MAXIMES ETERNELLES
MÉDITATION POUR LE DIMANCHE
LA FIN" DE l'homme.
Considérez que tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez, vous le tenez de Dieu, qui vous a créé à son image, sans aucun mérite de votre part; il vous a adopté pour son enfant, il vous a aimé plus qu'un père, et il vous a donné la vie pour que vous l'aimiez et que vous le serviez ici-bas afin de le posséder ensuite en paradis. — Vous n'êtes donc pas né et vous ne devez pas vivre pour jouir des plaisirs de la terre, pour devenir riche et puissant, pour manger, boire et dormir comme la brute : mais uniquement pour glorifier votre Créateur. Servir Dieu et se sauver, voilà tout l'homme. Quant aux choses créées, le Seigneur les a mises à votre usage comme des moyens qui doivent vous aider à remplir cette sublime destinée.
Hélas! malheureux que je suis! j'ai pensé à tout, excepté à ma fin dernière. Oui, mon Seigneur et mon Dieu, le plus grand bonheur que l'homme puisse avoir, c'est de vous servir et de vous aimer. — Mon Père, pour l'amour de Jésus, faites que je commence une vie nouvelle, une vie toute sainte et toute conforme à votre divine volonté.
Considérez qu'à l'heure de la mort vous sentirez des remords cuisants, si vous n'avez pas été attentif à servir Dieu. — Quelle douleur, quand au terme de vos jours , vous verrez qu'après avoir mené une vie de peine et d'ennui, il ne vous restera plus à cette heure suprême, qu'un peu de fumée de toutes les richesses, de toutes les grandeurs, de toutes les gloires et de tous les plaisirs dont vous avez joui sur la terre! Vous ne pourrez comprendre que pour de pareilles vanités, pour des riens, vous aurez exposé votre salut éternel à un grand danger sans pouvoir réparer le mal une fois fait et sans plus avoir le temps de rentrer dans le bon chemin. 0 désespoir ! ô tourment! Les lumières de l'éternité, dans laquelle votre âme sera sur le point d'entrer, feront disparaître à vos yeux les biens passagers dont le charme vous avait séduit pendant la vie ; elles vous feront connaître leur néant, et votre folie de les avoir préférés aux biens éternels. Vous verrez alors, mais trop tard, ce que vaut le temps ; vous voudrez le racheter au prix de toutes vos richesses, mais impossible ! 0 jour amer, pour qui n'a pas aimé et servi Dieu !
Considérez combien on néglige cette fin si importante. — On pense à amasser des richesses ; on pense à ajouter possessions sur possessions ; on s'occupe de banquets et de fêtes ; on cherche à se donner du bon temps : mais on néglige de servir Dieu, on ne s'applique pas à sauver son âme; la fin éternelle passe pour une bagatelle! C'est ainsi que la plupart des chrétiens, par les festins, les chants et les réjouissances, s'en vont en enfer. Oh ! s'ils savaient ce que veut dire ce mot : enfer! 0 monde ignorant et aveugle! ô monde séduit et trompé ! tu te donnes tant de peines pour te damner, et tu ne veux rien faire pour te sauver ! Un secrétaire de François P'", roi de France, sur le point de mourir, s'écriait : « Malheureux que je suis! j'ai consommé tant de papier pour écrire les lettres de mon prince, et je n'en ai pas employé une feuille pour écrire mes péchés, afin de faire une bonne confession! » Mais à quoi servent alors ces regrets? Les bonnes résolutions remises au dernier moment s'évanouissent sur l'oreiller du mourant. Apprenez donc aux dépens des autres à vous occuper pendant la vie de l'afîaire de votre salut, si vous ne voulez pas tomber un jour dans le même désespoir. Sachez bien que tout ce que vous faites, tout ce que vous dites et tout ce que vous pensez en dehors de votre fin dernière est perdu pour jamais. Allons ! il est temps de changer de vie. Quoi! voudriez-vous attendre, pour vous désabuser, que vous soyez à l'article de la mort, aux portes de l'éternité, à la gueule de l'enfer, lorsqu'il n'y a plus moyen de revenir de son erreur ?
Eclairez-moi, ô Père des lumières ! éclairez-moi, je vous en conjure au nom de Jésus-Christ.
PRATIQUE
Priez Dieu du fond du cœur de vous faire comprendre votre fin dernière. — Dans les tentations, répondez à l'ennemi : Ce n'est point là ma fin, je veux me sauver. — Dites souvent : 0 mon âme, créée de Dieu pour servir Dieu, applique-toi à le servir; ô mon âme, créée de Dieu pour aimer Dieu, aime ton Dieu.
— Le soir, en faisant votre examen de conscience, pleurez le temps qui n'a pas été employé pour Dieu, et proposez-vous de réparer cette perte le jour suivant.
— Temps précieux, qui passe et ne revient plus ! oh ! que ne donneraient pas les damnés pour en obtenir une demi-heure !
MEDITATION POUR LE LUNDI
IMPORTANCE DE LA FIN DE l'hOMME.
Considérez, ô homme, combien il vous importe de parvenir à votre fin dernière. — Il y va de tout pour vous ; car si vous y arrivez, vous êtes sauvé, vous êtes éternellement heureux, comblé de tous les biens pour l'âme et pour le corps. Si au contraire vous la manquez, vous êtes perdu, corps et âme, vous perdez Dieu et le paradis, vous êtes éternellement malheureux, damné à jamais. Voilà donc, entro toutes les affaires, la seule affaire utile, importante, nécessaire : servir Dieu et se sauver. Que maintenant vous perdiez une partie de vos biens, il vous en reste d'autres ; que vous perdiez un procès, vous pouvez en appeler ; que vous commettiez quelque erreur temporelle, on peut la répa-
rer. Et quand même vous viendriez à tout perdre, qu'importe ? aussi bien, que vous le vouliez ou non, un jour viendra qu'il faudra tout quitter. Mais si vous manquez votre fin dernière, vous perdez tous les biens et vous attirez sur vous des maux irréparables pour toute une éternité. Que sert à Vhomme, dit le Sauveur, de gagner tout Vunivers s'il vient à perdre son âme ? Nous sauver ! voilà notre grande, notre unique affaire. Quand il ne s'agit que des affaires de ce monde, si vous n'y pensez pas, un autre peut y penser pour vous ; mais quant à la grande affaire de votre salut éternel, si vous n'y pensez pas, qui peut y penser pour vous? Si vous ne vous en occupez pas avec soin, qui peut prendre ce soin pour vous? Si vous ne vous aidez pas vousmême à vous sauver, qui vous souvera? Ce Dieu qui vous a créé sans vous, ne veut pas vous sauver sans vous. Si vous voulez vous sauver, il faut que vous y pensiez; si vous n'y pensez pas, vous vous damnerez.
Hélas ! malheureux que je suis ! depuis tant d'années je sers le monde, ce monde trompeur et perfide ; que m'en reste-t-il ? Une vie consumée, un cœur affligé, une âme chargée de péchés. Dieu offensé, le paradis perdu, l'enfer mérité ! Ah ! Père des lumières, détachez-moi de ce siècle impur, pour m'altirer à vous.
Considérez que cette affaire de l'éternité est la plus négligée. — On pense à tout, excepté à se sauver. On a du temps pour tout, excepté pour son âme. Qu'on dise à un mondain de fréquenter les sacrements, de faire une demi-heure d'oraison par jour ; il répond : J'ai des enfants à élever, j'ai des biens à administrer, j'ai des affaires qui m'occupent. 0 Dieu! et n'avez-vous pas aussi une âme à sauver? N'êtes-vous donc au monde
que pour jouir de ses biens frivoles et passagers? Non; mais pour glorifier votre Créateur et gagner le royaume des cieux. L'ambitieux de l'Evangile voulant se dispenser de se rendre au festin du père de famille, qui était la figure du paradis, s'excusa sur ce qu'il avait acquis de nouvelles propriétés ; l'avare répondit qu'il avait acheté des bœufs, et le voluptueux allégua qu'il venait de se marier. Mais tout cela empêcha-t-il que ces malheureux ne fussent éternellement exclus de la salle du festin? Qu'importent les enfants, les biens terrestres, les afiaires du monde, quand il s'agit du salut de notre âme? Quelle folie de penser toujours à ce qui doit finir si vite, et de penser si peu à ce qui ne finira jamais ! Ah ! chrétien, prenez garde à ce qui vous attend : songez que bientôt vous délogerez de ce monde, pour aller dans la demeure de votre éternité.
Considérez, chrétien, et dites en vous-même : J'ai une âme; si je la perds, tout est perdu. J'ai une âme; si je gagne un monde au prix de cette âme, que m'en revient-il? Si je deviens un grand personnage, et que je perde mon âme, que me restera-t-il ? Si j'amasse des trésors, si j'élève ma maison, si j'agrandis mes enfants, et que je perde mon âme, en quoi tout cela m'avancet-il? Que je jouisse de tous les plaisirs, que je m'accorde toutes les délices de la vie, et que je perde mon âme, encore une fois que m'en restera-t-il? Qu'ont servi les grandeurs, les plaisirs, les vanités à tant de grands, de capitaines, de magistrats, â tant de riches et de voluptueux qui ont vécu dans le monde, et qui ne sont plus maintenant que poussière et que cendre? A quoi tout cela sert-il à ceux qui vivent aujourd'hui au milieu de nous, et qui demain iront pourrir dans une fosse? Les
jouissances de cette vie ne durent qu'un moment, celles de l'autre vie sont éternelles. Les souffrances de ce monde sont de courte durée, celles de l'enfer n'ont point de fin. Si donc j'ai une âme, si je n'ai qu'une âme, si en la perdant une fois je la perds pour toujours et sans remède, je dois bien prendre garde à la sauver. Oh! quel point important pour moi! Oh! que iï^ négligence dans cette affaire me coûterait cher!
0 mon Dieu ! j'avoue à ma confusion que jusqu'à présent j'ai vécu en aveugle; j'ai erré loin de vous^ et je n'ai pas songé à sauver mon âme, cette âme unique et immortelle. 0 mon Père! remettez-moi dans la bonne voie ; sauvez-moi pour l'amour de Jésus-Christ. Je consens à tout perdre, pourvu que je ne vous perde pas, Ó mon Dieu, mon souverain Bien!
PRATIQUE
Lorsque vous êtes tenté, élevez les yeux au ciel, implorez le secours de Dieu, et dites : Je veux me sauver. — Saint Louis de Gonzague, en entendant parler des choses temporelles, disait : A quoi sert tout cela pour l'éternité ? Si cela ne sert de rien pour l'éternité, peu nous importe. — Réfléchissez bien que tout finit et que l'éternité ne finira jamais. — 0 mon âme, quelle sera ton éternité? le paradis ou l'enfer?
MÉDITATION POUR LE MARDI