractée pour tant et de si précieux bienfaits.

Ajoutez que notre divin Rédempteur a institué ce sacrifice principalement pour cette fin, je veux dire pour exprimer à Dieu notre reconnaissance et lui rendre grâces ; c'est pourquoi il est appelé Eucharistie par excellence, mot qui signifie action de grâces. Il nous a même fait connaître ce dessein par l'exemple qu'il nous a donné, lorsque dans la dernière cène, avant de prononcer les paroles de la consécration, il rendit grâces à Dieu, son Père : Elevatis oculis in cœlum, Uhi gratias agens, fregit. 0 divine action de grâces ! qui nous découvre la fin sublime pour laquelle fut institué cet adorable sacrifice ; invitation touchante à nous conformer à notre divin Chef. Toutes les fois donc que nous assistons à la Messe, sachons profiter de cet immense trésor, et offrons-le en témoignage de reconnaissance à notre souverain Bienfaiteur ; d'autant plus que tout le paradis, la sainte Vierge, les Anges et les Saints se réjouissent de nous voir payer ce tribut d'actions de grâces à notre auguste Monarque.

13. La vénérable sœur Françoise Farnese^ était tourmentée des plus vifs regrets en se voyant comblée des pieds à la tête des bienfaits divins, sans trouver moyen de se décharger de sa dette de reconnaissance envers Dieu, en le payant d'un juste retour. Un jour qu'elle s'abandonnait à ces sentiments inspirés par un

(1) Psal. 115, (2) la ejus Vita.

ardent amour, Ja sainte Vierge lui apparut, et déposant entre ses bras son divin Enfant: « Prenez-le, lui dit-elle, il est à vous, et sachez en tirer parti ; avec lui seul vous satisferez à toutes vos obligations. » 0 précieuse Messe ! par laquelle le Fils de Dieu est déposé, non-seulement entre nos bras, mais dans nos mains, et jusque dans notre cœur, pour être entièrement à notre disposition : Parvulus datus est nobis ^

Sans nul doute, avec lui seul nous pouvons acquitter pleinement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu. Bien plus: si nous y prenons garde, à la Messe nous rendons en quelque sorte à Dieu plus qu'il ne nous a donné, sinon en réalité, du moins en apparence. En effet, le Père éternel ne nous a donné son divin Fils qu'une seule fois dans l'Incarnation, tandis que nous le lui rendons une infinité de fois par ce sacrifice; il semble donc que nous l'emportions en quelque sorte, si non pour la qualité du don, puisqu'il ne peut y en a"voir de plus excellent que le Fils d'un Dieu, du moins par les apparences, en tant que nous renouvelons ce don fois sur fois.

0 grand Dieu ! ò Dieu d'amour ! que n'avons-nous une infinité de langues, afin de vous rendre des actions de grâces infinies, pour le trésor immense que vous nous avez donné dans la sainte Messe ! — Et vous, quels sont vos sentiments? Avez- vous enfin ouvert les yeux et reconnu le prix de ce trésor ? Si par le passé c'a été pour vous un trésor caché, maintenant que vous commencez à l'apprécier, pouvez-vous ne pas vous écrier avec la plus profonde admiration: Oh! quel immense trésor! quel immense trésor !...

(l)Is. 9. 6.

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