‹ Œuvres compl`etesChapitre 172 sur 214 · II · texte numérisé non relu

II

DIVERSES MÉTHODES PODR ENTENDRE LA MESSE. — PREMIÈRE ET DEUXIÈME MÉTHODE.

3. Le but de cet opuscule est d'éclairer quiconque voudra bien le lire, 'touchant le mérite du saint sacrifice de la Messe, et de le porter à embrasser avec ferveur la pratique d'y assister fréquemment en suivant la méthode que je me propose de tracer ci-après. Toutefois, comme on rencontre dans les livres de piété, si utilement propagés à l'usage des fidèles , diverses méthodes pour entendre la Messe, et qu'elles sont toutes bonnes et salutaires, je n'entends nullement faire violence aux goûts de qui que ce soit; je laisse à chacun pleine liberté de choisir celle qu'il jugera la plus agréable, la plus conforme à ses pieuses inclinations et à sa capacité. Seulement je ferai à votre égard, cher lecteur, l'office d'ange gardien, en vous suggérant celle qui est la plus avantageuse, c'est-à-dire, celle qui, selon mon faible jugement, vous sera la plus utile et la moins à charge. A cette fin, je les rapporterai toutes à trois classes, ou trois méthodes en général.

4. La premiere méthode d'entendre la sainte Messe consiste à suivre avec la plus grande attention, et un

livre à la main, toutes les actions du prêtre, et à réciter à chacune d'elles une prière vocale tracée dans le livre, en sorte qu'on passe tout le temps de la Messe à lire. Il n'y a pas de doute que, si à la lecture se joint la méditation des saints mystères qui s'opèrent sur l'autel, ce ne soit là tne manière excellente, et d'ailleurs trèsprofiiable, d'assister au saint sacrifice. Mais comme elle impose un assujettissement excessif, puisqu'il faut faire constamment attention aux cérémonies qui se passent à l'autel, et reporter alternativement les yeux sur le prêtre et sur son livre pour y lire la prière correspondante au point de la Messe, il en résulte qu'elle est fort fatigante en pratique; et ja suis porté à croire qu'il est peu de fidèles qui persévèrent longtemps à faire usage de cette méthode, quelque utile qu'elle soit en ellemême. La faiblesse de notre esprit est telle qu'il se distrait facilement, lorsqu'il est obligé de réfléchir sur une multitude d'actions qui se succèdent rapidement, comme celles que fait le prêtre à l'autel. Malgré cela, que celui qui s'en trouve bien et en retire son profit spirituel, continue à en faire usage ; car une application aussi pénible ne manquera de lui attirer une large récompense de la part de Dieu.

5. D'après la seconde manière d'entendre la sainte Messe, on ne fait pas usage de livres, et on ne lit quoi que ce soit pendant le temps du sacrifice; mais appuyé sur la Croix, on fixe mentalement un regard plein de foi sur Jésus qui y est attaché, afin de recueillir, dans une douce contemplation, les fruits qui tombent de cet arbre de vie. On passe donc tout le temps de la Messe dans un saint recueillement intérieur, occupé à considérer en esprit les divins mystères de la Passion du Sauveur, qui sont, non-seulement représentés, mais reproduits d'une manière mystique sur l'autel. Il est certain que ceux qui suivent cette méthode, s'ils ont

soin de tenir toutes les puissances de leur âme unies à Dieu, sont portés à exercer des actes héroïques de foi, d'espérance, de charité et de toutes les autres vertus ; et il est incontestable que celte manière d'entendre la Messe est plus parfaite que la première, et en même temps plus douce et plus suave. Un vertueux frère convers en fit l'expérience'. Ce bon religieux avait coutume de dire qu'en entendant la Messe, il ne lisait que trois lettres. La première était noire, savoir, ses péchés, dont la considération produisait en lui la confusion et le repentir : il en faisait le sujet de ses réflexions depuis le commencement de la Messe jusqu'à l'Offertoire. La seconde était rouge, savoir, la Passion du Sauveur : il méditait sur le précieux sang que Jésus a répandu pour nous, et la mort cruelle qu'il a endurée sur le Calvaire, depuis l'Offertoire jusqu'à la Communion. La troisième lettre était blanche : c'était la Communion spirituelle, qu'il ne manquait pas de faire, au moment de la communion du prêtre, en s'unissant de cœur et d'esprit à Jésus caché sous les espèces sacramentelles ; après quoi, il demeurait comme tout absorbé en Dieu dans la considération de la gloire, qu'il espérait pour fruit de ce divin sacrifice. Cet homme simple et sans instruction entendait la Messe d'une manière très-parfaite, et je voudrais que tous apprissent à son école une science si profonde.

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