III
TROISIÈME MÉTHODE d'kNTENDKE LA MESSE.
6. La troisième méthode pour assister avec fruit au saint sacrifice de la Messe tient le milieu entre les
(1) Henr. in Inquis
précédentes : elle n'exige pas la lecture d'un grand nombre de prières vocales, comme la première, et elle ne requiert pas un esprit très-accoutumé à la contemplation, comme il le faudrait pour suivre la seconde. Toutefois, à la bien considérer, c'est la plus conforme à l'esprit de l'Eglise, laquelle désire que les fidèles s'unissent aux sentiments du prêtre. Le prêtre doit offrir le sacrifice pour les quatre fins indiquées dans l'instruction précédente (a. 8.); attendu que c'est le moyen le plus efficace de satisfaire aux quatre grandes obligations que nous avons contractées envers Dieu. Par conséquent, puisque vous exercez en quelque sorte l'office de prêtre lorsque vous assistez à la Messe, vous devez, autant que possible, vous appliquer tout entier à la considération des quatre fins susdites ; ce que vous ferez très-aisément, au moyen des quatre Offrandes que nous allons vous indiquer.
Si donc vous désirez voir cette méthode réduite en pratique, la voici. Prenez avec vous ce petit livre jusqu'à ce que vous ayez appris par coeur ces Offrandes, ou que du moins vous vous soyez bien pénétré de leur sens ; car il n'est pas nécessaire de s'astreindre aux paroles.
Lorsque la Messe commence, et que le prêtre, s'humiliant au pied de l'autel, récite le Confiteor, faites un petit examen de vos péchés, excitez dans votre cœur un acte de contrition sincère, en en demandant humblement pardon à Dieu, et implorez l'assistance du Saint-Esprit et de la sainte Vierge pour entendre la Messe avec tout le respect et toute la dévotion dont vous êtes capable. Ensuite, partagez la Messe en quatre parties, pour vous acquitter successivement des quatre grandes obligations dont nous avons parlé. C'est ce que vous pouvez faire de la manière suivante :
7. Dans la première partie, depuis le commencement jusqu'à l'Evangile, vous vous acquitterez de la première dette, qui consiste à adorer et à louer la majesté de Dieu, qui est infiniment digne d'honneurs et de louanges. Pour cela, humiliez-vous avec Jésus-Christ, abîmezvous dans la considération de votre néant, confessez sincèrement que vous n'êtes rien devant cette immense majesté, et dites-lui, aussi humilié d'esprit que de corps (car il faut toujours assister à la Messe dans la posture la plus respectueuse et la plus modeste) :
« 0 mon Dieu! je vous adore et je vOus reconnais pour mon Seigneur et pour le maitre de ma vie, je proteste que tout ce que je suis et tout ce que j'ai, c'est de votre bonté que je le tiens. Mais parce que votre souveraine majesté mérite un honneur et exige un hommage infini, et que je ne suis qu'une pauvre créature, hors d'état de payer cette dette immense, je vous présente les humiliations et les hommages que Jésus vous offre lui-même sur cet autel.
" Ce que fait Jésus, je veux le faire moi-même. Je m'humilie et je m'abaisse avec lui devant votre suprême majesté. Je vous adore par les humiliations mêmes de mon Sauveur. Je me réjouis et je me félicite de ce que mon divin Jésus vous rend pour moi un honneur et des hommages infinis. »
Ici, fermez le livre, et continuez à produire beaucoup d'actes semblables intérieurement; félicitez-vous de ce que Dieu est infiniment honoré, et répétez à diverses reprises :
« Oui, mon Dieu, j'ai une extrême satisfaction de l'honneur infini qui revient à votre divine majesté de cet auguste sacrifice; j'en ai une joie et un contentement que je ne puis exprimer. » Ne vous mettez pas en peine de répéter mot à mot ces prières, servez-vous
librement des paroles que vous suggérera votre piété ; soyez surtout bien recueilli et bien uni à Dieu. Oh! que de cette manière vous vous acquitterez bien de la première dette !
8. Vous satisferez pour la seconde depuis l'Evangile jusqu'à l'Elévation. Jetez un coup d'oeil sur vos péchés, et voyant la dette immense que vous avez contractée envers la justice divine, dites avec un cœur profondément humilié :
« Voici, mon Dieu, ce traître qui tant de fois s'est révolté contre vous. Hélas ! pénétré de douleur, j'ai en abomination et je déteste de tout mon cœur mes innombrables péchés; je vous présente en expiation la satisfaction même que Jésus-Clirist vous fait sur l'autel. Je vous offre tous les mérites de Jésus, le sang de Jésus, ce même Jésus, Dieu et homme tout ensemble, qui, en qualité de victime, daigne encore renouveler son sacrifice en ma faveur. Puisque mon Jésus se fait, sur cet autel, mon médiateur et mon avocat, et que, par son sang précieux, il vous demande grâce pour moi, j'unis ma voix à celle de ce sang adorable, et j'implore le pardon de tant de péchés que j'ai commis... Le sang de Jésus vous crie miséricorde ; mon cœur, pénétré de douleur, la réclame à son tour. Ah! Dieu de mon cœur, si vous n'êtes pas touché de mes larmes, soyez-le des gémissements de mon Jésus. Sur la croix, il a obtenu grâce pour tout le genre humain; ne l'obtiendratil pas pour moi sur cet autel? Oui, je l'espère, en vertu de son sang précieux, vous me pardonnerez toutes mes iniquités, et je ne cesserai point de les pleurer jusqu'au dernier soupir de ma vie. »
Puis, ayant fermé le livre, répétez ces actes d'une vive et profonde contrition ; donnez un libre cours aux
affections de votre âme, et, sans proférer de paroles, dites à Jésus du fond de votre cœur :
« Mon bien-aimé Jésus, donnez-moi les larmes de saint Pierre, la contrition de Madeleine, et la douleur de tous les saints, qui, de pécheurs, sont devenus de véritables pénitents, afin que j'obtienne, par les mérites du saint sacrifice , le pardon absolu de tous mes péchés. »
Réitérez ces mêmes actes, tout recueilli en Dieu, et soyez sûr qu'ainsi vous acquitterez complètement toutes les dettes que vos péchés vous avaient fait contracter envers Dieu.
9. Dans la troisième partie, c'est-à-dire, depuis l'Elévation jusqu'à la Communion, considérez les bienfaits sans nombre dont vous avez été comblé ; offrez au Seigneur, en échange, une victime d'un prix infini, savoir, le corps et le sang précieux de Jésus-Christ; invitez même les Anges et les Saints à remercier Dieu pour vous, à peu près de la manière suivante :
« Me voici. Dieu de mon cœur, chargé d'une dette énorme de reconnaissance, pour tous les bienfaits, tant généraux que particuliers, dont vous m'avez comblé et pour ceux que vous êtes disposé à m'accorder dans le temps et dans l'éternité. J'avoue que vos miséricordes à mon égard ont été et sont infinies ; cependant, je suis prêt à vous payer jusqu'à la dernière obole. En acquit de tout ce que je vous dois, je vous présente, par les mains du prêtre, le sang divin, le corps adorable, la Victime innocente, qui repose sur cet autel. Cette offrande, j'en suis sûr, suffit pour compenser tous les dons que vous m'avez faits ; étant d'un prix infini, elle vaut à elle seule tous ceux que j'ai reçus jusqu'ici, et ceux que je recevrai de vous à l'avenir.
" Anges du Seigneur, et vous, bienheureux habitants des cieux ! aidez-moi à remercier mon Dieu, et offrezlui en action de grâces, pour tant de bienfaits, nonseulement cette Messe à laquelle j'ai le bonheur d'assister, mais aussi toutes celles qui se célèbrent maintenant dans le monde entier ; afin que, par là, je satisfasse complètement à sa tendre charité, pour toutes les grâces qu'il m'a faites, comme pour celles qu'il est disposé à me faire maintenant et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. n
Avec quelle douce complaisance ce Dieu de bonté ne recevra-t-il pas le témoignage d'une reconnaissance si affectueuse! combien il sera satisfait de cette offrande, qui, étant d'un prix infini, vaut plus que tout au monde! Afin d'exciter do plus en plus dans votre cœur ces pieux et tendres sentiments , invitez toute la cour céleste à remercier Dieu pour vous; invoquez tous les saints auxquels vous avez une dévotion particulière; et, dans l'eff'usion de votre cœur, adressez-leur la prière suivante :
« 0 vous, mes saints intercesseurs auprès de Dieu 1 rendez grâces pour moi à sa bonté, afin que je n'aie pas le malheur de vivre et de mourir en ingrat ; suppliez-le d'agréer ma bonne volonté, et d'avoir égard aux remercîmenls pleins d'amour que mon Jésus lui fait pour moi dans ce sacrifice. »
Ne vous contentez pas d'exprimer ces sentiments une seule fois, mais reproduisez-les à plusieurs reprises, et soyez assuré que, de cette manière, vous vous acquitterez pleinement de cette dette immense. Vous feriez bien surtout de réciter tous les jours, à cet effet, Vacte d'offrande, qui se trouve à la fin de cet opuscule, pour offrir à Dieu, en action de grâces, non-seulement toutes vos actions, mais aussi les Messes qui se célèbrent dans tout l'univers.
10. Dans la quatrième partie, depuis la Communion jusqu'à la fin, pendant que le prêtre communie sacramentellement, vous ferez la communion spirituelle dé la manière qui vous sera expliquée à la fin de ce chapitre. Fixez ensuite vos regards sur Dieu, qui est au dedans de vous ; encouragez-vous à lui demander beaucoup de grâces. Dans ce moment où Jésus s'unit à vous, c'est lui qui prie et qui demande pour vous : dilatez donc votre cœur ; ne vous bornez point à demander seulement quelques faveurs ; mais sollicitez de grandes grâces, puisque l'offrande de son divin Fils, que vous venez de lui faire, est d'un prix infini; dites avec une profonde humilité :
« 0 Dieu de mon âme ! je me reconnais indigne de vos faveurs; je le confesse sincèrement, non, je ne mérite en aucune manière que vous m'exauciez, vu la multitude et l'énormité de mes fautes ; mais pourriezvous rejeter la prière que votre adorable Fils vous adresse sur cet autel, où il vous off're sa vie et son sang pour moi? 0 Dieu d'amour, agréez les supplications de celui qui parle en ma faveur auprès de votre majesté ; et, en considération de ses mérites, accordez-moi toutes les grâces que vous savez m'être nécessaires pour accomplir l'œuvre importante de mon salut. C'est maintenant plus que jamais, que j'ose vous demander le pardon de tous mes péchés, et la grâce de la persévérance finale dans le bien. De plus, m'appujant toujours sur les prières que vous adresse mon Jésus, je vous demande pour moi-même, ô mon Dieu ! toutes les vertus dans un degré héroïque, et les secours les plus efiicaces pour que je devienne véritablement saint; je vous demande aussi la conversion des infidèles, celle des pécheurs, et particulièrement de ceux qui me sont unis par les liens du sang, ou par affinité
spirituelle. J'implore en outre la délivrance, non d'une seule âme, mais de toutes celles qui sont actuellement détenues en purgatoire; élargissez-les toutes, et faites que ce lieu d'expiation reste vide. Puisse enfin l'efficacité de ce divin sacrifice convenir notre misérable monde en un paradis de délices pour votre coeur, où vous soyez aimé, honoré et glorifié par tous les hommes, dans le temps, afin que nous soyons tous admis à vous louer et à vous bénir dans l'éternité. Ainsi soit-il. »
Demandez sans crainte, demandez pour vous, pour vos enfants, pour vos amis, pour vos proches, pour toutes les personnes qui vous sont chères ; implorez l'assistance de Dieu dans tous vos besoins spirituels et temporels. Priez même pour toute l'Eglise, et demandez à Dieu qu'il daigne la délivrer des maux qui l'affligent, et lui accorder la plénitude de tous les biens. Surtout ne demandez pas avec tiédeur, mais avec la plus grande confiance ; ayez l'assurance que vos prières, unies à celles de Jésus, seront exaucées.
Lorsque la Messe sera finie, faites un acte d'actions de grâces, en disant : « Nous vous rendons grâces pour tous vos bienfaits, ô Dieu tout-puissant! qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »
Sortez de l'église, le cœur aussi touché que si vous descendiez du Calvaire.
Or, dites-moi maintenant, si vous aviez assisté de cette manière à toutes les Messes que vous avez entendues jusqu'à présent, de quels trésors n'auriez-vous pas enrichi votre âme I Ah ! quelle perte n'avez-vous pas faite en assistant à cet auguste sacrifice avec si peu de religion, promenant vos regards çà et là, vous occupant de ceux qui entrent et qui sortent, causant quelquefois, ou bien vous laissant aller au sommeil, ou tout
au plus balbutiant quelques prières sans attention et sans recueillement. Prenez donc, dès ce moment, la résolution, afin d'entendre la Messe avec fruit, de vous servir de cette méthode, qui est très-agréable, et qui consiste tout simplement à s'acquitter des quatre dettes énormes que nous avons contractées envers Dieu ; soyez bien convaincu qu'en peu de temps vous acquerrez des trésors de grâces et de mérites, et que jamais plus vous n'aurez l'envie de dire : « Une Messe de plus ou de moins, qu'importe^? "