LE PÉCHÉ MORTEL
Considérez qu'étant créé de Dieu pour l'aimer, vous vous êtes révolté contre lui avec une ingratitude digne de l'enfer; vous avez traité en ennemi, vous avez méprise votre Seigneur. — Celui qui pèche, que fait-il ? Il tourne le dos au Créateur pour se donner à la créature ; il refuse de reconnaître à Dieu le droit suprême qu'il a d'être obéi ; il lui ôte la couronne de la tête, et la foule aux pieds; il lève la main pour lui donner un soufflet, il entre en fureur contre lui, il décoche un trait pour le percer. Celui qui pèche dit à Dieu, du moins par ses actions : Eloigne-toi de moi ; je ne veux pas te servir; je ne veux pas te reconnaître pour mon Seigneur, je ne veux pas t'avoir pour Dieu. Mon dieu, c'est mon plaisir; mon dieu, c'est mon intérêt ; mon dieu, c'est cette vengeance; mon dieu, c'est mon caprice. Ah ! malheureux pécheur, combien de fois ne t'es-tu pas révolté contre Dieu ! Quel mal t'a donc fait ce bon Maitre? tu l'as offensé, et tu as pu le faire? Ah ! plût à Dieu que tu n'en eusses pas eu le cœur!
Hélas ! je reconnais trop tard la grandeur de mes fautes; je déplore et je déteste mon péché, par amour pour ce Dieu, infiniment digne d'être aimé; je reviens à lui, et je lui consacre pour toujours toutes les affections de mon cœur.
Considérez que le Seigneur vous dit : Mon enfant, je suis ton Dieu ; c'est moi qui t'ai tiré du néant ; je t'ai
créé pour le paradis ; je l'ai délivré de l'esclavage du démon, et racheté au prix de mon sang : je te commande d'observer ma loi. — Et vous, en péchant, vous répondez à Dieu, de fait : Non, je ne l'observerai pas ; je ne renoncerai pas à mes attachements ; je ne restituerai pas ; je ne veux pas me réconcilier ; je ne veux pas confesser ce péché que j'ai caché par honte jusqu'ici ; je veux satisfaire mes passions ; je veux suivre mes inclinations, je veux m'accordar tel plaisir. Dieu ne le veut pas, et moi je le veux! — 0 pécheur téméraire ! dire à Dieu même : Je veux, je ne veux pas ! à Dieu ! à l'Eternel, au Tout-Puissant, à l'Infini, au souverain Seigneur du ciel et de la terre ! Sais-tu qui tu es ? Sais-tu qui est Dieu? Et le Très-Haut pourrait souffrir de tels affronts de la part d'un ver de terre, et ne pas le punir? Pauvre pécheur ! tu t'excuses en prétextant que tu ne pèches pas pour offenser Dieu, mais pour te satisfaire. — Ah ! pécheur, tu es du nombre de ceux dont parle l'Apôtre, qui confessent Dieu de bouche et qui le renient en action. Non, non; on ne se moque pas de Dieu, et Dieu n'admet pas tes excuses insensées. Tu dis que tu ne t'en prends pas à Dieu quand tu pèches; eh bien ! Dieu, en déchargeant sur toi les foudres de sa colère et en te précipitant au fond des enfers, dira qu'il ne t'en veut pas, mais à ton péché. — Ah ! que tu ferais bien mieux d'effacer tes péchés par les larmes d'un sincère repentir et par une humble confession, que de les aggraver par ces misérables excuses !
Considérez que le péché fait perdre la grâce et l'amitié de Dieu, qu'il rend l'âme ennemie de Dieu, l'objet de ses malédictions et l'esclave du démon. Le péché fait perdre la paix du cœur et la tranquillité de la conscience; il entretient l'âme dans le trouble, dans la
crainte, dans l'inquiétude, et la livre en proie à mille remords qui la déchirent comme des furies. Le péché fait perdre tous les mérites du bien qu'on a fait, et rend incapable de mériter pour la vie éternelle. Le péché aveugle l'esprit, et plonge le pécheur dans un abîme de ténèbres; il endurcit le cœur et le rend si pervers que les bienfaits ne peuvent l'amollir , ni les menaces l'effrayer, ni les peines le faire rentrer en lui-même. Le péché qui n'est pas réparé entraîne à sa suite de nouveaux péchés, et précipite l'àme d'abîme en abîme jusqu'au fond du gouffre. Le péché engendre les maladies, abrège la vie, cause la mauvaise mort. Le péché appauvrit les familles, dissipe les fortunes, renverse les établissements. Le péché attire les tremblements de terre, les pestes, les guerres, la famine, les inondations, les sécheresses, en un mot, tous les fléaux qui ravagent le monde. L'âme, en péchant, perd la société des heureux citoyens du ciel ; elle perd ses droits au paradis, et l'enfer devient son partage. C'est le péché qui a précipité les anges rebelles du haut de leurs trônes ; c'est lui qui a chassé Adam du paradis terrestre; c'est lui qui a attiré sur la terre le déluge universel ; lui qui a fait descendre une pluie de feu et de soufre sur les cinq villes coupables ; c'est le péché qui a détruit la superbe Ninive; c'est le péché qui a frappé l'Egypte de dix plaies horribles ; c'est lui qui a tenu et tient encore le monde dans l'oppression sous le poids de mille calamités. 0 péché ! ô péché ! que d'hommes n'as-tu pas tués de ton poison mortel !
0 mon Dieu ! je reconnais que tous mes malheurs proviennent du péché, et à la clarté de ces grandes vérités, je m'aperçois que mon péché est toujours contre moi. Mon Dieu, pardonnez-moi pour l'amour de Jésus-Christ. Je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé ; de grâce, changez les malédictions que
j'ai méritées en miséricordes et en bénédictions. Je m'humilie sous votre main puissante; je vous adore : laissez-vous fléchir par les mérites de Jésus, mon Sauveur. Et si votre justice exigeait de moi une satisfaction, mortifiez-moi en ce monde et délivrez-moi des supplices éternels.
PRATIQUE
Quand le démon vous tente, souvenez-vous que si vous consentez à commettre ce péché, vous vous rendez digne de la mort éternelle, et qu'en un instant vous perdez tous les mérites que vous aviez amassés. — Pour ne pas succomber, fuyez jusqu'aux moindres occasions du péché, comme on fuit à l'aspect du serpent ; et ne manquez jamais de vous recommander de cœur à Dieu et d'invoquer Marie. — Dites alors : Plutôt mourir que de pécher ! Pater, et ne nos inducas in tentationem : Mon Père, ne me laissez pas succomber à la tentation.
MEDITATION POUR LE MERCREDI
• Considérez que cette vie doit finir. — Le décret en est porté : Tu mourras. La mort frappe, sans égard pour personne, les jeunes et les vieux. Ne vous flattez pas d'avoir longtemps pour vivre, et d'être bien loin de la mort; car il y a mille causes qui peuvent vous ôter la vie à chaque instant. Autant il y a de pores dans votre corps, autant il y a de portes par où la mort peut pénétrer dans votre sein. Elle suit les jeunes gens par derrière, et les vieillards l'ont devant les yeux. La mort
viendra vous assaillir au moment où vous y penserez le moins. Peut-être le fil de vos jours sera-t-il tranché à l'improviste, tandis que vous serez dans la force de l'âge, ou même au début de votre carrière, comme il arrive bien souvent. Un jour viendra que vous ne reverrez plus la nuit suivante, ou une nuit qui ne sera plus suivie du jour. « Je viendrai comme un voleur, à l'improviste, à la dérobée, » dit Noire-Seigneur. Ce bon Sauveur vous en prévient, parce qu'il désire votre salut, et qu'il souhaite de vous trouver prêt. Répondez & ses vues; profitez de l'avertissement, préparez- vous à bien mourir. — Dites-vous sérieusement en vous-même : Je dois mourir, mais je ne sais quand ; je dois mourir, mais je ne sais où; je dois mourir, mais je ne sais comment : la mort est certaine, la mort est redoutable, la mort est proche ! 0 Dieu, et je n'y pense pas 1
Considérez comment vous vous trouverez à l'heure de la mort, étendu sur un lit de douleurs, assisté d'un prêtre qui vous fera penser à voire âme, entouré de vos parents en pleurs, entre un crucifix et un cierge, sur le point de passer à l'éternité. — Vous vous sentirez la tête accablée, les yeux obscurcis, la langue brûlante, le gosier desséché, la poitrine oppressée, le sang glacé, la chair consumée, le cœur serré. Vous direz adieu à toutes les créatures, vous quitterez tout : l'âme devra se séparer de ce corps qu'elle a tant aimé. Pauvre et nu, enveloppé d'un vil linceul, vous serez jeté dans une fosse, livré à la corruption : là vous aurez les vers pour compagnons; pour lit, la pourriture; un amas de pourriture, des ossements, des crânes, vous couvriront comme un vêtement. Tout le monde vous oubliera. Ouvrez une fosse et voyez à quoi est réduit ce riche, cet
avare, cette femme mondaine : voilà où aboutit la vie ! — A l'heure de la mort, tout l'enfer s'armera contre vous, il déploiera toutes ses ruses pour vous jeter dans le désespoir. Vous verrez votre lit entouré de démons, qui vous remettront en face tous les péchés que vous aurez commis depuis votre enfance. Maintenant, pour vous entraîner au mal, le démon excuse vos fautes et en couvre la malice : il vous dit qu'il n'y a pas grand mal dans cette vanité, ce plaisir, cette amitié, cette aversion ; qu'il n'y a rien de dangereux dans cette fréquentation; mais à la mort, il vous découvrira toute la gravité de votre péché, et à la lumière de cette éternité où vous serez près d'entrer, vous verrez quel mal vous avez fait en offensant Dieu, et en taisant vos péchés par honte au tribunal de la pénitence.
Considérez que la mort est un moment terrible d'où dépend l'éternité. — Voilà l'homme gisant, près d'expirer, et conséquemment près d'entrer dans l'une ou l'autre des deux éternités ; son sort est attaché à ce dernier soupir, après lequel, en un instant, son âme va se trouver ou sauvée ou damnée, pour toujours. 0 instant! ô soupir! ô moment d'où dépend une éternité! une éternité de gloire ou de peine ! une éternité de joie ou de tourments! une éternité de vie ou de mort! une éternité de paradis ou d'enfer! Une éternité! — Malheureux que je suis! s'écriera le moribond, d'ici à quelques instants, je dois comparaître devant Dieu ! Ah ! dans quelques heures, dans un moment qu'en sera-t-il de moi? Qui sait si j'ai réparé tel scandale, ou le tort causé à la réputation, aux biens de telle personne? si j'ai pardonné au fond du cœur à tous mes ennemis? Qui sait si je me suis bien confessé? qui sait si Dieu m'a par-
donné? Alors vous maudirez raille l'ois le jour où vous avez péché, celte saiisiaction que vous vous êtes accordée; naais il sera trop tard !
Ah! Seigneur, je vous en conjure par les mérites de Jésus-Christ, ayez pitié de moi ; ne permettez pas que je meure dans les ténèbres du péché.
PRATIQUE
Pour faire une bonne mort, il faui mener une bonne vie. Commencez au moins maintenant à aimer Dieu. Soyez dévot à la passion du Sauveur ; aimez Marie, et ne cessez de la prier de vous obtenir une bonne mort. — Répétez souvent et méditez ces paroles : 0 moment d'où dépend mon éternité ! moment que j'aurai bientôt à passer! moment qui, une fois manqué, est manqué sans remède et pour toujours! — Quand vous vous mettez au lit, souvenez-vous que vous devez mourir; prenez la position d'un cadavre dans la bière, étendez les pieds et les mains, pensez à la mort et dites : Qui sait si, cette nuit même, je ne me trouverai pas dans l'éternité? Cela peut être ; cela est arrivé à tant d'autres! 0 mon Dieu ! assistez-moi !
MEDITATION POUR LE JEUDI