Quatrième dette : Implorer de nouvelles grâces
14. Mais là ne se borne pas la souveraine utilité du saint sacrifice de la Messe : par elle nous pouvons en outre acquitter l'obligation que nous avons vis-à-vis de Dieu d'implorer son assistance, et de lui demander de nouvelles grâces. Vous savez déjà combien sont grandes vos misères, tant corporelles que spirituelles, et quel besoin vous avez par conséquent de recourir à Dieu, afin qu'il vous assiste à chaque instant et ne cesse de vous secourir ; car c'est lui qui est l'auteur et le principe de tout bien, et dans le temps et dans l'éternité. Mais, d'un autre côté, à quel liire et avec quelle confiance oseriez-vous solliciter de nouveaux bienfaits, en voyant l'ingratitude extrême avec laquelle vous avez correspondu à tant de faveurs qu'il vous a accordées jusqu'à les tourner contre lui-même pour l'offenser? Ne vous découragez pas cependant ; car si vous ne méritez pas de nouveaux bienfaits par vous-même, quelqu'un les a mérités pour vous: notre bon Sauveur a voulu à celte fin se mettre sur l'autel dans l'état d'Hostie pacifique, ou de Victime propitiatoire, pour nous obtenir de son Père tout ce dont nous avons besoin. Oui, à la Messe notre doux et bien-aimé Jésus, en sa qualité de premier et suprême Pontife, recommande lui-même à son Père nos intérêts, prie pour nous et se fait notre avocat. Si nous savions que la sainte Vierge unit ses prières aux nôtres, pour obtenir du Père éternel les grâces que nous souhaitons, quelle confiance n'en concevrions-nous pas d'être exaucés? Quelle confiance donc, quelle assurance même ne devons-nous pas éprouver, en pensant qu'à la Messe Jésus lui-même intercède pour nous, qu'il offre son précieux sang au Père éternel en notre faveur, et qu'il se fait notre avocat? 0 bienheureuse Messe, source de tous les biens !
15. Mais il faut creuser plus avant dans cette mine pour découvrir tous les trésors qu'elle renferme. Oh ! quels dons précieux, quelles grâces et quelles vertus la sainte Messe ne nous obtient-elle pas ! Premièrement elle nous procure toutes les grâces spirituelles, tous les biens qui se rapportent à l'âme, tels que le repentir de nos péchés, la victoire sur nos tentations, soit qu'elles viennent du dehors, comme des mauvaises compagnies ou du démon, soit qu'elles viennent de l'intérieur, c'est-à-dire de notre chair rebelle : elle nous obtient les secours actuels si nécessaires pour nous relever, pour nous maintenir et pour nous faire avancer dans les voies de Dieu ; elle nous obtient beaucoup de bonnes et saintes inspirations, beaucoup de salutaires mouvements intérieurs, qui nous disposent à secouer notre tiédeur et nous excitent à faire toutes nos actions avec plus de ferveur, une volonté plus prompte, une intention plus droite et plus pure, ce qui nous vaut un trésor inestimable de mérites; car ce sont là autant de moyens, et des plus efficaces, d'obtenir la grâce de la persévérance finale, d'où dépend notre salut éternel , et de jouir de l'assurance morale la plus grande qu'on puisse avoir ici-bas de notre prédestination à l'éternité bienheureuse.
La Messe nous obtient aussi tous les biens temporels, en tant qu'ils peuvent concourir à notre salut : la santé, l'abondance des fruits delà terre, la paix, avec l'exclusion de tous les maux opposés à ces biens, tels que les maladies contagieuses, les tremblements de terre , les guerres, la disette, les persécutions, les procès, les inimitiés, la pauvreté, les calomnies, les injures; en somme, elle nous préserve de tous les fléaux et nous enrichit de tous les biens.
Pour tout dire en un mot, la sainte Messe est la clef d'or du paradis, et si le Père éternel nous donne cette
clef, que pourrait-il nous refuser de tous ses biens? Qui proprio Filio non pepercit, dit saint Paul, sedpro nobis omnibus tradidit illum, quomodo non etiam cutn ilio omnia nohis donavit^? Voyez, après cela, si ce n'est pas avec raison qu'un vertueux prêtre avait coutume de dire que, quoique ce fût qu'il demandât à Dieu pour lui-même ou pour autrui, en célébrant la sainte Messe, il lui semblait toujours ne rien demander, lorsqu'il comparaît les grâces qu'il sollicitait de Dieu avec l'offrande qu'il lui faisait^. Voici quel était son raisonnement : les grâces que je demande à Dieu dans la sainte Messe ne sont que des biens créés et finis; tandis que les dons que je lui présente sont des dons incréés et immenses ; par conséquent, tout compte fait, c'est moi qui suis le créancier, et Dieu, le débiteur. Dans cette confiance il demandait beaucoup de grâces, et il en obtenait beaucoup aussi.
Et vous, comment ne vous réveillez- vous pas? Pourquoi ne demandez-vous pas de grandes grâces? Si vous suivez mon conseil, à toutes les messes vous demanderez à Dieu qu'il fasse de vous un grand saint. Vous semblet-il que ce soit trop? Il n'en est rien. N'est-ce pas notre bon Maître lui-même qui nous assure, dans son Evangile, que pour un verre d'eau donné pour son amour, il nous ferait don du paradis? Comment donc en retour de l'ofi'rande que nous lui faisons de tout le sang de son bien-aimé Fils, ne nous donnerait-il pas cent paradis s'il y en avait autant? Comment pouvez-vous douter qu'il ne soit disposé à vous donner toutes les vertus, toutes les perfections requises pour devenir un saint, et un grand saint dans le ciel? 0 bienheureuse Messe! — Dilatez hardiment votre cœur et demandez de grandes choses, en réfléchissant que vous vous adressez à, un
(1) Ad Rom. 8. 32. ' (2) Osor. Conc. 8. Tom. 4.
Dieu qui ne s'appauvrit pas en donnant, et que plus vous lui demanderez, plas aussi vous obtiendrez.
6 Par la sainte Messe nous obtenons même les grâces que nous ne demandons pas.
16. Mais le croiriez-vous? Outre les biens que nous demandons dans la sainte Messe, notre Dieu si bon nous en accorde beaucoup d'autres que nous ne demandons pas. Saint Jérôme nous le dit en propres termes : Absque duhio dat nohis Bominics quod in Missa petimus ; et quod magis est, sœpe dat quod non petimus ^ . Sans aucun doute, dit le saint Docteur, le Seigneur nous accorde toutes les grâces que nous lui demandons à la Messe, pourvu qu'elles nous soient convenables ; et ce qui est plus merveilleux, bien souvent il nous accorde même ce que nous ne lui demandons pas, pourvu que, de notre côté, nous ne mettions pas obstacle à sa générosité. En sorte qu'on peut dire que la Messe est le soleil du genre humain, qui répand ses rayons sur les bons et sur les méchants, et qu'il n'y a pas d'âme si perverse au monde, qui ne retire quelque profit de l'assistance à la sainte Messe, bien des fois même sans qu'elle y pense et sans qu'elle en fasse la demande.
C'est ce qui arriva dans une circonstance mémorable rapportée par saint Antonin, archevêque de Florence^. Deux jeunes gens, assez libertins du reste, sortirent un jour ensemble pour une partie de chasse ; l'un des deux avait entendu la Messe auparavant, l'autre pas. Tandis qu'ils étaient tous deux en chemin, il s'éleva tout à coup une violente tempête, et au milieu des tonnerres et des éclairs, ils entendirent une voix qui criait : « Frappe,
(1) s. Hier. cap. Cum mart. de celebr. Miss.
(2) S. Anton, p. 2. Theol, tit. 9. c. 40.
frappe ! » Comme ils continuaient à marcher, saisis de frajeur, la foudre éclata et tua celui qui n'avait pas assisté à la Messe. L'autre, que l'épouvante moiiait hors de lui-même, ne savait où diriger ses pas, lorsqu'il entendit de nouveau la même voix qui répéta : « Frappe, frappe ! » Le malheureux jeune homme s'attendait à une mort inévitable; mais il fut rassuré par une autre voix qui répondit : « Je ne le puis pas, parce qu'aujourd'hui il a entendu le Verbum caro factum est. » Ce fut donc la Messe à laquelle il avait assisté, qui le préserva d'une mort si terrible.
Oh ! combien de fois Dieu ne vous a-t-il pas préservé de la mort, ou au moins des plus graves dangers, à cause de la sainte Messe que vous aviez entendue ! Saint Grégoire-le-Grand nous en donne l'assurance dans son quatrième Dialogue : Per auditionem Missœ homo liber atur a wiultis malis et periculis. Il est incontestable, dit ce savant Pontife, que celui qui assiste à la Messe sera délivré de bien des maux et de dangers même imprévus. Bien plus, selon saint Augustin, il sera préservé de la mort subite, qui est le coup le plus formidable que les pécheurs aient à redouter de la justice divine : Qui Missam, devote audierit, subitanea morte non peribit} Voilà donc un préservatif admirable, d'après le saint Evêque, contre le danger de mort imprévue : c'est d'entendre tous les jours la sainte Messe, et de l'entendre avec toute la dévotion possible. Celui qui aura soin de se prémunir de cette sauvegarde si efficace, peut être sûr que cet épouvantable malheur ne lui arrivera pas.
Il existe une opinion singulière, que quelques-uns attribuent à saint Augustin, savoir, que tandis qu'un homme assiste à la Messe, il ne vieillit pas, mais que
(1) S. AuG. supra can, Quia passus, de Consecr. dist. 2.
durant tout ce temps il se maintient au même degré de force et de vigueur qu'il avait au commencement de la Messe. Je ne me soucie nullement de savoir si cela est vrai, ou non ; mais je dis que si celui qui assiste à la Messe vieillit quant à l'âge, il ne vieillit pas en malice; car, selon l'assurance de saint Grégoire, un homme vertueux qui entend la sainte Messe avec dévotion, se conserve dans la bonne voie : Justus audiens Missam, in viam rectitudinis conservatur ; ^ il croit constamment en mérite et en grâce et il acquiert de nouvelles vertus, qui le rendent de plus en plus agréable à son Dieu.
Bien plus, ajoute saint Bernard, on gagne davantage par une seule Messe , eu égard, bien entendu , à sa valeur intrinsèque, qu'en distribuant tous ses biens aux pauvres et en allant en pèlerinage à tous les sanctuaires les plus vénérés de la terre : Audiens devote Missam, aut celebrans, multo magis m.eretur, quam si substantiam suam pauperibus erogaret, et totam terram peregrinando transiret.^ 0 richesses immenses de la sainte Messe ! Comprenez bien cette vérité : en entendant ou en célébrant une seule Messe, à envisager l'action en elle-même et par rapport à sa valeur intrinsèque, on peut mériter plus que celui qui consacrerait toutes ses richesses au soulagement des pauvres, qui s'en irait en pèlerinage jusqu'au bout du monde, qui visiterait avec la plus grande dévotion les sanctuaires de Terre- Sainte, de Rome', de Saint-Jacques de Compostelle, de Lorette et autres. Et la raison peut en être déduite de ce que dit saint Thomas, le Docteur angélique, lorsqu'il affirme que dans une Messe sont renfermés tous les fruits, toutes les grâces, tous les trésors, que le Fils de
(1) S. Gregor. de Sac. Missœ apud Bern. de Ëust.
(2) D. Bern. apud Bern. de Eust. p. 2. ser. .3.
Dieu a répandu en abondance sur la sainte Eglise, son Epouse, par le sacrifice sanglant de la croix : In qualihet Missa invenitur omnis fructus et utilitas, quam Christus in die parasceve operatus est in cruce ^ .
Arrêtez-vous ici un instant, fermez le livre, ne lisez plus, mais réunissez en esprit tous ces avantages si précieux que procure la sainte Messe; pesez-les attentivement et en silence , puis dites-moi : Auriez-vous encore quelque difficulté à admettre qu'une seule Messe, abstraction faite de nos dispositions et eu égard seulement à sa valeur intrinsèque, ait une telle efficacité, qu'elle suffirait, comme l'affirment plusieurs Docteurs, pour sauver tout le genre humain? Figurez-vous, par exemple, que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'eût pas enduré la mort sur le Calvaire, et qu'au lieu du sacrifice sanglant de la Croix, il eût institué seulement celui de la Messe, avec l'ordre exprès de ne célébrer qu'une seule Messe sur la terre. Eh bien! en admettant une pareille supposition, sachez que cette seule Messe, célébrée par le plus pauvre prêtre du monde, aurait été plus que suffisante, considérée en elle-même et eu égard au mérite de l'œuvre extérieure, pour obtenir le salut de tous les hommes. Oui, je le répète, une seule Messe, dans l'hypothèse que nous faisons, suffirait pour mériter la conversiou de tous les mahométans , de tous les hérétiques, de tous les schismaiiques, en un mot, de tous les infidèles, ainsi que de tous les mauvais chrétiens ; pour fermer les portes de l'enfer à tous les pécheurs et vider le purgatoire de toutes les âmes qui j sont détenues.
Malheureux qua nous sommes! combien nous restreignons la sphère d'action du saint sacrifice de la Messe ! combien nous lui otons de son efficacité salutaire, par
(1) s. Thom. de Consecr, dist. 2.
notre tiédeur, notre peu de dévotion, et les scandaleuses immodesties que nous commettons en y assistant ! Que ne m'est-il donné de pouvoir m'élever assez haut, pour faire entendre ma voix au monde enû&c en m'écriant : « Peuples égarés, peuples égarés, que faites-vous? Que ne courez-vous aux églises pour y entendre saintement le plus de Messes que vous pourrez? Que n'imitez- vous les saints Anges, qui, selon la pensée de saint Jean Chrysostôme, lorsqu'on célèbre la sainte Messe, descendent par troupes de leurs célestes demeures, environnent l'autel en se couvrant de leurs ailes par respect, et attendent l'heureux moment du sacrifice pour intercéder plus efficacement en notre faveur ; ils savent trèsbien que c'est là le temps le plus opportun, la conjoncture la plus propice pour obtenir toutes les faveurs célestes. Et vous, rougissez d'avoir si peu apprécié la sainte Messe par le passé ; que dis-je? d'avoir profané tant de fois une action si sacrée ; surtout si vous êtes du nombre de ceux qui osent lâcher ces propos téméraires : « Une Messe de plus ou de moins, peu importe. »
7. La sainte Messe est d'un grand secours pour les âmes du Purgatoire.
17. Pour conclure et mettre fin à cette instruction, je vous ferai remarquer que ce n'est pas sans raison que j'ai dit plus haut qu'une seule Messe, à envisager l'action en elle-même et sa valeur intrinsèque, suffirait pour délivrer toutes les âmes du purgatoire et leur ouvrir les portes du ciel. En effet, la Messe est utile aux âmes des fidèles trépassés, non-seulement comme sacrifice propitiatoire, en offrant à Dieu la satisfaction qu'elles doivent acquitter par leurs souffrances, mais aussi comme impétratoire, en leur obtenant la rémission de ces peines. C'est ce qui ressort de la conduite de
l'Eglise, laquelle ne se contente pas d'offrir le sacrifice pour les défunts, mais en outre prie aussi pour leur délivrance.
Afin donc d'exciter votre compassion en faveur de ces saintes âmes, sachez que le feu, dans lequel elles sont plongées, est si dévorant, qu'il ne le cède pas au feu de l'enfer, selon le sentiment de saint Grégoire ^ ; et que, comme instrument de la justice divine, son activité est telle, qu'il rend leurs tourments insupportables, et plus violents que tout ce que les martyrs ont jamais enduré, ou que l'esprit humain pourrait imaginer. Mais ce qui les afflige beaucoup plus encore, c'est la peine du dam ; car, ainsi que l'enseigne le Docteur angélique, privées de la vue de Dieu, elles ne peuvent contenir l'ardente impatience qu'elles éprouvent de s'unir à leur souverain Bien, et elles s'en voient constamment repoussées.
Rentrez maintenant en vous-même et faites cette réflexion : Si vous voyiez votre père et votre mère sur le point de se noyer dans un lac, et que vous n'eussiez qu'à leur tendre la main pour les sauver, ne vous croiriez-vous pas obligé de le faire par charité et par justice ? Comment donc se peut-il que vous voyiez au flambeau de la Foi tant de pauvres âmes, et peut-être même celles de vos plus proches parents, brûler toutes vivantes dans un étang de feu, et que vous refusiez de vous imposer la légère incommodité d'entendre une Messe avec dévotion pour leur soulagement? Quel cœur avezvous donc? Que la sainte Messe soulage puissamment ces pauvres captifs, qui pourrait en douter? Il suffit, pour vous en convaincre, que vous ajoutiez foi à l'autorité de saint Jérôme ; il vous apprendra clairement que lorsqu'on célèbre la Messe pour une âme "du purga-
:i) Dialog. -1. cap. 131.
toire, ce feu d'ailleurs si dévorani suspend son action, et l'âme cesse de souffrir tout le temps que dure la célébration du sacrifice : Animce quœ sunt in purgatorio, prò quitus solet sacerdos in Missa orare, interim nullum tormentum sentiunt, dum Mixsa celebratur^. Le saint Docteur afBimri même qu'à chaque Messe qui se dit, beaucoup d'àmes sortent du purgatoire et s'envolent au paradis : Missa celebrata, plures animce exeunt de purgatorio.
Ajoutez que la charité dont vous usez envers les défunts rejaiiiiia entièrement sur vous. On pourrait confirmer cette vérité par des exemples sans nombre; qu'il suffise d'en citer un se'.l, parfaitement authentique, arrivé dans la perj^onne de saint Pierre Damien^. Ce saint ayant perdu en bas âge son père et sa mere, tomba entre les mains d'un de ses frères qui le traita de la manière la plus inhumaine, ne rougissant pas de le laisser manquer de tout, même de chaussures et de vêtements tant soit peu convenables. Il arriva un jour à l'enfant de trouver sur son chemin une pièce d'argent. Pensez quelle fut sa joie : il croyait avoir en main un trésor. A quoi donc l'emploiera-t-il? La pénurie où il se trouvait lui suggérait beaucoup de projets ; mais après qu'il eut bien réfléchi, il se décida à la porter à un prêtre, afin qu'il offrit le sacrifice de la Messe pour les âmes du purgatoire. Chose remarquable! à partir de ce moment la fortune changea complètement à son égard. Il fut recueilli par un autre de ses frères d'un meilleur naturel ; celui-ci eut pour lui toute la tendresse d'un père, il l'habilla décemment et le fit étudier ; en sorte que par la suite il devint un personnage célèbre et un grand Saint ; décoré de la pourpre, il en fut l'orne-
(1) s. HiERON. c. Cum mart .infra de Celebi-. Miss.
(2) In ejus vita.
ment, ainsi que l'un des plus fidèles soutiens de l'Eglise. Voyez comment une seule Messe qu'il fit célébrer, au prix d'une légère privation, fut pour lui le principe d'immenses avantages.
0 bienheureuse Messe, qui est si utile en même temps aux vivants et aux morts, dans le temps et dans l'éternité ! En effet, ces saintes âmes sont si reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, qu'une fois au ciel, elles se font leurs avocates, et ne cessent d'intercéder pour eux jusqu'à ce qu'elles les voient en possession de la gloire. C'est ce que prouve le fait d'une femme débauchée de la ville de Rome. Cette malheureuse, ayant tout à fait perdu de vue l'affaire de son salut, ne songeait plus qu'à satisfaire ses passions, et servait de suppôt au démon pour perdre la jeunesse; le seul bien qu'elle fît encore, c'était de ne laisser guère passer de jours sans faire célébrer la Messe pour les âmes du purgatoire. C'est aux prières de ces saintes âmes, comme on le croit pieusement, qu'elle dut se sentir un jour surprise d'une si amère contrition de ses péchés, que sur-le-champ, désertant le lieu infâme où elle se trouvait, elle alla se jeter aux pieds d'un confesseur zélé, pour lui faire sa confession générale ; peu de temps après, elle mourut dans les meilleures dispositions et en donnant les signes les plus certains de sa prédestination. On ne peut s'empêcher d'attribuer cette grâce, qui tient du prodige, au mérite des Messes qu'elle avait fait célébrer en faveur des âmes du purgatoire. Réveillons-nous donc aussi et ne souffrons pas que les Publicains et les femmes de mauvaise vie nous précèdent dans le royaume de Dieu : Publicani et meretrices prœcedent vos in Regnum Dei}
18. Que si jamais vous étiez de cette espèce d'avares, qui non-seulement violent les lois de la charité, en négli-
(1) Matth, 21,31.
géant de prier pour leurs morts, et d'entendre au moins de temps en temps une Messe pour le repos de ces pauvres âmes; mais de plus, foulant aux pieds tout droit et toute justice, refusent d'acquitter les legs pieux, et de faire décharger les Messes fondées par leurs ancêtres; ou qui, étant prêtres, accumulent un grand nombre d'intentions, sans se mettre en devoir de les décharger à temps ; oh ! alors je prendrais feu, et je vous dirais en face : Retirez-vous, vous êtes pire qu'un démon ; car enfin les démons ne tourmentent que les réprouvés, mais vous, vous tourmentez des élus ; les démons exercent leur fureur sur des damnés, mais vous, vous déchargez la vôtre sur des prédestinés et des amis de Dieu. Non, certes, il n'y a pour vous ni confession qui vaille, ni absolution qui tienne, ni confesseur qui ait le pouvoir d'absoudre, aussi longtemps que vous ne ferez pas pénitence d'une telle iniquité et que vous ne satisferez point exactement à toutes vos obligations envers les morts. — Mais, mon père, je n'en ai pas le moyen, je ne le puis pas. — Vous n'en avez pas le raoj'en? vous ne le pouvez pas? Et quand il s'agit de briller dans les fêtes, vous en avez le moyen? Les ressources ne vous manquent pas pour tant de luxe et de superfluités? Vous avez le moyen d'être prodigue dans vos repas, dans vos divertissements, dans vos parties de plaisir, dans vos débauches peut-être, que sais-je? vous avez le moyen, en un mot, de satisfaire vos passions, et quand il s'agit d'acquitter vos dettes non-seulement à l'égard des vivants, mais, ce qui esc plus criant, à l'égard de ces pauvres défunts, vous n'avez plus de quoi? vous ne le pouvez pas? Je vous comprends : c'est qu'il n'y a personne sur la terre qui revoie ces comptes-là, et vous oubliez que vous avez affaire à Dieu. Continuez à dévorer le bien des morts, les legs pieux, les revenus destinés au sacrifice ; mais
432 lE TRÉSOR CACHÉ.
sachez que dans les divins oracles, il y a une menace prophétique enregistrée contre vous, naenace de disgrâces, de maladies, de revers de fortune, de maux irréparables et dans vos biens, et dans votre personne, et dans votre réputation; c'est la parole de Dieu, elle ne peut manquer d'avoir son effet : Comederunt sacrificia mortuorum . . . , et muîtipUcata est in eis ruina^. Oui, la disgrâce, la ruine, des malheurs irrémédiables fondront sur ces maisons qui ne satisfont point à leurs obligations envers les morts. Parcourez la ville de Rome et comptez combien de familles dispersées, d'établissements ruinés, de magasins fermés, d'entreprises en souffrance, d'affaires avortées, combien de faillites, de revers et de malheurs. Oh! pauvre Rome! vous écriezvous, que de ruines ! Si vous remontiez à l'origine de tous ces désastres, vous trouveriez qu'une des principales causes c'est la cruauté dont on use à l'égard des morts, en négligeant de les secourir comme on le doit et de faire décharger les legs pieux ; par suite, il se commet une infinité de sacrilèges, le sacrifice est profané, et la maison de Dieu, selon l'énergique expression du Sauveur, est devenue une caverne de voleurs. Faut-il s'étonner après cela que le Ciel fasse pleuvoir ses fléaux, la foudre, la guerre, les tremblements de terre, les désastres de tout genre ? Le pourquoi en est là : Comederunt sacrificia mortuorum, et multipUcata est in eis ruina. C'est donc bien avec raison que le quatrième concile de Carthage a déclaré ces ingrats excommuniés, comme de véritables homicides de leurs proches, et que le concile de Valence a ordonné qu'ils fussent chassés de l'Eglise comme des infidèles.
Toutefois ce n'est pas là le plus grand des châtiments que Dieu réserve à ceux qui sont sans pitié pour leurs
'1) Psal. 103, 28.
morts ; des maux plus terribles les attendent dans l'autre vie. Saint Jacques nous assure que le Seigneur jugera sans miséricorde et selon toute la rigueur de sa justice ceux qui n'ont pas usé de miséricorde envers les autres, vivants ou morls : Juclicium sine misericordia illi, qui non fecit misericordiam^. Il permettra qu'ils soieni payés de la même monnaie par leurs héritiers, c'est-àdire que leurs dernières volontés ne soient pas remplies, que l'on ne célèbre pas pour leurs propres âmes les Messes fondées par eux, ou, si elles sont célébrées, Dieu, au lieu de leur en tenir compte, en appliquera les fruits à d'autres âmes nécessiteuses qui, pendant leur vie, auront eu compassion des fidèles trépassés. On lit à ce sujet un trait frappant dans les chroniques de l'Ordre de saint François'. Un Frère apparut après sa mort à un de ses compagnons, et lui manifesta les cuisantes douleurs qu'il endurait en purgatoire, particulièrement pour avoir été négligent à prier pour les autres frères défunts ; et il ajouta que jusqu'alors il n'avait retiré aucun secours ni des bonnes oeuvres qui avaient été pratiquées, ni des Messes qui avaient été célébrées en sa faveur; parce que Dieu, en punition de sa négligence, en avait appliqué le mérite à d'autres défunts qui, pendant leur vie, avaient eu de la dévotion pour les âmes du purgatoire. Gela dit, il disparut.
19. Avant de terminer la présente instruction, permettez que, les genoux en terre et les mains jointes, je vous supplie instamment de ne pas fermer ce petit livre, que vous n'ayez pris la ferme résolution de faire à l'avenir toutes les diligences possibles pour entendre et faire célébrer la Messe, aussi souvent que votre état et vos occupations vous le permettront ; je vous en supplie, dis-je, dans l'intérêt, non-seulement des âmes
(1) Jacob. 2, 13. (2) Chron, Frat. min. part. 2.
trépassées, mais aussi de la vôtre, et cela pour deux motifs : premièrement afin que vous obteniez la grâce de faire une bonne et sainte mort; car c'est une opinion constante parmi les théologiens qu'il n'y a pas de mojen plus efficace que la Messe pour atteindre ce but. Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même a révélé à sainte Mechtilde* que celui qui aura eu l'habitude d'entendre fréquemment la sainte Messe, sera consolé au moment de la mort par la présence des Anges et des Saints, ses protecteurs, qui le protégeront contre toutes les embûches de l'enfer. Oh ! que votre mort sera douce, si pendant votre vie, vous avez à cœur d'entendre la Messe le plus souvent que vous pouvez !
L'autre motif qui doit vous y porter, c'est la garantie de sortir plus tôt du purgatoire, pour vous envoler dans la bienheureuse patrie. Rien au monde n'est plus propre à nous obtenir la faveur si précieuse d'aller droit en paradis, sans toucher au purgatoire, ou du moins sans faire un long séjour au milieu de ces flammes expiatrices, que les Indulgences et le saint sacrifice. Quant aux indulgences, les Souverains- Pontifes les ont prodiguées à ceux qui assistent dévotement à la sainte* Messe. Et quant à l'efficacité de ce divin sacrifice pour hâter la délivrance des âmes du purgatoire, elle a été suffisamment démontrée plus haut. Eu tout cas, l'exemple et l'autorité du vénérable Jean d'Avila devraient suffire pour nous en convaincre. Ce grand serviteur de Dieu, qui fut l'oracle de l'Espagne, étant à la dernière extrémité, on lui demanda ce qu'il avait le plus à cœur, quelle espèce de bien il souhaitait surtout qu'on lui procurât après sa mort. — " Des messes, répondit-il, des me.-ses, des messes-. »
Mais si vous me le permettez, je vous donnerai volenti) Lib. 3 grat. spirit. cap. 27. ^2) In ejus Vita.
tiers à ce sujet un conseil, que je crois être d'une grande importance. C'est que toutes les Messes que vous désirez vous être appliijuées après votre mort, vous ajez soin de les faire dire de voire vivant , sans vous fier à ceux qui resteront sur la terre quand vous n'y serez plus. D'autant plus que saint Anselme vous apprend qu'une seule Messe dite ou entendue pour les besoins de votre âme, tandis que vous êtes en vie, vous sera plus profitable que d'en faire célébrer mille après votre mort : Audire devote unicam Missam in vita, vel dare eleemosynam pro ea, prodest mogis quam relinquere ad celebrandum mille post cbitum.
Un riche marchand de la république de Gênes, qui avait parfaitement compris cette vérité, se trouvant à l'article de la mort, ne prit aucune disposition pour le soulagement de son âme. Chacun s'étonnait qu'un homme si opulent, si pieux, si généreux envers tout le monde, fût si cruel envers lui-même. Mais lorsque, après son trépas, on procéda à la visite de ses papiers, on trouva un livret où il avait inscrit toutes les largesses qu'il avait faites de son vivant pour le salut de son âme.
« Pour Messes que j'ai fait célébrer à mon intention, deux mille livres.
» Pour doter de pauvres jeunes filles, dix mille.
» Pour l'hôpital, doux cents, etc. »
Et à la fin de ce livret, on lisait la maxime suivante : « Que celui qui se souhaite du bien, se le fasse à luimême de son vivant, et ne s'en repose pas sur ceux qui lui survivront. » — C'est un proverbe très-populaire en Italie, « qu'une chandelle devant les yeux éclaire davantage qu'une torche derrière le dos. »
Profitez de cet avis salutaire, et après avoir mûrement médité l'excellence et les avantages de la sainte Messe, rougissez de l'aveuglement où vous avez vécu jusqu'ici, en ne faisant pas assez de cas d'un si grand
trésor, qui a été pour vous, héias! un trésor caché. Maintenant que vous en connaissez la valeur, bannissez de votre esprit, et plus encore de vos discours, ces propos scandaleux : « Une Messe de plus ou de moins, peu importe. « — « C'est déjà beaucoup d'entendre la Messe les jours d'obligation. " — « La Messe de tel prêtre, c'est une Messe de Jeudi-Saint; quand c'est lui qui monte à l'autel, je m'enfuis .de l'église. " — Renouvelez en outre la salutaire résolution d'entendre la sainte Messe le plus souvent que vous pourrez et de l'entendre avec toute la dévotion requise. A cet efifet, vous pourrez vous servir utilement de la méthode pratique que je vais exposer.